L’hiver entoure dĂ©sormais la Roumanie de son grand manteau blanc et le gel ne laisse plus aucun crampon s’enfoncer dans les sols de Liga 1, fĂ»t-il des plus aiguisĂ©s. En gros, on se les pĂšle. Le football roumain entre donc dans sa traditionnelle pause hivernale. Une pause qui n’en est pas vraiment une, car la folie du football roumain ne s’arrĂȘte jamais. Loin des terrains, c’est dĂ©sormais sur les marchĂ©s des transferts que l’on va s’activer. L’occasion est nĂ©anmoins bonne pour tenter de rĂ©sumer au mieux cette premiĂšre moitiĂ© de saison.

Le classement Ă  la trĂȘve. © sport.ro

Le Viitorul leader de Liga 1

Le FC Viitorul est donc leader de la Liga 1 Ă  la trĂȘve. Une bonne nouvelle pour le football roumain, qui voit Ă  sa tĂȘte l’un des rares clubs ayant un projet stable Ă  long terme, en bonne santĂ© financiĂšre, et le seul faisant une confiance quasi-aveugle en sa formation. La saison n’a pourtant pas commencĂ© de la meilleure des maniĂšres. EuropĂ©en pour la premiĂšre fois de son histoire, le club de Gheorghe Hagi est balayĂ© dĂšs son entrĂ©e en lice au troisiĂšme tour prĂ©liminaire de la Ligue Europa. Battu 5-0 par La Gantoise au match aller, le Viitorul ne peut faire mieux que 0-0 au retour, et quitte la scĂšne continentale aussi rapidement qu’il l’avait rejointe.

En cette fin juillet, le club est au plus bas. Avec deux dĂ©faites en trois journĂ©es, le Viitorul pointe Ă  la neuviĂšme place du classement. Une place qu’il garde jusqu’au soir de la sixiĂšme journĂ©e. L’effectif, assez renouvelĂ© cet Ă©tĂ© avec les dĂ©parts de Ianis Hagi, Florin Tănase ou encore Florin Cernat, et l’incorporation de jeunes issus de l’AcadĂ©mie Hagi ou en retour de prĂȘt, commence Ă  trouver son rĂ©gime de croisiĂšre. L’équipe profite de l’affirmation de certains joueurs : KĂ©vin Boli et Bogdan ÈšĂźru en dĂ©fense, le jeune Florinel Coman au milieu, Romario Benzar, devenu titulaire en sĂ©lection nationale, tout comme Răzvan Marin au milieu. A vingt ans Ă  peine, ce dernier est devenu la piĂšce maĂźtresse de l’équipe, son mĂ©tronome, celui par qui tout passe dans la construction du jeu. Une responsabilitĂ© dont il s’acquitte fort bien, et qui fait de lui le joueur le plus suivi du groupe actuellement. Devant, il profite du retour en forme d’Aurelian Chițu. Avec huit buts et cinq passes dĂ©cisives, l’ex-Valenciennois retrouve le niveau qui lui avait valu d’apparaĂźtre un temps en sĂ©lection.


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C’est l’une des forces de Gheorghe Hagi avec son Ă©quipe. Redonner confiance Ă  des joueurs perdus aprĂšs leur dĂ©part. Aurelian Chițu en est le meilleur exemple cette saison, mais il n’est pas le seul. BarrĂ© au FCSB, qui l’avait mĂȘme prĂȘtĂ© en Turquie, Gabriel Iancu retrouve lui aussi des couleurs. AlignĂ© Ă  un poste d’ailier auquel il n’était pas habituĂ©, Iancu s’est rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre un bon complĂ©ment Ă  Chițu. Tout comme le LibĂ©rien Alex Nimely, qui pointe Ă  quatre buts et se rĂ©vĂšle aprĂšs une demi-saison relativement anonyme Ă  Timișoara.

Chițu est le joueur ayant tentĂ© le plus de dribbles en Liga 1 en cette premiĂšre moitiĂ© de saison, avec un bon pourcentage de rĂ©ussite. @Emishor

AprĂšs avoir mis du temps Ă  se roder, l’ensemble est doucement remontĂ© au classement, jusqu’à en devenir leader. Quasiment intraitable contre les mal classĂ©s (hormis une dĂ©faite contre Timișoara), le Viitorul doit maintenant se montrer Ă  la hauteur face Ă  ses concurrents directs. Ce qu’il n’a pas forcĂ©ment su faire jusqu’à prĂ©sent : deux dĂ©faites contre le FCSB, deux nuls contre le Gaz Metan, une victoire et une dĂ©faite face Ă  Craiova et un nul face au Dinamo. Alors qu’il ne reste que cinq journĂ©es de phase rĂ©guliĂšre, Ă  l’issue de laquelle les points seront divisĂ©s en deux pour les play-offs, le Viitorul a encore des matchs difficiles (Dinamo, Astra, CFR Cluj)  lors desquels il faudra prendre des points pour rester devant.

