2016 – Six mois de football en Roumanie

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 2 janvier 2017

L’hiver entoure désormais la Roumanie de son grand manteau blanc et le gel ne laisse plus aucun crampon s’enfoncer dans les sols de Liga 1, fût-il des plus aiguisés. En gros, on se les pèle. Le football roumain entre donc dans sa traditionnelle pause hivernale. Une pause qui n’en est pas vraiment une, car la folie du football roumain ne s’arrête jamais. Loin des terrains, c’est désormais sur les marchés des transferts que l’on va s’activer. L’occasion est néanmoins bonne pour tenter de résumer au mieux cette première moitié de saison.

Le classement à la trêve. © sport.ro

Le Viitorul leader de Liga 1

Le FC Viitorul est donc leader de la Liga 1 à la trêve. Une bonne nouvelle pour le football roumain, qui voit à sa tête l’un des rares clubs ayant un projet stable à long terme, en bonne santé financière, et le seul faisant une confiance quasi-aveugle en sa formation. La saison n’a pourtant pas commencé de la meilleure des manières. Européen pour la première fois de son histoire, le club de Gheorghe Hagi est balayé dès son entrée en lice au troisième tour préliminaire de la Ligue Europa. Battu 5-0 par La Gantoise au match aller, le Viitorul ne peut faire mieux que 0-0 au retour, et quitte la scène continentale aussi rapidement qu’il l’avait rejointe.

En cette fin juillet, le club est au plus bas. Avec deux défaites en trois journées, le Viitorul pointe à la neuvième place du classement. Une place qu’il garde jusqu’au soir de la sixième journée. L’effectif, assez renouvelé cet été avec les départs de Ianis Hagi, Florin Tănase ou encore Florin Cernat, et l’incorporation de jeunes issus de l’Académie Hagi ou en retour de prêt, commence à trouver son régime de croisière. L’équipe profite de l’affirmation de certains joueurs : Kévin Boli et Bogdan Țîru en défense, le jeune Florinel Coman au milieu, Romario Benzar, devenu titulaire en sélection nationale, tout comme Răzvan Marin au milieu. A vingt ans à peine, ce dernier est devenu la pièce maîtresse de l’équipe, son métronome, celui par qui tout passe dans la construction du jeu. Une responsabilité dont il s’acquitte fort bien, et qui fait de lui le joueur le plus suivi du groupe actuellement. Devant, il profite du retour en forme d’Aurelian Chițu. Avec huit buts et cinq passes décisives, l’ex-Valenciennois retrouve le niveau qui lui avait valu d’apparaître un temps en sélection.


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C’est l’une des forces de Gheorghe Hagi avec son équipe. Redonner confiance à des joueurs perdus après leur départ. Aurelian Chițu en est le meilleur exemple cette saison, mais il n’est pas le seul. Barré au FCSB, qui l’avait même prêté en Turquie, Gabriel Iancu retrouve lui aussi des couleurs. Aligné à un poste d’ailier auquel il n’était pas habitué, Iancu s’est révélé être un bon complément à Chițu. Tout comme le Libérien Alex Nimely, qui pointe à quatre buts et se révèle après une demi-saison relativement anonyme à Timișoara.

Chițu est le joueur ayant tenté le plus de dribbles en Liga 1 en cette première moitié de saison, avec un bon pourcentage de réussite. @Emishor

Après avoir mis du temps à se roder, l’ensemble est doucement remonté au classement, jusqu’à en devenir leader. Quasiment intraitable contre les mal classés (hormis une défaite contre Timișoara), le Viitorul doit maintenant se montrer à la hauteur face à ses concurrents directs. Ce qu’il n’a pas forcément su faire jusqu’à présent : deux défaites contre le FCSB, deux nuls contre le Gaz Metan, une victoire et une défaite face à Craiova et un nul face au Dinamo. Alors qu’il ne reste que cinq journées de phase régulière, à l’issue de laquelle les points seront divisés en deux pour les play-offs, le Viitorul a encore des matchs difficiles (Dinamo, Astra, CFR Cluj)  lors desquels il faudra prendre des points pour rester devant.

