Shakhtar : l’Europe lui va mieux que l’Ukraine

Mourad Aerts - Publié le 28 avril 2016

C’est officiel depuis ce week end : le Shakhtar ne retrouvera pas sa couronne de roi d’Ukraine. La faute au Dynamo et de tellement de manières différentes. Le club d’Akhmetov n’a plus que la coupe d’Europe et ses grognards pour continuer à briller et faire de l’ombre au rival honni. Ne les croyez pas à la dérive, cette équipe en a encore sous la semelle !


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« Stimulants financiers », joueur prêtés, échec et mat national

Nous le disions donc en introduction, le Shakhtar ne sera pas champion d’Ukraine 2016. Le Dynamo Kiev a arraché le morceau ce week-end malgré un choc à venir face au Shakthar, son dauphin, dimanche prochain –  bien qu’il puisse être reporté. L’équipe de Lucescu est-elle réellement inférieure à celle de Rebrov ?

Elle n’aura en tout cas donné aucun signe allant dans ce sens cette saison. Même mieux, elle aura écrasé son rival de la capitale lors du match aller au stade Olympiyskiy (0-3). Un résultat qui n’aura au final pas servi à grand-chose. Pas plus que les éclatants cartons réussis à intervalles réguliers en championnat n’auront pesé lourd face aux (souvent) étriqués succès du Dynamo. A coup de 1 ou 2-0, Capitaine Shovkovskiy aura mené les siens vers le titre grâce à une défense tout simplement impressionnante (7 buts encaissés en 23 journées) quand le Shakhtar aura marqué 19 buts de plus que son principal adversaire mais en perdant des points en cours de route.

Et justement ces points perdus par ci par là font jaser en Ukraine. Ils font jaser modérément, hein ? Car on est habitué aux petits arrangements et il ne fait plus de doute que les frères Surkis (président du Dynamo et dirigeant à la FFU) ont repris le pouvoir sur le football depuis les événements de Maïdan.

La configuration du week-end du sacre par exemple fait beaucoup réfléchir. Les faits purs et avérés tout d’abord :

  • Le Shakhtar a été accroché par l’une des équipes les plus faibles de la saison (le Chornomorets Odessa, 12ème sur 14, déjà sauvé) en se faisant rattraper dans les derniers instants sur un but d’un joueur prêté par le Dynamo Kiev, Kalitvintsev.
  • Le Dynamo Kiev, lui, s’est imposé le lendemain sur la plus petite des marges face à un adversaire à qui il fournit la moitié de l’effectif : le Hoverla Oujhorod.

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Ensuite, il y a LA rumeur lancé par le site Tribuna.com qui parle d’un stimulant financier apporté par le Dynamo au Chernomorets en cas de bon résultat face au Shakhtar. La somme de 400.000 dollars est avancée. Elle expliquerait en tout cas la joie démesurée des joueurs d’Odessa dans le vestiaire après un simple match nul.

Une photo publiée par Vladyslav_Kalitvintsev (@kalitka_45) le 23 Avril 2016 à 12h59 PDT

Une photo publiée par Vladyslav_Kalitvintsev (@kalitka_45) le 23 Avril 2016 à 12h59 PDT

Il faut en sus rappeler les importants problèmes financiers du club d’Odessa et sa tendance récurrente à ne pas verser les salaires. Bref, le titre de champion est perdu et certains détails laissent à penser que Lucescu n’a jamais vraiment tapé du poing sur la table cette année avec ses hommes.

La chance européenne

Outre une finale de coupe à jouer face à Oleksandria, il reste la Ligue Europa où le Shakhtar a plus que dominé son sujet pour l’instant. Certes, il n’était plus au niveau de la Ligue des Champions, surtout en jouant constamment à l’extérieur mais il n’en reste pas moins un cador pour sa petite sœur.

Jugez-en plutôt par les résultats.  Schalke 04 a pris 3-0 sur l’ensemble des deux matches, Anderlecht 4-1 et Braga, 6-1 ! L’Europe semble être devenu au fur et à mesure du second semestre de la saison l’objectif principal des Orange et Noir.

