On a vécu trois matchs en Roumanie

Hadrien François
Hadrien François - Publié le 6 mai 2015

Il s’en est passé des choses en Roumanie ces temps-ci. Avec la libération de Gigi Becali, des limogeages à la pelle et un haut du classement de plus en plus serré, notre actualité fut riche. Et en cette fin de mois d’Avril, il semble que la dernière ligne droite de cette saison soit entamée. Ainsi, nous sommes allés en Roumanie  pour suivre trois matchs : le Rapid opposé à Botosani, l’ancien derby entre le Petrolul et l’Astra et enfin le match le plus attendu pour le titre, l’opposition entre le leader le Steaua Bucuresti et son dauphin, le modeste Targu Mures. Nous allons tenter de vous faire vivre notre expérience d’une fin de saison mouvementée en Dacie.

Débarqués la veille à l’aéroport Henri Coanda de Bucarest sous un soleil éblouissant et 29 degrés, nous nous retrouvons le mardi dans le quartier de Crangasi au stade Giulesti pour voir jouer l’équipe locale, le Rapid Bucuresti. Promis à une relégation certaine en début de saison, un mercato intéressant et les déboires du CFR Cluj permettent au Rapid Bucuresti d’espérer sauver sa peau avec une 15ème place à seulement 3 points du premier non relégable. En face, Botosani peut encore rêver à la troisième place du Petrolul, qui est en difficultés ces temps-ci.

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Le temps est nuageux, et ne laisse pas présager une rencontre au sec pendant 90 minutes. Nous trouvons des places à 15 lei (environ 4 euros) avec les supporters rapidistes et nous installons. Les tribunes sont pourvues de sièges numérotés à la main mais nous n’aurons pas l’occasion de les essayer, tant à cause de leur humidité que par la ferveur de supporters qui resteront debout tout au long du match. Les maillots floqués au nom du capitaine Sapunaru fleurissent, et le stade se remplit petit à petit. Des drapeaux de groupes de supporters flottent. Un drapeau italien sera agité tout le match, en hommage à l’entraîneur Bergodi, très apprécié.

Les équipes sont sur la pelouse, l’hymne du Rapid retentit dans le stade, reprise par les nombreux supporters présents. Les joueurs sont prêts, et le match débute.

Les joueurs de Botosani prennent rapidement l’ascendant sur le terrain, s’offrant des occasions notamment grâce à des erreurs de défense énormes. L’envie ne semble pas y être côté Rapid, et le jeu est emprunté. On tente de servir Benson avec des longs ballons devant, mais rien n’y fait. Et plus le temps passe, plus la supériorité de Botosani se fait pressante. Et à la 25ème minute, la défense du Rapid craque sur une accélération de Martinus qui laisse toute la défense sur place et offre un cavier à Ivanovici qui crucifie Buchta. Les visiteurs ouvrent le score, et semblent s’acheminer vers un match serein. Buchta sauve une dernière occasion avant la mi-temps, et les deux équipes retournent au vestiaire sur ce score de zéro à un.

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Le Rapid n’a été que l’ombre de lui-même, et une réaction se fait attendre à la mi-temps. Et alors que le ciel est prêt à faire s’abattre une averse conséquente sur Giulesti, cette réaction au retour des vestiaires est bel et bien présente. C’est un autre Rapid qui jaillit des vestiaires, avec un jeu construit et des joueurs prêts à se battre sur chaque ballon. C’est à la 50ème minute qu’une frappe de l’extérieur de la surface de Niculae mal déviée par le gardien permet à Oriol d’ouvrir le compteur du Rapid avec un peu de réussite. La domination du Rapid est récompensée par ce but, et les supporters donnent de la voix en tribune. Mais Benson est à la peine, et manque deux occasions énorme où il se retrouve seul face au portier adverse. Dès lors, les supporters rapidistes appellent leur attaquant vedette, Pancu à grand renforts de « Hé Panco, Panco Italiano ! » sur l’air de « Mambo Italiano ». À la 71ème minute, l’entraîneur donne raison aux supporters et remplace un Berson en difficulté par Daniel Pancu. Hélas, une minute après Buchta fauche Batin dans sa surface et offre un penalty peu contestable aux joueurs de Botosani. Vasvari se charge de le transformer et une nouvelle fois les visiteurs prennent l’avantage.