Le FCSB s’envole puis déçoit

La trêve arrive peut-être au bon moment pour l’équipe de Laurențiu Reghecampf. Malgré de très nombreux départs durant l’été, le Steaua de Becali semble prêt pour la reprise en juillet. Entré en jeu dès le deuxième tour préliminaire de Ligue des Champions, le FCSB élimine le Sparta Prague, ce qui n’est pas une mince affaire. La suite est moins brillante avec un match cataclysmique à domicile face à Manchester City. Une défaite 0-5 qui met fin aux espoirs annuels de phase de groupes. Ils seront atteints, mais en Ligue Europa. Maigre consolation.

Dans l’effectif, le changement est total. Pas moins de vingt-et-un départs sont comptés ! Parmi eux, deux des leaders offensifs de l’équipe : Alex Chipciu et Nicu Stanciu, tous deux partis à Anderlecht. Deux départs très lucratifs (plus de dix millions d’euros) mais difficiles à compenser. Pour preuve, le match nul concédé face au Poli Iași dès le premier match disputé sans Stanciu. Pour remplacer les leaders partis, Reghecampf et Becali misent sur les joueurs des principaux concurrents : Florin Tănase arrive du Viitorul, Rick Boldrin et William de Amorim de l’Astra, Antonio Jakolis du CFR Cluj et Bojan Golubovic du Poli Iași.

Stanciu, avant son départ pour Anderlecht © antena3.ro / Agerpress

Si la mayonnaise prend rapidement, le jeu n’est jamais flamboyant. Rapide leader de Liga 1, le Steaua ne connaît sa première défaite qu’à la 9e journée. En tête du championnat, le club compte jusqu’à six points d’avance sur ses poursuivants. Une avance tout autant due à la relative faiblesse de ses adversaires qu’à son niveau. Car c’est une domination en faux semblant. Le jeu du FCSB frôle parfois l’indigence. Golubovic ne marque pas le moindre but, Jakolis est transparent tandis que le jeune Florin Tănase, excellent en ce début de saison, est stoppé de la plus dure des manières. Face au CSU Craiova, l’ailier international s’effondre, victime d’une rupture des ligaments croisés du genou.

Sans sa perle venue du Viitorul, le FCSB n’est plus tout à fait le même. Boldrin assure sur les coups de pied arrêtés, mais le jeu manque de dynamisme, et le fidèle Adi Popa se sent parfois bien seul en attaque. Symbole du manque de solutions de Reghecampf, Popa, ailier de formation, est parfois aligné en tant qu’attaquant de pointe, poste auquel il n’a jamais joué jusqu’alors.

Petit à petit, le leader perd de son avance et voit Craiova et surtout le Viitorul revenir à sa hauteur. Des adversaires contre lesquels, ironie du sort, le Steaua s’est toujours imposé cette saison. Mais les points perdus face au Dinamo ou à l’Astra coûtent cher. La trêve arrive donc à point nommé. Et avec elle, le traditionnel ménage dans l’effectif. Alexandru Bourceanu, en fin de contrat cet hiver, est le premier joueur à quitter l’effectif. Un mouvement qui en appelle bien d’autres (Tudorie, Enceanu et Aganovic en premier lieu).

© Alexandru Dobre / MEDIAFAX

Une fois de plus, l’effectif devrait connaître de grands changements cet hiver. La première arrivée est prévue de longue date. Dans sa dernière année de contrat avec l’Astra, Denis Alibec rejoint Bucarest pour deux millions d’euros qui vont permettre au club de Giurgiu de survivre encore un peu. Pour le reste, c’est encore l’inconnu. Alors que Reghecampf déclare souhaiter un défenseur central et un arrière droit pour concurrencer Tamaș et Enache, auteurs de performances plus que moyennes cette saison, Becali fait lui le forcing pour arracher Junior Morais à l’Astra. Un joueur cher (deux millions d’euros) et qui évolue à un poste d’arrière gauche où l’effectif est déjà bien garni avec Momcilovic, Toșca et Dan Popescu. Un décalage inquiétant. Plutôt que de panser les points faibles de son équipe, Becali est obnubilé par son égo, et fait une question d’orgueil personnel d’obtenir les joueurs de ses concurrents sur lesquels il a jeté son dévolu. Une politique qui a déjà coûté le titre l’an passé, et pourrait annoncer une seconde partie de saison difficile si elle devait se confirmer.

