Saison 2017/2018 : Six mois de football en Allemagne de l’Est

Julien Duez
Julien Duez - Publié le 30 décembre 2017

Un peu de brillance, un peu de belle gloire, beaucoup de mollesse un peu de tristesse, de la Bundesliga à la Regionalliga Nordost, il s’en est passé des trucs en Allemagne de l’Est. Rückblick sur le semestre écoulé.

Bundesliga

RB Leipzig

Ok, commençons tout de suite par le cas le plus polémique. Non, le RB Leipzig n’est toujours pas une Ostverein, mais on ne peut lui enlever son caractère géographiquement ancré dans la Saxe de la hype. Eh oui Leipzig c’est hype, tenez-le vous pour dit si vous voyez toujours Berlin comme le temple du must see Outre-Rhing. Bref, dauphin du Bayern pour sa première saison dans l’élite, les Lipsiens se sont imposés comme l’un des nouveaux cadors de la Bundesliga. A coup de millions certes, mais en se fondant progressivement dans la normalité, comme en témoignent les nombreuses affiches à guichet fermé, en championnat comme en Coupe d’Europe. Et si l’aventure Ligue des Champions a tourné court, la Ligue Europa sera bien plus qu’un simple lot de consolation, avec cet alléchant duel contre Naples en février prochain.

Côté championnat, le RB n’a pas subi le second season syndrom qui ravage souvent le noyau des promus. Les Saxons passeront l’hiver à une place européenne et si le Bayern semble, coooooomme d’habitude (long soupir), déjà promis au titre, la concurrence pour la deuxième place va s’annoncer rude, Schalke, Dortmund, Leverkusen et autres Mönchengladbach étant au coude-à-coude avec la bande à Hasenhüttl, dont l’effectif n’a pas été fortement modifié en comparaison à l’année dernière et qui, à force de discrétion et de travail, se révèle redoutablement efficace. Il est probablement là leur côté est-allemand !

2. Bundesliga

Union Berlin

Si votre club était quatrième de D2 et toujours en phase pour jouer la montée dans l’élite, diriez-vous que les choses vont mal ? Probablement non. Eh bien pas à l’Union Berlin. En tout cas du côté de la direction. Après une défaite – assez minable, convenons-en – à Bochum, pourtant mal classé, le board berlinois a choisi de licencier l’entraîneur Jens Keller alors que l’année dernière, ce dernier avait mené les Eisernen à une quatrième place synonyme de leur meilleure saison dans l’antichambre. A partir de ce moment-là, les choses ont commencé à changer. Car si nul ne niera le caractère chaleureux et authentique du stade de l’Alte Försterei, celui-ci ne répondrait pas aux normes de l’élite. Dès lors, on a présenté un projet d’extension qui conviendrait à tout le monde puisque le nombre de places debout, qui font la particularité et le charme de l’Union, ne bougerait pas.

Mais ce projet était l’arbre qui cachait la forêt. Sans le clamer à corps et à cris, les dirigeants se sont mis en tête de monter coûte que coûte en Bundesliga. Et la défaite du club à Bochum leur est apparue comme un signal que la patte de Jens Keller ne fonctionnait plus. Côté public, on croit rêver et on le fait savoir à coup de banderoles et de chants de défiance. Du jamais vu chez un club réputé pour sa communion à tous les étages, d’autant que même les joueurs ont montré leur incompréhension, à commencer par le défenseur central Toni Leistner, qui a pourtant résisté aux lucratives sirènes de la D2 anglaises pour rester avec Keller à Berlin. Résultat, c’est un vétéran, André Hofschneider, qui se chargera d’assurer l’intérim. Mais avec quelles chances de montée ? La Bundesliga semble être devenue une obsession pour les décideurs d’un club, qui perd chaque jour un peu plus du sel qui faisait son identité.

Dynamo Dresde

Avec deux représentants (Marco Hartmann et Philip Heise) dans le Top 10 des meilleurs joueurs de la 2. Bundesliga du très respecté magazine Kicker, le Dynamo Dresde a prouvé sa solidité, à défaut d’éclats sportifs. Pour sa deuxième saison d’affilée dans l’antichambre, les Saxons auront à coeur de faire au moins aussi bien que leur cinquième place glanée lors du précédent exercice. Actuellement dans le ventre mou, le Dynamo n’a rien perdu de la verve qui caractérise ses tribunes, mais doit se reconstruire après avoir vu partir nombre de ses cadres (Marvin Stefaniak et Akaki Gogia pour ne citer qu’eux) au dernier mercato. Heureusement, la structure est désormais saine, surtout  du point de vue financier, puisque le Dynamo n’a plus aucun dette, et il faudra désormais continuer à accepter que revenir au plus haut-niveau prend du temps. Mais qui sait, en arrêtant déjà peut-être de faire la navette entre la D2 et la D3, le train de l’avenir prendra-t-il désormais la direction des sommets ?

