Saison 2017/2018 – Six mois de football en Roumanie

Alexandru Lazar - Publié le 2 février 2018

À l’aube de la nouvelle saison, les irréductibles aficionados de la désormais Liga 1 Betano se posaient tous la même question, celle de savoir si Viitorul était capable de rééditer sa fantastique saison passée. Si la réponse s’est vite avérée évidente, à savoir un hochement de tête négatif aussi catégorique que logique, une seconde question a depuis émergé : le FCSB va-t-il trouver le moyen de perdre un troisième titre consécutif avec un effectif pourtant censé dominer sans coup férir la concurrence ? Éléments de réponse.

La course au titre : CFR Cluj (49 pts), FCSB (47 pts), CS U Craiova (43 pts)

L’arrivée de la légende Dan Petrescu sur le banc, conjuguée à la fin des déboires financiers qui empêchaient le club de transférer des joueurs et de participer aux coupes européennes, annonçaient d’ores et déjà les ambitions d’un CFR en mode reconquête. Et on ne s’y est pas trompé. Avec un des mercatos les plus impressionnants de ces dix dernières années en Roumanie (Hoban, Manea, Culio, Baldé, Đoković, Boli, Arlauskis, rien que ça!), le CFR Cluj s’est tout de suite posé en principal concurrent au titre de FCSB. La mayonnaise a rapidement pris et après un match nul sur la pelouse de l’équipe surprise de ces 6 premiers mois, Botoșani, le leader va se montrer intraitable, appliquant au mieux la méthode Petrescu qui place le réalisme au-dessus de la fantaisie. Exit la créativité donc, bonjour les attaques placées rigoureuses et le bloc équipe ultra-compact qui défend et attaque de manière coordonnée, presque robotique.

Le retour d’Ovidiu Hoban au pays a fait beaucoup de bien au milieu, aux côtés d’un Emmanuel Culio toujours aussi classe et précieux, notamment lorsqu’il s’agit de convertir les penaltys. L’inusable piston droit Cristi Manea, l’axe central Boli-Vinicius (parfois suppléé par le joueur de devoir Mureșan) et le capitaine Camora, qu’on ne présente plus, auront été les piliers à l’origine de la meilleure défense du championnat (12 petits buts encaissés seulement en 22 matchs). Le milieu droit Ciprian Deac est, lui, incontestablement le meilleur joueur actuel du club, présent sur tous les fronts de l’attaque et juste dans toutes ses interventions, ce qui lui a valu un retour remarqué en sélection. Si l’absence d’un serial buteur aura été indéniable, l’ancien marseillais Billel Omrani qui aura gagné ses galons de titulaire, l’expérimenté Baldé (ex-Kuban Krasnodar et Reims) et l’utile Urko Vera se sont plutôt bien partagés les tâches avec respectivement 4 (Omrani et Baldé) et 5 réalisations (Urko). Pour être sûr de conserver le « trône » jusqu’à la dernier journée des playoffs, les dirigeants de CFR ont fait le forcing cet hiver pour attirer deux des meilleurs éléments offensifs roumains actuels : Alex Ioniţă et George Ţucudean, 10 réalisations chacun. Deux excellents joueurs pour le niveau du championnat qui mériteraient plus d’exposition, et qui ont récemment rejoint l’équipe nationale en compagnie du revenant Deac. Jackpot.

CFR version 2017-2018, la force du groupe. © digisport.ro

Du côté de l’ultra-favori du FCSB, on savait que CFR serait le principal obstacle et, pour l’instant, le jeu du chat et de la souris est en cours de déroulement. Un ultra-favori qui, fidèle à lui-même ces dernières années, sera à bien des égards laborieux malgré un effectif pléthorique (à l’échelle de la Liga 1 encore une fois), tout en distribuant quelques raclées ne reflétant pas toujours la réelle physionomie des matchs, mais qui le placent loin devant point de vue buts marqués (45).

