Saison 2018 – Six mois de football en Moldavie

Radu Caragiale - Publié le 31 juillet 2018

Loin d’être une blague, le championnat moldave version printemps-automne a débuté le 1er avril 2018. A la trêve, après pile 14 journées sur les 28 à disputer, le Sheriff est comme prévu en tête du championnat malgré le départ de son entraîneur Roberto Bordin en cours de route. Le Milsami, vainqueur de la Coupe en mai, suit les triples champions en titre de près, tandis que le Petrocub est déjà largué mais bien accroché à la troisième place, pour avoir le même podium qu’en fin de saison dernière. Orpheline du Dacia, la Divizia Națională voit également le Zimbru naviguer en eaux troubles, et le Zaria englué dans les marécages qui entourent Bălți. Retour sur trois mois de compétition en Moldavie.

Dinamo-Auto vs. Sheriff, 10 juin 2018 | © fc-sheriff.com

Dacia, ce n’est qu’un au revoir

De la même manière que l’imbroglio qui surplombait le début de la saison de transition à l’été 2017, lorsque le Saxan et l’Academia ont déclaré forfait la veille du début du championnat, la Divizia Națională a souffert un nouveau revers dans le courant du mois de mars, et pas n’importe lequel. Le FC Dacia, champion en 2011 et sept fois vice-champion, n’est plus. Après le départ de son mécène et directeur sportif, Adlan Shishkanov, parti à Ventspils voir si l’herbe y est plus verte, le club déplore avoir subi des « pressions » sur les joueurs et le staff, sans nommer quiconque. « Nous voulions garder l’équipe. (..) Ils ne nous ont pas laissé le faire. Dans ces conditions de pression systématique et sans fin, nous avons décidé de mourir, plutôt que de perdre notre dignité. (…) Il y a des choses plus importantes que les coupes en métal » communiquait alors le club.

C’est un grand nom du football moldave des années 2000 qui s’en va. Trop malheureux ces dernières années, avec trois championnats consécutifs perdus soit à la différence particulière (en 2015 face au Milsami), soit suite à un match d’appui (face au Sheriff, qui gagne à la 88e minute en 2016 et aux tirs au but en 2017), auxquels il faut ajouter quatre finales de Coupe au total. Le titre de 2011, soit le premier qui prive le Sheriff du championnat depuis 2001, semblait trop loin pour Shishkanov, qui a donc décidé d’arrêter les frais. L’ex-directeur sportif du Dacia avait annoncé son retrait à l’issue du championnat, tout en précisant qu’il avait pris sa décision lors d’un soir lugubre de septembre, après une défaite 6-3 du Dacia au Sheriff. Rien d’étonnant à ce que le Dacia ait fini le championnat en roue libre, ne gagnant plus aucun match et permettant au Petrocub de lui chiper la troisième marche du podium. Pire encore, le Dacia perd l’ultime rencontre 3-2 au Dinamo-Auto, dans un match où aucun but des joueurs de Ternovca, pourtant en pleine lutte pour le maintien, n’est fêté. Le passif des deux clubs atteste pourtant de 14 victoires en 14 matchs pour le Dacia. Ironie du sort, le même Dinamo-Auto profite du retrait du Dacia pour filer en demi-finale de la Coupe, étant donné que les deux clubs devaient se rencontrer en quarts, mi-avril.

Vaille que vaille, le Spicul a tenté de tirer profit de la situation. Relégué en Divizia A lors de la dernière journée – victime de cette victoire surprise du Dinamo contre le Dacia, justement, le club de Chiscareni a émis le souhait de prendre la place du Victoria Bardar, normalement promu mais qui n’a pas reçu sa licence. La Fédération décide finalement que le Victoria ne monte pas, que le Spicul reste en Divizia A et que personne ne remplace le Dacia. La Divizia Națională se dispute donc à 8 équipes cette année, avec deux confrontations aller-retour pour un championnat de 28 journées.

Bordin parti, le Sheriff reste à flot

Comme on pouvait s’y attendre, le Sheriff a eu un parcours presque parfait durant cette phase aller, malgré la perte de plusieurs cadres à l’intersaison (Mikulic, Cristiano, Brezovec, Victor Oliveira) et surtout son attaquant-vedette Vitalie Damașcan à la trêve, transféré au Torino comme convenu, après avoir fait ce qu’il sait faire de mieux, à savoir marquer quatre buts. Comme d’habitude au Sheriff, les remplaçants sont au taquet, en témoignent les huit buts d’Al Hadji Kamara, son attaquant Siérra-Léonais déniché à Tawoon (Arabie Saoudite), tandis qu’ils ont réussi durant le mercato estival à emprunter le jeune Alexandru Boiciuc du Vejle. Meilleure attaque, meilleure défense, le Sheriff est bien parti pour remporter son quatrième titre d’affilée.

