Sūduva, l’histoire en marche

Invité - Publié le 17 août 2017

Une des grosses surprises du troisième tour préliminaire de l’Europa League est l’élimination du FC Sion par le Suduva Marijampole. Le seul club lituanien à atteindre le stade des barrages était jusqu’à présent le Zalgiris Vilnius en 2013, qui après avoir sorti St. Patrick’s AthleticPyunik Erevan et le Lech Poznan avait succombé face au Red Bull Salzburg. Pourtant, les prestations en championnat ne laissaient nullement présager des exploits au niveau européen. Présentation…

Une découverte récente du haut niveau

Marijampolė est situé à proximité de la frontière avec la Pologne et de l’enclave de Kaliningrad. Capitale officieuse de la région (non officielle) de la Sudovie (faisant référence à l’ancienne tribu balte des Sudoviens), en lituanien Suduva. Marijampole est la septième ville de Lituanie en terme de population (un peu moins de 50 000 habitants).

Fondé en 1921, le club de Marijampolė est un des plus vieux clubs lituaniens affichant une continuité rarissime pour le pays. L’occupation soviétique a vu le club changer de nom à de multiples reprises en fonction de l’industrie le sponsorisant, avant d’adopter le nom de Suduva en 1968. La ville elle-même n’a retrouvé son nom original qu’avec l’indépendance du pays en 1989. Les Soviétiques ayant renommé en 1955 la ville Kapsukas, du nom d’une figure communiste lituanienne ayant fait l’objet d’un culte par le PC.

Le club a toujours eu un rôle mineur durant la période soviétique. Le porte drapeau du football lituanien s’appelant déjà le Zalgiris Vilnius. L’effondrement de l’URSS voit le club participer en 1990 à une ligue baltique réunissant les meilleurs clubs de Lettonie, de Lituanie et d’Estonie et y finir dernier. Le premier championnat lituanien en 1991 donne le même résultat. Le club évolue alors jusqu’en 2002 dans l’anonymat des divisions inférieures.

Premiers exploits au troisième millénaire

2002 est une année exceptionnelle pour le club. Outre le fait de retrouver le plus haut niveau via un parcours surprise en coupe (défaite en finale contre le champion FBK Kaunas et donc déjà qualifié pour la C1), le club obtient le droit d’accéder à la coupe UEFA.

Une première qui se révèle un succès, le club se qualifiant à la surprise générale contre Brann Bergen (deux victoires 3-2) et s’octroyant ainsi le privilège de défier le grand Celtic époque Henrik Larson. Le match aller tourne à la déroute 8-1 et le retour est anecdotique (défaite 0-2) mais un homme entre à tout jamais dans l’histoire du club, Tomas Radzinevicius, auteur de cinq buts dans cette campagne européenne.

Né en 1981, le grand gaillard fut de 2001 à 2005 le meilleur buteur en compétition nationale pour Suduva. Le club devenant trop petit, il passa ensuite une longue période en République Tchèque (aux Slovan Liberec, Kladno, Budejovice, Baník Sokolov, Fotbal Trinec, MFK Karvina et SFC Opava pour ne pas les citer), avant de revenir en 2013 dans son club de cœur. Si sportivement le retour fut réussi, l’histoire finit mal, le joueur refusant une baisse de salaire, il part alors effectuer une dernière pige à Malte. Il est le meilleur buteur de l’histoire du club avec 101 buts en championnat. Le joueur n’a jamais été un cadre en équipe nationale, bien qu’il compte tout de même 21 sélections et un but sous la vareuse lituanienne.

Pour Suduva, la suite est moins glorieuse, le club lutte en fin de classement sans gloire et sans briller et il faut attendre 2006 pour que le club revienne dans le haut du classement.

Des hauts et des bas

Ce renouveau débute par le premier titre du club, une victoire en Coupe et le droit de retrouver l’Europe. Le club est dans le top du championnat national et est alors abonné aux participations européennes. Il remporte une seconde Coupe en 2009. Au niveau européen, toutefois, il n’y a plus d’exploit retentissant, le club ne parvenant jamais à passer plus deux tours, ce qui est conforme avec les standards des clubs lituaniens en C3. Notons que leur plus large victoire est un 4-0 en 2007 contre Dungannon Swift FC (Irlande du Nord) avec un triplé d’Andrius Urbsys.

Evénement majeur durant cette période, l’érection d’un nouveau stade dont la capacité est portée progressivement à 6.500 places, succombant à la mode du naming, l’enceinte est renommée du nom d’ARVI futbolo arena du nom du sponsor ARVI Enterprises Group. Le complexe est multisports et comprend notamment un terrain couvert servant généralement aux premiers matchs de championnat quand les températures sont encore négatives dans le pays.

De 2013 à 2015, le club rentre singulièrement dans le rang et ne parvient plus à accéder à l’Europe et les saisons complètement ratées s’enchaînent. Notons enfin durant cette période une expérience serbe sous la houlette de l’entraîneur Aleksandar Veselinović (de décembre 2014 à août 2016) avec une pléthore de joueurs de l’ex-Yougoslavie dans l’équipe, mais sans réussite.

