Wolfsberger AC : le petit qui bouscule la Bundesliga autrichienne

Adrien Mth
Adrien Mth - Publié le 29 août 2014

 

6 victoires en six matchs 18 buts inscrits, un jeu hybride où l’on alterne possession/attaques placées et contres explosifs, un entraîneur avec des idées novatrices en termes de management. Vous l’avez compris Wolfsberger bouscule les codes du championnat autrichien où s’affronte traditionnellement Salzbourg, le Rapid et l’Austria. Portrait de cette équipe étonnante.

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C’est quoi Wolfsberger ?

Petite ville de 25 000 habitants au Sud de l’Autriche, dans le land (région administrative) de Carinthie, Wolfsberg a servi traditionnellement aux empereurs du saint empire romain germanique de forteresse face aux invasions successives des ottomans. À partir du XIXe siècle sous l’Autriche-Hongrie les bastions et autres places fortes délaissent leurs fonctions militaires pour devenir des hôtels, des centres administratifs ou des résidences luxueuses pour la haute-bourgeoisie viennoise.

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Aujourd’hui Wolfsberg est considérée comme une station balnéaire

 Trêve de considérations historiques, le club de foot est fondé en 1931 par des ouvriers de la ville. Très longtemps l’AC va végéter dans les obscures divisions inférieures mélangeant équipes réserves des grosses écuries et petites formations rassemblant de nombreux bouchers. Au début des années 90 le club accède à la Erste Liga, soit la seconde division. Wolfsberger va alors jouer durant 20 bonnes saisons dans l’antichambre de la Bundesliga. La délivrance intervient en 2011-2012 quand le club termine premier et accède ainsi pour la première fois de son histoire à la 1ère division. Le club se structure en conséquence : amélioration de son centre d’entrainement, staff professionnel, augmentation du nombre de places dans sa modeste Lavanttal-Arena (de 6500 à 7300)… Wolfsberger bascule ainsi dans une autre dimension.

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Lavanttal-Arena le Louis II autrichien.

 Une équipe aux inspirations latines :

Pour sa première saison dans l’élite le club réalise un beau parcours en décrochant la 5e place s’offrant par ailleurs des victoires de prestige face au Rapid, l’Austria et le Strum Graz. Slobodan Grubor quitte alors son poste après des désaccords avec ses dirigeants.

En 2013/2014 un nouvel entraîneur arrive à la tête de Wolfsberger : il s’agit de Dietmar Kühbauer connu notamment par les parisiens pour avoir disputé la finale de la coupe des coupes en 1996 avec le Rapid Vienne. Cet ancien milieu possède un CV intéressant, outre le Rapid il a joué à Wolfsburg et surtout à la Real Sociedad durant 3 saisons. Ce passage au pays basque a conditionné sa philosophie de jeu qu’il souhaite développer maintenant en tant qu’entraineur : possession et technique avant tout. Pour sa première saison à la tête de Wolfsberger Kühbauer réussit à maintenir l’équipe avec une 7e place honorable (50 inscrits 63 encaissés). Après une sensation de transition, le coach Kühbauer peut enfin appliquer sa méthode tout en continuant avec le groupe dont il disposait déjà.

L’effectif de Wolfsberegr ne possède aucun poids lourd de la Bundesliga mais plutôt de vieux routards du football européen : l’ailier brésilien Silvio qui a fait ses classes en Suisse et en D2 allemande, le milieu espagnol Jacobo Ynclán formé à l’Atlético Madrid mais n’a presque jamais connu l’équipe première, le buteur hongrois Attila Simon (un peu plus de 80 buts en 10 saisons mais blessé en ce début de saison), le défenseur serbe Nemanja Rnic pur produit du Partizan Belgrade … Un certain cosmopolitisme règne ainsi à Wolfsberger.

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L’équipe évolue en 4-2-3-1 et repose avant tout sur la capacité de ses milieux à distribuer des ballons propres pour mener à bien ses attaques placées. Le gardien Kofler a fait la majeure partie de sa carrière dans les divisions amateurs. À Wolfsberger il découvre le haut niveau mais pour autant il ne se montre pas impressionné, solide sur sa ligne mais assez hésitant dans ses sorties, il est l’un des piliers du vestiaire de Kühbauer.

La défense : plutôt hétérogène en revanche : un latéral très expérimenté en la personne de Standfest (Austria et Stum + 34 sélections en équipe nationale), un espoir du football autrichien avec Sollbauer qui a une technique bien supérieure à la moyenne du championnat, le robuste serbe Rnic et l’arrière droit très offensif Stephan Palla formé au Rapid. Malgré une certaine lenteur dans l’axe, la défense de Wolfsberger est l’une des meilleures de Bundesliga, par sa combativité mais également par son placement (beaucoup de hors-jeu provoqués).