Lui ne sera en tout cas plus là pour le voir. En tout cas, plus depuis son perchoir. Lui c’est Lehmi, le capo des ultras du Dynamo, une figure du mouvement à l’échelle nationale, l’un des leaders les plus respectés du pays, capable de galvaniser un mur jaune de plus de dix mille personnes alors que le club galérait en D3. Aujourd’hui âgé de trente-trois ans, Lehmi a choisi de raccrocher le mégaphone après dix-huit ans de bons et loyaux services, en justifiant son choix par un changement de priorités désormais tournées vers sa famille et son avenir professionnel. Pour sa dernière sur le perchoir, il a été honoré par son kop, le stade et les dirigeants qui l’ont acclamé sur la pelouse. Mais surtout, il a tiré sa révérence après le derby saxon contre le rival d’Aue, que les joueurs se sont chargés de corriger 4-0 au début du mois de décembre. Salut l’artiste, et bravo !

FC Erzgebirge Aue

Les gars des Monts métallifères passeront l’hiver à dix points des barrages pour la montée, mais à seulement quatre de ceux pour la descente. Une bonne illustration de la tension qui anime actuellement la 2. Bundesliga. Autant dire que l’issue de la saison des Veilchen est plus qu’incertaine. Remontés en même temps que leur rivaux du Dynamo Dresde, le départ de l’expérimenté entraîneur bulgare Pavel Dotchev a sonné le début d’une ère chaotique. Relégable il y a tout juste un an, Aue s’est sauvé par la grâce du pari sur un jeune bleu nommé Domenico Tedesco, qui officie aujourd’hui sur le banc de Schalke 04. Un intérim plus tard, la mission de Hannes Drews s’avère périlleuse, car son équipe est actuellement surtout capable du pire (défaite à domicile contre le promu de Kiel mais surtout, une valise mangée à l’extérieur contre Dresde, dans le derby de la Saxe). Comme au Dynamo, l’objectif logique est désormais de ne plus descendre plus bas que l’antichambre. Pas impossible, mais quand on a un peu l’image d’une AJ Auxerre allemande en termes d’identité “village gaulois”, le football moderne est un monde qui se fait chaque jour un peu plus cruel.

3. Liga

FC Magdebourg

Et si c’était la bonne ? Deux ans après être remonté dans le football professionnel pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin, le seul vainqueur est-allemand d’une Coupe d’Europe va passer l’hiver dans le fauteuil du leader de D3. Après deux quatrièmes places (synonymes de qualification pour la Coupe d’Allemagne), Magdebourg continue sa marche en avant, toujours avec le même entraîneur – Jens Härtel, qui a récemment prolongé son contrat chez les bleu et blanc – et les mêmes cadres, Jan Glinker dans les cages et Christian Beck en attaque pour ne citer qu’eux. Ajoutez à cela un public qui compte parmi les plus chauds du championnat, tous les feux sont au vert pour que le FCM conjure le sort et poursuive sa remontée au plus haut niveau.

Hansa Rostock

Sur la Baltique aussi, on se sent pousser des ailes. S’il est trop tôt pour parler de montée ou même de barrages, les côtiers se sentent revivre. A leur tête, l’expérimenté entraîneur bulgare Pavel Dotchev, bien connu du côté de Aue, qui s’est chargé d’insuffler sa patte offensive à un effectif diablement sexy et toujours capable d’arracher des résultats à l’extérieur, en renversant souvent des situations défavorables dans les dernières minutes. Mais la concurrence est rude ! Il faudra donc continuer de batailler ferme pour ne pas faiblir, car ce sont aux moins cinq concurrents qui accompagneront Rostock jusque dans les dernières journées pour tenter de monter.

Carl Zeiss Iéna

Quel plaisir de revoir les jaune et bleu en D3. Promus cette saison après un barrage endiablé contre le Viktoria Cologne, les Thuringiens se sont fait très peur en début de saison en flirtant avec la relégation pendant tout l’été. Mais finalement, les joueurs ont retrouvé les automatismes qui les avaient à l’époque fait marcher sur la Regionalliga et l’objectif est désormais de rester scotcher dans le ventre mou. Pour l’instant, la mission est remplie, mais l’opération séduction peut encore être perfectionnée, car la solidité infrastructurelle du club servira d’argument au prochain mercato.

