Tammeka Tartu et le crowdfunding

Damien F - Publié le 15 décembre 2015

Le crowdfunding est une pratique désormais courante, ayant déjà fait ses preuves dans le monde du football, notamment grâce à la réussite de Portsmouth. La campagne de Pompey avait permis de récolter £264,990 pour financer un centre d’entraînement appartenant au club. Les Anglais ont peut-être donné des idées au club estonien de Tammeka Tartu qui souhaite utiliser ce biais pour son « Sepa Football Center » qui consiste en la reconstruction d’un vieux stade en centre d’entraînement moderne. En somme, comme quand tu demandes à tes dirigeants une amélioration des infrastructures d’entraînement sur Football Manager.

Tammeka Tartu, courte mais tumultueuse histoire

Tammeka, bien que fondé à la chute de l’URSS pour faire jouer les jeunes, a lancé son équipe dans les divisions estoniennes en 2000. Débutant en III liiga (5è niveau), le club monta en Meistriliiga en 2005, signant une victoire 9-0 pour leur premier match. Un an plus tard, le Merkuur Tartu (ou JK Maag, avec le nom du sponsor), club historique et membre fondateur de la Meistriliiga, fut contraint de fusionner avec l’ambitieux concurrent local pour rester au contact des clubs de Tallinn et de Narva dans la course au titre. Mais le Maag Tammeka ne parvint pas à conserver ses meilleurs joueurs et n’accrocha jamais mieux qu’une cinquième place. Seule une finale de coupe en 2008 consola les dirigeants. Insuffisant pour que Maag renouvelle le deal avec le club, enterrant définitivement le Merkuur au cimetière.

Cela n’empêcha pas Tammeka de continuer, avec un budget réduit. Sauf que plus les années passèrent, plus le club vit ses dettes s’accroître et ses résultats s’empirer. La catastrophique saison 2012 en témoigne, achevée avec seulement 20 points. Tartu fut sauvé de la relégation uniquement à la faveur de l’abandon de Viljandi. Un an plus tard, ce furent les play down qui sauvèrent le club. En revanche, les play-down ne permettent pas l’assainissement des finances. La fédération refusa au club sa demande de licence pour la saison 2014. En cause, le non-paiement des joueurs et membres du staff et le refus de la propriétaire suite à la proposition par la fédération d’un plan de sauvetage. Cependant, un tour de passe-passe juridique laissa l’opportunité au club de débuter sa saison au plus haut niveau : l’académie du club (MTÜ Jalgpallikool Tammeka) était judiciairement séparée du club Tammeka Turtu et pouvait prendre sa succession. Aivar Pohlak, président de la fédération, a expliqué ainsi le pourquoi de l’exception accordée au club : « L’académie de football ne peut être blâmée pour les problèmes rencontrés. »

Cependant, le boss du football estonien a admis que l’aspect émotionnel est aussi entré en jeu puisque le club possédait les meilleures affluences et un potentiel non négligeable pour le football au pays. A tel point que Pohlak décida que même si les dettes de Tammeka n’étaient pas remboursées par le club de l’académie, cela n’affecterait pas la participation du club à la Meistriliiga. Le président de l’académie, Kristjan Tiirik, capitaine de Tammeka un an auparavant, gagna donc le droit de diriger le club au plus haut niveau et déclara dans la foulée : « Pour nous, le plus important est l’équilibre budgétaire et le soutien des entrepreneurs, de la mairie et des citoyens de Tartu. » Avec un effectif très rajeuni, le club parvint à se sauver. La saison suivante, qui vient de s’écouler, ne connut aucun renouveau sportif, puisque le club dut son salut une nouvelle fois aux play-down.

tammeka tartu, estonie

Le coach allemand, la présidente allemande et un joueur à la coupe improbable | @ soccernet.ee

De nouvelles idées pour une renaissance ?

A Tartu, deuxième ville d’Estonie composée de plus de 100 000 habitants, le potentiel ne manque pas puisque 2000 jeunes pratiquent le football. Seulement, les conditions ne sont absolument pas propices au développement. Il n’y a aucun terrain chauffé et doté de pelouse synthétique, ce qui pose des problèmes l’hiver où les apprentis footballeurs se blessent souvent et ne progressent pas.

Les Bleus, sous l’impulsion du président Kristjan Tiirik, ont alors décidé de lancer une ambitieuse campagne le 2 novembre pour remédier à la situation : récolter 150 000€ pour boucler le budget du projet, qui sera aussi financé par un prêt bancaire et des fonds de la fédération. Ainsi, chacun peut acheter un mètre carré du nouveau terrain et participer au plus grand projet de crowdfunding dans le football jamais lancé dans les pays baltes.

