Un nouveau champion qui fait éclore des talents à la pelle, un ancien champion qui se reconstruit grâce à ses jeunes talents également, un champion de D2 qui construit un nouveau stade, des retournés acrobatiques, de la boue et du tiki-taka, c’était le championnat géorgien et c’était la saison 2018 que vous n’avez probablement pas vu. Alors on rembobine.

La surprise Saburtalo

On n’osait pas trop y croire il y a 6 mois, pourtant l’exploit de Saburtalo, car c’en est un, ne souffre d’aucune contestation. Après le Dila Gori, le Dinamo Tbilissi, Samtredia et le Torpedo Kutaisi, le championnat géorgien connait son 5ème champion différent en 4 ans ! Voici même ce que l’on en disait il y a un an : « En descendant d’une place on trouve alors FC Saburtalo, probablement le club le plus intéressant à voir jouer cette saison avec le Torpedo. Malgré un recrutement chaotique en janvier dernier (10 départs pour 5 arrivées), les joueurs du quartier nord de la capitale produisent, tel un FC Lorient géorgien, un jeu offensif et construit. » 

Fondé il y a à peine 20 ans, le club d’un quartier plutôt tranquille du nord de la capitale s’appuie en effet sur sa formation pour alimenter son équipe première en leur inculquant des principes de jeu assez similaires – toutes proportions gardées – à ceux du Barça. Ce succès, il est d’ailleurs en grande partie dû à son entraîneur, Giorgi Chiabrichvili, au club depuis 2015 et qui fut durant un temps sélectionneur des U21 géorgiens (où il avait donc sous la main quelques uns de ses futurs talents).


© Erovnuli Liga.com

En tête du championnat durant la quasi totalité de la saison, Saburtalo a surtout impressionné par sa constance dans les résultats et le jeu. Ils n’ont ainsi perdu que 5 matchs en 35 rencontres, et ce malgré le départ en cours de saison de leur meneur de jeu Giorgi Kharaichvili, parti pour la somme record de 2,5 millions d’euros à l’IFK Göteborg. Nul doute alors que les jeunes talents passés par Saburtalo seront convoités dans les prochains mois, comme le gardien Lazar Kupatadze, jeune capitaine et appelé pour la première fois en sélection avec les A et pisté par plusieurs clubs Français, Luka Lakvekheliani ou Giorgi Kokhreidze (internationaux espoirs).

Mais si son jeune entraîneur décide de poursuivre l’aventure, avec le réservoir de jeunes de l’académie, Saburtalo peut continuer à réaliser de belles choses et sera un participant surprise au prochain tour préliminaire de la Ligue des Champions. A l’occasion duquel ils pourront d’ailleurs passer le magnifique hymne officiel du club. Parce que le monde doit découvrir ce bijou.

Le Dinamo encore recalé, le Torpedo limite la casse

Le succès de Saburtalo acte un nouvel échec pour le Dinamo Tbilissi. Alors que la direction avait clairement choisi de stopper les transferts de joueurs étrangers pour se concentrer sur une équipe de très jeunes joueurs issus du centre de formation, c’est peut-être cette inexpérience qui a fait défaut aux lurji-tetri à certains moments clés. Toujours placés mais jamais vraiment dangereux pour un Saburtalo qui marchait sur l’eau, le Dinamo s’est par ailleurs incliné, comme un symbole, face à son adversaire direct, à domicile à 3 journées de la fin du championnat alors qu’il restait encore un petit espoir.

La frustration est donc le sentiment dominant à la fin de cette saison, à l’image de ce tour de Ligue Europa, perdu dans les ultimes instants face aux slovaques du DAC Dunajska Streda après avoir eu plusieurs balles de matchs (1-1 ; 1-2). Néanmoins le futur ne s’annonce pas si morose pour le club de la capitale, car, comme l’an passé, on a vu une équipe bien emmenée par son entraineur expérimenté Kakha Katcharava et de nouveaux talents se faire une place dans le onze de départ.

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Du côté du Torpedo, en revanche, le sentiment est plutôt au soulagement avec la 3ème place du championnat et le trophée en Coupe. Les joueurs de Kutaisi auraient surement signé pour cela en août dernier ! En effet, les champions en titre ont vécu un été compliqué, s’expliquant avant tout par une belle campagne européenne. S’inclinant de justesse face au Sheriff Tiraspol au 1er de tour de qualification en Ligue des Champions ils se sont ensuite amusés face aux Féringiens de Vikingur et aux Albanais de Kukesi, avant de s’incliner en barrage, meilleur résultat de l’histoire du club, face au Ludogorets Razgrad.

Logiquement émoussés par cette campagne, les Iméréthiens ont mis un peu de temps à relancer la machine mais ont réalisé une très belle fin de saison, portés toujours par une ligne offensive de très bonne qualité, qui leur permet donc d’accrocher un nouveau podium.