Le FCSB s’envole puis déçoit

La trĂȘve arrive peut-ĂȘtre au bon moment pour l’équipe de Laurențiu Reghecampf. MalgrĂ© de trĂšs nombreux dĂ©parts durant l’étĂ©, le Steaua de Becali semble prĂȘt pour la reprise en juillet. EntrĂ© en jeu dĂšs le deuxiĂšme tour prĂ©liminaire de Ligue des Champions, le FCSB Ă©limine le Sparta Prague, ce qui n’est pas une mince affaire. La suite est moins brillante avec un match cataclysmique Ă  domicile face Ă  Manchester City. Une dĂ©faite 0-5 qui met fin aux espoirs annuels de phase de groupes. Ils seront atteints, mais en Ligue Europa. Maigre consolation.

Dans l’effectif, le changement est total. Pas moins de vingt-et-un dĂ©parts sont comptĂ©s ! Parmi eux, deux des leaders offensifs de l’équipe : Alex Chipciu et Nicu Stanciu, tous deux partis Ă  Anderlecht. Deux dĂ©parts trĂšs lucratifs (plus de dix millions d’euros) mais difficiles Ă  compenser. Pour preuve, le match nul concĂ©dĂ© face au Poli Iași dĂšs le premier match disputĂ© sans Stanciu. Pour remplacer les leaders partis, Reghecampf et Becali misent sur les joueurs des principaux concurrents : Florin Tănase arrive du Viitorul, Rick Boldrin et William de Amorim de l’Astra, Antonio Jakolis du CFR Cluj et Bojan Golubovic du Poli Iași.

Stanciu, avant son départ pour Anderlecht © antena3.ro / Agerpress

Si la mayonnaise prend rapidement, le jeu n’est jamais flamboyant. Rapide leader de Liga 1, le Steaua ne connaĂźt sa premiĂšre dĂ©faite qu’à la 9e journĂ©e. En tĂȘte du championnat, le club compte jusqu’à six points d’avance sur ses poursuivants. Une avance tout autant due Ă  la relative faiblesse de ses adversaires qu’à son niveau. Car c’est une domination en faux semblant. Le jeu du FCSB frĂŽle parfois l’indigence. Golubovic ne marque pas le moindre but, Jakolis est transparent tandis que le jeune Florin Tănase, excellent en ce dĂ©but de saison, est stoppĂ© de la plus dure des maniĂšres. Face au CSU Craiova, l’ailier international s’effondre, victime d’une rupture des ligaments croisĂ©s du genou.

Sans sa perle venue du Viitorul, le FCSB n’est plus tout Ă  fait le mĂȘme. Boldrin assure sur les coups de pied arrĂȘtĂ©s, mais le jeu manque de dynamisme, et le fidĂšle Adi Popa se sent parfois bien seul en attaque. Symbole du manque de solutions de Reghecampf, Popa, ailier de formation, est parfois alignĂ© en tant qu’attaquant de pointe, poste auquel il n’a jamais jouĂ© jusqu’alors.

Petit Ă  petit, le leader perd de son avance et voit Craiova et surtout le Viitorul revenir Ă  sa hauteur. Des adversaires contre lesquels, ironie du sort, le Steaua s’est toujours imposĂ© cette saison. Mais les points perdus face au Dinamo ou Ă  l’Astra coĂ»tent cher. La trĂȘve arrive donc Ă  point nommĂ©. Et avec elle, le traditionnel mĂ©nage dans l’effectif. Alexandru Bourceanu, en fin de contrat cet hiver, est le premier joueur Ă  quitter l’effectif. Un mouvement qui en appelle bien d’autres (Tudorie, Enceanu et Aganovic en premier lieu).

