Le BATE Borisov face à la compétition venue de Minsk

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 5 mai 2016

Lorsque l’on jette un coup d’œil au classement de la Vysshaya Liga biélorusse après cinq journées, on se rend compte que le BATE Borisov est déjà en tête. Jusque-là, pas de surprise. En revanche, la curiosité se situe aux quelques places suivantes, où les quatre équipes de Minsk sont présentes – seul le Torpedo-BelAZ Zhodino s’est incrusté à la 5e place. On se dirige alors vers un duel entre la capitale et Borisov, ville à 75 kilomètres au nord-est de celle-ci. L’occasion de faire état des forces en présence où, dans un État très centralisé, l’hégémonie d’un club venu d’une ville de 150.000 habitants fait un peu tâche.

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On ne présente plus le BATE Borisov. Décuple champion de Biélorussie en titre, le club des usines d’équipements électroniques de tracteurs et voitures continue d’asseoir sa domination nationale année après année malgré la perte, tous les ans, de joueurs clés. Mieux encore, le BATE poursuit ses prouesses européennes, se qualifiant tous les ans pour les phases de poules de Ligue des Champions ou l’Europa League. Comme le suggèrent son acronyme et son président, Anatoli Kapski, également patron des usines, le BATE est devenu une machine qui peut compenser à n’importe quel départ de joueur ou entraîneur comme on l’a vu avec Viktor Goncharenko, aujourd’hui assistant de Leonid Slutskiy au CSKA Moscou.

Cet hiver, le club de l’oblast de Minsk a perdu Filip Mladenovic, parti au FC Köln, en Allemagne. Recruté gratuitement, l’arrière gauche a quitté Borisov pour 1.5M€. Une très belle somme pour un arrière latéral du championnat biélorusse qui était néanmoins un élément capital de l’équipe et sûrement le meilleur joueur du pays. Pour le remplacer, le BATE a acheté Artur Pikk, défenseur international estonien du Levadia Tallinn. Mais le BATE Borisov a surtout réinvesti l’argent de Mladenovic dans son jeune compatriote de Vojvodina, Mirko Ivanic, que le club biélorusse a chopé au nez et à la barbe de plusieurs clubs de championnat plus huppés. Ivanic a couté environ un million d’euros et le voilà avec l’étiquette de joueur le plus cher de l’histoire du championnat. La dernière recrue se nomme Yuriy Kendysh du Zalgiris Vilnius, de retour au pays après deux ans en Lituanie. Du côté des départs, on note Aleksandr Hleb, reparti en Turquie, Nemanja Nikolic en Israël ainsi que les décevants Dmitriy Baga et Ilya Aleksievich. Dmitriy Likhtarovich, la légende et ancien capitaine du club, a pris sa retraite.

La machine est déjà lancée. Cinq matchs, treize points en ayant affronté le Shakhtyor Soligorsk, le Dinamo Minsk, le FK Minsk et le Belshina, c’est très positif pour le BATE.

DINAMO MINSK
Dinamo Minsk

Le Dinamo Minsk. Club le plus populaire de Biélorussie, seul représentant du pays lors du championnat d’URSS et vainqueur en 1982, le Dinamo tente tous les ans, depuis dix saisons, de mettre fin à l’hégémonie de son rival. Jusque-là, rien de bien convaincant mais le Dinamo a au moins retrouvé une constance qu’il avait perdu en finissant désormais tous les ans sur le podium. Une première étape avant de prendre le titre. Cela fait également deux saisons que le club atteint les poules de l’Europa League grâce à l’excellent travail de Vladimir Zhuravel et de son successeur – si on exclut l’énigme Dusan Uhrin – Vuk Rasovic.


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Le Serbe est probablement la raison qui pousse le plus les supporters du Dinamo à l’optimisme. En plus d’avoir poussé le BATE dans ses derniers retranchements la saison passée, Rasovic a fait confiance aux jeunes et, surtout, il est resté en poste ! Avec une trentaine d’entraîneurs virée par Yuri Chizh, le président, en une dizaine d’année, les chances n’étaient pas très hautes. Et pourtant, le revoilà sur le banc cette saison.