Le seul couac est sans doute le départ de Roberto Bordin en cours de saison, pour des raisons familiales dans sa lettre d’adieu, mais bien vite attiré par les sirènes du renouveau au Neftchi Bakou dont il a pris le contrôle il y a quelques semaines. Le technicien italien avait fait un travail énorme pour permettre à ses ouailles de remporter deux titres de champion, une Coupe et d’atteindre la phase de groupes de la Ligue Europa. C’est le Croate Goran Sablic qui est venu s’asseoir sur le banc début juin, après avoir quitté le Siroki Brijeg. Quelques victoires sans bavure plus tard, le premier faux-pas de Sablic est cette défaite à Kutaisi, qu’il parvient à remonter au retour pour se qualifier pour le deuxième tour préliminaire de la Ligue des champions. Le second faux-pas est une élimination précoce à ce stade de la compétition face à Shkendija, après avoir perdu 1-0 à l’aller et incapable de renverser la tendance à Tiraspol (0-0). Le Sheriff a en tout cas les armes pour refaire le même coup que l’an passé, et se qualifier en Ligue Europa. Reste à savoir s’il a le même mental. La reprise offre une confrontation intéressante à Hîncești, face au Petrocub, seule équipe moldave à avoir battu le Sheriff cette saison.

© fc-sheriff.com

Petrocub et Milsami en poursuite

Deux clubs qui ont fait la une des journaux le printemps passé, à l’aube des demi-finales de la Coupe de Moldavie. En effet, après le Zimbru et le Sheriff, les stades d’Orhei et d’Hîncești ont reçu, grâce à une aide précieuse de la Fédération, des éclairages flambant neufs leur permettant de jouer en nocturne. Une aubaine pour le Petrocub, qui accueillait justement le Milsami en demi-finale de la Coupe pour inaugurer ses nouvelles lumières. Elles ont été bien utiles puisqu’au bout des 120 minutes de jeu, c’est le Milsami qui s’impose avec le but du 1-2 inscrit en toute fin de prolongation.

Ce match épique est la preuve que derrière le Sheriff, le Petrocub et le Milsami sont les deux principaux concurrents pour se partager les places du podium, tant ils semblent supérieurs au reste des participants jusqu’à présent. Surtout, comme l’an dernier, le Milsami n’a pas encore dit son dernier mot pour le titre puisque trois petits points les séparent du Sheriff, qu’ils accueilleront le 19 août prochain. Une très bonne moitié de saison grâce à une défense intraitable (8 buts encaissés), où Mîțu, Crăciun, Bogdan et consorts rendent malheureux les attaquants adverses. Avec un moral reverdi grâce à la victoire en Coupe (lire ci-dessous) mais bâché par la lourde élimination en Ligue Europa contre le Slovan Bratislava, les hommes de Rusnac sont prêts à attaquer la dernière ligne droite pour tenter d’accrocher un deuxième titre à leur palmarès.

Le Petrocub n’en finit pas de surprendre, toujours grâce à la magie de Lilian Popescu. Parvenu à arracher la troisième place au Dacia en fin de saison passée, les joueurs d’Hîncești se sont offerts un petit tour en Ligue Europa (défaits par Osijek au le premier tour après les avoir accrochés à l’aller) en plus d’une excellente première partie de saison. Bien qu’à 11 points du Sheriff, le Petrocub a déjà accumulé sept points d’avance sur son poursuivant, permettant ainsi d’avoir comme objectif atteignable cette 3e place qualificative pour la Ligue Europa. En quarts de finale de la Coupe, le Petrocub voudra prendre sa revanche contre le Milsami, surtout qu’il s’agit de manches aller-retour, afin d’enfin arriver en finale après avoir échoué deux fois d’affilée aux portes de celle-ci. Rendez-vous fin septembre.