Voici le 4-0 infligé à Braga dans l’Arena de Lviv

Comment l’expliquer ? Si l’on va plus loin que les facteurs extra-sportifs ayant (peut-être) faussé le championnat national, il faut aussi souligner les affluences rachitiques ayant accompagnées le club de la Donbass à domicile toute l’année. Certes, 75% des points perdus l’ont été à l’extérieur mais le relatif anonymat des matches à domicile n’a pas dû aider à mobiliser les troupes sur cet objectif.

Car si les habitants de Lviv (où le Shakhtar reçoit désormais) n’ont que très peu d’intérêt pour les aventures nationales du club minier, ils n’hésitent par contre pas à se déplacer en masse lors des matches européens. Tout un contexte qui redevient enfin favorable pour cette équipe de haut niveau composée en majorité d’internationaux confirmés à la recherche de challenges à leur hauteur.

C’est justement l’autre versant de la belle campagne européenne du Shakhtar : la physionomie de son effectif. Une défense très expérimentée, ultra rigoureuse et physique à souhait, un milieu de terrain stable avec une touche brésilienne se prolongeant en attaque et soucieuse de se montrer, avec pour les diriger un technicien plus malin que toute la caste des entraîneurs de Ligue 1 réunie. Bref, une escouade parfaitement rompue aux joutes de très haut niveau, organisée tactiquement à la perfection et prête à se décarcasser pendant 180 minutes.

Les Sévillans sont prévenus, la tâche sera ardue pour enterrer les Ukrainiens.

Un remake de 2009?

Il y a sept ans, le Dynamo Kiev remportait le championnat ukrainien mais laissait filer le Shakthar en finale de la Coupe UEFA, lorsque les deux grands d’Ukraine se rencontraient en demi-finales de la plus belle des coupes européennes. Il y a sept ans, Darijo Srna arpentait le flanc droit et Mircea Lucescu poussait des gueulantes si ses Brésiliens ne marquaient pas facilement. Et il y a sept ans, le Shakthar rejoignait la C3 après avoir terminé troisième de son groupe de C1.


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Mais comparaison n’est pas raison, et au-delà du fait que l’ossature défensive est toujours présente (Pyatov – Kucher – Srna) sous les ordres du sorcier roumain, les Brésiliens ont changé de nom et le conflit du Donbass est passé par là. A l’image du Dnipro l’an passé, le Shakthar semble trouver les ressources pour surmonter les obstacles que le terrain leur inflige pour briller en Europe. C’est bien simple: le Shakthar aligne le meilleur bilan de tous les demi-finalistes depuis les seizièmes de finale, à savoir 5 victoires pour un match nul. Et seulement deux buts encaissés qui plus est.

© SERGEI SUPINSKY/AFP/Getty Images

© SERGEI SUPINSKY/AFP/Getty Images

Le titre du rival de la capitale acquis ce week-end pourrait enfin jouer en la faveur des joueurs de Lucescu. Avec une seconde place acquise en championnat, qualificative pour la C1, ils n’ont pour unique objectif que de se surpasser sur les joutes européennes, quand son adversaire du soir doit encore batailler pour garder son accessit à la C3 – voire à la Ligue des Champions avec un troisième titre consécutif.


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Une seconde finale européenne permettrait au Shakthar de rejoindre le Dynamo dans les livres d’histoire, seul club ukrainien à avoir atteint ce stade à deux reprises – pour deux victoires en Coupes des Coupes, en 1975 et en 1986. Un dernier baroud d’honneur pour le club de Donetsk afin d’amoindrir la gloire de son grand rival ?

Réponse ce jeudi !

Mourad Aerts


Image à la une : © LAURIE DIEFFEMBACQ/AFP/Getty Images

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A propos de l'auteur

Mourad Aerts

Schizophrène assumé, serait fusillé aussi bien en Ukraine qu'en Russie. Pour son grand amour des premiers chez les seconds et sa tendresse pour les seconds chez les premiers. Bref, il ne l'ouvre que sur Footballski et ça vaut mieux pour lui.

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