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Des trombes d’eaux s’abattent sur nous et nos petites vestes d’été, ce qui nous oblige à nous réfugier dans dans l’entrée des tribunes, sous une mince chape de ciment. C’est donc sous les jambes du policier posté en hauteur que nous verrons Batin plaquer littéralement Sapina dans la surface et offrir un penalty aux rapidistes. Sapunaru le capitaine s’approche du ballon et ne tremble pas. L’égalisation est là, et Niculae est tout proche d’offrir la victoire aux siens à la dernière seconde du match, mais butte sur le gardien. Deux partout score final, un résultat qui ne ravit pas les supporters rapidistes en quête de points et qui pouvaient prétendre à mieux à la vue du jeu proposé par les deux équipes. Nous quittons donc Giulesti sous une pluie un peu moins battante, en attendant déjà avec impatience la rencontre du lendemain.

Et ce match du lendemain, c’était le match. On est venus pour voir ça de nos propres yeux. Mieux que Mayweather contre Pacquiao. Le match qui peut clore ce championnat roumain. L’opposition entre le mythique Steaua Bucuresti et son dauphin tout juste promu, Targu Mures. Si à la mi-saison, tout le monde voyait le Steaua s’acheminer vers un titre facile, les déboires du club et le départ de joueurs clés comme Keseru ont mis à mal le club sportivement parlant, et la bonne forme de Targu Mures permet qu’à cette 29ème journée de championnat, Targu Mures n’est qu’un point derrière le grand leader. N’ayant pas payé la location de Ghencea, le Steaua joue à l’Arena National qui est le stade de l’équipe de Roumanie. Arrivés devant, de nombreux supporters semblent se masser aux portes du stade. Pourtant, de nombreuses places ont étés offertes pour permettre au stade d’être un peu rempli. Les tribunes hautes sont fermées, sauf un parcage pour la petite cinquantaine de supporters de Targu Mures venus voir leur équipe tenter de réaliser l’exploit. Dans la rue, des pochoirs « vrem echipa » (« nous voulons une équipe ») des supporters des peluza nord et sud du Steaua nous avaient préparé à ce manque d’affluence.

Ainsi débute ce match, avec la meilleure équipe du Steaua possible. Petit coup de bluff coté Targu Mures, Gabriel Muresan est titulaire alors qu’il avait été annoncé blessé quelques jours avant.  Targu Mures va plier pendant de longues minutes, mais tient bon en défense face à un Chipciu méconnaissable. Et a la 37ème minute d’un match loin de tenir toutes ses promesses, Zicu délivre Targu Mures sur coup de pied arrêté, laissé entièrement seul dans la surface par un Tanase totalement passif. Le ciseau tout mou de Tucudean ne changera rien, et les équipes repartent à la pause sur ce score de 0-1. L’ambiance est dictée par le parcage de Targu Mures qui sait que son équipe est en train de réaliser un tour de force inédit dans son histoire.
En seconde période, les stelistes montrent plus d’envie, mais la technique n’y est pas. Aucune inventivité offensive, du déchet dans les passes… Les entrées de Iancu et de Vilceanu n’y feront rien, jusqu’à la 81ème minute où Varela est fauché à un mètre du juge de ligne, qui ne signale pas la faute pourtant plus qu’évidente. Cette dernière décision arbitrale va entériner la victoire des visiteurs. Le parcage explose, et seuls retentissent les chants « Campioni » des supporters de Targu Mures. Ces derniers passent devant le Steaua, et sont actuels leaders du championnat.

Pour Zicu, l’attaquant de Targu Mures auteur du but victorieux : « Nous ne sommes pas favoris, car le Steaua a un calendrier plus facile ».

Pour Gabriel Muresan : « Le Steaua ne m’a en rien impressionné. » (propos rapportés par la GSP).

