La trêve des confiseurs est bientôt finie en Pologne, les différentes divisions vous revenir doucement de leur hibernation les unes après les autres alors pour briller en société, entre amis ou en famille, nous vous proposons un petit résumé de la première partie de saison de I.Liga. Un championnat qui sent bon le terroir, les kielbasy chaudes servies dans de petites assiettes en plastique accompagnées de moutarde et de petit pain rond, les pelouses motocultées l’automne passé, les clubs que vous croiserez seulement dans vos parties de Football Manager nocturnes et des surprises. Car oui, la deuxième division polonaise est pleine de surprises. N’ayez pas peur, faites le grand saut comme le jeune défenseur français du Radomiak Radom Chams Farji et entrez avec nous dans ce monde merveilleux du foot, du vrai, celui qui régale même devant 200 supporters et qui ne demande jamais son reste.

Un champion d’automne surprise et un Top 4 dans un mouchoir de poche

La course au titre s’est quelque peu décantée avant la trêve mais tout reste encore à faire après l’hiver et comme vous devez l’ignorer, la deuxième division nous a souvent réservé quelques belles et mauvaises surprises le printemps revenu. Et en en parlant surprise, il y en a de taille dans un Top 4 se tenant en seulement quatre petits points. À vrai dire, il n’y a quasiment que des surprises à la trêve après la moitié de ce magnifique championnat. Vive la I.Liga !

Qui aurait bien pu deviner que le Warta Poznan serait leader après vingt matchs ? Personne. Et pourtant, le club qui ne joue pas dans son stade, qui ne possède plus de sponsor principal et qui a fini treizième la saison passée caracole en tête. Une réussite qui force l’admiration pour le moment. Car le club centenaire au deux titres de champion de Pologne (1929 et 1947) pourrait bien, s’il continue ainsi, se retrouver en Ekstraklasa la saison prochaine et nous offrir donc un beau derby de Poznan face au Lech.

C’est d’ailleurs ce dernier qui est finalement un peu responsable de la bonne forme de son voisin. En effet, les deux moteurs du milieu des Zieloni Janicki et Tralka jouaient encore pour les Kolejorz il y a peu. Si on ajoute à cela les bonnes performances de Lis dans les cages et de Jaroch sur le front de l’attaque, le Warta possède un groupe hétéroclite mais solide entre expérience et jeunesse, qui a fait merveille ces six premiers mois. Côté terrain, avec seulement quatre défaites au compteur et un jeu léché, le moral est au beau fixe. Mais côté coulisses et logistique, le bât blesse. Ne pas jouer dans son stade mais dans celui du feu Dyskobolia (aussi superbe soit-il), à cinquante kilomètres et avec un maillot dont le sponsor est remplacé par un QR code (technique marketing pour tenter de faire venir un investisseur) pourrait être un frein à leur accession à l’échelon supérieur, surtout que la fédération s’est déclarée pour le durcissement de la promotion des clubs sans stade homologué.

À voir maintenant comment Piotr Tworek qui avec le Warta vit sa première véritable expérience de coach à haut niveau réussira à maintenir le jeu, l’homogénéité et le cap pour contenir la meute qui n’attend qu’un faux pas des siens. Une meute d’ailleurs elle-même emmenée par un autre club historique qui a vu des Lato ou Kasperczak enfilé son maillot immaculé : le Stal Mielec. Un Stal déjà présent la saison dernière dans les premières places de la seconde division polonaise et qui cette saison semble enfin prêt pour ne pas laisser passer son tour. Tout sauf une surprise donc de retrouver les Biało-niebiescy à pareille fête, tant leur montée en puissance depuis trois saisons est convaincante. Malgré un changement d’entraîneur, les objectifs et résultats sont restés prometteurs et convaincants. En témoigne la présence du club en quarts de finale de la Coupe de Pologne et une belle série de quatre victoires consécutives avant la trêve. Un très sérieux prétendant donc aux cartes pour le moins intéressantes avec notamment un Bartosz Nowak de gala.

