Les ratés russes en coupe d’Europe

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Karim Hameg
Karim Hameg - Publié le 15 mars 2016

Avec l’élimination du Zenit Saint-Pétersbourg par Benfica en huitièmes de finale de la Ligue des Champions (0-1, 1-2), il n’y a déjà plus d’équipes russes encore en lice en coupe d’Europe. C’est une saison décevante qui s’achève pour le football russe en Europe malgré un départ prometteur. Tentative d’analyse.

Et pourtant, tout avait si bien commencé

Sur les cinq équipes russes initialement engagées en Europe (le Zenit Saint-Pétersbourg en Ligue des Champions et le Lokomotiv Moscou en Ligue Europa étaient qualifiés directement ; le CSKA Moscou, le FK Krasnodar et le Rubin Kazan devant disputer des tours préliminaires), cinq étaient parvenues à se qualifier pour les phases de poule de la Ligue des Champions et de la Ligue Europa. C’était assez inattendu, sachant que le Rubin Kazan ne devait pas disputer de compétitions européennes (il a profité de la disqualification du Dinamo Moscou qui avait enfreint les règles du fair-play financier) et en sachant qu’une équipe russe a par tradition l’habitude de se vautrer lamentablement lors des tours préliminaires. Le CSKA Moscou s’était notamment distingué en éliminant le Sporting Portugal (1-2, 3-1) lors des barrages de la Ligue des Champions alors qu’il avait bataillé pour éliminer le Sparta Prague lors du tour précédent.


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Lors des phases de poules, trois clubs russes sont parvenues à s’en sortir… toutes trois en terminant en tête de leur groupe ! Le Zenit Saint-Pétersbourg est notamment devenue la première équipe russe à terminer en tête d’un groupe de Ligue des Champions depuis le Spartak Moscou lors de la saison 1995/1996 : le champion de Russie a remporté ses cinq premiers matchs en obtenant au passage le scalp de Valence (3-2, 2-0) et de Lyon (3-1, 2-0), se payant ainsi le luxe de faire tourner lors de la dernière journée face à Gand avec une première place déjà assurée.

© FABRICE COFFRINI/AFP/Getty Images

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En Ligue Europa, le Lokomotiv Moscou avait terminé devant des équipes du calibre du Sporting Portugal et de Beşiktaş en s’offrant une victoire mémorable au stade Alvalade en ouverture (3-1). Le FK Krasnodar, pour ce qui n’était que sa deuxième saison européenne, a quant à lui terminé devant le PAOK Salonique et surtout devant le Borussia Dortmund, tombé dans le sud de la Russie en novembre dernier (1-0).


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Seules déceptions : le Rubin Kazan, de toute façon en difficulté en championnat et seulement troisième de son groupe de Ligue Europa et surtout le CSKA Moscou, une fois de plus dernier de son groupe en Ligue des Champions. Le tirage au sort n’a pas gâté le club moscovite même s’il était un peu moins difficile que lors des années précédentes : le PSV Eindhoven, Wolfsbourg et un Manchester United en reconstruction étaient offerts à l’ancien club de l’Armée rouge. Malgré les bons souvenirs liés à ces adversaires (Wolfsbourg et Manchester United figuraient dans le groupe du CSKA quart de finaliste en 2009/2010), le CSKA n’a pas pu faire grand chose. Éliminé avant même le coup d’envoi de la dernière journée, il a laissé échapper la troisième place alors qu’il était qualifié à dix minutes du terme de son dernier match face au PSV Eindhoven (défaite 1-2).

Ces bons résultats, dans l’ensemble, ont même permis à la Russie de prendre brièvement la première place à l’indice UEFA durant l’automne.

2016 : la catastrophe

Au tirage au sort, le Zenit Saint-Pétersbourg s’en sortait plutôt bien avec Benfica, qui allait lui offrir une opposition équilibrée. Le FK Krasnodar paraissait également en mesure de se qualifier face au Sparta Prague tandis que la mission allait être plus difficile pour le Lokomotiv Moscou, opposé à Fenerbahçe.

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Sans surprise, le Lokomotiv se faisait sortir par le club turc (0-2, 1-1). Les éliminations du Zenit Saint-Pétersbourg et du FK Krasnodar sont en revanche plus surprenantes.
Dominé à l’aller et battu en fin de rencontre (0-1), le champion de Russie en titre ouvrait le score au retour mais il concédait l’égalisation en fin de rencontre avant d’encaisser un deuxième but dans les arrêts de jeu (défaite 1-2). Cruel face à une équipe portugaise pourtant très affaiblie. Le FK Krasnodar s’est quant à lui écroulé : deux défaites face au club tchèque avec un non-match à l’aller (0-1) et une correction au retour à domicile (0-3).