Oh Zimbru, si tu savais…

L’info est tombée ce mercredi 1er août, le Zimbru Chișinău a congédié son entraîneur, Sergiu Secu, ainsi que son premier assistant Sergiu Epureanu. Il aura donc dirigé, depuis début juin, quatre matchs de championnat pour une victoire, un nul et deux défaites, ainsi qu’une qualification pour les quarts de finale… obtenue après un replay contre la deuxième équipe du CS Sparta (Divizia B, soit troisième division). Après avoir dirigé un petit stage durant la trêve à Timisoara, le voilà donc remplacé par Sorin Colceag, qui était jusqu’alors le sélectionneur U17 en Roumanie.

Cet épisode montre une fois de plus l’instabilité qui caractérise le Zimbru depuis plusieurs années. Colceag est ainsi le troisième entraîneur principal du Zimbru cette saison puisque Sergiu Secu était déjà venu remplacer Vladimir Aga, dont le seul fait d’arme est sans doute d’avoir amené un peu de folie à la Zimbru Arena en une belle soirée printanière comme Chișinău sait en offrir à la pelle, lors de la demi-finale de Coupe contre le Dinamo-Auto (lire ci-dessous). Ceci après avoir usé deux entraîneurs (Stefan Stoica et Iurie Osipenco) lors de la mini-saison de transition l’année dernière.

© facebook.com/fczimbru/

La tâche de Colceag est énorme. Il a fallu attendre la cinquième journée pour voir le Zimbru emporter un match, et sur les 14 de cette phase aller, les victoires sont au nombre de… deux. Un cauchemar qui fait que le Zimbru a longtemps traîné sa mélancolie à l’avant-dernière place. La seule bonne nouvelle est que cinq autres équipes, sur les huit que compte le championnat, n’arrivent pas à décoller, et que le Zaria semble bien parti pour empocher le seul ticket de relégation cette saison. Depuis la saison dernière, le Zimbru a quelque peu changé sa philosophie, exit le toca samba d’obscurs Brésiliens capables d’étincelles un match sur dix, et place à la jeunesse. Emil Timbur au goal, Stariș et Prepelița en défense, Victor Stîna en métronome au milieu (il devrait d’ailleurs signer au Dinamo Bucarest dans les prochains jours), Nicolaescu et Iurașco en attaque, à cela s’ajoute le génialissime Cubano-Norvégien Willian Pozo-Venta, dont la technique est largement au-dessus de la moyenne. L’équipe a du potentiel mais n’a pas encore pu l’exploiter au maximum.

Au rayon des bonnes nouvelles signalons toutefois le retour des Oastea Fiară dans les gradins de la Zimbru Arena, ainsi que leur fusion avec les Ultras Boys afin de redonner un peu d’ambiance aux matchs à Chișinău et ailleurs.

Il reste 14 matchs à Colceag pour ramener un peu de stabilité et de victoires au Zimbru, qui se trouve à neuf points de la 3e place qualificative pour la Ligue Europa, et qui reste en course en Coupe avec un double duel contre la lanterne rouge Zaria en quarts de finale.

Le Dinamo et le Sfântul se font peur

Igor Dobrovolski avait quitté la sélection la tête basse, après une campagne Russie 2018 plutôt décevante. Il avait pourtant rapidement retrouvé du taf en s’engageant avec le FC Dacia. Quelques semaines plus tard, il se rend à l’évidence que son club ne jouera pas en Divizia Națională cette saison. Il est donc appelé à officier au Dinamo-Auto, vers lequel il parvient à attirer plusieurs Loups : les gardiens Alexandru Pașcenco et Cristian Avram et surtout la jeune paire Cristi Jalbă – Alexandru Bejan au milieu.

Après un 8 sur 18 encourageant compte tenu de la dernière saison du club, le soufflet est un peu retombé certes, mais le Dinamo-Auto reste dans le ventre mou, si tant est que cette expression ait du sens dans une ligue à huit équipes.

Le Sfântul Gheorghe compte le même nombre de points que le Dinamo-Auto et reste aux portes de la dernière place. Après avoir perdu Sergiu Secu en cours de saison, le Sfântul a malgré tout réussi à accrocher le Sheriff et faire tomber le Zimbru, dans son antre de Suruceni. Il va falloir assurer rapidement le maintien pour que le beau projet du SGS continue son aventure en Divizia Națională.

Enfin, certes le Speranța Nisporeni est à la quatrième place, mais il ne compte que deux points de plus que le Zimbru et six d’avance sur la lanterne rouge. Le Speranța collectionne les matchs nuls, preuve s’il en est qu’il reste une équipe difficile à jouer et très combative. Avec assez de qualité dans l’effectif, ils devraient s’en sortir assez facilement.