© Alexandru Dobre / MEDIAFAX

Une fois de plus, l’effectif devrait connaĂźtre de grands changements cet hiver. La premiĂšre arrivĂ©e est prĂ©vue de longue date. Dans sa derniĂšre annĂ©e de contrat avec l’Astra, Denis Alibec rejoint Bucarest pour deux millions d’euros qui vont permettre au club de Giurgiu de survivre encore un peu. Pour le reste, c’est encore l’inconnu. Alors que Reghecampf dĂ©clare souhaiter un dĂ©fenseur central et un arriĂšre droit pour concurrencer Tamaș et Enache, auteurs de performances plus que moyennes cette saison, Becali fait lui le forcing pour arracher Junior Morais Ă  l’Astra. Un joueur cher (deux millions d’euros) et qui Ă©volue Ă  un poste d’arriĂšre gauche oĂč l’effectif est dĂ©jĂ  bien garni avec Momcilovic, Toșca et Dan Popescu. Un dĂ©calage inquiĂ©tant. PlutĂŽt que de panser les points faibles de son Ă©quipe, Becali est obnubilĂ© par son Ă©go, et fait une question d’orgueil personnel d’obtenir les joueurs de ses concurrents sur lesquels il a jetĂ© son dĂ©volu. Une politique qui a dĂ©jĂ  coĂ»tĂ© le titre l’an passĂ©, et pourrait annoncer une seconde partie de saison difficile si elle devait se confirmer.

La surprise Gaz Metan

S’il est un club que l’on n’attendait pas Ă  pareille fĂȘte cette saison, c’est bien lui : le Gaz Metan Mediaș. Malheureux relĂ©guĂ© voilĂ  un an, l’équipe emmenĂ©e par Cristi Pustai est remontĂ©e dĂšs cet Ă©tĂ© dans l’élite, avec une rĂ©ussite extraordinaire mais surtout un jeu trĂšs agrĂ©able Ă  voir, comme toujours avec les Ă©quipes de cet entraĂźneur.

Lors de sa promotion, le Gaz Metan n’a pourtant pas menĂ© grand train sur le marchĂ© des transferts. La majoritĂ© des joueurs arrivĂ©s cet Ă©tĂ© (gratuitement Ă©videmment) sont d’anciens joueurs du club qui, n’ayant pas jouĂ© depuis un moment ou ayant vu leur contrat rĂ©siliĂ© par d’autres clubs, n’avaient guĂšre d’autre choix que de revenir Ă  Mediaș.

Le gardien Răzvan PleƟca est ainsi de retour de prĂȘt de BotoƟani malgrĂ© son dĂ©sir avouĂ© de rester en Moldavie. Trtovac est revenu de Novi Pazar, oĂč il n’a pas Ă©tĂ© conservĂ© malgrĂ© le maintien en Superliga serbe. Tout comme Rugasevic, qui n’a jouĂ© que neuf matchs en deuxiĂšme division croate avec Cibalia, et Susnjar, rarement titulaire avec Lietava, en A Lyga lituanienne. SollicitĂ© par Vasile Miriuƣă lorsque ce dernier entraĂźnait l’Energie Cottbus, le latĂ©ral droit CreĆŁu n’a lui plus jouĂ© depuis trois mois avec l’équipe descendue en troisiĂšme division allemande. Le dĂ©fenseur central Buzean pensait lui, Ă  34 ans, arrĂȘter le football et est dĂ©jĂ  Ă©lu conseiller municipal Ă  la mairie de Mediaș.

Au milieu, Mircea Axente avait marquĂ© son dernier but en dĂ©cembre 2015. Parti en IsraĂ«l, il n’a jouĂ© que neuf matchs pour aucun but avec le Maccabi Netanya. TroisiĂšme meilleur buteur de Liga 1 avec neuf rĂ©alisations, il rĂ©alise la meilleure saison de sa carriĂšre. L’ancienne gloire du club Eric de Oliveira est lui revenu d’Arabie Saoudite aprĂšs plusieurs blessures et quelques kilos supplĂ©mentaires. AutorisĂ© par Pustai Ă  s’entraĂźner avec le groupe le temps de retrouver un contrat Ă  l’étranger, il a fini par signer au club par manque de propositions. Pas souvent titulaire en dĂ©but de saison au vu de sa forme physique, il est Ă  la trĂȘve le meilleur passeur du championnat. Mais la plus grande rĂ©ussite de Pustai est sans conteste l’excellente premiĂšre partie de saison de l’attaquant albanais Azdren Llullaku. Parti l’hiver dernier au CSMS Iași, il n’y joue que neuf petits matchs sans marquer le moindre but. AprĂšs que le club a rĂ©siliĂ© son contrat, il est revenu au Gaz Metan cet l’étĂ©. Plus d’une annĂ©e est passĂ©e depuis son dernier but en Liga 1 (contre Chiajna le 22 mai 2015) ! Avec 16 buts en 19 matchs, il est le meilleur buteur de Liga 1 Ă  la trĂȘve. Une Liga 1 qu’il ne retrouvera pas au printemps.

