Euro 2016 : Ragnar Sigurðsson, la muraille de Krasnodar

Philippe Ray - Publié le 3 juillet 2016

Dans le parcours exceptionnel de l’équipe d’Islande (nuls contre le Portugal et la Hongrie, puis victoires contre l’Autriche et l’Angleterre), un footballeur s’est particulièrement distingué contre l’Angleterre. Ce joueur se nomme Ragnar Sigurðsson , et évolue actuellement au FK Krasnodar, dans le championnat russe, dont il est un titulaire indiscuté. À l’approche du quart de finale France – Islande dimanche soir, c’est l’occasion de faire connaissance avec ce joueur resté méconnu à l’étranger, mais qui s’est forgé une solide réputation en Islande et surtout en Russie où il joue depuis 2013.

Des débuts prometteurs

Ragnar Sigurðsson a commencé par rejoindre le l’équipe de jeunes du Fylkir Reykjavik en 2002. Il commence d’entrée à se distinguer de ses coéquipiers par ses capacités techniques, et trouve rapidement le chemin des filets. En équipe de jeunes, il marque à trois reprises pour la sélection islandaise en seize matchs. Il se convertit en défenseur central à l’âge de 20 ans.

Ragnar est ensuite approché par le club suédois de Göteborg au début 2007. L’Islandais s’impose comme joueur incontournable de l’équipe. Son arrivée va contribuer au succès du club lors de cette saison, Göteborg remportant son premier titre depuis onze ans en concédant moins d’un but par match (23 buts en 26 matchs). Les observateurs d’Angleterre – Islande l’auront remarqué, les qualités de Sigurðsson ne se limitent pas à sa solidité défensive, et les supporters de Göteborg ne sont pas près de l’oublier. Face à Djurgarden, Ragnar a marqué l’un des buts les plus spectaculaires que le championnat suédois n’ait jamais vus : une réalisation marquée depuis une distance de 60 mètres, soit depuis sa propre moitié de terrain !

Le but improbable de Ragnar Sigurðsson sous les couleurs de Göteborg :

Le FC Copenhague et la découverte de la Ligue des champions

En 2011, Ragnar Sigurðsson reste en Scandinavie et rejoint le Danemark en signant pour le FC Copenhague. Avec ce club, il remporte la Coupe du Danemark en 2012 et le championnat danois en 2013. Copenhague se qualifie ainsi pour la Ligue des champions et Ragnar participe à des rencontres prestigieuses contre le Real Madrid, la Juventus de Turin et Galatasaray, bien qu’il ait précisé dans ses interviews qu’il ne portait aucune attention à la renommée de ses adversaires. Titulaire incontesté sous la bannière de Copenhague, Sigurðsson a bénéficié de près de 8000 heures de jeu en à peine deux ans ! Quatre buts inscrits, huit cartons jaunes, un carton rouge. Des statistiques honorables.

Au FK Krasnodar, la confirmation

Les performances de Sigurðsson à Copenhague ont attiré l’attention de la Russie. Durant l’hiver 2013-2014, Ragnar signe pour l’ambitieux FK Krasnodar, où il forme depuis son arrivée une charnière solide avec le Suédois Andreas Granqvist. L’une des plus fortes du championnat russe. Le profil des deux joueurs est similaire, les deux mettant un impact important dans les duels, se montrant solides et se distinguant même par de l’apport offensif. Le duo a marqué plusieurs buts et Sigurðsson a souvent trouvé les filets contre de gros adversaires.

Sur la saison 2015-2016, il a marqué le but de l’ouverture du score contre le Zenit Saint-Pétersbourg au Petrovski, ainsi que contre le CSKA Moscou en coupe de Russie (il s’est également créé une énorme occasion contre ce même CSKA à l’automne 2015 lors de la victoire 2-1 de son club).  Il s’est offert le luxe en Ligue Europa de marquer un but face à Qabala à la dernière journée de la phase de groupe.