© fksuduva.lt

La magie Cheburin

L’arrivée du Kazakh Vladimir Cheburin en septembre 2016 vient apporter un nouvel élan au club qui, sous la férule de son nouveau mentor au style typiquement soviétique, réalise un belle fin de saison, valide un ticket européen et en terminant troisième, obtient son meilleur classement depuis 2012.

Outre le départ de Radzinevicius, le club vend au MSK Zilina son jeune espoir Eligijus Jankauskas.Pour le reste, il se débarrasse en grande partie de sa colonie « yougoslave ». Coté arrivées, beaucoup de joueurs ayant une revanche à prendre et un ancien de l’AJ Auxerre, Henri Ndong. Le joueur quitte cependant le club fin juillet, ne s’adaptant pas à la vie en Lituanie et n’étant pas non plus indispensable.

La saison 2017 est correcte en championnat. Derrière l’intouchable Zalgiris Vilnius, le club occupe la troisième place et bataille pour ravir à Trakai la place de dauphin. Sauf effondrement improbable, le club est déjà quasiment assuré de retrouver la Ligue Europa la saison prochaine.

Si l’équipe semble avoir trouvé une certaine stabilité en A Lyga, rien ne laissait présager des exploits au niveau européen. Le Shakhtyor Soligorsk au premier tour semblait déjà une étape infranchissable pour un club du niveau de Suduva. Complètement dominé, Suduva ramène un nul vierge de Biélorussie. Le match retour est héroïque. Povilas Leimonas déflore la marque à la 34e mais Soligorsk égalise quatre minutes plus tard. Alors qu’on se dirige vers une élimination somme toute logique, Paulius Janusauskas vient inscrire le but de la qualification à la 91e minute. Qualification miraculeuse.

Le tour suivant semble jouable contre les Lettons de Liepaja. Suduva fait le travail à Daugava via deux buts d’Ovidijus Verbickas et Karolis Laukzemis. Alors que le plus dur semble fait, le match retour est stressant, les Lettons inscrivant un but après 57 minutes de jeu et Suduva se montrant maladroit en zone de finition. Qualification sans gloire, mais qualification quand même. Le club n’avait jamais atteint ce stade de la compétition et en tirant le FC Sion, semblait avoir touché aux limites de ses possibilités.

© fksuduva.lt

Et l’exploit est à nouveau au rendez-vous, Suduva réalise le match parfait à domicile contre des Suisses apathiques (3-0 via un csc, Paulius Janusauskas et Karolis Laukzemis). Le retour à Genève n’est pas l’enfer annoncé et Robertas Vezevius, en inscrivant le but du 1-1, plie l’affaire. Ludogorets Razgrad (qui a éliminé Zalgiris en juillet en C1) est donc l’adversaire en barrage. Suduva n’a théoriquement aucune chance, mais on ne sait plus où ils peuvent s’arrêter.

Outre l’aspect sportif, le club engrange financièrement. La qualification aux barrages de la Ligue Europa rapportera au club davantage (environ 900.000 EUR) que la totalité de son budget annuel qui serait de 650.000 EUR !

Afin de mettre toutes les chances de son côté, le club vient de transférer un Français de 25 ans, Jeremy Manzorro formé au Stade de Reims et qui a évolué au Chernomorets Bourgas, Slavia Sofia et l’Anorthosis Famagouste. Un CV qui détonne pour la norme lituanienne et qui montre peut-être de nouvelles ambitions pour le club.

Les matchs à domicile en Europa League se sont joués devant environ 3.000 spectateurs alors que la moyenne en championnat est généralement de 1.000. Il existe donc un réel engouement autour du parcours du club dans la ville. Notons que la ville ne compte pas de club de basket important (sport n°1 en Lituanie), ce qui dégage la voie pour le football.

L’équipe

Une dose de joueurs formés à la maison, beaucoup d’anciens du Zalgiris, quelques étrangers et beaucoup de revanchards, voilà le cocktail Suduva version 2017.

Coach : Vladimir Cheburin. Le chef d’orchestre de Suduva est né en 1965 au Kazakhstan. Ce défenseur de formation a eu une courte carrière de joueur (de 1982 à 1989) passée dans des clubs kazakhs (Shaktyor Karagandy et FC Kaisar principalement). Il commence en 2007 une carrière comme coach principal au pays (Shaktyor Karagandy et Okzhetpes Kokshetau). En arrivant à Suduva, il connaissait déjà la Lituanie via une expérience à Kruoja en 2014. Il a amené organisation et rigueur dans un style disons « soviétique ».

Ivan Kardum (Croatie – 1987). Gardien, au club depuis 2016, en provenance du Slaven Belupo, après des débuts difficiles, le voyant commettre quelques bourdes qui lui vaudront un séjour sur le banc pour retrouver ses esprits, le Croate s’est progressivement imposé et est devenu indéboulonnable. Il se montre intraitable sur la scène européenne et auteur de quelques jolies parades contre Sion. Notons qu’il compte quelques sélections en équipe de jeunes croate.

