Dnipropetrovsk, du rêve à la réalité

Bastien Cosquer
Bastien Cosquer - Publié le 12 septembre 2015

A l’aube de cette nouvelle saison, et après l’héroïque parcours du Dnipro au printemps dernier (Voir aussi: Semaine spéciale Dnipro – En route vers Varsovie), l’horizon s’est brutalement assombri sur les bords du Dniepr. Départ de cadres, bataille interne et recrutement insignifiant ont mis le dernier finaliste de la Ligue Europa sur les genoux. Tous les feux paraissaient au rouge pour le Dnipro, mais, en ce début de saison, les joueurs ont montré du caractère et de la solidarité pour maintenir le bateau à flots, contre vents et marées.

Un été cauchemardesque

L’été fut dur à Dnipropetrovsk. Très dur. Comme vous le savez certainement,  Yevhen Konoplyanka (Voir aussi: Yevhen Konoplyanka, de Kirovograd à Varsovie) a mis les voiles au FC Séville après un feuilleton rocambolesque et sans rapporter un sou au club. La faute à la gourmandise d’Igor Kolomoisky l’été et l’hiver dernier qui n’a pas laissé le petit prodige Ukrainien s’envoler en Premier League contre un beau chèque. Jaba Kankava, stabilisateur et guerrier du milieu de terrain, s’en est allé en Ligue 1 au Stade de Reims voulant découvrir un des cinq grands championnats européens. Enfin, Nikola Kalinic est lui aussi parti, à Florence, contre cinq petits millions d’euros, laissant un vide à la pointe de l’attaque malgré ses soucis de finition qui l’ont souvent vu être décrié par la presse et les supporters.

Après ces départs importants, tout le monde s’attendait à ce que le club recrute pour pallier les vides. C’était sans connaître Igor Kolomoisky (Voir aussi : Kolomoyskiy – le pouvoir, la guerre et le Dnipro) qui décide de ne plus investir dans le club, en tout cas provisoirement. Gravement touché  financièrement par la guerre dans l’Est de l’Ukraine (à quelque dizaines de kilomètres de Dnipropetrovsk) et par la crise économique qui a fait vaciller la plus grande banque d’Ukraine (PrivatBank) dont il est le principal actionnaire, l’oligarque a décidé de couper les vivres.

Une situation financière qui aboutira à un bilan catastrophique pour cette intersaison. Aucun transfert d’envergure malgré quelque tentatives, des membres du staff non payés de juin à août, et, cerise sur le gâteau, lors d’un déplacement à Odessa pour y affronter le Shakhtar Donetsk, le club n’avait plus assez d’argent dans les caisses pour payer l’hôtel… Oui, le Dnipro se noie.

Trop c’est trop. Le coach Myron Makevych (Voir aussi : Myron Markevych, le football dans le sang), arrivé un an plus tôt, demande sa démission après une réunion houleuse à laquelle Igor Kolomoisky rétorqua qu’il faudra que son entraineur lui donne un million de dollars pour qu’il accepte de rompre son contrat. Ambiance.

Tandis que Markevych se voit gentiment refuser sa démission, le vestiaire n’est pas vraiment dans une meilleure atmosphère. Yevhen Seleznyov, le héros de l’épopée en Ligue Europa, demande son transfert alors que des clubs turcs lui font les yeux doux depuis des semaines. Refus catégorique de Mr.Kolomoisky, arguant n’avoir pas reçu d’offre satisfaisante. Puis, voilà que Denys Boyko et Douglas ont également des envies d’ailleurs, mais, là encore, aucun club ne se montrera assez convaincant pour accueillir la muraille du Dnipro et le solide défenseur central.

C’est dans ce climat délétère que le club démarre le championnat, et le moins que l’on puisse dire c’est que l’avenir semble bien sombre sur les bords du Dniepr.

La rentrée, c’est pas si compliqué.

Pendant que ces événements agitaient le club, le championnat ukrainien n’en avait que faire et reprenait ses droits. Fort heureusement, la première rencontre de la saison pour le Dnipro devait être un match facile sur le papier face à l’Hoverla Oujhorod, l’une des pires équipes de la fin de saison dernière. Raté.

Sans imagination en attaque, le club concéda un but à l’heure de jeu et dut s’en remettre à Roman Bezus pour arracher le point du match nul à dix minutes du terme. Le match suivant commença encore plus mal, face à une belle équipe d’Odessa. Après un premier but de Kalytvyntsev pour les visiteurs, le Dnipro encaissa à la cinquantième minutes de jeu un nouveau but d’Odessa. Touchés dans leur orgueil, les joueurs décident alors de tenter le tout pour le tout en attaquant sans cesse. Rotan (Voir aussi : Ruslan Rotan, le « Pirlo de Dnipropetrovsk ») sur un sublime coup franc, Bezus et un doublé du futur joueur de la Viola, Nikola Kalinic, vont faire plier la défense d’Odessa et permettre au Dnipro de s’offrir une belle remontada (ou remuntovic comme on dit chez nous) et, par la même occasion, la première victoire de la saison.