La surprise Gaz Metan

S’il est un club que l’on n’attendait pas à pareille fête cette saison, c’est bien lui : le Gaz Metan Mediaș. Malheureux relégué voilà un an, l’équipe emmenée par Cristi Pustai est remontée dès cet été dans l’élite, avec une réussite extraordinaire mais surtout un jeu très agréable à voir, comme toujours avec les équipes de cet entraîneur.

Lors de sa promotion, le Gaz Metan n’a pourtant pas mené grand train sur le marché des transferts. La majorité des joueurs arrivés cet été (gratuitement évidemment) sont d’anciens joueurs du club qui, n’ayant pas joué depuis un moment ou ayant vu leur contrat résilié par d’autres clubs, n’avaient guère d’autre choix que de revenir à Mediaș.

Le gardien Răzvan Pleşca est ainsi de retour de prêt de Botoşani malgré son désir avoué de rester en Moldavie. Trtovac est revenu de Novi Pazar, où il n’a pas été conservé malgré le maintien en Superliga serbe. Tout comme Rugasevic, qui n’a joué que neuf matchs en deuxième division croate avec Cibalia, et Susnjar, rarement titulaire avec Lietava, en A Lyga lituanienne. Sollicité par Vasile Miriuţă lorsque ce dernier entraînait l’Energie Cottbus, le latéral droit Creţu n’a lui plus joué depuis trois mois avec l’équipe descendue en troisième division allemande. Le défenseur central Buzean pensait lui, à 34 ans, arrêter le football et est déjà élu conseiller municipal à la mairie de Mediaș.

Au milieu, Mircea Axente avait marqué son dernier but en décembre 2015. Parti en Israël, il n’a joué que neuf matchs pour aucun but avec le Maccabi Netanya. Troisième meilleur buteur de Liga 1 avec neuf réalisations, il réalise la meilleure saison de sa carrière. L’ancienne gloire du club Eric de Oliveira est lui revenu d’Arabie Saoudite après plusieurs blessures et quelques kilos supplémentaires. Autorisé par Pustai à s’entraîner avec le groupe le temps de retrouver un contrat à l’étranger, il a fini par signer au club par manque de propositions. Pas souvent titulaire en début de saison au vu de sa forme physique, il est à la trêve le meilleur passeur du championnat. Mais la plus grande réussite de Pustai est sans conteste l’excellente première partie de saison de l’attaquant albanais Azdren Llullaku. Parti l’hiver dernier au CSMS Iași, il n’y joue que neuf petits matchs sans marquer le moindre but. Après que le club a résilié son contrat, il est revenu au Gaz Metan cet l’été. Plus d’une année est passée depuis son dernier but en Liga 1 (contre Chiajna le 22 mai 2015) ! Avec 16 buts en 19 matchs, il est le meilleur buteur de Liga 1 à la trêve. Une Liga 1 qu’il ne retrouvera pas au printemps.

Llullaku face au Dinamo © Alexandru Dobre / MEDIAFAX

Car le Gaz Metan est en grandes difficultés. La situation financière est catastrophique et les retards s’accumulent dans le paiement des salaires. Au point que le club a demandé à entrer en cessation de paiement. Une situation qui rend l’exploit sportif encore plus beau mais fragile. Grâce à une clause l’autorisant à quitter le club en cas d’offre de l’étranger, Llullaku a signé pour deux ans au FC Astana contre 100 000 euros. Un champion du Kazakhstan qui lui offre un salaire de 40 000 euros par mois, soit quatre fois plus que ce que peuvent offrir les meilleurs clubs de Roumanie. L’autre départ marquant est celui d’Eric, qui retourne une nouvelle fois dans le Golfe. Des départs sans contrepartie pour le Gaz Metan, qui ne souhaite pas retenir ses joueurs. Il n’en a de toutes manières pas les moyens. L’avenir du club est encore loin d’être assuré.

