Saison 2018 – 5 espoirs du championnat roumain

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 4 septembre 2018

Le temps semble s’être accéléré en Roumanie. A peine le temps de rentrer de vacances que sept journées de Liga 1 se sont déjà déroulées. Surtout, les clubs roumains ont déjà réussi la performance de tous se faire éliminer des compétitions européennes, avant même les phases de groupes. Des années que cela n’était arrivé. Difficile de s’emballer dans ces conditions pour le championnat. Et c’est pourtant ce que nous faisons de manière imparable, en mettant en lumière ceux qui, d’après nous, peuvent représenter la Roumanie dans les années à venir. Après Andrei Ivan, Răzvan Marin ou Ianis Hagi, voici cinq nouveaux espoirs de Liga 1.

Olimpiu Morutan (FCSB | 25.04.1999)

La nouvelle coqueluche de la Liga 1 était encore un total inconnu voilà deux ans. Alors ailier droit, Olimpiu Moruțan est libéré à l’été 2016 par un U Cluj filant vers la banqueroute. Le FC Botoșani flaire le bon coup, l’enrôle et le replace. De l’aile droite, Moruțan glisse peu à peu dans l’axe. De joueur de bout de banc en Liga 2, il devient en moins d’un an titulaire régulier en Liga 1 sous les ordres de Leontin Grozavu, qui fait de lui son meneur de jeu. Avec sa rapidité balle au pied, sa capacité à passer ses adversaires en un contre un, sa vision du jeu et sa précision de passe, le jeune milieu devient une pièce maîtresse d’une équipe qui monte en puissance, ne ratant que d’un souffle les play-offs la saison dernière.

Pour Moruțan, les choses s’accélèrent. Dès décembre dernier, le FCSB s’assure de son transfert au bout de longues tractations. Pour devancer le Shakhtar Donetsk, Gigi Becali n’hésite pas à débourser 700 000€ (plus 20% d’un futur transfert), mais surtout d’offrir au jeune de 18 ans l’un des plus gros salaires de son équipe. Aligné d’entrée en championnat comme en Ligue Europa, Moruțan entre dans la lumière grâce à sa prestation de haut vol face au Rudar Velenje, où il marque notamment ce but au bout d’un slalom génial. Déjà auteur de beaux buts avec les sélections U19 et U21 de Roumanie, Moruțan est depuis attendu impatiemment chez les A. Si une association avec Stanciu et Marin peut paraître alléchante, il convient d’être patient. Après l’échec du FCSB en Ligue Europa, la pression va être immense sur ses jeunes joueurs. Comme il l’a fait avec Tănase, Coman et Man, Gigi Becali prétend vouloir garder à tout prix son nouveau joyau pendant trois ans et le revendre plusieurs dizaines de millions d’euros. Avec un nouvel échec dans la course au titre cette saison, ils pourraient bien être victimes d’un nouveau caprice dont il a le secret. S’il réussit à s’imposer dans sa nouvelle équipe et à supporter la pression, alors Olimpiu Moruțan aura tout ce qu’il faut pour réussir en équipe nationale, et pourquoi pas dans un bon championnat européen.

Denis Dragus (FC Viitorul | 06.07.1999)

Comme Moruțan, Denis Drăguș est un ancien ailier replacé dans l’axe. Comme Moruțan, Denis Drăguș a explosé à la face du monde cet été, lors des premiers tours de Ligue Europa. Et comme Moruțan, Denis Drăguș est déjà vu comme un futur élément important de l’équipe nationale, où Cosmin Contra vient de l’appeler pour la première fois pour les matchs de Ligue des Nations. La comparaison s’arrête là entre les deux jeunes espoirs, puisque si Moruțan créé le jeu et cherche la passe, Drăguș est lui, un pur finisseur. Il a de qui tenir à ce poste, puisque son père Mihai était également attaquant au FC Argeș, avant de partir à l’étranger (Suwon Bluewings, Torpedo Moscou et Lokomotiv Nizhny-Novgorod). Et contrairement au milieu du FCSB, lui semble avoir eu une carrière toute tracée.