Eh oui, le FCSB c’est l’antithèse de CFR. Un amas d’individualités, un plan de jeu qui pourrait se résumer par « donne la balle à Budescu il saura quoi en faire ». C’est comme si l’esprit dérangé et bordélique de Gigi Becali était ainsi retranscrit à chaque match sur le terrain par le 11 du « jeune » entraîneur Nicolae Dică, ancienne légende du club avant que Steaua ne se transforme en FCSB depuis le conflit avec l’armée. Malgré cette absence de rigueur, le FCSB parvient à rester aisément dans la course au titre grâce à la qualité intrinsèque de ses joueurs. Le premier nom qui nous vient à l’esprit est donc celui de Constantin Budescu, sans aucun doute le meilleur joueur roumain techniquement parlant à l’heure actuelle. Il est le chef d’orchestre du FCSB, comme il a été celui d’Astra pendant de nombreuses années. La jeune garde est également de la fête avec Dennis Man, qui réalise une superbe première partie de saison, meilleure que celle du plus attendu Florinel Coman que Becali a comparé sans hésiter à Mbappé au moment de son transfert depuis le Viitorul… C’est par ailleurs toujours un régal de voir jouer l’ancien parisien Filipe Teixeira, bien que plus souvent blessé et un poil moins décisif que du côté d’Astra où il rayonnait à chaque match avec Budescu et Alibec (nous reviendrons sur son cas). La finesse et la précision de Nedelcu au milieu ou l’affirmation de Bălașa en défense centrale, qui s’est retrouvé en sélection grâce à ses performances, sont d’autres pions essentiels du groupe.

Cependant, tout n’est pas rose dans la capitale, puisque le meilleur gardien du championnat Florin Niță, qui vient de s’engager au Sparta Prague, va laisser en grand vide dans les cages. Andrei Vlad semble être encore un peu tendre pour prendre la relève, c’est pourquoi Becali est en train de tenter le tout pour le tout pour attirer son ancien joueur Arlauskis, le titulaire du leader et rival CFR ! De plus, avec Planić blessé pour de longs mois, Bălașa touché avant la trêve et Romario Benzar, sans conteste le meilleur latéral roumain depuis deux ans, blessé en début de saison et qui est apparu de manière sporadique, les pépins s’accumulent en défense. Le recrutement d’un joueur comme Găman va faire beaucoup de bien pour épauler la valeur sûre Momčilović. Pour aller chercher le titre, la clé résidera sûrement dans la gestion qu’aura le FCSB des matchs décisifs, notamment ceux face à CFR à venir le 10 février puis en playoffs et la proportion de l’équipe à limiter la perte de points face à des adversaires bien inférieurs sur le papier et donc à éviter le relâchement, chose qui lui a par exemple sans doute coûté le titre l’an passé. Le parcours européen ne devrait lui pas constituer de problème supplémentaire, puisque FCSB est opposé à la Lazio en 16e de finales de l’Europa League. Les espoirs de qualification sont donc (très) minces, d’autant plus avec cette longue trêve qui aura couper le rythme de chacun.

Avec un buteur comme Eddy Gnohéré, les choses semblent en tout cas déjà mieux engagées pour éviter de reproduire les erreurs passées : le Français a réellement surpris depuis août en volant littéralement la vedette à la star locale Denis Alibec, inscrivant un total de 11 buts, ce qui fait de lui le meilleur buteur du championnat à mi-parcours. Alibec, justement, revenons-en à lui. Mais qu’arrive-t-il à l’attaquant roumain le plus talentueux des deux dernières années ? 0 buts marqué, des crises de nerfs répétées, des exclusions temporaires du groupe… si les choses avaient bien commencé pour lui la saison dernière à FCSB, depuis cet automne, tout semble aller de mal en pis. Il va de soi qu’il doit à tout prix se ressaisir et se remettre au boulot, également pour le bien de l’équipe nationale qui aurait grandement besoin de son profil atypique à l’avenir, dans un secteur qui souffre cruellement de l’absence de points de repères depuis trop longtemps déjà.

