L’AEK, le nouvel envol de l’aigle à deux têtes

Martial Debeaux
Martial Debeaux - Publié le 4 janvier 2016

Avant de parler d’un club grec, il est toujours intéressant de s’intéresser à son histoire. On n’est jamais vraiment déçu sur ce point-là. Αθλητική Ένωσις Κωνσταντινουπόλεως. Athletic Union of Constantinople, après la traductionDe quoi poser les bases de celle de l’AEK Athènes, club basé à Nea Filadelfia dans la banlieue athénienne, et parmi les plus réputés en Grèce. Un club qui, à l’image de ses racines, revient de loin. Des bas fonds du football grec, plus précisément.

Les réfugiés de Constantinople

Une histoire riche donc, dont l’origine remonte aux débuts des années 1920, à une époque où Istanbul s’appelait encore Constantinople. La population grecque de la ville était alors habituée à créer plusieurs clubs de sports (Enosis Tataoulon, Megas Alexandros, Hermes, Olympias, pour ne citer qu’eux), reprenant ainsi les traditions helléniques de la pratique sportiveLe plus connu de ces clubs fut sans doute le Beyoğlu SK (qu’on appelle aussi le Pera Sports Club, ou encore Greek Football Team, suite à plusieurs changements de noms au fil des années), fondé en 1914. Après la guerre gréco-turque (1919-1922), beaucoup d’athlètes (et de civils) furent forcés de quitter le coin, dans les fameux échanges de populations entre les deux pays établis par le traité de Lausanne de 1923. Au total, ce sont près de deux millions de personnes (1,5 million de Grecs de Turquie, 500.000 Turcs de Grèce) qui furent forcées de changer de pays, perdant leur nationalité au passage.

Ces réfugiés, établis principalement à Athènes et à Thessalonique et souvent considérés comme des citoyens de seconde zone, seront à l’origine de la création de l’AEK Athènes. Un petit groupe d’entre eux, réunis dans la rue Veranzerou, dans le centre d’Athènes, fondera le club en 1924. La légende est en marche.« Je connaissais l’histoire, et ça a créé des liens plus forts du fait que je sois fils d’immigrés », confie Rafik Djebbour, arrivé en 2008 du Panionios, autre club de la banlieue d’Athènes à l’histoire similaire.

À la base, l’objectif de cette nouvelle entité était de proposer des activités sportives et culturelles aux personnes déplacées, souvent installées dans les nouveaux quartiers de la capitale grecque (Nea Filadelfia, Nea Ionia, Nea Chalkidona, Nea Smyrni). Le logo, lui, reprend les codes de l’Empire byzantin, avec le caractéristique aigle à deux têtes que l’on retrouve aussi, par exemple, sur le blason du PAOK. L’équipe athénienne est d’ailleurs surnommée Dikefalos Aetos (l’aigle à deux têtes en VF), histoire d’ancrer un peu plus l’aspect historique dans le sportif.

Premier stade, et premiers succès sportifs

Rapidement, l’AEK devient l’un des clubs les plus soutenus du pays, compte tenu du nombre d’immigrés venus de Constantinople, et de ce que représentait le club pour eux, avec cette référence à la ville incrustée dans le nom de l’équipe. Sans stade fixe, l’AEK voit arriver Konstantinos Spanoudis à sa tête, journaliste et associé d’Eleftherios Venizelos, Premier ministre de l’époque. Le premier président de l’histoire de Vasilissa (qui signifie la Reine, l’un des autres surnoms de l’AEK) sera celui qui permettra à l’ancienne équipe d’Eiður Guðjohnsen d’avoir sa première enceinte. Après plusieurs mois de lobbying auprès des autorités, Spanoudis parvient à obtenir un terrain à Nea Filadelfia, dans la banlieue d’Athènes, destiné jusque là au logement de réfugiés. Le stade Nikos Goumas était né. Cette enceinte d’un peu plus de 27.000 places sera le temple de l’AEK et de ses ultras pendant de longues années, avant d’être démoli en 2003.