L’Astra ne brille qu’en Europe

Symbole de la situation pénible du football roumain, l’Astra Giurgiu n’est plus que l’ombre du champion qu’il était la saison dernière. Il faut dire que le club a subi une première saignée durant l’été. Valerică Găman a rejoint librement Karabükspor, tandis que William de Amorim et Rick Boldrin ont rejoint le FCSB au terme d’une lutte à couteaux tirés avec Gigi Becali. Deux départs qui rapportent un million d’euros au club mais le privent de Ligue des Champions. Affaiblie, l’Astra ne peut rien face au FC Copenhague au troisième tour qualificatif de celle-ci.

C’est la fin des espoirs de millions d’euros versés par l’UEFA, mais le début d’une belle aventure. Reversée en barrages d’Europa League, l’Astra retrouve West Ham, qu’elle avait déjà éliminé l’an dernier. Et la magie opère de nouveau ! Marius Șumudică retrouve son joker Denis Alibec, de retour d’une blessure contractée durant l’Euro, et met de nouveau à mal son homologue Slaven Bilic grâce à un nul à domicile puis une victoire 1-0 pour le tout premier match officiel des Hammers au London Stadium. S’ensuit une phase de groupes chaotique. Après deux défaites initiales, l’Astra se reprend et parvient à arracher sa qualification à la dernière journée en faisant match nul face à l’AS Roma. Șumudică réussit là un nouvel exploit avec son équipe, qu’il mène au printemps européen, chose assez rare en Roumanie pour être signalé.

En championnat en revanche, c’est la débandade. Alibec blessé, Budescu hors de forme depuis son retour de Chine, l’Astra passe totalement au travers de son début de championnat, avec une seule victoire sur les huit premières journées. Avec le retour en forme de ses meilleurs éléments, l’équipe revient peu à peu, mais reste capable de perdre contre Timișoara une semaine après avoir battu Craiova. La régularité ne revient malheureusement que trop tard, au mois de décembre. Trois victoires consécutives, dont une de prestige arrachée dans le temps additionnel face au FCSB.

En battant le Gaz Metan juste avant la trêve, l’Astra remonte à la septième place en Liga 1 et peut à nouveau rêver de play-offs. Le plus dur reste néanmoins à venir : tenir sans ses meilleurs joueurs, et avec un effectif parmi les plus bouleversés cet hiver. En fin de contrat en juin, Denis Alibec a été cédé pour deux millions d’euros au FCSB. Son prêt terminé, Constantin Budescu repart lui en deuxième division chinoise, avant peut-être de revenir en Europe dans les prochains jours. Felipe Teixeira et Junior Morais sont courtisés avec insistance par Becali, tandis que Cristian Săpunaru a reçu une offre intéressante de Karabükspor, club turc où évoluent déjà quatre Roumains. Si ces départs se confirment, ce sont pas moins de cinq titulaires qu’il faudra remplacer. Affaibli sportivement, le club est surtout loin d’être sauvé financièrement, et ce malgré plus de cinq millions d’euros de primes pour son parcours européen.

La crise, toujours la crise

Les soucis financiers, le Gaz Metan et l’Astra Giurgiu ne sont pas les seuls à les subir. La santé financière du football roumain est toujours aussi mauvaise, et l’élite n’est pas à l’abri. Pour la deuxième année consécutive, le CFR Cluj est parti avec six points de pénalité, tout comme l’ASA Târgu Mureș, pour cause de dettes. Dans un autre style, le Poli Timișoara est lui parti à… -14 points ! Un handicap dû à une règle discutable sanctionnant tout club n’ayant pas réussi à accumuler au moins quinze points lors des play-offs. Relégué l’an dernier après une fin de saison particulièrement mauvaise, le (faux) Poli n’a dû son maintien qu’à la faillite, et la disparition, du Rapid Bucarest.


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Pour le Gaz Metan, les Pandurii et l’ASA Târgu Mureș, une nouvelle sanction de trois points pourrait tomber cet hiver. Des sanctions infligées par la Commission de discipline de la FRF pour des dettes envers des joueurs ou anciens joueurs. Certains joueurs des Pandurii, comme Ovidiu Herea, n’ont touché aucun leu depuis leur arrivée au club l’été dernier. Soit plus de six mois et une vingtaine de matchs sans être payé. C’est ainsi que plusieurs d’entre eux souhaitent faire résilier leur contrat et trouver un nouveau club. A Târgu Mureș, la situation est encore plus difficile. A court d’argent, le club ne sait tout simplement pas s’il aura les moyens de reprendre le championnat après la trêve. Une menace de forfait en cours de saison qui serait une triste première en Liga 1.

