On a vécu Sibir Novossibirsk vs. Baïkal Irkutsk

Adrien Morvan - Publié le 6 octobre 2015

Grand amateur des joutes improbables de FNL (chacun ses déviances), c’est avec une certaine impatience que j’attendais mon premier choc sibérien entre le Sibir Novossibirsk et le Baïkal Irkoutsk. On va éviter d’utiliser le mot « derby » pour deux villes distantes de 1800 kilomètres, mais l’idée est là. Novossibirsk, comparée à Irkoutsk, est une ville relativement jeune, fondée en 1893, ce qui ne l’a pas empêchée de devenir la plus grande métropole de Sibérie en l’espace de quelques décennies. Le boom démographique s’étant essentiellement produit sous l’Union soviétique, l’architecture de la ville est très marquée par le style krouchtchevien, avec de larges avenues bordées d’immeubles colossaux.

Novossibirsk, capitale de la Sibérie.

 

Le stade « Spartak » est situé à quelques pas du centre, comme souvent dans les villes de province russe. La tribune principale rouge brique se dresse au milieu d’une petite esplanade décorée des portraits des sportifs locaux. A gauche de l’entrée, les retardataires font la queue près d’un pavillon en bois jaune pour acheter leur billet. La place en latérale coûte 200 roubles (environ 2,5€) et l’abonnement à l’année 2800 roubles (37€ !). Un second groupe s’est formé à l’écart des contrôles de police, noyé dans la fumée épaisse du stand à saucisses. Une bonne idée pour se réchauffer, alors que la température commence déjà à flirter avec le 0.

Le club de Novossibirsk, qui a changé 8 fois de nom depuis sa création en 1934, n’a jamais vraiment connu les sommets durant la période soviétique. L’équipé n’a décroché son seul et unique ticket pour l’élite du football russe qu’en 2009. L’année suivante s’est avérée particulièrement faste, puisque malgré la relégation en championnat, les Sibériens se sont hissés en finale de la Coupe de Russie, perdue contre un Zénit déjà européen, ce qui leur a permis de participer aux barrages de Ligue Europa dès le mois d’août. J’aurais aimé voir la tête des dirigeants du PSV Eindhoven quand on leur a annoncé qu’ils allaient jouer leur prochain match à 6 000 kilomètres de leur base. Une rencontre que des Néerlandais assommés par le décalage horaire ont d’ailleurs perdu 1-0. Ce qui ne les a pas empêché de se qualifier au retour, en écrasant Novossibirsk 5-0.

Les gars d’en face.

Les gars d’en face.

 

FNL oblige, la présence policière se fait assez discrète aux abords du stade, et la fouille est plus que sommaire. L’intérieur de la tribune est assez cossu et fait penser au hall d’entrée d’un immeuble de bureaux, avec ses plantes vertes, ses distributeurs de nourriture et son escalier marbré qui mène aux loges. Passée la distribution de plaids, je me retrouve dans le seul espace couvert du stade, dont les sièges sont aux couleurs de la Russie. L’ambiance est plutôt tranquille, avec quelques grappes de supporters étalées çà et là qui attendent le coup d’envoi. En virage, un groupe d’une centaine d’ultras a déployé ses drapeaux et a entonné quelques chants, vite repris par les jeunes de l’école de foot, qui ont la panoplie complète bonnet-écharpe-doudoune aux couleurs du FC Sibir. Côté visiteurs, ils sont quatre fous furieux à avoir fait le déplacement, avec un drapeau impérial floqué « Irkoutsk » pour seul étendard.

Difficile de déplacer les foules, quand, comme le Baïkal Irkoutsk, on vient juste de se remettre d’une banqueroute, fait plutôt courant en FNL. Le club historique de la ville, le Zvezda, a disparu en 2008 après une saison mouvementée marquée par des arriérés de salaire et des déplacements perdus par forfait. Pire encore, quand leur gardien titulaire s’est cassé le poignet lors du match contre Ekaterinbourg en août 2008, ils n’ont trouvé personne pour le remplacer, les autres portiers ayant été libérés de leur contrat par le club. C’est finalement le défenseur Vladimir Gratchov qui a pris les gants pour la dernière rencontre à ce jour avec le Sibir Novossibirsk, durant laquelle il a encaissé cinq buts.

Les Irkoutskois ont envoyé leurs meilleurs éléments.

Les Irkoutskois ont envoyé leurs meilleurs éléments.

 

Sur le papier, les forces du Sibir Novossibirsk, éternel pensionnaire de FNL, semblent bien supérieures à celles du Baïkal Irkoutsk, qui vient de monter. L’effectif des bleus comporte de nombreux habitués du championnat (Kharitonnov, Ivanov…), des joueurs formés au club (Belaïev notamment) et même quelques légionnaires, dont l’inusable défenseur tchèque Tomáš Vychodil, qui fêtera ses quarante ans la semaine prochaine (plein de bisous !). L’équipe d’Irkoutsk, elle, est uniquement composée de joueurs russes, menés par un jeune entraîneur, Constantin Dzoutsev.