Sur le plan sportif, le premier titre arrive en 1932, avec une victoire en Coupe de Grèce contre l’Aris. Autour de joueurs comme Kostas Negrepontis, Kleanthis Maropoulos, Tryfon Tzanetis ou Giorgos Mageiras, tous nés dans ce qui est la Turquie actuelle, l’AEK est l’une des meilleures équipes du pays dans les années 1930. En témoignent ce doublé coupe-championnat réalisé en 1939, puis ce titre l’année suivante. Une domination nette, aux côtés des principaux clubs du pays (et de la ville), tels l’Olympiakos et le Panathinaïkos, mais qui va quelque peu s’estomper. Malgré des victoires en Coupe (1948-49, 1949-50, 1955-56), il faudra attendre un peu plus de vingt ans pour revoir l’AEK triompher en championnat. Et ce retour au premier plan coïncide avec l’arrivée de celui qui marquera l’histoire du club. Né au mois de novembre 1942 à Veroia dans le nord du pays, Dimitris « Mimis » Papaioannou inscrira 234 buts en 480 matchs durant ses 18 saisons au club. Dès sa première année, en 1962-1963, l’AEK retrouve les sommets du football grec, avec deux buts de son attaquant vedette contre le Pana lors des playoffs.

La folle époque de Loukas Barlos

Très vite, l’AEK découvre les joies de la Coupe d’Europe, dans ce qu’on appelle encore la Coupe d’Europe des Clubs Champions, la vraie. Sous la houlette du Serbe Branko Stanković, le club athénien marquera même l’histoire du football hellène en devenant la première équipe du pays à atteindre les quarts de finale, avant de s’arrêter contre les Tchécoslovaques  du Spartak Trnava en 1968-1969. L’AEK se consolera deux ans plus tard avec sa cinquième couronne nationale, et une super coupe glanée aux dépens du grand rival de l’Olympiakos.

Les aventures européennes prendront une autre tournure avec l’arrivée de Loukas Barlos au poste de président. Cet homme d’affaires, initialement supporter de l’Aris, prend ses fonctions en 1974. Dans la foulée, il met la main au portefeuille pour bâtir l’une des plus belles équipes de l’histoire de l’AEK. Avec le Hongrois Frantisek Fadrhonc aux manettes, des grands noms se succèdent comme Christos Ardizoglou, Lakis Nikolaou, Stefanos Theodoridis, Stelios Manolas (le Totti de l’AEK et ses 20 saisons au club, lui qui est l’oncle de Kostas Manolas, actuel défenseur de la Roma) ou encore le Serbe Dusan Bajević dont on reparlera plus tard. L’apogée arrivera lors de la saison 1976-1977, avec une participation aux demi-finales de la Coupe UEFA contre la Juventus, qui ira décrocher le titre à l’issue de la compétition avec un sacré personnage à la pointe de l’attaque.

Thomas Mavros dans la légende

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Thomas Mavros | © aekfc.gr

Quand on pense à l’AEK et à ses joueurs légendaires (ou pas), beaucoup de noms viennent en tête. Les fans de la grande équipe nationale grecque se souviendront de Dellas ou Katsouranis, ou encore du légendaire Démis Nikolaïdis. D’autres, de l’Algérien Rafik Djebbour, ou des Argentins Ismael Blanco ou Ignacio Scocco, plus récemment. Pourtant, celui qui a marqué l’histoire du club en profondeur est né la même année que John Travolta : en 1954. Durant onze saisons, Thomas Mavros sera le goleador de l’AEK, scorant 174 fois en 277 apparitions.

Débarqué du Panionios en 76, le natif de Kallithea a dû attendre un an avant de pouvoir rejoindre l’AEK, pris dans un conflit entre les deux clubs portant sur l’homologation de son contrat. Qu’importe. La suite ne sera qu’un enchaînement de buts, bien aidé par son excellente entente avec Dusan Bajević. Trois fois meilleur buteur de l’Alpha Ethiniki (l’ancêtre de la Super League) sous les couleurs jaunes et noires (1978, 1979, 1985), il gagnera le coeur des supporters, qui finiront par le surnommer ‘God’, rien que ça.  Apprécié des fans pour être resté après le départ de Barlos, ce que beaucoup d’autres n’ont pas fait, il retourne en 87 dans son premier club, le Panionios. Et continue de marquer pratiquement un but tous les deux matchs pendant quatre ans. Il finira sa carrière avec un beau total de 260 buts en championnat, faisant de lui le recordman dans l’élite grecque. Tout simplement.

Bajević, du succès à la trahison

Dušan Bajević

Dušan Bajević | © aekfc.gr

L’histoire entre Bajević et l’AEK n’était pas faite pour s’arrêter en 1981 lorsque le Serbe quittait la Grèce pour rejoindre le Velez Mostar. Cinq ans plus tard, et après avoir coaché le club de sa ville natale dans ce qui était encore la Yougoslavie, celui qu’on connaît sous le nom de Ντούσαν Μπάγεβιτς en Grèce prend les rênes de l’AEK. Avec un succès immédiat. Dès sa première saison, en 88-89, il remporte le titre, un peu à la surprise générale. La suite, elle, ne devra rien au hasard.