Symbole des difficultés actuelles du football roumain, 74% des joueurs évoluant en Roumanie ont connu des retards dans le paiement de leurs salaires selon la © FIFPro

Le cas du Gaz Metan est quant à lui particulier. Un de ces cas qui font que l’on aime la Roumanie. Le club de Mediaș est menacé d’être pénalisé à cause d’une dette de 90 000 euros envers le club bulgare du Chernomorets Burgas. L’affaire remonte au transfert en septembre 2014 de Godfred Bekoe, joueur ghanéen formé en France, à Strasbourg et Guingamp. Le transfert est alors gratuit, Bekoe venait en tant que joueur libre. Ce que conteste néanmoins le Chernomorets Burgas, qui affirme que le joueur était encore sous contrat. Le Gaz Metan affirme avoir cherché à contacter le club bulgare, sans jamais avoir eu de réponse. Et pour cause, ce dernier a fait faillite et disparu corps et bien ! Ce souci de dette n’a donc jamais été réglé, et ressort aujourd’hui. Bekoe, qui n’est resté qu’une saison en Roumanie, est lui introuvable…

Autre symbole: le Poli Timișoara qui dispute la demi-finale aller de Coupe de la Ligue face à l’ASA Târgu Mureș avec des maillots aux numéros dessinés au feutre. Les deux équipes n’étaient pas parvenues à s’entendre sur les couleurs de maillots à utiliser. © Digisport / @Alecsstam

© Digisport / @Emishor

Le chaos en Liga 2

Traditionnellement divisée en deux groupes afin de réduire les dépenses de déplacement des différentes équipes, la deuxième division, ou Liga 2, a été repensée cette saison. Une poule unique de vingt clubs a ainsi été mise en place, dont les deux premiers sont promus en Liga 1, le troisième devant disputer un barrage pour gagner sa place dans l’élite. Les cinq équipes les moins bien classées sont elles reléguées dans les cinq groupes de Liga 3. Mais restera-t-il suffisamment de clubs en fin de saison pour avoir des relégués ? C’est la question qui se pose.

Sur les vingt clubs présents en début de saison, seuls dix-huit ont atteint la trêve hivernale. Et ce n’est peut-être pas fini. Le premier club à avoir jeté l’éponge est le Șoimii Pâncota. Parti sans un sou en poche, le club a démarré la saison sans joueur, se contentant d’aligner ses juniors. Pire, l’équipe parvient à peine à aligner onze joueurs lors de certains matchs à l’extérieur. Avec des résultats à la hauteur de l’investissement consenti. Après treize journées, le Șoimii Pâncota est dernier avec 90 buts encaissés pour… un seul marqué ! Les scores fleuves s’accumulent : 16-0 contre Afumați, 18-0 contre la Juventus Bucarest, 14-0 contre le Foresta Suceava (avec dix joueurs seulement au coup d’envoi) ou encore 9-0 à domicile contre l’Olimpia Satu Mare. Après un premier forfait lors de la 13e journée, Pâncota jette l’éponge fin octobre. Après 78 années d’existence, le club disparaît et repartira en cinquième division.

Malgré ses difficultés, le Șoimii Pâncota a réussi à arracher un point. Un match nul 0-0 obtenu face à l’ACS Berceni, l’autre club qui n’a pas atteint la trêve. Après la disparition de Pâncota, ses résultats étant annulés, Berceni est retombé à 0 point à la 14e journée, et n’en a pas disputé une de plus. Plus payés par leur club, les joueurs ont protesté en refusant de jouer face au Dunărea Călărași quelques jours plus tard. Et quinze jours à peine après Pâncota, le club de la banlieue de Bucarest déclare lui aussi forfait général, disparaît du football roumain et voit ses résultats annulés.

Le chaos est donc total. Et la situation ne devrait pas s’améliorer. Car deux autres clubs menacent de disparaître à leur tour. Criblée de dettes, l’Unirea Tărlungeni n’a pas disputé la 19e et dernière journée de championnat avant la trêve. Incapable de financer l’organisation du match l’opposant à Brăila, le club a été contraint de déclarer forfait. Comme le prévoit le règlement, un second forfait provoquerait un forfait général, et donc la dissolution du club. On ne devrait cependant pas en arriver là, le club prévoyant de jeter l’éponge avant même la reprise, faute de moyens.