Ce match face à Odessa fut peut être le déclic sur le terrain pour l’équipe de Dnipropetrovsk, malgré les soucis de vestiaire qui ne faisaient que commencer.

Un nul ennuyeux face à une belle équipe du Vorskla Poltava et une défaite logique 2-1 face à un Dynamo Kiev inarrêtable s’ensuivirent, mais l’équipe semblait alors monter en puissance. Une progression qui prit forme au match suivant face au Shakhtar Donetsk avec une très belle victoire 2-0 face à une petite équipe du Shakhtar, qui fut bien canalisée par le Dnipro.

Peu à peu, de matchs en matchs, la confirmation de cette courbe ascendante s’observa. Lors de la dernière rencontre en date face à un Karpaty Lviv en grande forme en ce début de saison, le club de Lviv buta sur une défense et un Denys Boyko toujours aussi impérial tandis que le très bon Yevhen Seleznyov signa un doublé en fin de match pour assurer une victoire 2-0 à Dnipropetrovsk et placer par la même occasion le club à la 4ème place à 2 petits points du Shakhtar, deuxième.

Autre bonne nouvelle dans ces moments délicats que connait le club, l’attaquant international Ukrainien Roman Zozuyla va, enfin, retrouver les terrains dans les semaines à venir, après une période d’indisponibilité de presque un an pour l’attaquant vedette du club.

dnipro 2

Yevhen Seleznyov s’en va inscrire son doublé face au Karpaty Lviv, le 30 août dernier | © fcdnipro.ua

Le retour en Europe

Alors que le club montre une belle progression en championnat, le Dnipro va maintenant s’engager en Ligue Europa, compétition qui lui avait superbement réussi l’année passée avec une finale historique.

Versée dans un groupe G très relevé et homogène, le Dnipro aura fort à faire avec la Lazio Rome qui a retrouvé des couleurs la saison dernière et aura à cœur d’oublier en C3 son élimination en tour préliminaire de LDC face au Bayer Leverkusen. Le club ukrainien fera également ses retrouvailles avec Saint-Étienne – les deux équipes s’étaient croisées l’année dernière, le Dnipro avait d’ailleurs pris le dessus à Kiev pour se qualifier en seizièmes de finale et commencer son épopée européenne. Confrontation qui rappellera des mauvais souvenirs à la centaine de supporters stéphanois qui s’étaient fait agresser par les ultras du Dnipro et du Dynamo lors de leur déplacement à Kiev.

Enfin, n’oublions pas le club Norvégien de Rosenborg, qui survole cette année le championnat et fonce vers son 23 titres après cinq ans de disette, et sera un adversaire compliqué à bouger aussi bien à domicile qu’à l’extérieur.

A noter que le Dnipro devra jouer ses deux premiers matchs d’Europa League à domicile à huis clos, sanction prise par l’UEFA après l’envahissement du terrain qui a suivi la victoire face au Napoli qui qualifia le club en finale d’EL en mai dernier. Les matchs face à la Lazio ce jeudi et Saint-Étienne en novembre sont concernés, ce qui donnera une bonne raison aux Stéphanois de ne pas se déplacer en Ukraine.

L’été fut donc éprouvant pour le 3ème du dernier championnat d’Ukraine et le lauréat de la « meilleure progression européenne de l’année 14’-15’« . Alors que son chouchou et deux joueurs importants ont quitté le navire, les problèmes financiers ont failli faire fuir joueurs et entraineurs ce qui auraient entrainé inexorablement le club dans le gouffre sportif. Finalement, malgré un début de saison en demi-teinte, le club se relève doucement et va tenter d’oublier au plus vite ses tourments estivaux avec son amour de l’année dernière, la Ligue Europa.

Le Dnipro Dnipropetrovsk est un bateau qui vacille et qui tangue sous les bourrasques violentes, mais lorsqu’il aura fini son périple à travers la tempête, ce sera pour en ressortir plus fort et plus vaillant.. Tolko Dnipro ! Tolko Pobeda !

Bastien Cosquer


Photo à la une : La fuite des talents du Dnipro sous leurs nouvelles couleurs | © fcdnipro.ua

Dnipropetrovsk, du rêve à la réalité
5 (100%) 7 votes

A propos de l'auteur

Bastien Cosquer

Bastien Cosquer

L'Ukraine c'est comme une bonne bouteille de vodka : c'est beau, c'est fort et c'est à consommer sans modération.

pays de l'auteur footballski

2 Commentaires

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
On a discuté avec Yohan Mollo, attaquant du Krylya Sovetov Samara

Après avoir interviewé plusieurs membres du staff du Krylya Sovetov Samara (Vous pouvez aussi lire: On a discuté avec Bart...

Fermer