On ne peut pas en dire autant du Zaria Bălți, lâché par la mairie et qui végète dans les fins fonds du classement. Une seule victoire et une qualification en quarts de la Coupe en lot de consolation, le bilan est désastreux et on voit mal comment l’équipe pourra s’en sortir. L’odeur de la Ligue Europa n’a même pas insufflé ce supplément d’âme, comme il était apparu l’an dernier sur le terrain du Kukesi. Non, le Zaria a certes obligé le Gornik Zabrze à faire match nul en Moldavie, mais cela ne permettait pas d’effacer la défaite en Pologne. Une flopée de Brésiliens est venu renforcer l’effectif cet été dans ce qui semble être un all-in pour pouvoir se reconstruire l’hiver prochain. Vlad Goian est habitué à faire des miracles, alors pourquoi pas encore un cette année?

© facebook.com/pg/fczimbru/

A Milsami la Coupe

Après un match époustouflant en demi-finale qui a vu le Milsami écarter Petrocub dans les arrêts de jeu de la prolongation, en demi-finales, peu de gens voyaient la Coupe échapper aux hommes de Rusnac. Il faut dire qu’en face, le Zimbru est passé par la petite porte face au Dinamo-Auto, mais dans une tradition toute zimbruesque qui est d’offrir des moments de joie intense là où on en attend le moins. Au terme d’un match soporifique, les deux équipes se dirigent vers les tirs au but, moment où les trois premiers tireurs du Zimbru loupent leur tir, dont une panenka honteusement ratée sur le second shoot, pendant que le Dinamo-Auto marquait deux fois. Au goal, le jeune Timbur fait des étincelles et s’aide de sa barre pour repousser les deux tirs suivant, permettant de finir à 2-2 après les cinq premiers tirs. La tension est à son comble et tous les joueurs réussissent, sauf le capitaine du Dinamo-Auto, qui tire sur le poteau pour envoyer le Zimbru en finale, 5-4 après tirs au but !

Mais avec une équipe considérablement rajeunie et peu expérimentée, le Zimbru ne parvient pas à montrer grand chose en finale, dans « son » Arène. Le Zimbru tient bon, toutefois, jusqu’à arracher la prolongation. La fatigue aidant, le Milsami s’impose finalement 2-0 sur un doublé de Maxim Antoniuc et ramène la Coupe à Orhei, huit années après l’avoir remporté pour la première fois.

Quid de l’Europe ?

Rien. Ou si peu.

Dès le tirage au sort, on savait que cela allait être extrêmement difficile pour les clubs moldaves de passer le premier tour de la Ligue Europa. Ça n’a pas raté. Malgré des belles perfs du Petrocub (nul contre Osijek) et du Zaria (nul contre le Gornik), l’humiliation subie par Milsami contre le Slovan (9-2 sur l’ensemble des deux matchs) est venu rappeler le fossé qui sépare la Divizia Națională d’autres championnats modestes de notre Europe centrale et orientale préférée.

Seul le Sheriff a fait honneur à son statut en écartant le Torpedo Kutaisi, malgré une défaite 2-1 à l’aller, au premier tour préliminaire de la Ligue des Champions. Le Shkendija s’est par contre montré intraitable au tour suivant et oblige le Sheriff à se concentrer sur sa Coupe préférée, la Ligue Europa, dont le tirage sera déjà décisif pour la suite des aventures à Tiraspol.

Par Radu Caragiale


Image à la une : © fc-sheriff.com

Saison 2018 – Six mois de football en Moldavie
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Radu Caragiale

2 Commentaires

  • Hey,
    I’ve just read your wonderful piece on Moldovan football and it made me wonder. What do you think, who are the best players in the championship, excluding Sheriff?
    Regards,
    Peter

  • Hi there Peter,
    Difficult question as it’s always subjectivity and an imperfect mix between potential and performance talking here.
    I would say randomly: Radu Mîtu (GK, Milsami), Sergiu Platica (AM/CF, Milsami), Vlad Ambros (CF, Petrocub), Victor Stîna (CM, Zimbru), Willian Pozo-Venta (AM, Zimbru), Artur Patras (LW, Petrocub), among others. I would add Maxim Mihaliov (CM, Dinamo-Auto) and Gica Andronic (AM, Milsami) as they’re entertaining.
    Best,
    Radu

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