Llullaku face au Dinamo © Alexandru Dobre / MEDIAFAX

Car le Gaz Metan est en grandes difficultĂ©s. La situation financiĂšre est catastrophique et les retards s’accumulent dans le paiement des salaires. Au point que le club a demandĂ© Ă  entrer en cessation de paiement. Une situation qui rend l’exploit sportif encore plus beau mais fragile. GrĂące Ă  une clause l’autorisant Ă  quitter le club en cas d’offre de l’étranger, Llullaku a signĂ© pour deux ans au FC Astana contre 100 000 euros. Un champion du Kazakhstan qui lui offre un salaire de 40 000 euros par mois, soit quatre fois plus que ce que peuvent offrir les meilleurs clubs de Roumanie. L’autre dĂ©part marquant est celui d’Eric, qui retourne une nouvelle fois dans le Golfe. Des dĂ©parts sans contrepartie pour le Gaz Metan, qui ne souhaite pas retenir ses joueurs. Il n’en a de toutes maniĂšres pas les moyens. L’avenir du club est encore loin d’ĂȘtre assurĂ©.

L’Astra ne brille qu’en Europe

Symbole de la situation pĂ©nible du football roumain, l’Astra Giurgiu n’est plus que l’ombre du champion qu’il Ă©tait la saison derniĂšre. Il faut dire que le club a subi une premiĂšre saignĂ©e durant l’étĂ©. Valerică Găman a rejoint librement KarabĂŒkspor, tandis que William de Amorim et Rick Boldrin ont rejoint le FCSB au terme d’une lutte Ă  couteaux tirĂ©s avec Gigi Becali. Deux dĂ©parts qui rapportent un million d’euros au club mais le privent de Ligue des Champions. Affaiblie, l’Astra ne peut rien face au FC Copenhague au troisiĂšme tour qualificatif de celle-ci.

C’est la fin des espoirs de millions d’euros versĂ©s par l’UEFA, mais le dĂ©but d’une belle aventure. ReversĂ©e en barrages d’Europa League, l’Astra retrouve West Ham, qu’elle avait dĂ©jĂ  Ă©liminĂ© l’an dernier. Et la magie opĂšre de nouveau ! Marius Șumudică retrouve son joker Denis Alibec, de retour d’une blessure contractĂ©e durant l’Euro, et met de nouveau Ă  mal son homologue Slaven Bilic grĂące Ă  un nul Ă  domicile puis une victoire 1-0 pour le tout premier match officiel des Hammers au London Stadium. S’ensuit une phase de groupes chaotique. AprĂšs deux dĂ©faites initiales, l’Astra se reprend et parvient Ă  arracher sa qualification Ă  la derniĂšre journĂ©e en faisant match nul face Ă  l’AS Roma. Șumudică rĂ©ussit lĂ  un nouvel exploit avec son Ă©quipe, qu’il mĂšne au printemps europĂ©en, chose assez rare en Roumanie pour ĂȘtre signalĂ©.

En championnat en revanche, c’est la dĂ©bandade. Alibec blessĂ©, Budescu hors de forme depuis son retour de Chine, l’Astra passe totalement au travers de son dĂ©but de championnat, avec une seule victoire sur les huit premiĂšres journĂ©es. Avec le retour en forme de ses meilleurs Ă©lĂ©ments, l’équipe revient peu Ă  peu, mais reste capable de perdre contre Timișoara une semaine aprĂšs avoir battu Craiova. La rĂ©gularitĂ© ne revient malheureusement que trop tard, au mois de dĂ©cembre. Trois victoires consĂ©cutives, dont une de prestige arrachĂ©e dans le temps additionnel face au FCSB.