Il pourrait être accompagné par le CSM Râmnicu-Vâlcea. Malgré une position hors de la zone de relégation à la trêve, le club ne devrait pas repartir en 2017. La faute au retrait de ses deux principaux pourvoyeurs de fonds. C’est tout d’abord son actionnaire majoritaire qui a annoncé l’arrêt de son soutien début décembre. C’est ensuite au tour de la mairie d’annoncer l’arrêt de ses subventions, pointant du doigt un changement de règlement, appuyé par un rapport de la Cour des Comptes à son encontre, interdisant désormais aux édiles locaux de financer les salaires des joueurs. Face à cette situation, le club n’a d’autre choix que de mettre la clef sous la porte, et de se retirer du championnat durant l’hiver.

Le classement de Liga 2 à la trêve. En attendant de nouveaux forfaits… © clasament-fotbal.com

Dans ce championnat où tout peut arriver, le meilleur a néanmoins sa place. En tête du classement, la Juventus Bucarest domine largement les débats et devrait se frayer un chemin vers la Liga 1 sans encombre. Derrière, l’historique UTA Arad joue également la montée, dans le sillage de sa nouvelle perle Adrian Petre. Meilleur buteur du championnat avec 18 buts en 17 matchs. Une superbe performance de l’international U19, qui attire l’attention de plusieurs clubs européens, tels que Bologne (où il a passé des tests voilà un an) ou le Genoa, qui a déjà fait une offre, refusée. L’UTA espère pouvoir conserver son joyau de 18 ans au moins jusqu’à la fin de la saison, sans l’assurance d’en avoir les moyens.

L’on tient peut-être avec ces deux clubs les deux futurs promus. En bataille avec l’UTA, le FC Brașov retrouve des couleurs après quelques années de vaches maigres, et peut encore jouer les trouble-fêtes. Quatrième, l’Olimpia Satu-Mare réalise de son côté ce qui est certainement la toute meilleure saison de son histoire. Sans avoir néanmoins l’envergure pour être un prétendant à la promotion.

Adrian Petre, un nom à retenir © uta-arad.ro

La folie aussi en Coupe de Roumanie

Le monde magique du football roumain ne se réduit pas aux championnats, et heureusement pour nous. La Coupe de Roumanie nous offre elle aussi son lot de grand n’importe quoi, celui qui fait qu’on l’aime tant. On commence notamment avec les aventures du Metalurgistul Cugir, club de Liga 3 qui est parvenu à franchir quatre tours… sans gagner le moindre match! Entré en lice au deuxième tour de la compétition, le club est qualifié d’office pour le tour suivant, son adversaire étant l’U Cluj, qui a déposé le bilan est a été dissout en début de saison. Au tour suivant, le club de Cugir est etrilé 9-0 par l’ACS Comuna Recea, club du même groupe de Liga 3. Une cinglante défaite retournée sur tapis vert, car Recea a effectué quatre changements durant le match! En troisième division, les clubs ont en effet droit à quatre changements. Pensant que cette même règle s’appliquait lors de cette phase « régionale » de la coupe (le tirage au sort regroupe les clubs par zone pour éviter les longs déplacements), l’arbitre autorise Recea à faire un quatrième changement. Une erreur sanctionnée par la FRF, qui donne une victoire 3-0 à Cugir. Un Metalurgistul Cugir qui se qualifie encore sans jouer au quatrième tour, le FCM Baia Mare ayant lui aussi disparu entre temps. C’est ainsi que Cugir se hisse jusqu’au cinquième tour de la Coupe de Roumanie, où il est finalement éliminé pour de bon par le Poli Iași après une défaite 2-0.