Les deux gros problèmes du Dinamo Minsk sont les mêmes tous les ans. Le club change la moitié de son équipe et, de ce fait, rate constamment son début de saison pour prendre un retard trop conséquent pour le refaire. Le premier souci n’a pas été réglé. Exit Politevich (Turquie), Veretilo (Pologne), Korzun (Dynamo Kiev), Udoji (Chine), Beciraj (Dinamo Moscou), soit plus ou moins la colonne vertébrale de l’équipe. Bienvenue Valeriy Zhukovskiy, un des meilleurs joueurs du championnat avec le Naftan l’an passé, Yuriy Gabovda (Granit), Aleksandr Noyok (Metalist), Luka Rotkovic et Egor Zubovich (libres) ainsi que le retour de prêt de Artem Bykov. Cet effectif est encadré par des joueurs d’expérience comme Yan Tigorev et Vladimir Korytko, arrivés la saison passée et qui se sont avérés très utiles. Le Dinamo avait fait du bon boulot en anticipant ses départs et en faisant un mercato estival – soit la trêve en Biélorussie – très costaud avec Begunov et Premudrov notamment. L’équipe est certainement un peu moins bonne en matière de qualité individuelle mais le collectif est très bon.

Si le début de saison n’est pas excellent, il n’est pas non plus mauvais. Le dernier match nul face à Slutsk fait tâche après deux victoires et deux matchs nuls face à Soligorsk et au BATE. Un match qui montre toute la force mentale de ce Dinamo version 2016.

FK MINSKFK Minsk

Le FK Minsk est l’équipe du milieu de tableau qui travaille certainement le mieux à tous les étages – avec le FC Slutsk. Tous les ans, le petit club de la capitale se développe et s’améliore d’une façon ou d’une autre. Le sacre en Coupe de Biélorussie en 2013 montrait déjà les progrès du club, suivi la saison suivante par un joli parcours en Europa League où le club aura notamment éliminé les Écossais de St. Johnstone. L’an passé, le FK Minsk faisait une saison très moyenne jusqu’à une série de neuf victoires consécutives qui leur a permis de mettre un peu de piment dans sa saison en se battant pour la troisième place européenne. Le club finira néanmoins 6e après des dernières journées décevantes. On peut également noter que le club a la meilleure section féminine du pays.

Aussi, et surtout, le FK a inauguré son tout nouveau stade, le plus moderne de la capitale. Seulement 3.000 places mais une pelouse synthétique chauffée qui permet de jouer dessus en hiver. Il est également utilisé par le FK Krumkachy et le FK Isloch – voir en-dessous –, par la section féminine et… par les jeunes qui ont participé à la Youth League. Car le FK Minsk a l’un des meilleurs centres de formation du pays et fait confiance à ses jeunes pousses. Artem Vasilyev, Valeriy Gromyko et Dmitriy Bessmertniy sont les joueurs les plus prometteurs sortis du centre de formation du club mais beaucoup devraient suivre. De plus, la philosophie jeunesse se poursuit dans les achats hivernaux. Le FK a profité des soucis financiers des clubs ukrainiens pour attirer Gvilia (21 ans), Kulinich (21 ans) et Klimanchuk (18 ans) tout en attirant des joueurs plus expérimentés comme Trubilo et Legchilin. Un mélange de jeunesse et d’expérience qui une recette souvent propice au succès.

Adepte de la stabilité, le club a néanmoins changé d’entraîneur cet hiver. Le formateur Andrey Pyshnik a été remplacé par Georgi Kondratiev. Si le nom vous dit peut-être quelque chose, c’est parce qu’il est l’ancien sélectionneur national. Il était avant cela le sélectionneur des espoirs. La philosophie se confirme. La réussite de ce projet du FK Minsk ne serait qu’une excellente nouvelle pour le football biélorusse et cette deuxième place après cinq journées ne peut pousser qu’à l’optimisme.

FK KRUMKACHY
FK Krumkachy

Difficile de rajouter quelque chose de plus que notre article sur l’attraction de l’intersaison en Biélorussie. Si Leicester et Rostov apportent un vent de fraîcheur sur leur championnat respectif, le FC Krumkachy en fait de même dans le sien. Créé sur un forum pour faire des tournois amateurs locaux, les Corbeaux ont grandi très rapidement jusqu’à, cet hiver, atteindre la Vysshaya Liga. Une histoire rocambolesque et un peu féerique qui montre également qu’il ne faut pas grand-chose pour arriver jusqu’en en première division en Biélorussie. Les méthodes de travail – beaucoup de statistiques notamment – et le fait que le FC Krumkachy soit le seul club professionnel du pays à ne pas recevoir de sous en provenance de l’État attisent la curiosité.


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Les objectifs sont nombreux cette saison pour les Krumkachy. En plus de devoir se maintenir en Vysshaya Liga, le club va devoir développer une base de supporters assez conséquente pour pouvoir générer des fonds autre que par ses sponsors. Actuellement, les Krumkachy jouent leur match à domicile dans le nouveau stade du FK Minsk, son stade de l’Olimpiskiy ne pouvant accueillir des matchs de première division. Dans ce stade de 3.000 places, ils ont rassemblé 1.500 puis 1.850 personnes lors de leurs deux premiers matchs à domicile qui se sont soldés par deux victoires face au Neman Grodno et au Slavia Mozyr. Pour attirer, le FK Krumkachy et son président, Denis Shunto, aiment se revendiquer comme « le club du peuple ».

