BATE Borisov : la vie sans créateur

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 30 septembre 2014

Pour la première fois depuis que le club réussit au niveau européen, le BATE Borisov va devoir faire sans meneur de jeu avancé. Aleksandr Ermakovich, l’entraîneur, va devoir s’adapter.

Si le BATE Borisov est aujourd’hui ce qu’il est dans le paysage footballistique d’Europe de l’Est – un club qui réussit régulièrement à retrouver les poules de coupe d’Europe malgré son entrée au 2e tour préliminaire de la Ligue des Champions – c’est parce qu’il travaille bien. Par cela, on entend une stabilité au niveau de la direction et du staff, une politique de formation bien menée qui apporte chaque année des joueurs dans l’équipe première et, bien sûr, des résultats. Mais il faut également avoir le nez creux au niveau du recrutement. Le BATE Borisov l’a toujours eu, notamment au niveau des meneurs de jeu. En tant que plus grand club d’un championnat de seconde voire de troisième zone, la routine du BATE Borisov est simple et claire. Le club ne vit pas grâce aux sponsors, difficilement trouvables au pays, ni de transfusions d’un richissime homme d’affaire. Pour vivre, en plus des retombées financières inespérées de la Ligue des Champions, il faut être malin sur les recrues et les vendre plus cher.

Krivets, Bressan, Hleb, Krivets

Le meneur de jeu a toujours été l’élément clé du système de Viktor Goncharenko, l’architecte de toute cette réussite, et de fait, le 10 attirait les convoitises et était une belle opportunité de gagner de l’argent pour le club. Ça a d’abord été le cas pour Sergey Krivets. De 2006 à 2009, alors qu’il avait encore les cheveux longs, le blond meneur de jeu a conduit le club jusqu’à y marquer le premier but d’un club biélorusse en Ligue des Champions. Puis il est parti au Lech Poznan pour plus cher. Pour le remplacer, le BATE a fait appel à Renan Bressan. Arrivé du Brésil à Gomel, le Brésilien, aujourd’hui international biélorusse, s’est imposé comme le meilleur joueur du pays à Borisov. Puis est arrivée la légende, Aleksandr Hleb, venu faire une pige d’un an et demi dans son club formateur. Bressan et Hleb ont pu jouer ensemble quelques temps avant que l’un ne parte pour Vladikavkaz et l’autre pour Konyaspor, en Turquie. Sergey Krivets est ensuite revenu, gratuitement, dans un championnat bien loin de son niveau. Après l’avoir écrasé et offert une nouvelle campagne européenne automnale aux fans du BATE, il a rejoint Metz le mois dernier pour une nouvelle expérience étrangère. Si leur style de jeu était différent, le jeu du BATE Borisov a toujours été dans de bonnes mains, autour d’un meneur très offensif, toujours décisif, capable de créer pour lui et pour les autres, de marquer et de passer.

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La mauvaise série en cours

Mais aujourd’hui, il n’y en a plus. Parti dans les derniers jours du mercato, le 28 août, Sergey Krivets n’a pas été remplacé. Auteur de 10 buts et de 11 passes décisives en championnat jusqu’à son départ, sa perte est terrible pour un club comme le BATE. Et cela se ressent dans les résultats et dans le nombre de buts marqués. Si l’on excepte la claque reçue à Porto, le BATE a joué quatre matchs de championnat. Sur ces quatre matchs, les jaune et bleu n’en ont gagné qu’un, le premier, face au Neman Grodno. Depuis, il n’y a que des matchs nuls, face au Torpedo-BelAZ, au Dinamo Minsk et au Naftan Novopolotsk, le week-end dernier. A 10 contre 11, les hommes d’Aleksandr Ermakovich ont arraché l’égalisation à la 88e minute grâce à Nikolay Signevich. Bien insuffisant lorsqu’on s’appelle le BATE Borisov et que, contrairement aux années passées, le titre n’est pas encore joué. Le Dinamo Minsk, qui fait du surplace également (Coupe d’Europe ?), n’est qu’à trois points. Cinq buts sur les quatre derniers matchs, c’est bien moins que les deux buts de moyenne du club en championnat (49 buts en 25 matchs) mais également que sur les quatre matchs précédant le départ de Sergey Krivets où le BATE en avait mis neuf.

Ermakovich à l’épreuve

Il y a donc un manque au sein de l’effectif, et la question se pose de comment le remplacer. Doit-on essayer de chercher un joueur qui se rapproche de l’impact de Sergey Krivets ou doit-on essayer d’adapter le système pour pallier le départ du meilleur joueur de l’équipe ? Le joueur le plus à même d’enfiler les gants de Krivets serait Mikhail Gordeychuk, mais il est plus dans le style « accélérateur de particules » plutôt que meneur de jeu capable de faire la passe au bon moment. Joueurs confirmés et internationaux, Edgar Olekhnovich et Aleksandr Volodko jouent trop bas pour être constamment décisifs. Aleksandr Pavlov se fait vieux mais le génie mi-roux, mi-chauve est celui qui sent le plus le football dans cet effectif. Cela étant dit, il a été utilisé avec parcimonie par son entraîneur. Aleksandr Ermakovich semble vouloir garder son 4-3-3, avec des latéraux offensifs et des ailiers qui aiment repiquer dans l’axe. Nous avons là affaire à un entraîneur bien moins pragmatique que son prédécesseur, Viktor Goncharenko, qui n’hésitait pas à s’adapter à l’adversaire, que ce soit au niveau du système et des joueurs. Ermakovich, qui termine sa première saison complète à la tête du club, va devoir rapidement trouver une solution. On l’a vu face à Porto, la Coupe d’Europe ne pardonne pas. Et ce sera pareil ce soir, face à l’Athletic Bilbao.

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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