En battant le Gaz Metan juste avant la trĂȘve, l’Astra remonte Ă  la septiĂšme place en Liga 1 et peut Ă  nouveau rĂȘver de play-offs. Le plus dur reste nĂ©anmoins Ă  venir : tenir sans ses meilleurs joueurs, et avec un effectif parmi les plus bouleversĂ©s cet hiver. En fin de contrat en juin, Denis Alibec a Ă©tĂ© cĂ©dĂ© pour deux millions d’euros au FCSB. Son prĂȘt terminĂ©, Constantin Budescu repart lui en deuxiĂšme division chinoise, avant peut-ĂȘtre de revenir en Europe dans les prochains jours. Felipe Teixeira et Junior Morais sont courtisĂ©s avec insistance par Becali, tandis que Cristian Săpunaru a reçu une offre intĂ©ressante de KarabĂŒkspor, club turc oĂč Ă©voluent dĂ©jĂ  quatre Roumains. Si ces dĂ©parts se confirment, ce sont pas moins de cinq titulaires qu’il faudra remplacer. Affaibli sportivement, le club est surtout loin d’ĂȘtre sauvĂ© financiĂšrement, et ce malgrĂ© plus de cinq millions d’euros de primes pour son parcours europĂ©en.

La crise, toujours la crise

Les soucis financiers, le Gaz Metan et l’Astra Giurgiu ne sont pas les seuls Ă  les subir. La santĂ© financiĂšre du football roumain est toujours aussi mauvaise, et l’élite n’est pas Ă  l’abri. Pour la deuxiĂšme annĂ©e consĂ©cutive, le CFR Cluj est parti avec six points de pĂ©nalitĂ©, tout comme l’ASA TĂąrgu Mureș, pour cause de dettes. Dans un autre style, le Poli Timișoara est lui parti à
 -14 points ! Un handicap dĂ» Ă  une rĂšgle discutable sanctionnant tout club n’ayant pas rĂ©ussi Ă  accumuler au moins quinze points lors des play-offs. RelĂ©guĂ© l’an dernier aprĂšs une fin de saison particuliĂšrement mauvaise, le (faux) Poli n’a dĂ» son maintien qu’à la faillite, et la disparition, du Rapid Bucarest.


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Pour le Gaz Metan, les Pandurii et l’ASA TĂąrgu Mureș, une nouvelle sanction de trois points pourrait tomber cet hiver. Des sanctions infligĂ©es par la Commission de discipline de la FRF pour des dettes envers des joueurs ou anciens joueurs. Certains joueurs des Pandurii, comme Ovidiu Herea, n’ont touchĂ© aucun leu depuis leur arrivĂ©e au club l’étĂ© dernier. Soit plus de six mois et une vingtaine de matchs sans ĂȘtre payĂ©. C’est ainsi que plusieurs d’entre eux souhaitent faire rĂ©silier leur contrat et trouver un nouveau club. A TĂąrgu Mureș, la situation est encore plus difficile. A court d’argent, le club ne sait tout simplement pas s’il aura les moyens de reprendre le championnat aprĂšs la trĂȘve. Une menace de forfait en cours de saison qui serait une triste premiĂšre en Liga 1.

Symbole des difficultés actuelles du football roumain, 74% des joueurs évoluant en Roumanie ont connu des retards dans le paiement de leurs salaires selon la © FIFPro

Le cas du Gaz Metan est quant Ă  lui particulier. Un de ces cas qui font que l’on aime la Roumanie. Le club de Mediaș est menacĂ© d’ĂȘtre pĂ©nalisĂ© Ă  cause d’une dette de 90 000 euros envers le club bulgare du Chernomorets Burgas. L’affaire remonte au transfert en septembre 2014 de Godfred Bekoe, joueur ghanĂ©en formĂ© en France, Ă  Strasbourg et Guingamp. Le transfert est alors gratuit, Bekoe venait en tant que joueur libre. Ce que conteste nĂ©anmoins le Chernomorets Burgas, qui affirme que le joueur Ă©tait encore sous contrat. Le Gaz Metan affirme avoir cherchĂ© Ă  contacter le club bulgare, sans jamais avoir eu de rĂ©ponse. Et pour cause, ce dernier a fait faillite et disparu corps et bien ! Ce souci de dette n’a donc jamais Ă©tĂ© rĂ©glĂ©, et ressort aujourd’hui. Bekoe, qui n’est restĂ© qu’une saison en Roumanie, est lui introuvable


Autre symbole: le Poli Timișoara qui dispute la demi-finale aller de Coupe de la Ligue face Ă  l’ASA TĂąrgu Mureș avec des maillots aux numĂ©ros dessinĂ©s au feutre. Les deux Ă©quipes n’Ă©taient pas parvenues Ă  s’entendre sur les couleurs de maillots Ă  utiliser. © Digisport / @Alecsstam
© Digisport / @Emishor