Pour promouvoir sa campagne, le club a usé de stratégies particulièrement inspirées et malignes. Tout d’abord, il a impliqué des joueurs connus nés dans la ville comme Tajo Teniste (Sogndal, NOR), Mait Toom et Markus Jürgenson (FC Flora) ou les joueurs du Tammeka Kaarel Kiidron et Kristian Tirik. Deux membres du board, Kidron et Tiirik, habillés aux couleurs du club, se sont montrés sur les plateaux TV, à la radio, à un match du champion estonien de basket Tartu Rock, dans les centres commerciaux et même à l’Arena Le Coq lors d’un match de l’équipe nationale. Ils ont aussi fait appel à un comédien, Louis Zezerian, pour créer une vidéo originale et en anglais destinée à la communauté anglophone. Avant même la vidéo, le site en anglais était sorti pour qu’expatriés et sympathisants étrangers puissent contribuer à l’avancée du projet. Ce qui a marché puisque dès le début, 30 dons ont afflué de l’étranger.

Pour l’instant, l’opération est un succès. Le propriétaire du club, Kalle Paas, en dit plus à , spécialiste du football estonien anglophone, « Dès le début, nous avons dit au groupe de travail que les deux prochains mois auront des hauts et des bas. Par exemple, nous avons vendu 25% des mètres carrés lors des trois premiers jours. Mais, ensuite, nous avons dû attendre encore 28 jours pour atteindre 25% supplémentaires ! Les dynamiques ne sont pas linéaires. Certaines personnes attendent leur jour de paye pour donner, d’autres ont besoin d’être plus renseigné avant de donner. Certains veulent mais oublient alors il faut leur rappeler. Nous devons travailler dur chaque jour et être reconnaissant de chaque donateur ! »

Parmi les personnes à remercier, Mart Poom, légendaire gardien aux 120 capes avec le pays et qui a joué à Derby County, Arsenal et Sunderland. Joel Lindpere, milieu à la technique soyeuse de la sélection et ancien des Red Bull New York, y est également allé de son don, tout comme beaucoup de joueurs de la sélection, anciens et actuels. Le cercle ne s’est toutefois pas limité à la sphère footballistique, puisque Rasmus Mägi, athlète médaillé d’argent aux derniers championnats européens, a donné et appeler aux dons. Le renommé poète Margus Konnula a été parmi les cent premiers à donner.

De quoi donner des idées pour un prochain crowdfunding, eux qui avaient déjà lancé de petits projets par le passé (pour financer un maillot pour l’équipe féminine, et l’entrée dans le plus bas niveau estonien d’une équipe amateur du club) ? Pas vraiment, selon Kalle Paas : « Le crowfunding est un outil formidable mais il marche uniquement avec une grande synergie. Ce n’est pas une opération à renouveler régulièrement. Cet outil a des limites claires ».

Dans tous les cas, le projet est une excellente nouvelle pour le football à Tartu et celui du pays entier. La deuxième ville d’Estonie doit avoir un club moteur, à la manière de Maribor en Slovénie. Avec les nouvelles infrastructures, un grand pas serait fait pour le développement du potentiel.

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@ jalgpallikeskus.ee

Alors, pour soutenir le projet, faites comme Footballski et devenez propriétaire d’un mètre carré du terrain.

Article inspiré par celui paru sur One Nil Up

Damien Goulagovitch


Image à la une : @ jalgpallikeskus.ee

Tammeka Tartu et le crowdfunding
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A propos de l'auteur

Damien F

De contrées en contrées, où le vent du #footballskitrip me mène.

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2 Commentaires

  • […] Pärnu Linnameeskond justement. Voilà le miracle de cette année. Pour un petit point d’avance sur le Tammeka Tartu, le promu s’est maintenu. Pas une mince affaire avec seulement six victoires au compteur et une différence de buts de -49. Mais derrière, le Tammeka a été la pire défense du championnat avec 96 buts encaissés, soit 2,6 par match en moyenne. Calé à la dernière place durant la plupart de l’année, Pärnu a réussi à se maintenir alors que le club de Tartu a dû passer par les play-offs pour y parvenir. Plutôt facilement d’ailleurs, avec une victoire 4-1 à l’aller face au Kalev Tallinn, contre une défaite 0-1 au retour. De quoi aborder avec sérénité l’avenir et les grands travaux d’amélioration de ses structures […]

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