Valentin Granatkin, l’esprit soviétique oublié

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 22 janvier 2015

Il fut un temps où il n’était pas rare de voir des joueurs commencer une saison sur un terrain vert pour la terminer sur une patinoire gelée, des sportifs qui n’hésitaient pas à troquer le cuir des chaussures de football pour les patins à glace afin d’honorer un maillot et un club du mieux qu’ils le pouvaient. Ainsi, durant les périodes d’avant-guerres et les premières années d’après-guerre, on pouvait s’émerveiller devant Lev Korchebokov sous le maillot du Dinamo Moscou ou encore les frères Starostin et notamment Nikolai sous le maillot du Spartak Moscou; un maillot que Nikolai Starostin portera dans son cœur à jamais, ce dernier étant le fondateur du Spartak. Sans oublier le génie soviétique, Vsevolod Bobrov. Des joueurs qui auront marqué de leur empreinte tantôt le hockey tantôt le football.

Aujourd’hui, nous allons nous attarder sur un gardien de but ayant lui aussi joué un rôle dans ces deux sports. Qui dit gardien soviétique, dit Lev Yahsin. Je ne peux pas vous donner tort, ce dernier a connu, lui aussi, une double carrière de footballeur-hockeyeur. Cependant avant Lev, il y eut Valentin Granatkin. Oublié dans la mémoire du grand public, ce dernier aura pourtant marqué le sport soviétique de son empreinte.

Une carrière moscovite

Alexei Khomich - Valentin Granatkin - Lev Yashin. Trois gardiens, trois légendes.

Alexei Khomich – Valentin Granatkin – Lev Yashin. Trois gardiens, trois légendes.

Né le 16 Juillet 1908 à Ryblova, village situé dans le district de Bronnitsky dans la province de Moscou. Une jeunesse passée près de Moscou à écumer les terrains de football et à user ses gants, des gants qu’il mettra rapidement à profit des clubs de la région puisque dès l’âge de 15 ans il s’engage avec le Krasniy Luch. Un premier club qu’il quittera pour divers clubs moscovites tel le Серп и Молот, club au nom mythique pouvant être traduit par Marteau et Faucille avec lequel il remportera le championnat Soviétique en 1932, ou encore avec l’Elektrozavod.

En somme des clubs obscurs, dont vous n’avez certainement jamais entendu parler et dont vous n’entendrez certainement plus jamais parler. Cependant, rendons à Granatkin ce qui est à Granatkin, ce dernier enfilera aussi une cinquantaine de fois la tunique rouge et verte du grand Lokomotiv Moscou. Un club avec lequel il remportera la première coupe d’URSS en 1936 qui lui permettra de continuer à apparaitre dans les sélections de Moscou et d’URSS pour notamment affronter la Norvège, la Suède ou la Turquie.

Quand l’hiver approche, Moscou est un peu plus sympa que Winterfell et ça Granatkin l’aura très vite compris. Il enfilera ses patins à glace pour intégrer la sélection de Moscou et d’URSS dès 1928 avant de s’engager avec le Spartak Moscou à l’âge de 38 ans pour la première édition du championnat de Hockey en 1946, un dernier challenge sportif qui l’honorera d’une médaille de bronze. Gardant une nouvelle fois les cages dans ce sport, Valentin Granatkin entre dans l’histoire du sport russe en étant le seul joueur soviétique à avoir porté le maillot de la sélection russe en football et en hockey. Oublié des livres d’histoire, Valentin était pourtant l’un des meilleurs gardiens soviétiques de son époque et ce qu’importe le sport. Mais c’est aussi, et surtout, en dehors des terrains qu’il fera parler de lui.

Valentin Granatkin et le hockey.

Valentin Granatkin et le hockey.

Des terrains aux bureaux

Pour cause, diplômé de l’école Supérieure du Parti Communiste en 1942, Valentin Granatkin intègre les hautes sphères du Parti en 1943 en se frayant une place en tant qu’instructeur du Département de la propagande du Comité central. Du talent dans les mains, une tête bien faite, Valentin montre au fil des années des compétences de leadership et continue de gravir les échelons politiques qui ne lui feront cependant pas oublier son premier amour, le sport. Président du Comité des Sports de la région de Moscou entre 1949 et 1955, Vice-Président du Comité des Sports de la Fédération de Russie entre 55 et 59 et enfin Président du Comité des Sports de la section football URSS, tant de postes qui n’altéreront pas les objectifs de Granatkin dans l’amélioration du système du football soviétique.

Cette vision du football soviétique, il la portera jusqu’aux hautes sphères du football international dès 1955 en devenant le premier Vice-Président de la FIFA puis en prenant les reines du Comité amateur de cette même organisation en 1968 et ce jusqu’à la fin de sa vie, le 2 Novembre 1979, alors qu’il finalisait la préparation du tournoi de football des Jeux Olympiques de Moscou.

Valentin-Granatkin-Footballski

Oublié des mémoires de nombreuses personnes, Granatkin reste l’une des grandes personnes du sport russe. Joao Havelange, président de la FIFA entre 1974 et 1998, l’aura rapidement compris et créa une compétition en son nom en 1981 qui continue encore aujourd’hui d’honorer sa mémoire et tente de mettre en lumière les jeunes talents russes dans une compétition internationale opposant de nombreuses sélections U17. Une compétition que Valentin Granatkin n’aurait certainement pas hésité à superviser et promouvoir, pour que son football russe continue de grandir et progresser au fil des siècles.

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Co-fondateur et rédacteur en chef de Footballski.

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