Chikhura et Dila y auront cru jusqu’au bout

Au pied du podium, on retrouve alors deux clubs aux parcours assez différents : un habitué des places d’honneur à savoir le Chikhura Sachkhere, et un revenant le Dila Gori. Toujours bien placés ces dernières saisons, le Chikhura a encore donné du fil à retordre à tous ses adversaires, grâce notamment à son attaquant Giorgi Gabedava, co-meilleur buteur du championnat et recruté par le Zaglebie Sosnowiecz depuis.

Les joueurs de Sachkhere se retrouvent ainsi qualifiés pour la 3ème fois d’affilée en Coupe d’Europe, à la faveur de la victoire du Torpedo en Coupe qui libère une place en barrage d’Europa League. Une compétition dans laquelle ils avaient encore une fois fait de belles performances cet été, éliminant le Beitar Jerusalem en Israël, avant de donner des sueurs froides au NK Maribor.

Le Dila Gori, en revanche, était plutôt à la peine ces dernières années, échappant de peu aux barrages de relégation l’an dernier. Mais structurés autour d’un groupe un peu plus expérimenté, renforcés de plusieurs joueurs à l’accent lusophone, le Dila a trouvé cette année la bonne formule, en produisant un football agréable et efficace. On retiendra ainsi la révélation de Leandro Ribeiro, ailier brésilien formé à l’Internacional Porto Alegre, auteur de 14 buts et 11 passes décisives. Associé à l’ukrainien Mikola Kovtalyuk (21 buts) en pointe, au ghanéen Isifu Lamptey et au kenyan Amos Obiero au milieu, ainsi qu’au brésilien Eriks Santos en défense, lui aussi formé à l’Internacional, cela donne un effectif exotico-géorgien un peu improbable mais finalement assez efficace.

Seul regret, alors que le Dila pointait sur le podium en première partie de saison, le club de la ville de Staline a connu un gros passage à vide en Septembre et Octobre, les éloignant des places européennes. Le mercato d’hiver sera à surveiller également, car des joueurs comme Ribeiro et Kovtalyuk seront probablement convoités.

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Le Locomotive se structure, Rustavi se rassure, Sioni au bord de la rupture

On descend d’un cran et l’on retrouve le Locomotive Tbilissi. Auteurs d’un début de saison catastrophique (6 défaites sur les 8 premiers matchs), les cheminots ont relevé la tête et finissent la saison bien au chaud dans le ventre mou. Fidèle à son principe de lancer de jeunes joueurs de son académie, le Locomotive a ainsi souvent pêché par manque d’expérience mais s’est découvert un nouveau buteur en la personne de Mamia Gavashelishvili (23 ans, 11 buts).

Le Loco s’est également offert un beau coup de pub en signant le globe trotter américain Will Oluremi John, passé par de nombreux clubs européens et à la tête d’une chaine Youtube dédiée au football assez reconnue (plus de 300 000 followers). Sans beaucoup de succès pour l’instant pour cet attaquant, qui n’a toujours pas marqué en 9 matchs.

Lire aussi : On a discuté avec Will Oluremi John, attaquant du Locomotive Tbilissi, globe-trotteur et youtubeur

Rustavi portait de son côté de légitimes ambitions, grâce à un recrutement plutôt ambitieux. Mais le fragile édifice construit par le promu a rapidement été mis à mal par le départ de plusieurs de ses renforts justement. Souffrant d’un gros manque d’efficacité en attaque, Rustavi se maintient cependant avec une petite marge d’avance sur le Sioni Bolnisi. On retiendra la promesse Khvicha Kvaratskhelia, arrivé en provenance du Dinamo Tbilissi. Classé dans les 60 joueurs de moins de 18 ans à suivre par le Guardian, le virevoltant ailier sera un joueur à suivre ces prochaines saisons.

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Cette saison aura finalement été un long chemin de pénitence pour le Sioni Bolnisi. Le promu a flirté durant tout le championnat avec la zone de relégation et n’a pas pu éviter de passer par la case barrage pour obtenir son maintien, obtenu face au FC Gagra. Un soulagement au final, qui montre bien que le club devra se renforcer s’il ne souhaite pas plonger l’an prochain.

Le calvaire de Samtredia et Poti

On vous en parlait avant la saison, pendant celle-ci, et maintenant désormais, les agissements du FC Samtredia à l’intersaison ne présageaient rien de bon. Entre un monténégrin qui aurait joué une poignée de minutes avec le grand Inter Milan, un hollandais passé par l’académie de Liverpool mais également par la D3 espagnole et Hong-Kong, Sidi Sagna, passé par la réserve de Saint-Etienne mais aussi Roye-Noignon en N3, un paquet de joueurs improbables a débarqué à Samtredia cette année.

