Modric ennemi public numéro 2 en Croatie

Cédric Maiore - Publié le 16 juin 2017

Cet article est une traduction autorisée par The Independent exclusivement pour le site Footballski.fr. Il a été publié originellement le 14 juin 2017, par Alex Holiga. Vous pouvez retrouver la version originale sur The Independent. 


Appelé à la barre pour témoigner pendant le procès du sulfureux Zdravko Mamić, Luka Modrić a stupéfait beaucoup de supporters en devenant amnésique face au juge alors même qu’il avait tenu des propos à charge contre son « mentor » pendant l’enquête. Une omerta qui enfonce encore un peu plus le football croate dans l’enfer de la corruption.

Pour un homme qui est l’un des plus grands joueurs croates de l’histoire, il est curieux de voir que Luka Modrić n’ait jamais été unanimement reconnu dans son pays d’origine. En effet, beaucoup de monde lui reproche ses liens avec Zdravko Mamić, l’homme le plus puissant du football croate. Mais cette semaine, l’indifférence s’est transformée en indignation. Une chute instantanée filmée par la télévision, rien de moins.

Quand le procureur Tonči Petković lui a présenté une de ses anciennes déclarations, Modrić a d’abord demandé à ce qu’elle soit répétée. Pendant la lecture, le capitaine de la sélection a commencé par soupirer nerveusement et à bouger la tête. Puis, il a remué sur sa chaise, mis ses mains sur la table et bégayé : « Cela… Cela je ne l’ai jamais dit… Cela… Cela a été modifié après coup. Je vous dis que je ne m’en rappelle pas. »

A partir de ce moment, on a compris que plus rien en Croatie ne serait comme avant pour Luka Modrić, fraîchement vainqueur de sa troisième Ligue des Champions avec le Real Madrid. Ce même mardi 13 juin, quelques heures plus tard, des supporters de l’Hajduk se sont mis à chanter « Luka Modrić, petite merde » alors qu’ils se rendaient à une réunion réservée aux abonnés du club. Le lendemain, des messages ont commencé à apparaître dans les rues des villes croates, dont l’un à l’entrée de l’Hôtel Iž de Zadar, endroit où la famille Modrić a vécu comme réfugiée de guerre pendant les années 1990 : « Luka, tu te rappelleras de ce jour ».

Modrić

@jutarnji.hr Luka Gerlanc / CROPIX

Comment en est-on arrivé là ?

L’ancien joueur de Tottenham est un des témoins clés dans le procès de Zdravko Mamić, ancien président exécutif du Dinamo Zagreb où le milieu de terrain joua avant de rejoindre l’Angleterre en 2008. Mamić, en plus de nombreux détournements de fonds, est accusé d’avoir illégalement récupéré à son compte des sommes considérables destinées au Dinamo lors du transfert de Modrić chez les Spurs. La défense de Mamić n’est plus de nier, mais d’affirmer qu’il n’a rien fait d’illégal.

Au début de sa carrière, Modrić a reçu un coup de pouce financier de la part de Mamić (qui n’était pas encore un dirigeant du Dinamo) et a signé un accord l’obligeant à partager ses revenus futurs avec lui. D’autres accords de ce type ont été signés entre Mamić et de jeunes espoirs sans qu’il ne soit habilité pour être agent de joueurs. Certains de ses « protégés » comme Eduardo (ex-Arsenal) étaient obligés de lui verser une partie de leur salaire tout au long de leur carrière. Mais cette fois, le cas Modrić atteint une autre dimension.

Quand le Dinamo le vendait à Tottenham pour 21 millions d’euros, la moitié du montant du transfert fut récupérée par Modrić. Plus tard, les enquêtes ont montré que le joueur allait dans une banque avec le fils ou le frère de Mamić et retirait de l’argent en liquide au bénéfice de son accompagnateur. Une procédure qui se répétait après chaque versement de son indemnité de transfert. Au total, Modrić a touché 10,5 millions d’euros mais n’en a gardé que 2 millions. Le reste est allé dans les poches de la famille Mamić.

Tout cela fut confirmé par l’ensemble des parties devant la Justice. Plus délicat est le contrat entre le Dinamo Zagreb et Luka Modrić, puisque Mamić devint ensuite un membre à part entière de la direction du club. Il négocia lui-même avec Tottenham un contrat stipulant que l’indemnité de transfert devait être partagée de moitié entre le club et le joueur. Ce que les poursuites veulent démontrer, c’est que ce contrat aurait été signé et antidaté après la vente effective du joueur.

Pendant l’enquête menée l’année dernière, Modrić confirma que c’était bien le cas. Toutefois, aujourd’hui, il affirme qu’il n’a jamais dit cela et qu’il s’est embrouillé lors de ses déclarations initiales. « Je parlais d’un contrat personnel entre Mamić et moi pour le partage de l’indemnité de transfert » a-t-il dit. Modrić n’a pas réussi à se souvenir non plus d’autres détails incluant même ses débuts en équipe nationale.

Son revirement au cours du procès enrage les fans de football parce que Mamić est généralement vu comme l’ennemi public numéro un du football croate. Quelqu’un qui contrôle aussi bien le Dinamo que la fédération avec une influence tentaculaire même s’il a officiellement quitté la direction de ces deux institutions. Cette influence dépasse le cadre du foot. Le procès, prévu à la base à Zagreb, fut délocalisé à Osijek car Mamić possède des amis proches chez les juges de la capitale. Beaucoup de monde aimerait le voir derrière les barreaux. Rien que la semaine dernière, à Bol, sur la côte croate, il fut attaqué par un passant et reçut un coup derrière la tête le faisant chuter dans l’eau.

Modrić, déjà appelé « le distributeur automatique de Mamić », est sur le point de devenir une figure méprisée en Croatie. Le procès devait continuer avec l’intervention à la barre de Dejan Lovren, lui aussi un « joueur à la solde de Mamić ». Néanmoins, ce dernier fit le show au Palais de Justice, s’indignant contre ses propres avocats avant de les sommer de partir devant tout le monde, expliquant qu’il pouvait se défendre seul. Après cet incident, le juge a acté le report du procès.

L’affaire continue…

Alex Holiga

Un article traduit par Cédric Maiore avec l’aimable autorisation de The Independent.

Remerciements à Alex Holiga ainsi qu’à The Independent.


Image à la une : © STRINGER / AFP

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