Le chaos en Liga 2

Traditionnellement divisĂ©e en deux groupes afin de rĂ©duire les dĂ©penses de dĂ©placement des diffĂ©rentes Ă©quipes, la deuxiĂšme division, ou Liga 2, a Ă©tĂ© repensĂ©e cette saison. Une poule unique de vingt clubs a ainsi Ă©tĂ© mise en place, dont les deux premiers sont promus en Liga 1, le troisiĂšme devant disputer un barrage pour gagner sa place dans l’élite. Les cinq Ă©quipes les moins bien classĂ©es sont elles relĂ©guĂ©es dans les cinq groupes de Liga 3. Mais restera-t-il suffisamment de clubs en fin de saison pour avoir des relĂ©guĂ©s ? C’est la question qui se pose.

Sur les vingt clubs prĂ©sents en dĂ©but de saison, seuls dix-huit ont atteint la trĂȘve hivernale. Et ce n’est peut-ĂȘtre pas fini. Le premier club Ă  avoir jetĂ© l’éponge est le Șoimii PĂąncota. Parti sans un sou en poche, le club a dĂ©marrĂ© la saison sans joueur, se contentant d’aligner ses juniors. Pire, l’équipe parvient Ă  peine Ă  aligner onze joueurs lors de certains matchs Ă  l’extĂ©rieur. Avec des rĂ©sultats Ă  la hauteur de l’investissement consenti. AprĂšs treize journĂ©es, le Șoimii PĂąncota est dernier avec 90 buts encaissĂ©s pour… un seul marquĂ© ! Les scores fleuves s’accumulent : 16-0 contre Afumați, 18-0 contre la Juventus Bucarest, 14-0 contre le Foresta Suceava (avec dix joueurs seulement au coup d’envoi) ou encore 9-0 Ă  domicile contre l’Olimpia Satu Mare. AprĂšs un premier forfait lors de la 13e journĂ©e, PĂąncota jette l’éponge fin octobre. AprĂšs 78 annĂ©es d’existence, le club disparaĂźt et repartira en cinquiĂšme division.

MalgrĂ© ses difficultĂ©s, le Șoimii PĂąncota a rĂ©ussi Ă  arracher un point. Un match nul 0-0 obtenu face Ă  l’ACS Berceni, l’autre club qui n’a pas atteint la trĂȘve. AprĂšs la disparition de PĂąncota, ses rĂ©sultats Ă©tant annulĂ©s, Berceni est retombĂ© Ă  0 point Ă  la 14e journĂ©e, et n’en a pas disputĂ© une de plus. Plus payĂ©s par leur club, les joueurs ont protestĂ© en refusant de jouer face au Dunărea Călărași quelques jours plus tard. Et quinze jours Ă  peine aprĂšs PĂąncota, le club de la banlieue de Bucarest dĂ©clare lui aussi forfait gĂ©nĂ©ral, disparaĂźt du football roumain et voit ses rĂ©sultats annulĂ©s.

Le chaos est donc total. Et la situation ne devrait pas s’amĂ©liorer. Car deux autres clubs menacent de disparaĂźtre Ă  leur tour. CriblĂ©e de dettes, l’Unirea Tărlungeni n’a pas disputĂ© la 19e et derniĂšre journĂ©e de championnat avant la trĂȘve. Incapable de financer l’organisation du match l’opposant Ă  Brăila, le club a Ă©tĂ© contraint de dĂ©clarer forfait. Comme le prĂ©voit le rĂšglement, un second forfait provoquerait un forfait gĂ©nĂ©ral, et donc la dissolution du club. On ne devrait cependant pas en arriver lĂ , le club prĂ©voyant de jeter l’éponge avant mĂȘme la reprise, faute de moyens.

Il pourrait ĂȘtre accompagnĂ© par le CSM RĂąmnicu-VĂąlcea. MalgrĂ© une position hors de la zone de relĂ©gation Ă  la trĂȘve, le club ne devrait pas repartir en 2017. La faute au retrait de ses deux principaux pourvoyeurs de fonds. C’est tout d’abord son actionnaire majoritaire qui a annoncĂ© l’arrĂȘt de son soutien dĂ©but dĂ©cembre. C’est ensuite au tour de la mairie d’annoncer l’arrĂȘt de ses subventions, pointant du doigt un changement de rĂšglement, appuyĂ© par un rapport de la Cour des Comptes Ă  son encontre, interdisant dĂ©sormais aux Ă©diles locaux de financer les salaires des joueurs. Face Ă  cette situation, le club n’a d’autre choix que de mettre la clef sous la porte, et de se retirer du championnat durant l’hiver.

