Le 20 septembre 2021 marquera le 100e anniversaire de la fondation du FC Maritsa Plovdiv. Un club méconnu qui a pourtant offert des joueurs de classe mondiale à Plovdiv et à la Bulgarie. Un club voué à rester pour toujours dans l’ombre.

Que retenir de Plovdiv ? Certains retiennent ses sept collines, d’autres son histoire plus ancienne que Rome. Les romantiques aiment l’atmosphère du vieux Plovdiv et les plus curieux s’intéressent à ce fleuve qui trace toujours la frontière entre le nord et le sud de la ville. Un fleuve auquel la ville de Plovdiv est intimement liée, depuis l’Antiquité où il était célébré comme une divinité. D’anciennes pièces de monnaie ont été retrouvées, dans lesquelles Maritsa était représenté comme un homme barbu reposant sur des rochers. Un signe de fertilité, comme le montrent également les épis de maïs autour de lui. Le fleuve Hebros a ensuite été renommé du nom turc, Meric. Le nom slave actuel (Maritsa) n’est apparu qu’au XIIe siècle. Comme beaucoup de choses à Plovdiv, l’histoire du fleuve, où naviguaient jadis les bateaux emplis de marchandises importées de toute la Thrace, balance entre plusieurs héritages et influences. Du peuple Thrace, de l’Antiquité gréco-romaine, des Turcs de l’Empire ottoman et des Slaves.

Maritsa est donc le nom d’un fleuve. Il aurait pu également être le nom d’un grand club de football. Il restera le nom d’un club à part. Pour les gens qui l’aiment, pour ceux qui ont soutenu la cause Maritsa pendant ses 97 années d’existence, les succès n’ont pas toujours été d’une importance primordiale. 

Débuts en fanfare

Tout commence en 1921 par un rêve : développer le football dans le quartier de Karshiyaka en s’unissant sous une même bannière. Le jeu est alors arrivé à Plovdiv depuis déjà dix ans, et une multitude de clubs co-existent dans un beau bazar. A cette époque, Karshiyaka est le poumon footballistique de Plovdiv, en témoigne la création d’un premier club dès 1911. Et comme souvent dans les articles historiques de Footballski, c’est la Première Guerre mondiale qui stoppe le développement du football en Bulgarie. Le conflit terminé, l’amusement peut reprendre. Les jeunes du quartier créent un nouveau club sur les cendres du précèdent : Vampire. Tous les terrains sont pris d’assaut et plusieurs équipes émergent en ville.

C’est donc en 1921 que l’idée d’un club qui pourrait unir tout ce beau monde est lancée. Maritsa est né et le plus grand mérite en revient à Yanko Rashkov, déjà impliqué dans la création de clubs de football dans la ville auparavant. C’est lui qui propose le nom et les couleurs – jaune et bleu, le jaune incarnant la fertilité de Thrace et le bleu pour rappeler le calme de la rivière Maritsa. Et lorsque Rachkov rassemble les joueurs pour la première fois, il déclare : « À partir de ce jour à Karshiyaka, il y a le club sportif Maritsa et c’est un honneur pour nous, réunis ici, d’être les premiers à défendre l’honneur sportif, le quartier et Plovdiv ! Dans plusieurs années, Maritsa se développera, beaucoup de joueurs passeront par cette équipe. Des talents vont grandir, mais les premiers à s’installer dans ce club, c’est nous – tous ceux que nous avons rassemblés aujourd’hui pour ce premier entraînement. Bonne chance et que Dieu nous garde ! » Son discours est scellé dans le livre de feu Dimitar Hristev sur l’histoire de ce club.

Peu à peu, Maritsa devient la meilleure équipe de la ville. Le titre de champion de Plovdiv, en 1925, en atteste. Le club se déplace jusqu’à Sofia pour défier le Levski et le Sports Club. En 1933, Maritsa s’impose en 3 matchs contre Botev (4-4, 0-0 et 2-1) pour gagner une nouvelle coupe locale. La suprématie footballistique de la ville se joue entre le club qui a le nom du fleuve et celui qui a le nom du héros national.

Mais Maritsa n’a jamais su négocier ses tournants. Un premier arrive en 1938, lorsque Maritsa et le Sports Club Sofia s’affrontent pour déterminer qui aura l’honneur de participer à la Première Ligue Bulgare. Le stade du Lokomotiv, où est disputé le match, est plein. Mais en deuxième mi-temps, la tension est totale et le public mécontent envahit le terrain. La sentence tombe : le Sports Club gagne sur tapis vert le droit d’entrée en première division. Maritsa va avoir du mal à s’en remettre et se retrouve sans stade ni terrain d’entrainement.

Heureusement, un membre de Maritsa connait bien le tsar Boris III. Un stade est construit et le club reçoit un acte de propriété. Le stade de Maritsa est officiellement inauguré le 30 mai 1943. Mais Maritsa a perdu du temps alors que le Botev, lui, dispute le championnat national et gagne les cœurs des habitants.