Sigurðsson n’a raté quasiment aucune rencontre avec le FKK, et fait partie des acteurs majeurs des progrès fulgurants du club sur les dernières années. À son arrivée, l’équipe fondée en 2008 n’avait encore jamais joué les compétitions européennes, et n’était composée d’aucune star de classe mondiale (ce qui continue de ne pas être le cas actuellement, le propriétaire du club Sergei Galitski voulant justement favoriser la formation des jeunes, le recyclage des expérimentés et la construction d’infrastructures plutôt que de dépenser des sommes folles sur le marché des transferts, pratique courante chez les gros clubs russes). Pas si mal classé, on peinait à croire que le club pouvait accrocher les places européennes dès 2014. Pourtant, l’arrivée de Sigurðsson coïncide avec la montée progressive du club dans le tableau. Profitant de la chute libre du Spartak Moscou (que Ragnar et son équipe ont battu 4-0), le FKK parvient, à l’issue de la dernière journée, à accrocher une place qualificative pour la Ligue Europa.

En C3, Ragnar participe à plusieurs belles réussites du club. Il était là lorsque le FK Krasnodar a infligé un cinglant 3-0 à la Real Sociedad en barrages pour se qualifier à la phase de groupe. Dans le groupe de la mort avec Everton, Wolfsbourg et Lille, Krasnodar n’est parvenu à garder ses cages inviolées qu’à une unique reprise lors d’une belle victoire acquise à Everton, mais cette statistique et les deux lourdes défaites contre Wolfsbourg (2-4 et 1-5) sont plus à mettre sur la cause de l’identité offensive de l’équipe (domaine où elle s’est montrée remarquablement irréaliste sur cette phase de poules) qu’une réelle défaillance défensive. En dehors des statistiques, les Sigurðsson et Granqvist ont montré une belle solidité face à de grosses oppositions, principalement par leur impact physique caractéristique. Un an plus tard, le club de l’Islandais a réussi la performance historique de battre le Borussia Dortmund et de le devancer. La défense scandinave a démontré toutes ses qualités à cette occasion.

En championnat aussi, le club réussit de belles performances, comme celle de battre le Zenit, le CSKA, le Spartak, le Lokomotiv et bien d’autres. L’apport de Sigurðsson est très net. Comme un symbole, c’est justement lorsque l’entraîneur Kononov a essayé d’intégrer à la défense centrale le Norvégien Stefan Strandberg que Krasnodar a connu des difficultés (bien que ce soit loin d’être la seule raison), le sommet survenant aux 32es de finale de la C3 lorsque le FKK connaît deux revers cuisants contre le Sparta Prague. On mentionnera également la rencontre retour en 2016 face au Mordovia Saransk, où l’absence de Sigurðsson, exclu dès le début du match pour son seul carton rouge écopé depuis son arrivée en Russie, a été un handicap énorme pour le club. Sans des arrêts extraordinaires du gardien Kritsyuk, les Byki auraient peut-être essuyé un revers inquiétant face à la lanterne rouge. Au match suivant, le FKK a joué sans Ragnar, suspendu, et a dû s’incliner à domicile contre le Lokomotiv Moscou.

Statistiques en équipe d’Islande

L’équipe nationale islandaise avait déjà réalisé des progrès considérables lors de la campagne 2012-2014, mais depuis le passage à Krasnodar de Ragnar, l’Islande fait encore mieux. Pour les éliminatoires du Mondial 2014, elle avait encaissé 17 buts (face à Chypre, l’Albanie, la Slovénie, la Suisse et la Norvège) ! Ce chiffre est passé à 6 lors des éliminatoires de l’Euro 2016 (face à la République Tchèque et, lors de matchs sans enjeu contre la Lettonie et la Turquie) avec aucun but encaissé contre les Pays-Bas en deux rencontres.

© BERTRAND LANGLOIS/AFP/Getty Images

© BERTRAND LANGLOIS/AFP/Getty Images

C’est également lors de cette campagne 2014-2016 que Ragnar Sigurðsson a marqué ses premiers buts en sélection. En effet, lors de l’automne 2014, il ouvre le score pour l’Islande contre la République tchèque à Prague (mais les Tchèques remporteront finalement la victoire 2-1). Son deuxième but, vous le connaissez certainement : il a été marqué la semaine dernière contre l’Angleterre à la 6e minute du match.

Que de belles statistiques auxquelles les progrès du Byki islandais depuis son arrivée en Russie ne sont pas étrangers.

Philipe Ray


Image à la une : © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP/Getty Images

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