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Début mars, il ne reste donc plus d’équipes russes en lice en coupe d’Europe. Une bien mauvaise nouvelle alors que la Russie est à la lutte avec la France et le Portugal pour décrocher la cinquième place à l’indice UEFA.

Les raisons (possibles) du fiasco

Trois raisons tendent à expliquer ces échecs. Premièrement, le retour difficile après la trêve hivernale pour les équipes russes, qui redémarrent alors leur saison suite à plusieurs mois de repos. Ni les stages organisés à travers l’Europe (voire le monde) ni les matchs amicaux ne remplacent la « vraie » compétition. De ce point de vue, il apparaît toutefois compliqué de faire plus que ce qu’a fait la RPL en adaptant le championnat au format « européen » à partir de la saison 2012/2013. Une reprise plus précoce serait difficile en raison du froid et de l’état des terrains.

© PATRICIA DE MELO MOREIRA/AFP/Getty Images

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Ensuite, vient le fair-play financier. L’UEFA est hostile (à des degrés divers) à la formule qui a fait le succès des clubs russes. L’apport d’oligarques est mal venu quand l’UEFA souhaite davantage de revenus issus du merchandising ou de la billetterie. Un modèle difficile à appliquer en Russie où les affluences peinent à dépasser les 10 000 spectateurs. L’arrivée des nouveaux stades (liée où non à l’organisation de la Coupe du monde 2018) pourrait aider à résoudre le problème mais pour l’instant, seuls le Spartak Moscou et le Rubin Kazan (même s’il n’a pas pu en disposer aussi souvent qu’il le souhaiterait) disposent de nouvelles enceintes. Le FK Krasnodar, le CSKA Moscou et le Zenit Saint-Pétersbourg devraient suivre. Les sanctions du fair-play financier ont fait une victime en Russie : le Dinamo Moscou, privé de coupe d’Europe pour cinq ans et contraint de céder ses meilleurs joueurs. Qui sait si cette équipe forte de son expérience réussie en Ligue Europa l’année dernière (huitième de finaliste avec un sans-faute en phase de groupes) n’aurait pas fait mieux qu’un Rubin Kazan en pleine crise. La crise économique que traverse la Russie ainsi que les sanctions occidentales n’aident pas non plus les clubs.

Mentionnons enfin la politique des quotas. Du 10+15 (dix étrangers tous alignables sur le terrain et quinze russes), on est passé à un 6+5 qui oblige les clubs à aligner cinq russes au moins sur le terrain, avec pour ligne de mire la Coupe du monde 2018. Conséquence : nombre de joueurs étrangers ont du s’en aller. Le Zenit a par exemple du se séparer de José Salomón Rondón, sans doute meilleur qu’Artyom Dzyuba (qui réalise toutefois une excellente saison), l’actuel titulaire à la pointe de l’attaque du Zenit.

Quel avenir pour les clubs russes ?

Le championnat russe semble avoir perdu en attractivité et s’être affaibli. Les clubs les plus puissants semblent de plus en plus en difficulté face aux autres équipes du championnat comme en témoignent les difficultés du Rubin Kazan, du Dinamo Moscou ou a un degré moindre celles du Zenit Saint-Pétersbourg face à des équipes réputées plus « petites ». À l’inverse, le FK Rostov est actuellement en tête du championnat tandis que le Terek Grozny est en lutte pour les places européennes. Le fait de voir certaines de ces équipes se qualifier en coupe d’Europe, sans aucune volonté évidemment de leur manquer de respect, pourrait être handicapant pour la Russie dans des compétitions européennes où l’expérience est de mise. Difficile donc de prévoir, pour l’instant, de meilleurs résultats dans un futur proche.

Le dilemme pour les locomotives que sont le CSKA Moscou et le Zenit Saint-Pétersbourg, par exemple, est de jouer la Ligue des Champions pour attirer de meilleurs joueurs, sans garantie aucune que cela leur permettra un jour d’atteindre une nouvelle fois les quarts de finale de la compétition. A l’inverse, un bon parcours en Ligue Europa est largement à leur portée, pour autant que c’est un projet moins vendeur et surtout que les retombées financières sont minimes comparées à sa grande sœur.

Karim Hameg


Image à la une : © KIRILL KUDRYAVTSEV/AFP/Getty Images

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Ex-géographe aujourd'hui dans l'informatique, passionné de football russe et ukrainien.

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