Footballski vous propose de découvrir une nouvelle rubrique avec « Ma vie à l’Est. » Le principe est simple : rentrer dans la vie d’un joueur de football tout le long de sa saison, et lui laisser carte blanche afin qu’il puisse s’expliquer sur tous les sujets qui peuvent l’intéresser. Du football en passant par la musique ou la nourriture, vous saurez tout d’eux. Pour lancer la rubrique, nous avons décidé de choisir Mathias Coureur, ancien joueur du Cherno More Varna, du Dinamo Tbilissi et désormais du Lokomotiv Gorna Oryahovitsa. En effet, ce dernier s’est engagé il y a de cela quelques jours au Kazakhstan, pour revêtir le maillot du Kaisar Kyzylorda. C’est dire si les aventures du Martiniquais à l’Est sont riches. Des aventures à découvrir à travers ses écrits.


Le temps passe, les mentalités restent. Comme je vous le disais dans mon précédent article, le racisme ordinaire au Kazakhstan semble particulièrement ancré dans la mentalité de certains locaux. Caissière qui vous rigole au nez, demandes incessantes de photographie, voitures qui vous klaxonnent lors de vos déambulations dans la rue ou encore être montré du doigt dès que l’on s’aventure dehors, voilà ce qui pourrait vous arriver ici si vous êtes un homme de couleur. Bien évidemment, ne faisons pas de généralité. Mes coéquipiers locaux, par exemple, n’ont jamais eu de quelconque signe désobligeant envers ma personne. Ces derniers m’ont même offert un beau présent lors de mon anniversaire il y a de cela quelques semaines. Malgré tout, il est difficile de passer outre cette situation au quotidien, cette impression d’être vu comme un animal de foire à chaque sortie dans les rues, de n’être qu’humain que lorsque je rentre sur un terrain de football, cela grâce notamment à nos supporters et à leur soutien. L’une des réalités de Kyzylorda pour les joueurs noirs que nous sommes, c’est aussi ça. L’une des réalités, car, évidemment, cette ville peut aussi vous offrir de belles surprises, des plaisirs et ne peut être résumée à cette vision d’un racisme difficile à expliquer, si ce n’est, peut-être, que tous ces habitants ne sont confrontés à des personnes de couleur que depuis peu.

Car Kyzylorda, c’est l’ancienne Union soviétique. Et ça, on le ressent à tous les coins de rue. Que ce soit dans les immeubles ou … dans les Lada! Alors que j’ai déjà eu l’occasion de voyager à de nombreuses reprises un peu partout à l’Est, j’ai enfin eu l’occasion de pouvoir m’installer dans une Lada. Pour les plus jeunes qui n’ont jamais eu l’occasion de connaitre ce bulldozer, prenez un cube et faites-en une voiture. La Lada, c’est un peu ça. Un manque d’esthétique faisant tout le charme de la voiture. Mais ça, c’est à l’extérieur. Une fois dedans, on pense surtout à sa vie et à la mort qui nous attend si, par malheur, mon chauffeur loupe un virage. Si une Lada est marrante de l’extérieur, elle l’est beaucoup moins une fois installé à l’intérieur.

© Kaisar Kyzylorda

Kyzylorda, c’est aussi cette ville où l’on peut sortir tranquillement entre coéquipiers. Une ville où l’on peut se poser dans un restaurant sans vraiment se soucier de grand-chose. Sauf que parfois, il nous arrive d’avoir quelques surprises. Comme celle de notre mascotte. En compagnie d’Ivan Graf et Stefan Nikolic, deux de mes coéquipiers, nous avons eu le plaisir d’avoir la visite d’un inconnu lors d’une sortie au restaurant. Nous serrant la main un par un, s’installant avec nous et engageant la discussion sur des sujets du club, on se regarde alors tous incrédules en se demandant qui est cet homme inconnu au bataillon. Trop vieux pour être un joueur du club, jamais rencontré du côté des dirigeants, on pense alors à un supporter du club décidant de venir prendre un peu de bon temps avec nous. Après tout, pourquoi pas, cela ne nous dérange pas forcément. Et puis, face à nos têtes interpellées, voilà que l’homme nous explique qu’il est finalement … la mascotte du club! Les rires éclatent tout en lui faisant comprendre que nous étions désolés de ce moment de gêne. Qu’on se le dise, nous étions plus habitués à le voir en costume de scène essayant tant bien que mal, et sans véritable succès, de faire lancer des chants aux supporters.

Malgré tout, Kyzylorda est une véritable ville de football. C’est même, de toutes les villes que j’ai eu l’occasion de faire au Kazakhstan, la ville qui respire le plus le ballon. Si le club n’a pas d’ultras comme j’ai eu l’occasion d’avoir en Bulgarie, il n’en reste pas moins qu’à chaque action de match, les supporters n’hésitent pas à se mettre debout, à crier et à nous encourager.

© Kaisar Kyzylorda

Pour finir, retour en France. Je vous avais déjà parlé il y a quelques temps de l’association à qui je viens en aide, à savoir Umma’Nité. Sachez que nous organisons le 29 avril 2017, de 18 heure à minuit à l’espace Jean Marie Poirier (94370 Sucy-en-Brie), le Gala Umma’Nité où vous pourrez rencontrer ceux qui font vivre cette association au quotidien, découvrir ce que nous avons réalisé et ce pour quoi nous nous battons. De plus, vous pourrez également y rencontrer quelques célébrités françaises que je remercie chaleureusement d’avoir accepté nos invitations.

Vous pouvez retrouver cet événement sur Facebook , réserver vos places ICI, ou encore suivre nos actions sur notre page.

« Parce que l’équipe d’Umma’Nité développe ses actions et pense en synergie, nous vous prouverons que 1+1=3, et qu’en venant vous en serez l’exemple vivant. »

Mathias Coureur / Propos recueillis et retranscrits par Pierre Vuillemot


Image à la une : © Kaisar Kyzylorda

Leave A Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.