Drăguș n’a que 12 ans lorsque l’Academia Hagi s’intéresse à lui. Le Dinamo Bucarest est également sur les rangs, mais le jeune homme refuse et file à Constanța un an plus tard. Il est donc un pur produit de la formation estampillée Hagi, dont il est la dernière perle. Au terme d’une progression rapide, mais régulière. Il n’a ainsi que 16 ans lorsqu’il joue pour la première fois avec l’équipe première, en Coupe de Roumanie, une compétition où Hagi fait régulièrement tourner l’effectif pour lancer les plus jeunes. La même année, Drăguș est sacré champion de Roumanie U19 avec le Viitorul, et découvre l’année suivante la Youth League, où il ne joue cependant presque pas. Après une finale de championnat U19 perdue, il lui faut attendre la saison 2017-18 pour intégrer régulièrement l’équipe première. Avec un grand saut: ses premiers matchs (et buts) en play-offs de Liga 1, mais également son premier match de Ligue Europa. Une compétition européenne qui lui sert cette saison de tremplin. Orpheline de Țucudean, l’équipe mise sur lui en pointe. Avec bonheur puisqu’il marque quatre buts en quatre matchs, dont un doublé face au Vitesse Arnhem.

© Getty Images / NurPhoto

De sa formation d’ailier, Drăguș a gardé une grande qualité de dribble (il en abuse d’ailleurs encore un peu trop), mais surtout une belle capacité d’accélération, doublée d’un sens aiguisé du placement. Grâce à ces deux qualités, Drăguș se lance parfaitement dans le dos des défenses adverses (comme notamment lors de son doublé de la tête face au Vitesse), mais sait également se placer idéalement dans la surface pour profiter de ballons détournés ou mal renvoyés. A l’aise des deux pieds, il peut jouer sur tous les fronts de l’attaque sans réelle préférence, ce qui a motivé le choix de Contra. Face à la petite forme de ses attaquants habituels (surtout Andone), le sélectionneur a décidé de faire franchir un nouvel obstacle à Drăguș en l’appelant directement chez les A sans qu’il ait joué avec les espoirs. Signe que ce jeune a vraiment quelque chose de spécial.

Alexandru Matan (FC Viitorul| 29.08.1999)

« Pour moi qui le suit avec attention depuis trois ans, ce gamin est tout sauf une surprise. Je peux vous dire qu’il s’annonce comme l’un des meilleurs joueurs que nous aurons formé ici. Que ce soit Ianis Hagi, Florinel Coman ou Florin Tănase, je pense qu’il sera meilleur qu’eux. » Les éloges sont de Paul Peniu, vice-président du FC Viitorul. Et pour cause, Alexandru Mățan est vu au club comme un prodige depuis son arrivée à l’âge de 12 ans. Recommandé par son entraîneur d’alors, il n’a besoin que de quelques tests pour intégrer l’Academia Hagi. Depuis, sa progression est fulgurante. A peine est-il champion de Roumanie U19 qu’il est appelé pour jouer avec l’équipe première en Liga 1, à 16 ans. Face au Dinamo, le jeune ailier gauche entre à l’heure de jeu et marque son premier but lors de ce match resté tristement célèbre pour le décès de Patrick Ekeng.

Sa rapide progression passe par la Youth League, où le Viitorul élimine notamment le FC Zurich et le FC Copenhague, puis des apparitions de plus en plus fréquentes en Liga 1, pour finir fréquemment titulaire lors des play-offs de la dernière saison. Et participer cet été à la campagne de Ligue Europa du Viitorul. Désormais pleinement intégré à l’effectif du Viitorul, Mățan connaît également une progression rapide avec la sélection. Après plusieurs sélections chez les U17 et U18, le jeune attaquant démontre tout son potentiel lors de la campagne de qualification pour l’Euro U19, durant laquelle il marque pas moins de huit buts en six matchs. Agile, rapide, Mățan profite de son tout petit gabarit (1,67m) pour perdre les défenseurs adverses par ses changements d’appuis et ses accélérations. Le tout couronné par une belle aisance technique. Ce but, marqué en 2016 (à 16 ans) avec la réserve du Viitorul, en est un bon résumé.