Entouré de joueurs comme Vassilios Tsiartas, Daniel Batista, Alexis Alexandris ou encore le capitaine Stelios Manolas (mentionné ci-dessus), le Serbe va ajouter trois titres de plus (et consécutifs) dans la vitrine de l’AEK. Jamais l’équipe n’a semblé aussi forte, et, en comparaison avec la Super League actuelle, jamais l’Olympiakos n’a semblé aussi dépassé. Tout cela mènera le club à disputer la Ligue des Champions lors de la saison 1994-1995, ce qui constitue, là encore, une première pour un club grec. Dans le groupe de l’Ajax, du Milan AC et de Salzsbourg, l’AEK ne passera pas les poules. Mais reviendra plusieurs fois sur la scène européenne, en coupe de l’UEFA et en Coupe des Vainqueurs de Coupe notamment.

Comme toute histoire d’amour, celle entre Bajević et l’AEK se terminera mal. Dans le chaos, et la haine plus précisément. La faute au choix du technicien de rejoindre, en 1996, un club situé tout près de l’AEK : l’Olympiakos. Ses huit ans de succès sont immédiatement oubliés dans l’esprit des supporters. Le Serbe devient presque l’ennemi public n°1 l’espace d’un temps. Cela ne l’empêchera de revenir, des années plus tard, coacher l’AEK à deux reprises (2002-2004, 2008-2010), après avoir dirigé les plus grands clubs du pays, sauf le Pana.

Nikolaidis, de joueur à président

La suite de l’histoire de l’AEK sera faite de hauts et de bas. De hauts, d’abord, avec cette campagne européenne de la saison 2002-2003. Tiré au sort dans le groupe du Real, de la Roma, et de Genk, l’AEK terminera avec six matchs nuls sous les ordres d’un Bajević revenu en grâce dans le coeur de certains des supporters du club. De bas, ensuite, lorsque la mauvaise gestion du président Psomiadis conduit au départ forcé de l’idole Nikolaidis vers l’Atletico Madrid. Un joueur qui fera son retour un an plus tard, par la grande porte : après avoir créé Enosis 1924, un club de supporters destiné à motiver les fans à prendre la gouvernance en rachetant des parts du club.

Il finit par arriver à ses fins, en devenant le nouveau président de son club de coeur. Entouré d’homme d’affaires, il s’attelle à sortir le club de ses difficultés financières, et à le ramener vers ses sommets d’antan. Il nomme Fernando Santos à la tête de l’équipe, ramène les fans au stade (mais plus à Nikos Goumas, qui a été détruit entre temps), et construit une équipe talentueuse, qui participe une nouvelle fois à la Ligue des Champions 2006-2007, battant même le grand Milan AC à l’OAKA, le stade olympique que l’AEK occupe à partir de ce moment-là.

Le sacre volé de 2007-2008

« Une équipe qui n’est pas assez bonne pour gagner le titre sur le terrain ne mérite pas le trophée ». Ces mots, lâchés par l’ancien Barcelonais Rivaldo, résument bien ce que pensent les supporters de l’AEK de cette fameuse saison restée gravée dans l’histoire du football grec. Sur le terrain, le Brésilien (arrivé de l’Olympiakos à l’été) cohabite avec le roc Dellas, et la fine gâchette argentine Ismael Blanco (19 buts). L’AEK termine donc en tête, devançant l’Olympiakos d’un petit point.

Mais un jugement va chambouler tout ça. Accusé d’avoir fait jouer un joueur non éligible, l’Apollon Kalamaria voit sa victoire contre l’Olympiakos se transformer en défaite. Le club du Pirée repasse en tête avec ces trois points inespérés, et remporte donc la Super League. Personne à l’AEK n’accepte cette décision jugée arbitraire, mais les multiples recours n’y feront rien. Après avoir promis de quitter le pays si le titre ne revenait pas à son équipe, Rivaldo met à sa menace à exécution et s’en va en Ouzbékistan. La fin d’une époque, et le début d’une longue descente aux enfers.