Derrière ce duo, le Podbeskidzie Bielsko-Biala pourrait être un épouvantail de taille. Peu surprenant non plus de retrouver les hommes de Brede dans ce Top 4, même si au vu des attentes du début de saison on aurait pu espérer un peu mieux d’un favori à la montée. Si à domicile, dans leur bel antre au pied des Carpates (et à la buvette absolument fantastique) les Górale ont proposé un jeu offensif et souvent payant, notamment grâce aux deux feu follets Danielak et Sierpina, à l’extérieur le constat est différent. Seulement trois victoires hors de ses bases sur ces six premiers mois, c’est peu pour un candidat à la première division. Il faudra donc, pour Brede et ses hommes, faire mieux sur ce point lors de la deuxième partie de saison pour espérer le Graal.

Et maintenant, la deuxième énorme surprise de ce Top 4 : le Radomiak Radom, oui vous avez bien lu, le Radomiak tout juste promu de troisième division est bel et ben au rendez-vous pour le moment. Si la course au maintien lui était promise c’est bien la course au titre qui lui tend maintenant les bras. Emmené par un Mikita auteur de huit buts et un paquet d’autres joueurs venant de l’académie du Legia comme Makowski ou Haluch ainsi que de seconds couteaux de l’Ekstraklasa comme Gorski, le club de Radom n’en finit pas d’étonner. Ce mix surprenant concocté par Banasik trouvera peut-être ses limites après la trêve mais, pour l’instant, pour ces joueurs souvent dans l’ombre et aux carrières hachées loin des sommets promis, cette place et les performances de la première moitié de saison ont un petit goût de revanche bien méritée.

De l’Afghanistan aux éléphants de Nieciecza, du beau monde au balcon

Derrière ce Top 4 qui se détache inexorablement, un peloton composant le ventre mou nous offre quelques surprises pour le moins exotiques. De Grudziadz à Nowy Sacz, il sera difficile voire impossible de lutter pour le titre ou même la deuxième place directement qualificative pour l’Ekstraklasa mais cette saison pour la première fois trois clubs monteront, les places vont donc être chères dans la première partie du classement. En effet, les clubs classés en fin de saison entre la troisième et la sixième place de cette I.Liga s’affronteront lors de barrages dont la finale désignera le dernier promu en première division polonaise. Du suspens jusque dans les derniers instants rendant la course au Top 6 pour le moins intéressante.

Et pour le moment, c’est l’Olimpia Grudziadz qui occupe la cinquième place. Encore une véritable surprise pour un club qui, comme le Radomiak, a été promu cet été mais qui, lui, a fait table rase du passé en changeant totalement son onze de titulaires par rapport à la saison précédente en troisième division. Un changement brutal qui a vu aussi l’émergence de nouvelles têtes et de nouveaux leaders, dont un a tout particulièrement crevé l’écran ces six premiers mois et créé l’intérêt de la Pologne de part ses performances et son parcours. Lui, c’est l’attaquant afghan des Olimpijczycy, Omran Haydary.

Imaginez-vous, un attaquant afghan en deuxième division polonaise ! il s’agit d’une curiosité pour beaucoup mais quand ce même attaquant est le meilleur buteur du championnat après six mois on frôle, alors l’hystérie populaire. Cette I.liga si dur, si physique, si polonaise domptée par un petit (1m70) Afghan aux jambes de feu est un véritable exploit. Car Omran Haydary a su se mettre tout Grudziadz puis toute la Pologne du football dans sa poche très rapidement. Arrivé des Pays-Bas, où il vivait depuis qu’il avait quitté Kaboul enfant avec sa famille, le jeune numéro 9 de vingt-deux ans a frappé un grand coup en marquant un triplé pour son premier match officiel.

Ce n’était pas de la peur, c’était juste bizarre pour moi de me dire que j’allais jouer dans un pays dont j’avais très peu entendu parler auparavant. Aux Pays-Bas, personne ne parle de la Pologne alors je me suis un peu renseigné.

