Slawomir Peszko, la mascotte de Nawalka

Jordan Berndt
Jordan Berndt - Publié le 19 juillet 2016

Vous connaissez certainement Slavek & Slavko, les mascottes officielles de l’Euro 2012. Les deux bonshommes slaves imaginés et dessinés par les studios Warner Bros n’ont pas porté chance aux sélections des pays hôtes. Il y a quatre ans, pourtant chez elle, la Pologne était très loin du niveau présenté dernièrement sur les terrains français. Par superstition ou fétichisme, le sélectionneur Adam Nawałka ne s’est pas privé de son Sławek porte-bonheur. Bien que sur la touche depuis quelques années, Sławomir Peszko faisait bien partie groupe des 23 Polonais pour disputer l’Euro 2016. Une chance pour le trentenaire de disputer sa première grande compétition internationale. Plutôt connu pour ses nombreux excès, le joueur du Lechia Gdansk pourrait aussi bien jouer un rôle dans la trilogie Very Bad Trip. Explications.

Génétiquement programmé

Sławomir Peszko commence le football à onze ans au Nafta Jedlicze, non loin des Carpates polonaises. Peszkin, comme on le surnomme déjà, connaît rapidement la galère. En effet, les médecins découvrent que le jeune attaquant possède deux paires de reins. À peine commencée, son aventure avec le ballon rond aurait bien pu s’arrêter net à cet instant. Une anomalie génétique qui pourtant, comme on le découvrira plus tard, pourrait aussi être vue comme un signe prémonitoire. Il ne le savait peut-être pas à l’époque, mais Peszkin deviendra plus tard un chevronné des soirées alcoolisées. Son autre passion pour laquelle une deuxième paire de reins n’est jamais de trop afin d’affronter les flots de vodka polonaise

Par précaution, Sławomir se fait cependant retirer la paire en excès et reprend rapidement le football. Au début des années 2000, il rejoint le Wisła Plock, où il y reste six saisons côtoyant par la même occasion des joueurs comme Ireneusz Jeleń et Marcin Wasilewski. C’est lors de sa dernière année à Plock que le joueur se révèle au grand public. Pendant la saison 2007/08, tandis que son club vient de descendre en deuxième division, Peszko marque seize buts et tape dans l’œil de nombreux recruteurs. C’est le Lech Poznań qui gagne finalement la course et fait rapidement signer l’ailier de 23 ans. Peszko débarque à Poznań en même temps qu’un certain Robert Lewandowski. Le destin, sans doute.

© Valerio Pennicino/Getty Images

© Valerio Pennicino/Getty Images

L’aventure dans la région de la Grande-Pologne est une grande réussite. Sous la tutelle du druide polonais Franciszek Smuda, l’équipe de Poznań retrouve l’alchimie du succès. Avec des Lewandowski, Murawski, Peszko, Stilić, Arboleda, le club retrouve les sommets et remporte le titre national en 2010. Un collectif bien huilé et de nombreux talents permettent à Poznań de se faire un nom sur la scène européenne avec deux beaux parcours en C3 (2008-2009 et 2010-2011). Sous les ordres de Smuda, Peszko continue sa progression et finit par intéresser les clubs étrangers. Les bonnes prestations s’enchaînent et le joueur profite des matchs contre la Juventus ou Manchester City pour se montrer en Europe. En 2011, le joueur signe à Cologne et quitte Poznań avec un titre de champion et une coupe de Pologne à son palmarès. Son bilan avec le Kolejorz est plus qu’honorable avec 19 buts et 27 passes décisives à son actif en 99 matchs.

Allemagne, entre succès et galères

En janvier 2011, Peszko débarque donc en Allemagne, au FC Köln. La Bundesliga est alors une terre d’accueil très prisée par les joueurs polonais. Alors que le trio de Dortmund connaît son apogée, les dirigeants de Cologne croient faire une excellente affaire en signant le Polonais. Cependant, dès la saison suivante, le club est relégué et Sławomir est forcé de trouver un nouveau défi. Il tente alors une expérience à Wolverhampton, dans l’antichambre de la Premier League, où il est prêté pour une saison. L’aventure en Angleterre n’est clairement pas une réussite : 13 matchs, 0 but, 2 passes décisives. Retour à la case départ.

En 2013 les affaires douteuses de son agent le font atterrir à Parme. Peszko ne joue cependant pas une minute en Italie, car il est tout de suite prêté… à Cologne. Une manœuvre administrative qui lui fait ajouter un club à son CV. Un de plus. Au lieu de goûter aux charmes de la Dolce Vita, Sławek retourne donc au charbon et passe sa saison en 2.Bundesliga. En Allemagne, il retrouve la lumière et contribue à la remontée du FC Köln. Cerise sur le gâteau, le club remporte même le championnat avec six points d’avance sur le petit poucet de Paderborn.

© Simon Hofmann/Bongarts/Getty Images

© Simon Hofmann/Bongarts/Getty Images

Entre temps, Peszko peine à se faire une place en sélection. La cause ? Son image de fêtard détériore ses relations avec le sélectionneur de l’époque. Bien que Francuszek Smuda soit un fervent admirateur de la Bundesliga, il ne fait pas d’exception pour intégrer le joueur dans la sélection nationale. Joueur qu’il a pourtant fait venir au Lech Poznań quelques années auparavant. En automne 2010, après un match amical contre l’Australie, Peszko ne trouve rien de mieux que de passer une soirée arrosée dans sa chambre d’hôtel avec un autre joueur de la sélection. Pour son plus grand malheur, il se retrouve nez à nez avec le sélectionneur adjoint de l’époque en essayant de sortir de sa chambre. Franciszek Smuda coupe rapidement toute polémique et le joueur se retrouve dans le groupe des insélectionnables. Un groupe qui, à l’approche de l’Euro 2012, ne fera que grandir…