Le classement de Liga 2 Ă  la trĂȘve. En attendant de nouveaux forfaits… © clasament-fotbal.com

Dans ce championnat oĂč tout peut arriver, le meilleur a nĂ©anmoins sa place. En tĂȘte du classement, la Juventus Bucarest domine largement les dĂ©bats et devrait se frayer un chemin vers la Liga 1 sans encombre. DerriĂšre, l’historique UTA Arad joue Ă©galement la montĂ©e, dans le sillage de sa nouvelle perle Adrian Petre. Meilleur buteur du championnat avec 18 buts en 17 matchs. Une superbe performance de l’international U19, qui attire l’attention de plusieurs clubs europĂ©ens, tels que Bologne (oĂč il a passĂ© des tests voilĂ  un an) ou le Genoa, qui a dĂ©jĂ  fait une offre, refusĂ©e. L’UTA espĂšre pouvoir conserver son joyau de 18 ans au moins jusqu’à la fin de la saison, sans l’assurance d’en avoir les moyens.

L’on tient peut-ĂȘtre avec ces deux clubs les deux futurs promus. En bataille avec l’UTA, le FC Brașov retrouve des couleurs aprĂšs quelques annĂ©es de vaches maigres, et peut encore jouer les trouble-fĂȘtes. QuatriĂšme, l’Olimpia Satu-Mare rĂ©alise de son cĂŽtĂ© ce qui est certainement la toute meilleure saison de son histoire. Sans avoir nĂ©anmoins l’envergure pour ĂȘtre un prĂ©tendant Ă  la promotion.

Adrian Petre, un nom à retenir © uta-arad.ro

La folie aussi en Coupe de Roumanie

Le monde magique du football roumain ne se rĂ©duit pas aux championnats, et heureusement pour nous. La Coupe de Roumanie nous offre elle aussi son lot de grand n’importe quoi, celui qui fait qu’on l’aime tant. On commence notamment avec les aventures du Metalurgistul Cugir, club de Liga 3 qui est parvenu Ă  franchir quatre tours… sans gagner le moindre match! EntrĂ© en lice au deuxiĂšme tour de la compĂ©tition, le club est qualifiĂ© d’office pour le tour suivant, son adversaire Ă©tant l’U Cluj, qui a dĂ©posĂ© le bilan est a Ă©tĂ© dissout en dĂ©but de saison. Au tour suivant, le club de Cugir est etrilĂ© 9-0 par l’ACS Comuna Recea, club du mĂȘme groupe de Liga 3. Une cinglante dĂ©faite retournĂ©e sur tapis vert, car Recea a effectuĂ© quatre changements durant le match! En troisiĂšme division, les clubs ont en effet droit Ă  quatre changements. Pensant que cette mĂȘme rĂšgle s’appliquait lors de cette phase « rĂ©gionale » de la coupe (le tirage au sort regroupe les clubs par zone pour Ă©viter les longs dĂ©placements), l’arbitre autorise Recea Ă  faire un quatriĂšme changement. Une erreur sanctionnĂ©e par la FRF, qui donne une victoire 3-0 Ă  Cugir. Un Metalurgistul Cugir qui se qualifie encore sans jouer au quatriĂšme tour, le FCM Baia Mare ayant lui aussi disparu entre temps. C’est ainsi que Cugir se hisse jusqu’au cinquiĂšme tour de la Coupe de Roumanie, oĂč il est finalement Ă©liminĂ© pour de bon par le Poli Iași aprĂšs une dĂ©faite 2-0.

Le désormais fameux match Recea-Cugir. © Facebook/ACS Recea

EntrĂ©s en lice lors de ce cinquiĂšme tour, les clubs de Liga 1 ont connu des fortunes diverses. Si nombre d’entre eux sont encore en lice pour les quarts de finale, certains n’ont fait qu’une brĂšve apparition. C’est le cas notamment du Concordia Chiajna et du FC Botoșani, tous deux sortis par des Ă©quipes de Liga 2 dĂšs leur premier match. Lors des huitiĂšmes de finale qui suivent, les duels entre clubs de l’Ă©lite sont fatals Ă  Iași, Ă  l’ASA TĂąrgu Mureș, aux Pandurii et au Gaz Metan. Mais le coup de tonnerre vient de Mioveni, oĂč le FCSB, moribond depuis bien des semaines, ne parvient pas Ă  prendre le dessus sur le CS Mioveni, ancien pensionnaire de Liga 1 aujourd’hui habituĂ© au milieu de tableau de Liga 2. Pire, au bout des tirs au but, le club bucarestois est Ă©liminĂ©, De Amorim ratant sa tentative. Une Ă©limination prĂ©maturĂ©e qui fait tĂąche dans le tableau de marche du FCSB, mais est mĂ©ritĂ©e sur le match. Elle laisse en tout cas la voie libre au Dinamo, au Viitorul, Ă  l’Astra, au CFR Cluj ou encore au CSU Craiova, tous encore en lice pour les quarts de finale.

