#3 Genèse du Legia Varsovie – Stanislaw Mielech, « et pourquoi pas Legia ? »

Raphaël Brosse
Raphaël Brosse - Publié le 29 décembre 2016

En cette année 2016, le Legia Varsovie a célébré son centième anniversaire. Tout au long de cette dernière semaine de l’année, Footballski vous propose un voyage dans le temps, à la découverte des origines du club polonais.


Si le Legia s’appelle ainsi, c’est surtout grâce à lui. Loin d’être le joueur le plus connu de l’histoire du club varsovien, Stanisław Mielech en est pourtant l’un des membres fondateurs. Portrait d’un légionnaire qui, malgré les tourments de la guerre, n’a jamais perdu de vue son grand amour, à savoir le football.


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Avec sa gare, sa place et son église catholique, Manevychi est une petite bourgade ukrainienne on ne peut plus paisible. C’est dans les bois avoisinant cette ville qu’est né, un siècle plus tôt, en pleine Première Guerre mondiale, le club de football aujourd’hui le plus populaire de Pologne : le Legia Varsovie. Parmi ceux qui sont à l’origine de cette naissance, il est un qui, plus que les autres, a joué un rôle prépondérant. Il s’agit de Stanisław Mielech.

Pour qui sait les voir, Stanisław Mielech et Józef Piłsudski sont toujours présents dans le coeur des supporters du Legia à travers banderoles et tifos | © Mishka / Legionisci.com

Du Wisła au Cracovia

C’est à Stany, au pied des Carpates, que Stanisław Feliks Mielech voit le jour, le 28 avril 1894. Au début des années 1910, il est étudiant en droit au sein de la prestigieuse université de Jagellonne, à Cracovie. Mais « Meloch », comme on le surnomme, nourrit aussi une véritable passion pour le football. En parallèle de ses études, il répète ses gammes avec le Polonia Cracovie, avant de rejoindre, en 1910, le Wisła. Avec les Rouge et Bleu, Mielech poursuit son apprentissage, mais n’apparaît pas en équipe première. Scandalisé par la mansuétude des dirigeants à l’égard de Karol Romański, qui s’était pourtant permis de brimer un jeune joueur dans les vestiaires, il quitte l’Etoile blanche pour aller frapper à la porte du rival et voisin, le KS Cracovia.

C’est finalement chez les Pasy que Stanisław s’épanouit, devenant notamment, en 1913, champion de Galicie (province d’Autriche-Hongrie, à laquelle cette partie de la Pologne est alors rattachée). Fait assez rare à l’époque, cet attaquant se déplace beaucoup sur le terrain, afin de toucher davantage le ballon.

« Nous allons mettre sur pied une équipe performante »

Les soubresauts de la guerre viennent cependant mettre un terme à cette période d’insouciance. Comme plusieurs de ses compatriotes, Stanisław Mielech est appelé à rejoindre les rangs de la Légion, qui se bat à l’Est sous les ordres du maréchal Piłsudski. Avec l’accord de l’état-major polonais, les légionnaires jouent assez souvent au football, ce qui leur permet de rester en bonne condition physique. Une situation qui sied fortement à Antoni Poznański. Ce footballeur a pour ambition de rassembler d’autres habiles manieurs de ballon, dans le but de constituer une équipe compétitive. Au début de l’été 1915, Mielech arrive à la gare de Piotrków. Il raconte les événements qui suivent dans l’Ilustrowany Kuryer Codzienny, en 1939 :

« Une fois à la gare, je regardais autour de moi pour savoir où aller quand, tout à coup, quelqu’un me frappa sur l’épaule :

– Vous venez d’arriver ?

Je me retournai et vis un gendarme.

– Oui sergent, répondis-je à cet officier, qui me regardait avec insistance.

– Vous venez de Cracovie ?

– Oui, c’est exact.

– Très bien, ajouta-t-il. Venez avec moi, s’il vous plaît.

Tout en le suivant, je me posais des questions : que veut-il ? Où me guide-t-il ? (…) Nous traversâmes plusieurs couloirs et salles de réunion avant d’entrer dans une pièce. Je me retrouvai alors face à… Antoni Poznański, le joueur le plus connu en Pologne pendant la Première Guerre mondiale. (…)

– Qu’est-ce que tout cela signifie ? Pourquoi suis-je arrêté, demandai-je en pleurant.

– Vous n’êtes pas en état d’arrestation, rigola Poznański. Comme vous pouvez le constater, nous souhaitons créer une équipe de football. Pour cela, nous essayons de recruter les joueurs qui viennent d’arriver. Le sergent a compris que vous étiez un joueur du Cracovia et vous a simplement conduit à moi. (…) Ensemble, nous allons jouer, et mettre sur pied une équipe performante. »


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Choix du nom : « Legia » largement plébiscité

Mielech est évidemment partant. C’est ainsi que d’anciens footballeurs du Cracovia, du Wisła ou encore du Pogoń Lwów renouent avec le ballon rond dès qu’ils en ont l’occasion. A l’hiver 1916, la 2e brigade de légionnaires s’établit en Volhynie (actuelle Ukraine), dans une forêt située à proximité de Manevychi. Assez rapidement, les joueurs les plus assidus veulent donner une existence officielle, une identité à leur équipe. En mars 1916, ils se réunissent avec la ferme intention de fonder « leur » club. Le choix des couleurs se porte sur le noir et le blanc. Le rouge, déjà porté par le Cracovia notamment et par d’autres formations militaires, est exclu. La bande noire en diagonale, quant à elle, est directement inspirée du Czarni Lwów, qui évolue avec un maillot noir barré d’une bande rouge.