Toujours est-il que le club a dû faire un gros travail de recherche de sponsors en cette intersaison. Un travail fructueux qui a vu plusieurs marques importantes rejoindre le projet des Corbeaux. Le principal se nomme Krinista, plus grosse brasserie de Biélorussie et qui exportent ses différents produits dans de nombreux pays de la CEI. Le partenariat entre les deux marques a été signé pour trois ans et assure aux Krumkachy une pérennité financière déterminante que beaucoup de clubs biélorusses n’ont pas le luxe d’avoir. Grâce à cette importante rentrée d’argent, le FK Krumkachy a pu attirer des joueurs sans en laisser partir. Ainsi, l’effectif de la montée est resté intact et des éléments tels que Vyacheslav Hleb, le frère de, sont arrivés afin d’apporter de l’expérience à une équipe qui en manque cruellement à ce niveau. Cependant, le club peut toujours faire confiance à Oleg Dulub, son entraîneur ou faiseur de miracles, c’est au choix.

Le début de championnat est excellent. Se maintenir en Vysshaya Liga est très délicat pour un promu puisque la différence de niveau entre la première et la deuxième division est importante. Avec huit points en cinq matchs, on peut espérer que le club surfe sur la dynamique de la montée, même s’il y a des chances qu’il rentre dans le rang au fil des journées.

FK ISLOCH
FK Isloch

Le FK Isloch est basé juste à l’extérieur de Minsk, à Tarasovo, et le nom complet du club, comme son logo l’indique, est « FK Isloch Minski Raïon », le raïon étant l’équivalent d’un petit département. L’Isloch joue ses matchs à Molodechno, à 70 kilomètres au nord-ouest de Minsk, dans un stade de 4.000 places. Nommé après le nom d’une rivière qui passe aux alentours – comme le Neman Grodno et le Dnepr Mogilev –, l’Isloch a une histoire un peu similaire aux Krumkachy mais un développement beaucoup plus lent. Créé en 2007, le club a d’abord joué dans des championnats amateurs dans la région de Minsk avant de rejoindre la pyramide du football biélorusse et de représenter le pays à la Coupe des Régions de l’UEFA en 2013. Promus pour la première fois en Vysshaya Liga, les « Volkov » (les Loups) font encore mieux que les Krumkachy en ce début de saison.

Le FK Isloch et le FK Krumkachy sont de gros concurrents et ne semblent pas beaucoup s’aimer. Les deux clubs visent les mêmes personnes qui cherchent à supporter une équipe, les mêmes sponsors. Les piques entre les deux clubs ne sont pas rares et des tensions lors du match entre les deux clubs sont clairement apparues, l’entraîneur de l’Isloch dénonçant des insultes venues du banc adverse pendant que celui des Krumkachy critiquait la pelouse du stade. Le match a attiré 4.100 personnes et l’Isloch met en place des navettes Minsk – Molodechno – Minsk pour les personnes souhaitant se déplacer. C’est l’une des forces de son projet : l’Isloch a déjà des spectateurs réguliers dans son stade.

Même chose au niveau des sponsors. Le co-fondateur du club, Vitaliy Kurylo, est un businessman assez renommé dans le pays et il possède plusieurs marques en Biélorussie comme… KFC. Ainsi, le Colonel Sanders apparaît désormais sur les maillots des joueurs. L’Isloch a annoncé un budget de 700.000 dollars pour sa première saison dans l’élite et l’entraîneur, Vitaliy Zhukovskiy – seulement 31 ans –, a déclaré que le club n’existerait pas sans les aides financières de la région. Là aussi, peu de mouvements et une base solide qui vient de l’effectif de la montée. L’Isloch a juste apporté quelques éléments d’expérience Andrey Poryvaev, de retour au pays après une pige au Kazakhstan, ou Aleksandr Shagoyko du Belshina. La défaite face au Dinamo Brest ne gâche en rien l’excellent début de saison du FK Isloch, deuxième après cinq journées avec dix points. Là encore, on peut s’attendre à un retour dans le rang prochain mais, là encore, le projet est intéressant et beaucoup plus moderne que ce que les clubs biélorusses ont l’habitude de proposer, notamment par manque de moyens financiers.

Quentin Guéguen


Image à la une : © by.tribuna

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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