Pour la plupart, ils ne seront pas restés longtemps. Ainsi est allé Henri Ndong, ancien Auxerrois qui a plié bagage après 4 petits matchs avec les verts et bleus. Il revient pour adjara.sports.com avec amertume sur son expérience : « En général, en Géorgie, il y a un problème de discipline tactique. Sans compter que beaucoup de joueurs ne se comportent pas en professionnel, en tout cas la majorité des joueurs avec qui j’ai joué à Samtredia. Pour ainsi dire, il n’y avait pas de programme d’entrainement à Samtredia, en tout cas il changeait très souvent. J’aurais pu débarquer au stade et jouer le match sans préparation, il n’y avait aucun suivi des joueurs. »

En conséquence, Samtredia a traversé cette saison comme un fantôme, bien loin des ambitions d’un club champion il y a tout juste deux ans. Avec 23 défaites pour 4 victoires en 36 matchs et un total de 81 buts encaissés, Samtredia finit avant-dernier et est même balayé en play-offs par le WIT Georgia (2-2 ; 4-0). Des play-offs par lesquels le Kolkheti Poti n’a même pas eu à passer pour filer tout droit en D2. Sanctionné d’un retrait de 6 points pour des infractions financières avant même le début du championnat le Kokheti a réussi une saison aussi ératique que celle de Samtredia et replonge donc dans l’anonymat de la seconde division.

LA MINUTE EROVNULI LIGA 2

Le retour des cadors, voilà le bilan de cette saison 2018 d’Erovnuli Liga 2. A la place de champion on retrouve ainsi le Dinamo Batumi, relégué à la surprise générale l’an dernier et qui a enfin fait honneur à son public en dominant ce championnat de bout en bout, grâce notamment aux performances de son brésilien Flamarion élu meilleur joueur du championat.

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Avec la livraison de son nouveau stade de 20 000 places prévu pour 2020 seulement, les « pirates de la mer noire » seraient bien inspirés de réussir à se maintenir dans l’élite pour cette saison. Pour cela le Dinamo a déjà annoncé la couleur en débauchant le sélectionneur U21, ancien coach du Dinamo Tbilissi, Torpedo Kutaisi et FC Zestafoni notamment. Dès la fin du championnat le milieu Rati Tsatskriashvili, très bon avec le FC Gagra, a annoncé également avoir signé.

A la lutte avec le Dinamo Batumi durant une longue partie de la saison, le WIT Georgia et le FC Gagra ont finalement dû se résoudre à disputer les barrages. Avec succès donc pour le WIT Georgia, propriété d’une marque de produits vétérinaires américaine qui donne donc son nom au club. Un peu moins de succès en revanche pour le FC Gagra qui loupe encore la dernière marche mais dont la saison aura surtout été marquée par son exploit en coupe de Géorgie. Tombeur du Dinamo Tbilissi en demi-finale, le FC Gagra a mené 2 buts à 0 face au Torpedo Kutaisi avant d’être rejoint puis de s’incliner finalement aux tirs aux buts.

En bas de tableau, cruelle désillusion pour le Merani Martvili qui plonge en troisième division alors que Samgurali et Tskhinvali, longtemps lanterne rouge, s’en sortent grâce aux play-offs.

Le XI de la saison

Ils auraient pu y être : Nika Ninua (Dinamo Tbilissi), Akaki Shulaia (Dinamo Tbilissi), Tornike Kapanadze (Torpedo Kutaisi), Alwyn Tera (Saburtalo), Lazar Kupatadze (Saburtalo), Giorgi Kokhreidze (Saburtalo), Mikola Kovtalyuk (Dila Gori)

Budu Zivzivadze, une renaissance

On vous le présentait il y a deux ans comme un talent à suivre. Champion avec Samtredia en 2016, Budu Zivzivadze était tout juste international U21 et venait de terminer meilleur buteur du championnat (13 buts en 14 matchs). Logiquement, les offres de clubs étrangers sont rapidement arrivées. Pour lui ce fut Esbjerg dans le championnat danois. Un choix logique au vu des nombreux joueurs géorgiens passés à Esbjerg, qui devaient lui assurer une intégration facilitée. Las, avec 4 petites entrées en championnat et le plus souvent un rôle de réserviste, le passage danois se révèle un échec cuisant pour le jeune avant-centre. Retour donc cette année à la maison en prêt, où le Dinamo Tbilissi lui ouvre les portes.

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Résultat la confiance revient, la machine se remet en marche et Budu plante 22 pions en 34 matchs, faisant de lui le co-meilleur buteur du championnat avec Giorgi Gabedava et lui offrant ses premières sélections en équipe nationale. Doté d’un profil d’avant-centre qui pèse sur les défenses, à l’aise en pivot et dans les reprises en première intention, le garçon n’a pour l’instant que 24 ans. Reste à savoir ce que Esbjerg, avec qui il est encore lié contractuellement jusqu’en juin, voudra faire de lui.

Antoine Gautier

2018 – Un an de football en Géorgie
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