Le mal est profond pour Denis Alibec. © Cristi Preda

Le troisième candidat au titre, plus en retrait certes, est l’équipe de CS U Craiova. « La pâle copie d’un grand amour », comme l’a appelé Cristian Catan, officie désormais dans un nouvel écrin flambant neuf, sans aucun doute un de ses atouts principaux pour les prochains mois. Mais pour être crédibles jusqu’au bout, les hommes de l’Italien Devis Mangia devront remédier à leurs largesses défensives et notamment régler la mire en playoffs face au FCSB, leur bête noire depuis un bon moment qui leur a infligé un cinglant 5-2 en octobre. Dans l’ensemble solides, les Olteni bénéficient cependant d’un déficit important de taille aux avant-postes avec les pourtant virevoltants Băluță, Mitriță et Gustavo qui sont parfois en difficulté face à des défenseurs plus rugueux qui savent jouer de leur physique. C’est pourquoi l’évolution d’un joueur comme Burlacu sera intéressante à suivre. L’inoxydable Hristo Zlatinski, Nicușor Bancu et le jeune prodige de 18 ans Vladimir Screciu seront les points d’ancrage du milieu de terrain pour cette deuxième partie de saison. Dans tous les cas, Mangia aura eu le mérite d’innover avec la mise en place progressive d’un 3-4-3 très italien qui a remplacé le traditionnel 4-2-3-1 commun à de nombreuses équipes de Liga 1. Et dans cette lutte à trois, gare aux outsiders, puisqu’il ne faut pas perdre de vue que les points glanés seront réduits de moitié avant le début des playoffs et des playouts.

La lutte pour les playoffs : Astra Giurgiu (37 pts), Botoșani (35 pts), Viitorul (34 pts), Dinamo (34 pts), Iași (30 pts)

Derrière les trois favoris, 5 équipes vont se battre pour 3 places. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le suspense sera de mise.

Désormais orphelins de Ioniţă, qui les a littéralement portés à cette 4e place avec ses 10 buts, les Astrali, qu’on attendait pas à pareille fête, il faut l’avouer, sont donc les mieux placés comptablement parlant dans la course aux playoffs alors qu’il reste 4 matchs à jouer. Buș et Matei sont des renforts de poids pour le secteur offensif, et n’auront pas de mal à faire oublier Anthony Le Tallec, parti 6 mois plus tard par la petite porte avec son maigre but marqué et son intense cirage de banc. À voir si cela suffira pour faire bonne figure en playoffs puisqu’à priori, Astra devrait tout de même être de la partie grâce à sa légère avance sur ses poursuivants. Gageons tout de même qu’il sera difficile pour les joueurs de la petite ville de la rive gauche du Danube de conserver cette 4e place en fin de saison avec un effectif moins fourni que celui de ses concurrents directs, et une instabilité interne chronique qui menace souvent la bonne entente du groupe.

Botoșani, c’est la belle histoire de cette saison. Leaders plusieurs journées de suite, les Moldoveni sont progressivement rentrés dans le rang avec trois défaites consécutives dommageables avant la trêve. Mais leur excellent mercato hivernal peut leur permettre d’envisager à court terme une place en playoffs, chose qu’ils visent depuis le changement de système. Et une fois cette place acquise, s’ils conservent leur enthousiasme, il y a fort à parier que les hommes de Costel Enache seront plus qu’un poil à gratter pour les équipes de tête. Avant de rejoindre FCSB l’été prochain, le talentueux Olimpiu Moruţan aura donc un dernier défi à accomplir avec son club formateur : la quête de l’accessit européen. Le retour de Golofca au bercail, étincelant en août avant son passage raté dans la capitale, est l’autre grande réussite du président Iftime cet hiver. Si Buș et ses 7 buts marqués sont allés renforcer Astra, les Botoșăneni ont intelligemment répliqué sur le front de l’attaque en allant chercher Mircea Axente, qui s’était perdu en Arabie Saoudite, et un habitué de Liga 1, le Bosniaque Bojan Golubović qui quitte la zone dangereuse qu’il côtoyait avec depuis le début de saison avec Gaz Metan. L’expérience du paria de FCSB Vlad Achim aura aussi son mot à dire dans les matchs couperets à venir, à commencer par les deux déplacements successifs en cinq jours à Iași pour le derby moldave, puis à Ovidiu pour défier le Viitorul.