Razvan Oaida (FC Botosani | 02.03.1998)

Il faut quitter le sud-est du pays pour s’intéresser à un autre néo-international espoir roumain. Loin de Bucarest ou du FC Viitorul qui rassemblent la grande majorité des joueurs les plus en vue du championnat, c’est à Botoșani, ville de la pointe nord-est du pays, qui faut aller chercher Răzvan Oaidă. Un choix de carrière surprenant pour un joueur de 20 ans qui a déjà accumulé plusieurs expériences à l’étranger. Formé à l’excellente académie de l’Atlético Arad, le milieu de terrain impressionne lors de tests effectués avec l’équipe de Wolverhampton, qui l’engage. L’expérience anglaise dure deux ans, et s’avère difficile pour le jeune homme qui peine à la vie loin de sa famille. En 2016, les choses s’améliorent avec un transfert à Brescia. Avec la Primavera de l’équipe italienne, Oaidă réalise une saison pleine, et en devient même capitaine en cours de saison. « L’Angleterre m’a fait grandir et m’a préparé mentalement pour le football de haut niveau. Ça a été plus facile en Italie grâce à cette première expérience. J’y ai rencontré des personnes de qualité dévouées au football, et le style de jeu italien me convient mieux. »

© bresciacalcio.it

International U16, U17 et U18, Oaidă décide de délaisser la saison dernière la Primavera italienne pour une équipe A. C’est en Roumanie qu’il trouve son bonheur. En signant à Botoșani, il fait le choix de rejoindre un homme, l’entraîneur Costel Enache, qu’il a côtoyé avec les sélections de jeunes. Fort d’un mental à toute épreuve, d’une bonne capacité de concentration et de travail, il augmente au fil des matchs son importance dans le milieu de son équipe. Pas vraiment récupérateur ni meneur, Oaidă est un joueur complet, capable de se sortir de la pression de deux joueurs pour servir ses coéquipiers dans la meilleure position. Contrairement à certains joueurs à peine plus jeunes, mais chez qui le mental pourrait jouer une part prépondérante dans leur réussite future (Denis Drăguș notamment), Răzvan Oaidă semble avoir tout ce qu’il faut pour progresser encore et réussir dans un championnat plus côté.

Tudor Baluta (FC Viitorul | 27.03.1999)

En tant que meilleur club formateur du pays, difficile d’éviter le FC Viitorul dans nos espoirs de Liga 1. Aux côtés de Denis Drăguș et Alexandru Mățan, Tudor Băluță fait partie de cette génération 99 championne U19 de Roumanie et auteur d’un beau parcours en Youth League l’année suivante (2016-17). Défenseur central de formation, Băluță est arrivé plus tard que ses coéquipiers au sein de l’Academia Hagi, ce qui ne l’empêche pas de recevoir les louanges de Gheorghe Hagi lui-même. Car le jeune homme a la particularité d’être aussi brillant hors du terrain – avec un bac obtenu avec des notes quasi-parfaites – que sur le terrain. « J’aime apprendre. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Le football est prioritaire mais c’est bien d’avoir une autre alternative. » Avant même son 18e anniversaire, celui qui est alors déjà surnommé « le nouveau Popescu » garde la tête sur les épaules.

© libertatea.ro

A un poste de défenseur central où il est difficile de donner du temps de jeu au compte-gouttes à un jeune, Hagi n’a pas hésité à lancer Băluță comme titulaire aux côtés de Bogdan Țîru la saison dernière. Avant de tenter un coup de poker en ce début de saison. Jugeant le joueur encore trop frêle physiquement pour le poste de défenseur, Hagi a décidé de le faire avancer d’un cran, le plaçant milieu défensif. Un changement de poste qui laisse le Viitorul un peu démuni en défense centrale (notamment après le départ de Hodorogea pour le FC Voluntari), mais qui sied à merveille à Băluță. Courageux et endurant, ce dernier bénéficie en outre d’une bonne vision du jeu et d’une bonne qualité de passe, ce qui lui permet de relancer en général de manière très juste. Que ce soit à ce poste ou de retour en défense, Hagi n’est en tout cas pas inquiet pour l’avenir de Băluță, qui a tout ce qu’il faut pour réussir, notamment mentalement. Après tout, il le dit lui-même : c’est un génie.

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A propos de l'auteur

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Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d'hiver 1998. L'est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine et de Premium Liiga estonienne. En attendant désespérément le retour du Yakutia Yakutsk en 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

pays de l'auteur footballski
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