Le Steaua prépare son retour !

La grande annonce a Ă©tĂ© faite Ă  la mi-dĂ©cembre. Sans attendre la fin de la lutte judiciaire avec le FCSB de Gigi Becali, l’ArmĂ©e a officialisĂ© l’inscription d’une Ă©quipe senior en Liga IV (ou V) dĂšs l’étĂ© prochain ! AprĂšs avoir niĂ© pendant des mois la crĂ©ation de cette Ă©quipe, le CSA Steaua et Marius Lăcătuș, directeur sportif du club, ont donc rĂ©vĂ©lĂ© ce que les supporters attendaient depuis plusieurs mois maintenant. En plus de l’école de football et des Ă©quipes juniors (jusqu’à 21 ans), le club de l’ArmĂ©e se dote donc d’une tĂȘte de proue avec cette Ă©quipe senior. Une Ă©quipe qui affiche dĂ©jĂ  ses ambitions : la promotion en Liga 1 d’ici 2020, soit la promotion tous les ans, et la mise en place d’un centre de formation destinĂ© Ă  concurrencer le Viitorul de Gheorghe Hagi, sur lequel Lăcătuș compte prendre exemple.

© prosport.ro

Cette Ă©quipe du Steaua est donc destinĂ©e Ă  faire revivre la glorieuse Ă©quipe sacrĂ©e championne d’Europe en 1986. L’ArmĂ©e dĂ©tient pour cela le nom Steaua, le logo du club, mais Ă©galement son palmarĂšs jusqu’en 2002, date Ă  partir de laquelle il bascule du cĂŽtĂ© du FCSB de Gigi Becali. Un FCSB qui est Ă©videmment le principal rival de cette Ă©quipe. La lutte est d’ores-et-dĂ©jĂ  ouverte. Devant l’imbroglio qui s’est nouĂ© entre les deux entitĂ©s, les supporters vont devoir choisir de quel cĂŽtĂ© se placer. Les ultras devraient sans aucun doute soutenir le Steaua dĂšs son entrĂ©e en compĂ©tition. Tout comme la quasi-intĂ©gralitĂ© des anciennes gloires du club qui, Ă  l’instar de Lăcătuș, ont proposĂ© leurs services pour aider ce projet. La compĂ©tition risque nĂ©anmoins d’ĂȘtre intense entre les deux clubs. Becali a d’ailleurs dĂ©jĂ  ouvert les festivitĂ©s en matiĂšre de bons mots.

« Ils auront 2 000 supporters, mon équipe en a des millions ! Je suis heureux ! Ils ne monteront pas ! » Gigi Becali

Toujours aussi truculent et volubile devant les mĂ©dias, le patron du FCSB, qui refuse d’obtempĂ©rer face Ă  la Justice en s’accrochant au nom Steaua, a dĂ©jĂ  fait du nouveau venu son principal ennemi. « Je vais m’assurer qu’ils resteront en troisiĂšme division » a-t-il affirmĂ© au lendemain de l’annonce officielle, en affirmant qu’il Ă©tait prĂȘt Ă  acheter des clubs de Liga 3 pour empĂȘcher le Steaua d’ĂȘtre promu Ă  l’étage supĂ©rieur ! Le football roumain n’a donc pas fini de nous divertir sur comme en dehors des terrains, avec des divisions infĂ©rieures parfois plus suivies et vivantes que la Liga 1. Vivement la saison prochaine !

Pierre-Julien Pera


Image à la une : © academiahagi.tv

2016 – Six mois de football en Roumanie
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1 Comment

  1. Avatar Guiilhem 5 janvier 2017 at 14 h 58 min

    Superbe article, qui permet de bien saisir les difficultés à la fois structurelles et conjoncturelles du football professionnel roumain.

    Merci.

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