À cinq journées de la fin, le cauchemar de cette saison semble se prolonger pour le Steaua qui en plus d’être privés de logo, de stade et de supporters pourrait bien se voir priver du titre qui leur tendait pourtant les bras. Nous quittons l’Arena National avec cette idée en tête, et si nous sommes tentés de se réjouir pour ce modeste club de Targu Mures, voir ainsi mourir sous nos yeux l’un des piliers du football roumain ne peut nous empêcher d’avoir un certain vague à l’âme.

 

Le jour suivant, pour notre dernière journée de football, nous quittons la capitale pour nous rendre une nouvelle fois à Ploiesti. La ville aux allures de village voit aujourd’hui s’affronter deux équipes qui partageaient auparavant le même espace : Le Petrolul et l’Astra. Si l’achat de l’Astra Ploiesti par Ioan Niculae l’a transformé en Astra Giurgiu, la rivalité reste forte entre les deux équipes, et le match que nous attendons sonne comme un petit derby. Le Petrolul se doit de conforter sa troisième place, synonyme de qualification en Europa League, alors que l’Astra va tenter de les détrôner et ainsi prouver que leur bon parcours en Europe cette année n’était pas le fruit du hasard.  Après avoir passé plusieurs heures dans un train dont la locomotive est tombée en panne à mi-parcours, nous arrivons à Ploiesti. Après avoir une nouvelle fois remerciée notre amie qui nous avait sauvé la vie lors du match face à Iasi nous prenons nos places et entrons dans le stade. Ce stade d’Ilie Oana est un stade ultra-moderne, qui fut le premier à accueillir le mois dernier un match de l’équipe nationale en dehors de Bucarest (victoire 1-0 face aux Îles Féroé). L’affluence n’est encore une fois pas énorme, et les supporters visiteurs inexistants.

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La partie débute sous les meilleurs auspices pour les locaux, qui monopolisent le ballon et vivent dans la moitié de terrain adverse. Toto Tamuz tente, mais n’arrive pas à se montrer très dangereux. Ipsa va même voir sa reprise croler le poteau, mais rien ne sera marqué dans cette première période.  Les supporters sont joyeux, les jeunes du club assis à coté de nous s’amusent en courant dans les gradins, l’un d’eux se fait gronder pour avoir lancé son bonbon sur un stadier. L’ambiance est bonne enfant, mais le match manque de buts pour enflammer ce public.

Et c’est à la 51ème minute que Nuno Pinto provoque une faute sur Astafei dans la surface. L’arbitre n’hésite pas et désigne le point de penalty. Toto Tamuz se charge de le tirer, et d’une frappe en force bat Lung et permet au Petrolul de prendre l’avantage. On peut s’attendre à ce moment du match à une démonstration du Petrolul, tant leur domination dans la partie fut grande. Mais rien ne va se passer comme prévu pour les locaux. En fin de partie, un relâchement se fait sentir, et la défense se fait plus laxiste. Il n’en faudra pas plus pour que Takayuki Seto marque de la tête sur le centre de Nuno Pinto. Pris de court, le Petrolul qui gérait tranquillement son avance ne sait plus comment réagir, et seulement trois minutes plus tard Alibec reprend un centre superbe de Budescu pour offrir une victoire sur le fil à l’Astra. Tout le monde est très déçu coté Petrolul et les insultes pleuvent autour de nous. Le Petrolul se met en situation difficile en cette fin de saison, seulement quatre points les séparent de leur adversaire du soir. Ploiesti est calme, et les supporters sortent en silence du stade Ilie Oana, la tête basse.

Ces trois soirées de football nous ont permis de varier les expériences, et nous avons assisté à un tournant dans la course au titre et à l’Europa League. Il ne reste plus que cinq journées pour tout faire basculer, et rien n’est fait dans cette saison 2014/2015 en Roumanie.

 

Hadrian Stoian (Merci à Lucas Carsoux pour son soutien et ses photos)

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A propos de l'auteur

Hadrien François

Hadrien François

Roumain d'adoption, souvent aperçu une Timișoreana à la main près de Ghencea. Stelist convaincu, amoureux d'un football roumain authentique et désuet. Jamais objectif vis à vis du Dinamo.

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