Omran Haydary pour Przeglad Sportowy

Et malgré le changement culturel notoire qui aurait pu faire craindre un long temps d’adaptation, Haydary s’est vite imposé comme nous avons pu le voir ensemble. Auteur de douze buts et deux passes décisives, le jeune Afghan trône pour l’instant en tête du classement des meilleurs buteurs du championnat. Sa vitesse, vivacité et technique ont fait danser les défenses et cauchemarder les gardiens adverses. La belle histoire va-t-elle continuer  ? Peut-être, car l’attaquant de Grudziadz, bien que déjà demandé jusqu’en Ekstraklasa, aimerait quitter le club qui lui a donné une chance de se relancer par la grande porte. Et pourquoi pas rêver d’une montée historique pour un club n’ayant jamais connu la première division, le tout emmené par un jeune Afghan de vingt deux ans ? Le rêve est permis.

Derrière l’Olimpia, on retrouve des clubs habitués de la I.Liga ou d’anciens clubs ayant connu il y a peu les joies des joutes en Estraklasa. La logique est donc respectée avec un Miedz Legnica qui occupe pour le moment la dernière place qualificative pour les play-offs. Legnica pourrait d’ailleurs voir un peu plus haut avec un attaquant de qualité qui viendrait conclure les actions initiées par son solide milieu formé de Marquitos, Kort et Lukowski. Côté Jastrzebie et Tychy, il y a manque criant de létalité pour le premier et un trop grand déséquilibre entre l’attaque et la défense pour le second. Des problèmes ayant empêché pour le moment les deux clubs de voir un peu plus haut. Spécialement à Tychy, où Grzeszczyk et ses onze passes décisives rayonnent sur les rectangles verts de cette Pierwsza Liga.

Le Sandecja, le Zaglebie et le Bruk-Bet quant à eux devaient espérer certainement un peu mieux en début de saison mais les changements d’entraîneurs et les résultats en dents de scie n’ont pas permis à ces clubs de se stabiliser durant ces six premiers mois, et ce malgré des effectifs corrects. Difficile, par ailleurs, de se voir dans le haut du classement quand son défenseur central est le meilleur buteur du club, comme c’est le cas à Nowy Sacz. Le Stomil, lui, remonte la pente doucement après avoir commencé en fanfare et connu un énorme trou d’air. Mais le club dont le stade est surplombé par le coucou amical du Bonhomme Michelin n’est pas à l’abri, loin de là.

Derrière ça tremble, Chojniczanka grosse déception de ses six premiers mois

Au fond de la classe, on retrouve des clubs habitués aux batailles pour le maintien comme le Chrobry ou le Wigry Suwalki qui, grâce à un véritable miracle (surtout pour Suwalki) s’étaient maintenus en deuxième division la saison dernière. Leurs problèmes sont d’ailleurs assez semblables : des effectifs très inégaux, des tacticiens un peu perdus qui ne trouvent pas la bonne alchimie en changeant de systèmes comme de chemise et un problème récurrent de conversion de leurs actions en but. L’Odra est aussi à mettre dans ce panier, avec des performances 2019/20 dans la lignée de 2018/19, le club d’Opole n’ayant jamais vu les lumières du haut de classement depuis son arrivée dans cette division. S’il se passe beaucoup de choses étranges dans les coulisses des Niebiesko–Czerwoni, il se pourrait que moins étrangement le club retrouve assez vite sa bien aimée troisième division.

Après deux belles saisons, le Puszcza Niepolomice est quant à lui rentré dans le rang et devra se battre pour ne pas descendre. Mais si le club est celui ayant marqué le moins de buts depuis le début de saison (seulement quinze buts, dont six par l’attaquant portugais baroudeur Jose Embalo), il possède aussi une statistique absolument incroyable qui peut donner de l’espoir à ses supporters, s’ils décident de voir le verre à moitié plein bien sûr. En effet, sur les vingt-trois points accumulés en vingt matchs, dix-neuf (oui, dix-neuf) l’ont été à l’extérieur pour le club de la forêt à l’est de Cracovie ! Utiliser cette trêve pour régler les problèmes à domicile et devant le but devrait être salvateur.