Et sinon …

Chaque année c’est la même chose : on espère que l’équilibre Est/Ouest se renforce dans le football professionnel. Mais cette saison, le Chemnitzer FC et le Rot-Weiss Erfurt sont mal embarqués. Surtout le second, lanterne rouge de 3. Liga, et qui à la trêve hivernale, compte six points de retard sur le premier non-relégable. Limogé à la moitié du semestre, le coach Stefan Kramer n’avait rien pu faire avec un effectif fortement diminué par les départs et les blessures. Il faudra un petit miracle pour qu’Erfurt se maintienne. Et si Chemnitz, avant-dernier, n’est qu’à six points du ventre mou, les récents résultats de l’ancienne Karl-Marx-Stadt sont profondément inquiétants. Toujours en Saxe, mais à Zwickau, on se fait un peu moins peur puisque l’objectif du maintien après la montée il y a un an et demi semble en bonne voie. De quoi ravir les copains du Dynamo Dresde, avec lesquels ceux du FSV Zwickau entretiennent une forte amitié. Enfin, en continuant sur sa lancée, le FC Magdebourg pourrait bien dire adieu à ses rivaux du Hallescher FC, coincés dans le milieu du tableau.

Regionalliga Nordost

Energie Cottbus

Relégué il y a deux ans, l’Energie Cottbus est plus que bien parti pour retrouver le monde professionnel la saison prochaine. Rendez-vous compte : 50 points en dix-huit journées, deux matchs nuls et aucune défaite ! Les Lausitzer sont plus en forme que jamais, le tout avec un effectif fortement rajeuni (à peine vingt-cinq ans de moyenne d’âge), mais non dénué de talent. Que ce soit en défense, où le gardien bosnien Avdo Spahic n’a encaissé que cinq buts, ou en attaque, où l’on peut admirer le velours du pied droit de la machine à marquer Streli Mamba, coupable d’un quart des 47 buts marqués par l’Energie, en seulement onze titularisations !

Hélas, pour retrouver la 3. Liga, il faudra inévitablement passer par les barrages. Une absurdité sans nom, qu’a virulemment dénoncé le coach Claus-Dieter “Pelé” Wollitz, dont la voix s’est ajouté au concert de protestations pour que le champion de chaque série monte directement. Mais en continuant sur cette lancée et avec un brin de chance, Cottbus devrait suivre le vent qui souffle dans la directions des clubs de l’Est depuis maintenant quatre ans, après Magdebourg, Zwickau et Iéna.

Et sinon …

Eh bien pas grand chose, puisque le format de la Regionalliga fait qu’à la trève hivernale, le suspens est déjà plus ou moins mort. Dommage pour le dauphin BFC Dynamo qui réalise sa meilleure saison depuis longtemps, mais qui, avec seize points de retard sur le leader, sera condamné à la D4 l’an prochain, en espérant suivre les traces de Cottbus pour remonter dans le football professionnel. Même chose pour le Lokomotive Leipzig, qui semble enfin avoir tourné la page des divisions locales et réalise un troisième semestre convaincant d’affilé. Actuellement quatrièmes, les Lokisten devront cependant patienter avant que leur tour ne vienne. Mais avec un budget, des infrastructures et une histoire plus parlantes que la plupart de leur concurrents, l’avenir semble aujourd’hui plus proche du rose que du noir. Surtout avec la présence de la BSG Chemie Leipzig, le rival de gauche du district de Leutzsch, promu cette saison, qui offre deux derbys ultra-chauds, comme en ont témoigné les bagarres générales, interruptions de jeu et interventions policières, qui rappellent que dans l’ombre du RB, un autre football est possible. Attention cependant à ce qu’il ne se résume pas qu’à des incidents extra-sportifs, faute de quoi les cousins bâtards de Bundesliga finiront d’asseoir leur domination une bonne fois pour toute.

Julien Duez


Image à la une : AFP PHOTO / ODD ANDERSEN

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A propos de l'auteur

Julien Duez

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Il paraît que le Mur est tombé, mais je bois toujours du Pfeffi et du champagne Rotkäppchen en fumant des Cabinet Würzig.
Pour moi l'Union Berlin va au-delà d'une lubie hipster passagère.
Ostalgique lucide.

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