Au milieu : Wolfsberger a eu l’excellente idée de récupéré Manuel Weber, arrivé en fin de cycle au Sturm Graz après 5 saisons sans éclat. Depuis son arrivée Weber est excellent, jamais réticent aux efforts défensifs, il est également le premier fer de lance des contres de son équipe grâce à sa bonne qualité de passe. Il est associé à un Boris Hüttenbrenner qui joue plus un rôle de sentinelle (1m88 idéal pour disputer les duels de la tête) et qui est très performant sur coups de pieds arrêtés.

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Manuel Weber en action

 Devant eux en numéro 10 à l’ancienne on retrouve Peter Zulj, véritable pépite du football autrichien. Il a connu toutes les catégories d’âge chez les espoirs mais malheureusement le Rapid décidément fâché avec ses jeunes ne lui a jamais confiance. Habile des deux pieds, très bon tireur de coup franc, une vista assez unique pour la Bundesliga; il est évident que Zulj ne devrait pas s’éterniser à Wolsberger (Salzbourg et des clubs de D1 allemande sont déjà venus aux renseignements).

En attaque : le technicien fait confiance à trois hommes : à gauche une recrue en provenance du relégué Wacker Innsbruck : Christopher Wernitznig. Cet ailier ne rechigne pas aux taches défensives ce qui soulage son équipe, en phase offensive son pied gauche est une arme redoutable, en un contre un il est également décisif. À droite l’espagnol Ynclàn très adroit pour déborder mais également devant le but. Habitué aux divisions inférieures espagnoles ( Ejido, Lleida, Alavès, Guadalajara, Alcala) il s’éclate dans une Bundesliga souvent décriée pour sa faiblesse technique. Enfin en pointe on retrouve le slovène Tadej Trdina qui par sa taille sert de point d’ancrage à l’attaque de Wolfsberger, recruté à Grodig ce buteur s’exprime pleinement dans une équipe possédant de nombreux passeurs décisifs.

Les autres joueurs de l’effectif :

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outre Attila Simon et Silvio déjà présentés, le reste du groupe de Wolfsberger n’est composé que d’autrichiens. Manuel Kerhe est un milieu axial qui peut dépanner en défense, il reste cependant assez irrégulier sur une saison entière. René Pascal Seebacher est un autre 8 polyvalent, arrivé à l’hiver 2014 il a perdu sa place au profit de Weber. Baldauf est un défenseur qui peut jouer à gauche comme dans l’axe, avec Wolfsberger il joue pour la première en Bundesliga à 29 ans, une récompense pour cet acharné du travail. Roland Putsche est lui un jeune espoir du club qui a connu la montée en 2012. Ambianceur dans le vestiaire il est très apprécié par ses coéquipiers. Tout comme lui le gardien remplaçant Dobnik est à Wolfsberger depuis longtemps, passé derrière Kofler il se satisfait de son rôle de doublure (un Vercoutre à l’autrichienne en somme).

6 victoires en 6 matchs : Wolfsberger peut-il concurrencer le Red Bull Salzbourg ?

Rappel des résultats :

Admira Wacker 1-4 WolfsbergerAC

Wolfsberger AC 4-0 Austria Vienne

ScholzGrodig 0-2 WolfsbergerAC

SCRAltach 1-2 Wolfsberger AC

Wolfsberger AC 4-1 Josko Ried

Sturm Graz 1-2 Wolfsberger AC

Avec la défaillance annoncée des deux clubs de Vienne, un Sturm toujours en phase de reconstruction et un Scholz Grodig en crise, Wolfsberger peut espérer être plus que la surprise du mois d’aout et s’installer en haut du classement sur toute la saison. De là à rivaliser avec la machine Salzbourg cela est complexe car la différence de niveau est encore trop grande. Un premier élément de réponse aura lieu le 14 septembre avec le premier des quatre duels Wolfsberger-Salzbourg.

Avec un effectif composé de revanchards après avoir été délaissés par les grosses écuries et d’européens au profil unique dans cette Bundesliga, Wolfsberger possède encore une grosse marge de progression avec un objectif clair : se stabiliser dans le haut du classement. Son modèle économique est très intéressant : être capable de se doter d’infrastructures de qualité dans un football autrichien plongé dans une profonde crise conjoncturelle c’est fort. C’est bien connu les loups ont toujours faim, les moutons de Bundesliga sont prévenus.

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David contre Goliath. À Footballski on a déjà hâte.

Adrien Matthieu

Wolfsberger AC : le petit qui bouscule la Bundesliga autrichienne
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A propos de l'auteur

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Adrien Mth

Étudiant en journalisme à l'IJBA de Bordeaux. Passionné par le pays du Tyrol, de l'escalope, de Natascha Kampush et du Prater. Vous l'avez compris, la Bundesliga autrichienne, c'est mon dada. Également auteur du FootballskiTrip en Ukraine.

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