La descente aux enfers et le salut nazi

L’AEK a beau être un club qui a germé à Constantinople, il n’en reste pas moins un vrai club grec. Avec tout ce qui va avec. Et qui dit vrai club grec dit problèmes financiers. Après ce titre volé, ou perdu, c’est selon, l‘AEK réussit tout de même à finir deux fois deuxième (2009-2010, 2010-2011), avec, entre autres, sa prolifique doublette argentine Scocco-Blanco, ou encore Kostas Manolas en défense centrale. L’équipe athénienne participe aussi à l’Europa League deux années de suite, renforcée par l’arrivée de joueurs comme le Sénégalais Papa Bouba Diop ou l’Argentin Nasuti. L’AEK est devenu un club régulier, habitué des joutes européennes dans une Ligue Europa relevée. « Ce fut une belle expérience. C’était l’un des 3 grands clubs du pays, qui jouait devant un public de fous et dans un stade flambant neuf. Le tout, avec des joueurs de qualité comme Scocco par exemple, explique Rafik Djebbour. J’en ai gardé un bon souvenir. Après, j’essaie d’oublier les mauvaises choses. »

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© aekfc.gr

En avril 2011, le club parvient à glaner sa 14ème Coupe de Grèce, battant l’Atromitos 3-0. Manolo Jimenez, le coach de l’époque, fait alors du bon boulot. Il sera plombé par les problèmes financiers qui touchent le club, et qui le forcent à se séparer de ses meilleurs éléments. Des espoirs, comme Kostas Manolas, aux « stars », comme Gudjonhsen, tous les joueurs (une trentaine au total) avec un peu de valeur quittent le navire, faute de paiement des salaires. L’AEK récupère tout de même un peu d’argent sur les transferts de Klonaridis (à Lille), Makos (à Munich 1860) et Vargas (à Jeonbuk). Mais, qualifié en Europa League, le club en est exclu par l’UEFA et est interdit de recrutement, sauf s’il s’agit de joueurs grecs de moins de 22 ans. Une sorte de mission impossible. « Je suis juste joueur. La partie finance, je ne gère pas ces choses-là. Maintenant, il ne faut pas oublier que la Grèce a traversé une grave crise financière et que cela a dû influer dessus », souligne l’attaquant algérien, formé du côté de l’AJ Auxerre.

Cet effectif rajeuni, où figure notamment le célèbre Antonis Rikka, formé à l’OM, ou le Polonais Roger Guerreiro, sera à la peine toute la saison. Les coachs s’enchaînent (comme l’Allemand Edwald Lienen, aujourd’hui à Sankt Pauli) et les conditions se dégradent. Plus payés, les joueurs n’ont plus la tête au football, certains étant dans une situation de précarité avancée. Alors, sur le terrain, les résultats sont à la hauteur de la crise. Dellas remplace Lienen mais rien ne change vraiment. Le premier coup dur arrivera, paradoxalement, après une victoire contre Veria, un soir de mars 2013. Entré en jeu à la 29ème, et buteur décisif à la 84ème, le jeune espoir Giorgios Katidis décide de célébrer son but par un salut nazi en direction des tribunes. Face à un public où l’idéologie antifasciste domine, et dans un pays où le parti néonazi Aube Dorée est en progression constante, son geste est perçu comme un affront. Suspendu de toutes sélections par la Fédé, il ne jouera plus de la saison, avant de partir en Italie.

Le deuxième coup, celui qui sera fatal, arrivera presque un mois après. Opposé à Panthrakikos dans un fameux « match à six points », l’AEK tient le choc et le 0-0. Mais Mavroudis Bougaidis, défenseur central et grand espoir du club, trompe son propre gardien alors que le temps additionnel approche. Très vite, les joueurs sentent le danger et rentrent immédiatement aux vestiaires. Les fans, à bout, envahissent la pelouse, armés de fumigènes et de barres de fer. Forcément, le club perdra sur tapis vert, 3-0. C’est la fin. Jamais relégué, l’AEK doit repartir en Football League, le deuxième échelon national.

Effacement de dette, amateurisme et retour en grâce

Perclus de dettes, l’AEK ne repartira même pas en D2, mais en Football League 2, cette D3 où les clubs en faillite (comme l’Aris, par exemple) décident de repartir en contrepartie de l’effacement de leur dette. Là, sportivement, tout se passe bien. La remontée se fait immédiatement avec une seule défaite et trois nuls en 27 journées. Revenu à la tête du club, Dimitris Melissanidis s’efforce de bâtir des bases saines, histoire de ne pas revivre pareille mésaventure. L’association Enosi Filon AEK (L’Union des amis de l’AEK) est créée, et prend le contrôle du club en achetant la majorité des parts, le tout avec un but non lucratif.