Le Legia en 1916

Vient ensuite le moment de déterminer le nom du futur club. La proposition « Drużyna Komendy Legionów » est balayée d’un revers de main, tout comme celle de « Styr » (appellation d’un cours d’eau voisin). Stanisław Mielech prend alors la parole, comme il l’explique dans son ouvrage Sportowe sprawy i sprawki : « En fin de compte, à la suite de ma proposition, soutenue par Zygmunt Wasserab (qui préside la réunion, NDLR), nous sommes tombés d’accord pour « Drużyna Sportowa Legia » (« équipe sportive Legia »  en VF, NDLR). Le nom évoquait clairement les Légions et, d’une manière plus implicite, nous faisait penser à nos lectures passées sur César. » C’est ainsi que le Legia est né, entre le 5 et le 15 mars 1916. Concernant le logo, un consensus se forme autour du fameux L majuscule, dessiné sur un bouclier noir.

1917 : Une installation réussie à Varsovie

Tout juste officiellement créé, le Legia se met déjà à coller des roustes à ses adversaires, d’autres équipes de soldats. Dans le système en 2-3-5, l’attaque notamment composée de Mielech et Poznański fait parler la poudre. Les rencontres disputées par cette toute nouvelle formation attirent régulièrement des curieux, dont un certain Józef Piłsudski. Mais la réalité de la guerre n’est jamais bien loin. Les légionnaires prennent de plein fouet l’offensive Broussilov, lancée par la Russie afin, entre autres objectifs, de soulager les Français qui combattent à Verdun. Lors de la bataille de Kostiuchnówka (4-6 juillet 1916), près de 2000 Polonais sont soit tués, soit faits prisonniers. Les footballeurs ne sont pas épargnés.

Club de football Légionnaire « Legia » à Varsovie. De gauche à droite: Jaworski, Jan Tarnawski, Baran, dr Stanisław Mielech, Kazimierz Knapik, Stanisław Wykręt, dr Zygmunt Wasserab, Pelczar, Edmund Hardt, Bilor, Jan Bednarski, Wrócisław Smoleński. 1917.

Suite à cet épisode sanglant, les Légions commencent à se retirer vers l’ouest. L’occasion, pour Stanisław Mielech et ses coéquipiers, d’implanter leur club nouvellement créé à Varsovie. Le 29 avril 1917, le Legia défie, pour la toute première fois de son histoire, le redoutable Polonia Varsovie. Grâce à une égalisation tardive de Mielech, les Legioniści décrochent un match nul flatteur (1-1). Le bilan des militaires en 1917 est d’ailleurs plus qu’honorable : six victoires et trois scores de parité en neuf apparitions. Le succès le plus probant est acquis sur le terrain du Cracovia, en août de la même année (1-2). Une victoire qui vaut au Legia d’être brocardé par certains journalistes comme étant le « champion moral de la Pologne » de cette époque.

Neuf jours après leur exploit en terre cracovienne, les légionnaires sont de retour sur la ligne de front. En plus d’engendrer de sévères pertes humaines, la bataille de Rarańcza (15-16 février 1918) entraîne la dissolution (temporaire) du Legia, ses membres étant, pour la plupart, prisonniers des Russes. Mielech, qui a échappé au cachot, reprend le football au Korona Varsovie, puis retourne au KS Cracovia (1919-1923). C’est d’ailleurs au cours de cette période que le natif de Stany a l’honneur de porter le maillot de la Pologne, lors du tout premier match de l’histoire de cette sélection, face à la Hongrie, le 18 décembre 1921 (défaite 1-0). Il profite également de sa présence à Cracovie pour finir ses études de droit, obtenant son doctorat en 1924.

L’équipe de Pologne en 1921 avec Stanisław Mielech, au centre, avec sa moustache imposante.

Au micro lors d’Allemagne – Pologne 1933

Le Legia, lui, renaît de ses cendres en 1920. Il s’associe avec le WCS Varsovie, regroupement sportif des officiers de l’armée polonaise puis, en 1922, avec le Korona Varsovie. Les couleurs traditionnelles de ces deux équipes (rouge et blanc pour la première, vert pour la seconde) sont, encore aujourd’hui, présentes sur le blason du club. De son côté, Mielech est de retour dans la capitale en 1923. Devenu capitaine du Legia, il porte le eLka frappé sur la poitrine jusqu’en 1927, date à laquelle il raccroche définitivement les crampons. De juillet à septembre 1933, Meloch devient même entraîneur de cette équipe, dont il est l’un des principaux créateurs.

L’équipe du Cracovia en 1921, Stanisław Mielech se trouve être la troisième personne, debout, en partant de la droite.

Nommé vice-président de la fédération polonaise de football en 1946, Mielech disposait également d’une plume aiguisée. En tant que journaliste, il écrit régulièrement pour plusieurs revues, telles que Raz, Dwa, Trzy, Życia Warszawy, Stadjon ou Przegląd Sportowy. Il couvre même le match Allemagne – Pologne du 3 décembre 1933 (1-0) pour la radio polonaise. Dans les différents ouvrages qu’il a écrits (parmi lesquels figure Sportowe sprawe i sprawki, cité plus haut), Mielech met en avant sa passion pour la tactique et les statistiques. Il évoque aussi diverses anecdotes au sujet de la naissance du Legia. Force est de reconnaître qu’il est bien placé pour en parler.

Raphaël Brosse


Image à la une : © LegiaLive!

#3 Genèse du Legia Varsovie – Stanislaw Mielech, « et pourquoi pas Legia ? »
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A propos de l'auteur

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De retour en France après plusieurs mois passés à Varsovie, j'ai intégré la rédaction de Footballski, où j'écris principalement sur le foot hongrois.

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