Vaidas Slavickas (Lituanie – 1986). Défenseur, né à Marijampole, il joue en équipe fanion avant une infidélité pour Ekranas et une expérience en Roumanie au Ceahlaul Piatra Neamt. De retour depuis 2015, il compte 15 sélections en équipe nationale.

Algis Jankauskas (Lituanie – 1982). Défenseur, a fait le tour des clubs de Vilnius (Polonija, Vetra et surtout Zalgiris pendant six saisons) entrecoupé d’une aventure sans succès à l’Amkar Perm. Au club depuis 2016 et pilier de la défense, il compte quatre sélections en équipe nationale.

Radanfah Abu Bakr (Trinité et Tobago – 1987). Défenseur, au club depuis cette saison, globe trotter, il est passé par la Belgique (Olympic Charleroi), le Danemark, le Kazakhstan, le Danemark, l’Estonie et déjà la Lituanie en 2014/15 avec une expérience au Kruoja Pakruojis, 36 sélections nationales et 2 buts.

Semir Kerla (Bosnie-Herzégovine – 1987). Défenseur, passé par le Zalgiris en 2014/15, rapatrié de Bosnie cet été durant la campagne européenne. Une sélection en équipe nationale en 2010 contre la Pologne.

Ernestas Veliulis (Lituanie – 1992). Milieu, à 24 ans il est déjà un joueur chevronné de A Lyga. Au club depuis 2015 pour franchir une étape. Une sélection contre la Roumanie en 2016.

Paulius Janusauskas (Lituanie – 1989). Milieu, formé à Ekranas, passé par Siauliai et le Zalgiris Vilnius où il ne s’est pas imposé. A Suduva depuis 2016.

Andro Svrljuga (Croatie – 1985). Théoriquement jouant au back, il peut se substituer en ailier. Joueur de tempérament. A passé la majorité de sa carrière en Croatie (Pomorac, Istra 1961, Rijeka) avant de jouer au Zalgiris de 2012 à 2016 et de rejoindre ensuite Suduva.

Ovidijus Verbickas (Lituanie – 1993). Repéré très jeune par le Zenit, il passe quelques années en équipe B avant de rentrer au pays à Atlantas, tenter une expérience à Marbella et revenir à Atlantas. Au club depuis cette année pour se relancer.

Giedrius Matulevicius (Lituanie – 1997). Encore un natif de Marijampole. Formé à Suduva, il quitte le club en 2013 pour les équipes de jeunes de Parme et est prêté à Arezzo, puis il file à la Sampdoria et revient en 2017 à Suduva pour gagner du temps de jeu. International espoirs.

Karolis Laukzemis (Lituanie – 1992). Produit de l’école de formation d’Atlantas. A été prêté par Atlantas dans petits clubs pour s’aguerrir avant de rejoindre Suduva, qui le prête à son tour en Lettonie (Jelgava). De retour cette saison pour s’imposer. C’est le buteur de l’équipe même s’il n’affiche pas des statistiques affolantes

Martynas Matuzas (Lituanie – 1989). La doublure de Kardum est un habitué de la A lyga (Tauras, Mazeikiai, Tauras, Kruoja et déjà Suduva en 2012.) De retour depuis 2016.

Marius Cinikas (Lituanie – 1986). Back droit. Il a déjà de la bouteille : FBK Kaunas, Heart of Midlothian, Partizan Minsk, Metalurgs Lieapaja, FK Minsk, Sillamaë Kalev, Suduva, Sillamaë Kalev, et de nouveau à Suduva depuis 2016 pour peut-être enfin un peu de stabilité.

Aleksandar Zivanovic (Serbie – 1987). Le défenseur serbe est arrivé cette saison à Suduva après une carrière passée au pays (Cukaricki, Hadjuk Kula, Jagodina, Mladost).

Robertas Vezevicius (Lituanie – 1986). Ce milieu gauche a fait le tour des clubs de A Lyga avec une expérience en Israël au Maccabi Umm al-Fahm. Il est arrivé en provenance de Stumbras cette année.

Marjan Altiparmakovski (Macédoine – 1991). Attaquant ayant passé le début de sa carrière à faire l’aller retour entre son club formateur (Pelister) et des clubs grecs (Skoda Xanthi/ Paniliakos) avant de passer par Rabotnicki et l’Inter Zapresic. Au club depuis cette année dans un rôle de joker.

Karolis Chvedukas (Lituanie- 1991). Né à Marijampole. Milieu. En équipe première de 2008 à 2016, il quitte brièvement Suduva pour tenter sa chance au RNK Split, sans succès. De retour cette année. Deux sélections internationales.

Povilas Leimonas (Lituanie- 1987). Défenseur. Né à Marijampole. Après huit saisons au club, il tente sa chance en 2013 en Pologne (Widzew Lodz, Jagiellonia Bialystock, GKS Katowice). De retour au club depuis 2016.

Viktor Lukovic


Image à la une : © fksuduva.lt

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