En D2, l’AEK enchaîne avec une deuxième grosse saison, et gagne son ticket pour l’élite deux ans après avoir goûté aux flammes de l’enfer. Certes, tout est à refaire, les stars ne sont plus là, mais le club athénien n’a pas perdu de temps et s’est refait une virginité. Devant, l’Olympiakos est dans un autre monde, mais la hiérarchie n’est pas clairement établie derrière. Personne n’arrive à se stabiliser au haut niveau. Alors, cet été, la direction sportive décide de recruter malin, misant sur des joueurs en fin de contrat. Ronald Vargas, Diego Buonanotte ou encore Rafik Djebbour (ancien de l’époque glorieuse de l’AEK) débarquent, alors que le Suédois Jakob Johansson, révélation de cette saison, était lui arrivé en janvier. « Pour ce qui est de ma première partie de saison, je suis mitigé. Dégoûté d’avoir joué si peu du fait de ma blessure et content des performances réalisées en si peu de matchs. Et surtout content de voir l’équipe à la place où nous sommes. Maintenant, on aspire à plus« , indique celui qui, cette année, effectue sa neuvième saison en Grèce.

Même si l’OAKA sonne creux, sur le terrain, l’AEK régale. Arrivé en cours de saison pour remplacer Dellas, Gus Poyet insuffle sa rage de vaincre et son expérience à un groupe talentueux, fait de jeunes prometteurs, d’espoirs qui n’ont pas su confirmer les promesses placées en eux (Didac Vila, Buonanotte) et de vieux briscards habitués de la Super League. Un cocktail détonnant, qui aboutit à une deuxième place à la trêve hivernale cette année. Au vu de l’irrégularité du Pana et du PAOK, l’AEK peut même rêver d’Europe l’année prochaine. Mais pour cela, il faudra faire preuve de patience et ne pas voir les choses en grand trop vite. Une tâche difficile dans un football grec habitué aux décisions inconsidérées. Les supporters, eux, savent mieux que personne le prix qu’il a fallu payer pour en arriver là. Et personne ne veut revivre cela.

Des ultras engagés

Il était impossible de terminer cet article sans parler des ultras de l’AEK. Dans le top 5 des clubs les plus populaires du pays, avec ses deux rivaux du Pana et de l’Olympiakos et les deux clubs de Thessalonique (Aris et PAOK), l’Enosis dispose d’ultras plutôt engagés. « Nous avons une idéologie antifasciste. Par exemple, il y a quelques semaines, nous avons mis une banderole ‘ΑΕΚ ΜΑΝΑ ΠΡΟΣΦΥΓΩΝ ΟΛΩΝ ΑΕΚ ΜΑΝΑ ΠΡΟΣΦΥΓΩΝ ΟΛΩΝ’ (« L’AEK est la mère de tous les réfugiés » en VF, avec des réfugiés syriens dans les tribunes)« , précise Adam Pesmatzoglou, membre de l’Original 21, le groupe le plus important. Avant d’ajouter : « On déteste l’Olympiakos et le Pana. D’abord, les titres de l’Olympiakos sont volés. Les propriétaires Marinakis et Kokkalis ont acheté des matchs. C’est un peu pareil au Pana. Du coup, on aime bien se battre contre eux ».

Côté alliance et affinités, les ultras ont fraternisé avec ceux de l’OM (Commando Ultras 84) et de Livourne (Brigate Autonome Livornesi 99), proches de l’idéologie de l’Original 21. « On voulait être frères avec Livourne et Marseille, parce qu’il y a de la folie, de l’engouement. Ce sont des Ultras, et il y a eu un bon feeling », souligne Adam Pesmatzoglou. Des tifos, notamment un hostile au PSG lors d’un match contre le club de la capitale française à Athènes en Coupe d’Europe, en français dans le texte, et un autre au Vélodrome, sont venus illustrer cette amitié entre des groupes séparés par des milliers de kilomètres.

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Si tout va bien, ou presque, sur le plan sportif, les fans réclament la construction d’un nouveau stade. Le stade olympique, sans âme, n’est pas et ne sera jamais l’âme de l’AEK. Les fans tentent tant bien que mal de changer cette situation. « On avait un stade à Nea Filadelfia, appelé Nikos Goumas. Malheureusement, il a été détruit. Cela fait onze ans qu’on est à l’OAKA, mais on ne veut pas y être. On veut un stade à Nea Filadelfia, avec 30.000 places. Les ultras ne veulent pas l’OAKA mais Nea Filadelfia. C’est là qu’a été écrite l’histoire de ce grand club « , peste Adam Pesmatzoglou. Des plans sont à l’étude, et ce projet devrait voir le jour dans les prochaines années, si tout se passe bien. D’ici là, le club aura le temps de retrouver le sommet, et de connaître d’autres périodes plus compliquées. Mais l’aigle à deux têtes a repris son envol. Histoire de faire flotter les couleurs et l’héritage de Constantinople sur le football grec.

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Image à la une : © Uefa.com

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Le pied gauche d'Holebas, la hargne de Karagounis, la technique de Fortounis, la classe de Nikopolidis & le jeu de tête de Charisteas.
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