Rapid Bucarest, la romantique histoire d’un amour déchu

Hadrien François
Hadrien François - Publié le 10 mai 2016

« Nous sommes partout à la maison, les portes seront ouvertes, il n’y a pas d’équipe plus belle, et plus aimée que le Rapid. » C’est par ces mots que débute l’hymne du club, joué à l’entrée des joueurs à chaque match à domicile. Aujourd’hui relégué en seconde division (malgré un retour au sein de l’élite plus que probable la saison prochaine), le club du Rapid București vit dans l’ombre de ses homologues de la capitale, le Steaua et le Dinamo. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi, et si le club déchaîne encore les passions en Roumanie malgré des résultats plus que mitigés, cela n’est pas par hasard. Focus sur un club pas comme les autres.

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Le Rapid, le club des cheminots de Bucarest

C’est le 25 juin 1923 que le club voit le jour. Il est issu de la fusion de deux équipes, l’Atelierele et l’Excelsior, par les cheminots travaillant dans le quartier Grivița de la capitale. Le premier nom du club est donc le C.F. Rapid, reprenant les initiales CFR désignant la société de chemin de fer nationale roumaine. Toutefois, avant de s’appeler Rapid, les textes de création du club le mentionnent sous l’appellation « Association culturelle et et sportive CFR. » Tout naturellement, le directeur de l’atelier de Grivița Teofil Copaci est élu président du club et Grigore Grigoriu est choisi comme capitaine. Un joueur d’expérience ayant joué pour feu le Venus Bucarest.

Au fil des années, le club a connu de nombreux changements de noms : Casa Feroviarului Rapid Bucureşti (1923-1936), Rapid Bucureşti (1936-1945), Caile Ferate Române Bucureşti (CFR, 1945-1949), Locomotiva Bucureşti (1949-1958), CS Rapid Bucureşti (1958-1992), UFC Rapid Bucureşti (1992-2002), et enfin FC Rapid Bucureşti en 2002, nom perdurant jusqu’à aujourd’hui. Ces changements de noms successifs ont étés des marqueurs de l’évolution parfois chaotique du pays et de ses institutions publiques.

© rapid.com.ro

La première équipe du Rapid Bucarest. | © rapid.com.ro

Dès le départ, ce rouge pourpre si particulier fait partie de l’identité du club. Les premiers équipements du Rapid sont en effet conçus dans la maison même du premier capitaine Grigoriu, puis reconditionnés avant d’être manufacturés dans les ateliers de Grivița.

Le club est né, mais sa légende ne peut se construire qu’avec son stade. Érigé en 1939, le stade de Giulești (qui est toujours le stade actuel de l’équipe) fait vibrer les supporters rapidistes depuis plus de 70 ans, ce qui en fait un lieu d’attache très fort pour ces derniers. À la base, celui-ci se voulait une sorte de petit stade des Canonniers du club londonien d’Arsenal. Aujourd’hui, Giulești tombe jour après jour en ruines et s’enfonce dans une obsolescence irrévocable. Pour lire notre visite dans ce stade, suivez ce lien. Ce stade fut inauguré en 1939, le 10 juin afin de commémorer les 70 ans de la première circulation de train en Roumanie devant les yeux du Roi Carol II. Le stade est ensuite porté à 19 100 places après la révolution, et est depuis 2003 un constant chantier de rénovation, travaux qui se heurtent aux problèmes financiers rencontrés par le club. Quoi qu’il en soit, Giulești est l’un des stades mythiques de Roumanie.

De belles réussites au niveau local

Le Rapid devient rapidement un club de l’élite roumaine. Son premier grand exploit date de 1940, lors de la finale de la Coupe de Roumanie gagnée face au Venus Bucarest sur le score de 10 buts à 9 au terme de quatre matchs. Aucun moyen de départager les équipes n’étant prévu à l’époque, les deux équipes ont dû disputer pas moins de quatre rencontres (respectivement 2-2, 4-4, 2-2 et finalement 2-1) pour que l’on ait un vainqueur! Cette finale reste également le premier match disputé en Roumanie sur un terrain dit « moderne, » c’est-à-dire en gazon.

Toutefois, il faut attendre encore une vingtaine d’années pour voir le Rapid emporter le titre de champion de Roumanie en 1967. Victoire permettant au Rapid de goûter à l’Europe avant d’être éliminé par la Juventus prématurément. Malheureusement, le Rapid ne reverra pas les coupes européennes avant un bon moment.

1970-1990 : la traversée du désert

Malgré deux victoires en Coupe en 1972 et 1975, le Rapid se plonge rapidement dans une période de disette sans précédent. Végétant dans le bas de tableau roumain, le club est même relégué à quatre reprises. En cause du coté du Rapid, une incapacité à attirer les meilleurs joueurs, tant les grands clubs roumains soutenus par les différents organes du pouvoir en place usent de corruption et autres moyens illicites afin de s’en offrir les services. Excuse ou réalité, le Rapid n’arrive pas à renaître de ses cendres avant la fin de la période communiste en Roumanie. Toutefois, le club continue à être très populaire dans le pays, tant celui-ci est synonyme de valeurs pour ses supporters.

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Rapid Bucarest, 1972. | © rapid.com.ro

Un supporter du Rapid se confie

Avant de continuer l’historique du Rapid Bucarest, nous avons pu nous entretenir rapidement avec un supporter du club. Gabriel Oltean est un scientifique bucarestois, père de famille et supporter du Rapid Bucarest. Il a accepté de répondre à quelques questions sur son amour pour le club.