Le désormais fameux match Recea-Cugir. © Facebook/ACS Recea

Entrés en lice lors de ce cinquième tour, les clubs de Liga 1 ont connu des fortunes diverses. Si nombre d’entre eux sont encore en lice pour les quarts de finale, certains n’ont fait qu’une brève apparition. C’est le cas notamment du Concordia Chiajna et du FC Botoșani, tous deux sortis par des équipes de Liga 2 dès leur premier match. Lors des huitièmes de finale qui suivent, les duels entre clubs de l’élite sont fatals à Iași, à l’ASA Târgu Mureș, aux Pandurii et au Gaz Metan. Mais le coup de tonnerre vient de Mioveni, où le FCSB, moribond depuis bien des semaines, ne parvient pas à prendre le dessus sur le CS Mioveni, ancien pensionnaire de Liga 1 aujourd’hui habitué au milieu de tableau de Liga 2. Pire, au bout des tirs au but, le club bucarestois est éliminé, De Amorim ratant sa tentative. Une élimination prématurée qui fait tâche dans le tableau de marche du FCSB, mais est méritée sur le match. Elle laisse en tout cas la voie libre au Dinamo, au Viitorul, à l’Astra, au CFR Cluj ou encore au CSU Craiova, tous encore en lice pour les quarts de finale.

Le Steaua prépare son retour !

La grande annonce a été faite à la mi-décembre. Sans attendre la fin de la lutte judiciaire avec le FCSB de Gigi Becali, l’Armée a officialisé l’inscription d’une équipe senior en Liga IV (ou V) dès l’été prochain ! Après avoir nié pendant des mois la création de cette équipe, le CSA Steaua et Marius Lăcătuș, directeur sportif du club, ont donc révélé ce que les supporters attendaient depuis plusieurs mois maintenant. En plus de l’école de football et des équipes juniors (jusqu’à 21 ans), le club de l’Armée se dote donc d’une tête de proue avec cette équipe senior. Une équipe qui affiche déjà ses ambitions : la promotion en Liga 1 d’ici 2020, soit la promotion tous les ans, et la mise en place d’un centre de formation destiné à concurrencer le Viitorul de Gheorghe Hagi, sur lequel Lăcătuș compte prendre exemple.

© prosport.ro

Cette équipe du Steaua est donc destinée à faire revivre la glorieuse équipe sacrée championne d’Europe en 1986. L’Armée détient pour cela le nom Steaua, le logo du club, mais également son palmarès jusqu’en 2002, date à partir de laquelle il bascule du côté du FCSB de Gigi Becali. Un FCSB qui est évidemment le principal rival de cette équipe. La lutte est d’ores-et-déjà ouverte. Devant l’imbroglio qui s’est noué entre les deux entités, les supporters vont devoir choisir de quel côté se placer. Les ultras devraient sans aucun doute soutenir le Steaua dès son entrée en compétition. Tout comme la quasi-intégralité des anciennes gloires du club qui, à l’instar de Lăcătuș, ont proposé leurs services pour aider ce projet. La compétition risque néanmoins d’être intense entre les deux clubs. Becali a d’ailleurs déjà ouvert les festivités en matière de bons mots.

« Ils auront 2 000 supporters, mon équipe en a des millions ! Je suis heureux ! Ils ne monteront pas ! » Gigi Becali

Toujours aussi truculent et volubile devant les médias, le patron du FCSB, qui refuse d’obtempérer face à la Justice en s’accrochant au nom Steaua, a déjà fait du nouveau venu son principal ennemi. « Je vais m’assurer qu’ils resteront en troisième division » a-t-il affirmé au lendemain de l’annonce officielle, en affirmant qu’il était prêt à acheter des clubs de Liga 3 pour empêcher le Steaua d’être promu à l’étage supérieur ! Le football roumain n’a donc pas fini de nous divertir sur comme en dehors des terrains, avec des divisions inférieures parfois plus suivies et vivantes que la Liga 1. Vivement la saison prochaine !

Pierre-Julien Pera


Image à la une : © academiahagi.tv

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A propos de l'auteur

Pierre-Julien Pera

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Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d'hiver 1998. L'est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Ecrit envers et contre tous la gloire et la beauté de son football depuis 2006 sur Parlonsfoot et Footballski. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine, de Divizia Nationala moldave, de Premium Liiga estonienne et de la Zone Est de 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

pays de l'auteur footballski
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1 commentaire

  • Superbe article, qui permet de bien saisir les difficultés à la fois structurelles et conjoncturelles du football professionnel roumain.

    Merci.

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