Pour Peszko, le Championnat d’Europe s’éloigne définitivement à quelques mois de la compétition. Nous sommes en avril 2012 et une autre soirée arrosée tourne très mal pour le sympathique Sławomir. Accompagné de ses acolytes Marcin Wasilewski et Lukas Podolski, il rentre de soirée en taxi – une scène banale qui vrille complètement lorsque Peszkin remarque que le chauffeur fait gonfler l’addition en faisant des détours. Au lieu de rejoindre Düsseldorf, le polonais se retrouve en cellule de dégrisement et fait l’affiche des médias. En effet, sous l’emprise de l’alcool le joueur menace le chauffeur marocain et tente de détruire le taximètre. Ses compagnons ne peuvent pas le maîtriser, la situation dégénère et la police doit intervenir. Sławek passera sa nuit au poste. Satanée vodka.

« Je regrette de ne pas avoir pu disputer cet Euro. Le tournoi était organisé dans notre pays et j’étais sur la bonne voie pour revenir en sélection. C’est du passé désormais et je veux oublier cet incident. J’ai la trentaine aujourd’hui et il n’est jamais trop tard pour changer. » confiait Peszko au quotidien Super Express.

Retour gagnant

Après Cologne, Wolverhampton et Parme, le bilan de ses voyages reste mitigé. En août 2015, le joueur décide de rentrer au pays en signant au Lechia Gdańsk. Un tournant dans sa carrière. Le plan est simple : revenir dans les papiers du sélectionneur Adam Nawalka. Une réussite. Quelque mois plus tard, son nom figure sur la pré-liste des 30 joueurs convoqués pour l’Euro 2016 et, encore mieux, le joueur sera avec la sélection en France. Une sélection obtenue dans le malheur des autres.

Ainsi, à l’image d’un Samuel Umtiti avec la France, Peszkin peut lui aussi remercier son marabout. Alors que la Pologne est en stage de préparation pour le Championnat d’Europe, Pawel Wszolek se blesse dès la première semaine du stage. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, Sławomir Peszko est alors assuré de disputer son premier grand tournoi. Une sélection qui ne plait pas forcément à tout le monde.

« J’étais tellement déterminé pour disputer ce tournoi que j’ai tout sacrifié pour atteindre ce but. Je me suis concentré sur mon jeu, une alimentation saine et ma préparation physique. J’ai complètement changé de style de vie pour aller en France. » – disait-il au micro du Polskie Radio.

Bien que certains disent qu’il doit son retour en sélection grâce aux faveurs de son grand ami Robert Lewandowski, dans les mois précédents le tournoi, Peszko prouve sur les terrains qu’il mérite sa place dans le groupe polonais. Lors des qualifications, Adam Nawałka lui fait confiance dès les premières rencontres et il ne le regrettera pas. En mars 2015, Peszkin marque même un but précieux lors d’un match en Irlande. Une frappe du gauche dans un angle quasiment fermé qui permettra aux Blanc et Rouge de rentrer au pays avec un point.

En France, Peszko doit se contenter d’un rôle de simple remplaçant, bloqué par Grosicki, Błaszczykowski et Kapustka. Malgré ce rôle de simple joker, l’ancien du Lech a le droit de porter le maillot de la sélection à trois reprises. Un retour gagnant pour celui qui semblait perdu pour la sélection nationale. Mais surtout un rêve qui se réalise pour Sławomir, lui qui n’a pas pu disputer l’Euro en Pologne il y a quatre ans. En plus de ses qualités de joueur, Peszko est aussi un bon camarade. Une qualité très prisée par le sélectionneur Adam Nawałka qui ne néglige pas l’aspect d’esprit d’équipe. Surtout quand ton meilleur ami est attaquant au Bayern Munich.

Robert et Sławomir | © Alex Livesey/Getty Images

Robert et Sławek | © Alex Livesey/Getty Images

Best Friends Forever

Pendant son séjour en Allemagne, Peszko retrouve son grand ami Robert Lewandowski. D’abord à Dormtund, puis à Munich, la star polonaise est toujours restée très proche de son ancien collègue de Poznań. Un rapprochement qui fit quelques jaloux. En dépit de ces mauvaises langues, Peszko sera le témoin lors du mariage entre Robert et sa belle Anna. Un symbole de leur grande amitié, qui débuta en 2008.

© Facebook de Peszko

© Facebook de Peszko

« Avec Robert, quand on jouait ensemble à Poznań, on a compté qu’on passait plus de 170 jours ensemble. Les stages, les mises au vert, la sélection… On était toujours dans la même chambre. » confiait le joueur dans une interview pour Super Express. Comme un symbole de cette amitié inépuisable qui dure encore aujourd’hui.

Bien que de nouveau séparés par la distance, Peszko et Lewandowski continuent d’entretenir leur relation amicale. Leurs femmes sont aussi devenues très proches et les deux couples ne manquent pas une occasion de faire la fête ensemble. Vacances, Nouvel An à Dubaï, les deux joueurs exhibent sans complexes leur vie privée et leur amitié sur les réseaux sociaux.

Holiday 🍸🍸#chill#after#trening#

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L’histoire de Sławomir Peszko a une trajectoire de rollercoaster. Des hauts, des bas et quelques coups de folie. Un esprit Footballski totalement assumé qu’on aime apprécier, surtout quand le dénouement est positif. D’autant que Sławek n’a pas encore dit son dernier mot. Autant vous dire qu’on attend avec impatience les prochains chapitres.

Jordan Berndt 


Image à la une : © LOIC VENANCE/AFP/Getty Images

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Journaliste, correspondant Ligue 1 pour l'hebdo. Piłka-Nożna (PL).

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