Depuis quand supportez-vous le Rapid Bucarest?

Je supporte le Rapid Bucarest depuis 1995. En effet, mon emploi était alors situé à proximité du stade, ce qui m’a permis de m’intéresser un peu plus à ce club, qui était aussi celui de mon père. Dès lors, j’ai développé un grand amour pour cette équipe.

Quel est votre meilleur souvenir impliquant le Rapid Bucarest?

Mon meilleur souvenir reste l’affrontement entre les deux clubs de Bucarest pour le compte des quarts de finale d’Europa League. En effet, le Steaua s’est imposé grâce à la règle du but à l’extérieur après un score de 1-1 à Giulești, puis de 0-0 à Ghencea. Malgré la défaite, c’était une opposition incroyable.

Pourquoi le Rapid, et pas une autre équipe?

Le Rapid est un club très populaire ici à Bucarest, notamment par l’impression qu’il donne d’avoir toujours été seul contre tous (c’est d’ailleurs sa devise) : le gouvernement, la fédération, les autorités, les arbitres… Tous ont toujours semblé vouloir la peau du Rapid, pourtant le club est toujours là. C’est ce qui me fait me sentir rapidiste. Malgré tout, le club fait actuellement face à de nombreuses difficultés…

Comment voyez-vous le futur du Rapid?

Il est certain que je voudrais revivre le glorieux Rapid du temps passé : gagner quelques championnats, quelques Coupes de Roumanie et re-goûter aux matchs européens en allant le plus loin possible. Malheureusement, les choses ne vont pas dans ce sens en ce moment.

À quelle fréquence êtes-vous allé à Giulești?

J’ai connu le Rapid sous tous les temps, de 35 degrés jusqu’à -15. Je me souviens d’ailleurs de ce match où nous étions ensemble (Hadrian, ndlr) dans le froid pour voir jouer le Rapid. Il pleuvait, le temps était glacial et le match ennuyeux. Mais cela n’a pas d’importance quand on aime son équipe, et qu’on se bat pour ce que l’on voit au stade !

1990 à aujourd’hui : renaissance et déchéance

À la chute du régime soviétique, le Rapid retrouve la place qui lui était due dans le football roumain. Le tournant est la reprise du club par George Copoș, homme d’affaire et écrivain roumain (récemment dans la tourmente dans une affaire de plagiat). En 1995, le club passe à coté de l’exploit en perdant la finale de la Coupe de Roumanie face au Petrolul Ploiești. Faux-pas rattrapé quatre ans plus tard en s’offrant enfin le sacro-saint championnat de Roumanie. Par la suite, le Rapid sera de nouveau vainqueur en 2003 et s’offrira quatre Coupes de Roumanie jusqu’en 2007. L’équipe de 1999 est constituée de la « dream team » roumaine de l’époque : Răzvan Raț (actuel capitaine de l’équipe de Roumanie), Ganea et Pancu entre autres sont entraînés par Mircea Lucescu.

© 1923.ro

Răzvan Raț (à droite) soulevant la Coupe avec le Rapid. | © 1923.ro

C’est en 2006 que le Rapid signe ses premières bonnes prestations en Europe. En effet, l’équipe atteint les quarts de finale pour échouer face au Steaua comme nous l’a raconté Gabriel (le Steaua jouera en demie-finale un match dramatique face à Middlesbrough, à l’issue infructueuse). Par la suite, le Rapid joue quelques années le haut de tableau en Roumanie, sans réussir à obtenir de nouveau titre depuis la Coupe puis la Super-Coupe de Roumanie en 2007.

C’est en 2013 que tout bascule pour le Rapid : le 10 mai, la Fédération Roumaine de Football décide de ne pas accorder de licence au Rapid pour la saison 2013-2014. En cause, des problèmes financiers qui ne peuvent permettre au club de se maintenir en première division. Dans le même temps, le Concordia Chiajna se retrouve dans une situation similaire. Il est alors décidé d’un match de barrage afin de choisir laquelle des deux équipes doit être rétrogradée. Le Rapid l’emporte et le Tribunal Arbitral du Sport de Lausanne valide son maintien. Mais coup de théâtre! Après avoir fait appel et déjà après la troisième journée de championnat, le Concordia voit son recours accepté par la même TAS, ce qui relègue le Rapid en deuxième division!

Après une remontée sportive en 2014, le même problème se pose pour le Rapid. Or, un passif s’est crée entre temps, avec l’acceptation dans une situation similaire de la montée de l’U Cluj. Le Rapid fait appel et, après une collecte de fonds, gagne son procès et peut évoluer en Liga I durant la saison 2014/2015. Toutefois, cela n’est pas suffisant et le Rapid se retrouve relégué à l’issue de la saison. Aujourd’hui premier de sa Série de Liga II-a, les supporters rapidistes espèrent pouvoir voir leur club retourner au sommet du football roumain.

 

« Seul contre tous« , le Rapid s’est toujours construit face aux autres sans rien demander à personne. Même dans la tourmente, le club peut compter sur des fans solidaires et malgré des résultats très mitigés ces dernières années, ce club marquera l’imaginaire du football roumain pendant encore très longtemps. Parce « qu’il n’y a pas d’équipe plus belle et plus aimée que le Rapid.« 

Hadrian Stoian


Image à la une : © fanatik.ro

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A propos de l'auteur

Hadrien François

Hadrien François

Roumain d'adoption, souvent aperçu une Timișoreana à la main près de Ghencea. Stelist convaincu, amoureux d'un football roumain authentique et désuet. Jamais objectif vis à vis du Dinamo.

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