Petit point sur le dernier promu, le GKS Belchatow, qui est ici à sa place et même peut-être un peu mieux classé que prévu tant cette équipe semblait être la plus faible (sur le papier) cette saison. Avec quatre points d’avance sur le premier relégable, le matelas est fin et il ne faudra pas perdre des éléments comme Mateusz Marzec*, véritable clef de voûte de l’offensive à Belchatow et auteur d’un début de saison tonitruant avec pas moins de onze buts au compteur.

Mais finalement, la grosse surprise de ce bas de classement est de voir le Chojniczanka lanterne rouge, décollé et à la dérive. Pour rappel, il y a deux saisons maintenant le club de Chojnice était à la lutte pour monter en Ekstraklasa, deux saisons plus tard il est à la lutte pour ne pas descendre en troisième division, le football peut parfois être cruel. Si sur le plan offensif le club est dans la lignée des saisons précédentes, la défense, elle, prend l’eau de toute part depuis août. Avec une moyenne de 1,5 but encaissé par match, il sera difficile pour le Chojniczanka, sans renforts défensifs, de se maintenir. Arrivé avant la trêve, Smolka sera-t-il l’homme de la situation pour un sauvetage  ? Rien n’est moins sûr, car le coach polonais est un adepte d’un déséquilibre qui peut être fatal dans un championnat comme la seconde division polonaise, et qui ne lui a pas réussi lors de son passage à l’Arka Gdynia. Pour toutes ses raisons, le club de Chojnice est malheureusement l’un des très gros favoris à la descente.

Des buts en pagailles, un délice de Bojdys et un XI qui a fière allure

Deuxième division polonaise ne rime pas avec joga bonito et but à gogo selon vous  ? Détrompez-vous, ces six premiers mois ont été les plus prolifiques des dernières saisons. La mentalité des coachs polonais a changé et, par conséquent, le jeu aussi. Là où il y a quelques années encore les trentenaires pimpants et leur expérience du combat faisaient leur loi sur les terrains de Pierwsza Liga, les jeunes joueurs polonais et autres jeunes découvertes de tous continents pointent maintenant le bout de leur nez et apportent un vent de fraîcheur notable sur les terrains.

Il est d’ailleurs dorénavant fréquent de prendre plus de plaisir à regarder la seconde division polonaise (difficile de faire cela depuis l’étranger, malheureusement) que devant les grosses affiches de l’Ekstraklasa. Une statistique est d’ailleurs très parlante, celle de la moyenne de buts par match. Avec une moyenne de 2,7 buts marqués par match, la seconde division polonaise se place devant la Ligue 1 ou la Liga et juste derrière la Premier League cette saison. Et si l’on compare cette moyenne avec celle de l’Ekstraklasa, elle est de 0,25 point supérieure. La I.Liga est donc un championnat beaucoup plus ouvert et porté sur l’offensive qu’auparavant.

Plus de buts donc, mais aussi plus de bijoux comme vous pouvez le voir ci-dessous avec le plus beau de ces six premiers mois. Un superbe rush de Michal Bojdys, défenseur du GKS Jastrzebie, conclu tout en douceur par un intérieur de l’extérieur de la surface de réparation s’enroulant comme une belle frappe du Thierry Henry des grandes heures. Ou peut être que Bojdys s’est inspiré d’un des grands défenseurs passé par le club dans sa jeunesse, un certain Kamil Glik, mais on doute de la qualité de la frappe enroulée du droit de Kamil tout de même.

Et pour finir en beauté ce résumé, nous vous avons concocté ci-dessous avec amour un XI plutôt équilibré de ces six premiers mois de I.Liga. Équilibré voulant aussi dire que nous avons dû faire des choix cornéliens et par exemple laisser sur la touche Bartosz Nowak malgré ses huit buts et sept passes décisives avec le Stal Mielec. Quoi qu’il en soit, avec toutes ces informations précieuses vous allez pouvoir crâner devant vos amis en vous déclarant expert de la deuxième division polonaise sans jamais n’en avoir regardé le moindre match. Pas mal, non ?

Mathieu Pecquenard

Image à la Une : © newspix.pl

Edit: Depuis l’écriture de cet article Omran Haydary a quitté l’Olimpia Grudziadz pour le Lechia Gdansk en Ekstraklasa

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