Bosnie: une première au goût d’inachevé

Tristan Trasca - Publié le 4 juillet 2014

Un élan d’espoir s’était créé parmi les spécialistes du football international concernant cette jeune équipe de Bosnie-Herzégovine pour sa première participation à un Mondial. Le terrain a été bien plus cruel.

Deux matchs et c’est terminé

Débuter une aventure en Coupe du Monde par un match contre Messi et sa bande au Maracana, ça avait de la gueule ! Et cela a failli tourner au cauchemar alors que Kolasinac marquait contre son camp dès les premières minutes de la rencontre. Malgré tout, les Bosniens ne se sont pas désunis et ont réussi à rester dans le match pour finalement perdre honorablement 2-1. Ce match prouvait que les Bosniens n’étaient pas là par hasard.

Argentina v Bosnia-Herzegovina: Group F - 2014 FIFA World Cup Brazil

Malheureusement, celui contre le Nigéria s’avérait déjà décisif. Meilleurs pendant une dizaine de minutes, les Bosniens ont sombré après le but injustement annulé à Dzeko. Courts physiquement, avec très peu d’idées dans le jeu et démontrant finalement peu d’envie, les Bosniens ont explosé devant la vitesse et la force des Nigérians à l’image de Spahic face à Emenike. Une courte défaite 1-0 et le Mondial était déjà terminé pour la Bosnie…

Une première victoire historique

Malgré tout, il faut aussi retenir cette première victoire historique contre l’Iran 3-1. Pour l’occasion, Susic était repassé à son système avec 2 pointes (Ibisevic-Dzeko) qui avait si bien marché pendant les éliminatoires et avait largement fait tourner son effectif pour laisser du temps de jeu à quelques jeunes. Cette victoire reste une petite consolation mais une consolation tout de même.

Susic: le coupable idéal

Ceux qui ont pu suivre les discussions sur Twitter pendant et après le match contre le Nigéria et ont lu les divers articles écrits ont dû être surpris par la virulence des critiques adressées à Susic. Pas de leadership, mauvais choix tactiques, mauvais choix d’hommes: tout y passait.

Tout d’abord, il faut mettre au crédit de Susic d’être celui qui a pris cette sélection, l’a mené à divers barrages par le passé pour finalement qualifier cette génération vers son premier grand tournoi.

Alors que Susic avait bâti sa campagne de qualifications sur un 442 avec Ibisevic-Dzeko et un pouvoir offensif impressionnant, Susic a commencé le Mondial en 451 pour solidifier son milieu. Un calcul qui a paru contre nature pour une équipe qui a bafoué son identité de jeu et s’est perdue. De plus, Ibisevic, souvent décisif, a dû regarder une grande partie de la compétition depuis le banc. Les tâtonnements tactiques de Susic ont aussi été criants contre le Nigéria avec un côté gauche composé d’un ailier gauche en tant que latéral et un n°10 en tant qu’ailier gauche. Du coup, les Nigérians se sont fait plaisir sur cette aile pendant tout le match.

susic

L’autre problème majeur de Susic semble avoir été le manque de charisme. Alors que son compatriote Halilhodzic semblait jouer sa vie dans chaque match de l’Algérie, Susic faisait triste mine dans son survêt Adidas et sans réellement sembler vivre le match avec intensité et la volonté d’avoir une influence sur ceux-ci. On peut d’ailleurs s’interroger sur sa capacité à motiver ce groupe et ses tauliers vu la prestation insipide contre le Nigéria.

Malgré tout, Safet Susic est aussi et avant tout le sélectionneur qui a permis à la Bosnie de vivre sa première compétition internationale. Il a réussi à mener ce groupe de joueurs aux caractères forts jusqu’au Brésil tout en réussissant à créer un amalgame entre anciens et nouveaux. Les pour et les contre bataillent aujourd’hui pour savoir s’il doit rester en poste.

Des tauliers qui ont déçu

Le premier coupable est Spahic. Terriblement décevant sur les trois matchs et complètement à la rue contre le Nigéria, le capitaine bosnien a clairement abandonné ses coéquipiers pendant ce Mondial. Les médias bosniens ont aussi fait état d’une influence néfaste de l’ancien Montpellierain sur le groupe.

spahic

Le majestueux Misimovic a aussi déçu. A court de forme contre l’Argentine, il a distillé quelques beaux gestes et passes par moments avant d’être invisible contre le Nigéria, mal servi par le choix de Susic de le mettre à gauche. Non-aligné contre l’Iran, il se pourrait que le n°10 dise adieu au maillot de la Bosnie.

Dzeko doit aussi faire partie de cette liste. S’il a effectivement marqué un but refusé contre le Nigéria puis un autre accepté contre l’Iran, l’attaquant de Man City a surtout paru peu concerné par le jeu et le destin de son équipe. On attendait qu’il soit un leader par son attitude, il a été absent sur ce point.

La nouvelle vague prend le pouvoir

Pjanic a été une des rares stars à ne pas se cacher et essayer de prendre les choses en main. Jouant relayeur contre l’Argentine puis milieu offensif contre le Nigéria, il n’a pas eu l’influence qu’on lui connaît à la Roma mais il a démontré une réelle envie et surtout un leadership technique qui devrait en faire le vrai taulier de l’après Spahic.

besicpjanic

Besic (21 ans) a été la superbe surprise de Susic. Placé en n°6, le joueur de Ferencvaros a été énorme au niveau des efforts et a terminé le tournoi avec une énorme cote aux yeux des supporters bosniens. Omniprésent, il a aussi assuré dans le jeu de passes et s’est même permis quelques montées balle au pied. Assurément, voici le n°6 de cette sélection pour les 10 ans à venir et une future star d’un grand club européen.

Sunjic (25 ans), joueur du Zorya Luhansk en Ukraine, est arrivé sur la pointe des pieds au Brésil. Destiné à un poste de réserviste, il a supplée Bicakcic dès le second match pour aider Spahic dans l’axe de défense. Alors que l’ancien coulait, Sunjic a fait preuve de belles qualités et a sans doute gagné ses galons de titulaire pour les mois à venir.

Et maintenant ?

Une première n’est jamais aisée et la Bosnie n’a pas été aidé par son sélectionneur et ses tauliers. Cette expérience devrait malgré tout être positive pour une sélection assez jeune et en manque de vécu à ce niveau. Spahic et Misimovic devraient quitter la sélection mais les autres comme Begovic, Dzeko, Pjanic et compagnie sont dans la fleur de l’âge. Reste à savoir si ce sera avec Safet Susic ou un autre à leur tête pour voguer vers l’Euro 2016 en France.

 

Tristan Trasca

Bosnie: une première au goût d’inachevé
Donnez votre avis

A propos de l'auteur

Tristan Trasca

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
Bilan Coupe du Monde : la décéption croate

La Croatie était considérée comme un des outsiders de la compétition, et malgré un jeu parfois léché et des stars...

Fermer