Une histoire de luttes

Le nouveau gouvernement du Parti Communiste se charge ensuite du cas Maritsa, dont l’identité ne colle pas vraiment avec les idées à mettre en place. De 1944 à 1957, de nombreux changements ont lieu dans la vie du club, qui troque son nom pour devenir le Spartak puis Benkovski. Mais au moment où l’équipe obtient des résultats satisfaisants, en 1949, elle est dissoute et les joueurs sont transférés dans les DSO (Dobrovolni Sportni Organizatsii, ou Organisations de Sport Volontaire) fraîchement établis comme le Dynamo ou le Lokomotiv ou CSKA. Le stade est utilisé par le club Septemvri, créé par le pouvoir. Le football prend alors la forme d’un championnat ouvrier. Les DSO survivent jusqu’en 1957, après quoi le pouvoir les abandonne, la formule ne fonctionnant pas efficacement. Maritsa repart, retrouve son stade et s’ouvre à d’autres sections comme le volley-ball (qui deviendra fructueux), basket-ball, athlétisme, tennis de table, échecs, gymnastique, etc.

Un peu plus tard, les hautes instances décident que le Maritsa doit fusionner avec l’un des deux autres clubs de la ville afin de le consolider. Les habitants du quartier envoient alors une lettre de protestation et contestent vivement. Quelques jours plus tard, à Plovdiv, le président Popov rencontre une délégation du Parti Communiste Bulgare. Popov prend alors la parole, mettant en péril toute sa réputation et sa carrière, et explique que les habitants du quartier ne sont pas satisfaits de cette décision et qu’ils continueront à lutter contre l’unification. Le projet d’unification est rejeté et Maritsa reste une société indépendante.

En 1967, après une nouvelle formule de sociétés sportives, une place est vacante en première division. Pour la première fois, Maritsa obtient le droit de participer à l’élite. Mais l’équipe est trop faible et se classe en dernière position. Ce n’est que partie remise. La saison suivante en deuxième division est bonne. Maritsa doit gagner son dernier match pour remonter. Ce qu’il fait contre le Levski Kyustendil (3-2) avec un but de Tobia Momin, envoyé à Maritsa suite a la fusion de Botev, du Spartak et de l’Academic en Trakia. Maritsa revient en première division, termine à la 14ème position et se maintient pour la première fois de son histoire. Peu après, Georgi Naydenov décède dans des circonstances vagues lors d’une tournée en Syrie et en Jordanie.

Au cours de la saison 1970/71, Maritsa est rajeuni et ne parvient pas à rivaliser avec les autres équipes. Le club revient à sa place, en deuxième division. En Bulgarie, il y a peu de place pour les clubs en dehors de Sofia, et encore moins pour ceux qui n’appartiennent pas à une section du Parti. Le Botev appartenant à l’Armée et le Lokomotiv aux chemins de fer, il ne reste plus de place… Malgré tout, Maritsa a son succès pour lancer des jeunes et possède de bons formateurs. Sans être aidée, l’équipe joue dans le groupe B pendant de nombreuses années. De nombreux jeunes en sont issus, comme Dinko Dermendzhiev (qui arrive au Maritsa en jouant gardien (!) avant de connaître la gloire en tant que milieu de terrain), Aleksandar Aleksandrov ou… Hristo Stoichkov. Ce dernier avait pourtant jeté son dévolu sur le Botev, qui lui a répondu qu’il n’était pas assez bon. Le flair…

Ces dernières années, Maritsa a connu des périodes de hauts et de bas mais a gardé son identité de club formateur. Une bonne période a lieu en 1994-1997 sous la présidence de Yul Popov, lorsque le club atteint les demi-finales de coupe. En 2010, le club a des problèmes financiers et doit fusionner, perdant son stade, son nom et ses couleurs. Mais un an plus tard, suite à une initiative de supporters du club, Martisa reprend vie, repartant de l’échelon le plus bas. Une initiative à succès puisque le club remonte jusqu’en division 2 en 2017-2018 ! Désormais, le club joue au 3ème échelon national et espère pouvoir retrouver une certaine sérénité. Pas pour la gloire, mais pour continuer à sortir des jeunes, et permettre à des gamins de poursuivre leurs rêves plus haut.

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Et pour les Bleu-et-jaune allez, allez…

Un peu comme le club, la rivière ne fait plus partie du cœur de la ville. L’idée qu’elle revienne au centre et fasse partie de la vie culturelle de la ville continue pourtant de faire son chemin. Pour le moment, ce ne sont que des propositions et des projets qui n’ont pas encore été réalisés. Les habitants de Plovdiv attendent avec impatience que Maritsa devienne une partie vivante et palpitante de la ville. Les supporters du FK Maritsa n’en demandent pas tant avec leur club. Ils sont heureux qu’il vive, après tant d’années de luttes.


Damien F.

Image à la une ©sportenplovdiv.com

Semaine spéciale Plovdiv – #5 Maritsa Plovdiv, la lutte est encore un espoir
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