 

Novossibirsk joue en bleu, Irkoutsk en blanc.

Novossibirsk joue en bleu, Irkutsk en blanc.

 

Tandis que les derniers spectateurs s’installent à leur place, l’arbitre siffle le coup d’envoi sur la pelouse synthétique du stade « Spartak ». Après un round d’observation d’une vingtaine de minutes, les deux équipes se font plus entreprenantes. C’est Irkoutsk qui obtient la première occasion sérieuse : Narylkov, qui s’est écroulé dans la surface, obtient un pénalty. La tentative de Gonejoukov vient s’écraser contre le poteau avec un « dong ! » retentissant qui déclenche l’hilarité des gamins du centre de formation. Cette première péripétie, ajoutée à l’apparition du gouverneur de l’oblast en tribune, semble réveiller les locaux. Belaïev et Jitnev sont particulièrement actifs jusqu’à la pause, sans parvenir à ouvrir le score.

La plupart des spectateurs profitent de la mi-temps pour faire le plein de boissons chaudes et de saucisses grillées. Les élèves de l’école de foot, toujours eux, ont droit à leur quart d’heure de gloire avec la remise d’un trophée devant la tribune principale. De retour des vestiaires, le Sibir Novossibirsk ne met pas longtemps à prendre l’avantage. Jitnev, laissé seul dans la surface, exécute un superbe retourné qui surprend complètement Borodko (1-0). Apparemment comblé par ce premier but, le onze de Novossibirsk se relâche complètement. Golovatenko et Vychodil, jusqu’alors irréprochables, laissent filer Kirillov et Gonejoukov à plusieurs reprises dans l’axe. Heureusement, l’attaque du Baïkal a entamé la saison des vendanges à la même période qu’en Gironde.

Les ultras de Novossibirsk bannières au vent.

Les ultras de Novossibirsk bannières au vent.

 

Novossibirsk finit par se reprendre en fin de match, avec quelques frappes molles signées Belaïev, Kharitonov et Cebotaru. Irkoutsk a une dernière fois l’occasion d’égaliser, mais Kortava, entré à la place de Kirillov, voit sa frappe détournée par le poteau. Les chamanes bouriates du lac Baïkal ont clairement laissé tomber les leurs. En repassant par le hall d’entrée après avoir quitté les gradins, je croise Jitnev et Kharitonov exténués qui rentrent aux vestiaires. Une proximité joueurs-supporters impensable en Première Ligue. Malgré son statut professionnel et l’éparpillement de ses équipes sur un territoire plus grand que l’Europe, la FNL cultive toujours un certain charme venu du monde amateur. Surtout, ne changez rien !

Les notes de Footballski

Sibir Irkutsk

Standing 3/5:

Le « Spartak » est un stade soviétique à l’ancienne avec pistes d’athlétisme et tribunes ouvertes, mais globalement, il est très bien conservé et entretenu. Ce n’est pas toujours le cas en FNL. Sa disposition en trois tribunes ravira les fans du Rayo Vallecano.

Disponibilité des billets 4/5:

Pas de vente en ligne, mais il y a de la place pour tout le monde le jour du match.

Tarif 5/5:

Entre 1,30€ et 6,50€ (de 100 à 500 roubles). On fait difficilement mieux, le taux de change actuel est très favorable aux Européens et Américains.

Ambiance 3/5:

Les ultras ont chanté tout le match, avec un bel assortiment de bannières et de drapeaux. Un peu déçu par la faible présence des fans d’Irkoutsk, mais à 1800 kilomètres de distance un lundi de septembre, on peut difficilement leur en vouloir. Et puis côté Novossibirsk, le vrai rival, c’est Tomsk.

Risques 5/5:

Aucun problème de sécurité dans le stade, les quelques policiers présents ont plutôt l’air de faire de la figuration. Néanmoins, on dit que la réception du grand Tom Tomsk peut être assez tendue.

Accessibilité et transports 5/5:

Le stade est en plein centre-ville, à 15 minutes à pied de la gare centrale. Pour les fondus qui conduisent en Russie, le parking ne semble pas bondé les soirs de match, et je n’ai pas vu d’embouteillages à la sortie. Tout le contraire du quartier de la patinoire lors des matchs de hockey.

Boissons 3/5:

Pas d’alcool dans les stades en Russie, sauf en loge, évidemment. Les supporters locaux ont plutôt l’air de carburer au thé et au café en raison de la température.

Quartier environnement 4/5:

Le stade est situé dans le coin le plus vert de la ville, avec un parc à proximité et des endroits pour manger. Il y a moyen de faire une belle ballade avant le coup d’envoi. Pour ce qui est du froid, il reste tolérable en automne, et les matchs ont lieu en salle en hiver.

 

Merci au Rossiski delovoï club pour l’invitation au match !

Adrien Morvan

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