Botoșani, ou l’art de la présentation XXL © btonline.ro

Après son titre de champion surprise l’an passé, les jeunes pousses du roi Hagi ont dû faire face à un dur retour à la réalité. À la facile victoire initiale face au faible Gaz Metan, une longue série de six matchs sans victoire et sans but marqué va, dans un premier temps, saper le moral d’un groupe pas habitué psychologiquement à vivre ce genre de longue période creuse, tant le modèle constant de réussite de ce jeune club n’est plus à prouver. Mais « l’Avenir » (VF de Viitorul) va ensuite sortir de sa torpeur et enchaîner avec une autre série, une des plus intéressantes de Liga 1 cette saison, de 8 victoires en 10 matchs dont deux leçons tactiques à domicile face à FCSB puis CFR (1-0 à chaque fois). Cependant, la perte du puissant point d’ancrage Ţucudean, parti conquérir le titre avec CFR, et de l’autre homme fort, le technicien brésilien Eric, risquent de peser dans la course à la quatrième place. Le retour du fils prodigue Ianis Hagi demeure pour l’instant un point d’interrogation tant ce dernier n’a joué qu’avec la Primavera de la Fiorentina. Comme toujours avec Hagi, le point positif de cette première partie de saison est incontestablement l’essor de certains jeunes joueurs issus de la pépinière locale qui ont assurément un avenir hors du pays (Cicâldău et Măţan par exemple). La confirmation de Cristi Ganea est également l’autre grande satisfaction : omniprésent et polyvalent car parfois utilisé au milieu, le meilleur arrière gauche roumain actuel rejoindra Bilbao une fois la saison bouclée. L’objectif annoncé du club est assurément la 4e place, puisque contrairement aux saisons précédentes, la 5e n’est plus synonyme d’Europa League.

Deuxième saison atypique de suite pour le diesel Dinamo. Les Câinii Roșii (Chiens rouges) sont donc comme la saison passée dans une situation délicate, actuellement en zone de playouts. Des playouts qui seraient une catastrophe pour l’institution rouge et blanche, même si l’équipe ne mérite pas beaucoup mieux jusqu’ici. Le départ du capitaine Anton du côté de l’Anzhi Makhachkala, l’homme qui a sauvé les meubles et les apparences au milieu de terrain, n’est pas pour arranger les choses. Rajouter à cela ceux de Costache au CFR Cluj, de Rivaldinho et Filipe Nascimento au Levski Sofia et surtout de l’important, bien que terriblement inconstant, Steliano Filip au Hajduk Split et vous obtenez une équipe affaiblie dans tous les secteurs. Notons aussi que le calendrier de Dinamo pour les quatre dernières journées avant les playoffs et playouts est peut-être le plus corsé des candidats aux places 4-6 : réception de CS U Craiova et FCSB, déplacement à Chiajna, une équipe qui ne réussi guère au Dinamo dernièrement, et à Giurgiu lors de la dernière journée.

Si le Dinamo a réussi un comeback sur le gong à la même période l’an dernier pour décrocher la 6e place avant de finir 3e à l’issue des playoffs, grâce notamment à l’effet Contra et un Sergiu Hanca au zénith, la tâche s’avère donc encore plus ardue cette année. D’autant que l’international slovaque Adam Nemec déçoit dans l’axe de l’attaque avec 3 petits buts marqués, autant que l’autre déception dinamoviste Hanca, incontestablement un des meilleurs joueurs de la saison 2016/2017 et qui est loin d’avoir le même rendement depuis août, malgré quelques fulgurances, ce qui lui vaut par exemple de ne plus être appelé en sélection. Le retour de Jérémy Bokila en Roumanie est aussi un échec retentissant jusqu’ici, puisque le comparse de Dieumerci Mbokani en sélection de RDC rendrait jaloux ce diable de Fantômas. Quoi qu’il en soit, si le Dinamo échoue aux portes des playoffs, il faudra notamment blâmer le trop-plein de points perdus face à des adversaires de bas de tableau, un mal récurrent pour la maison rouge et blanche. Du côté des satisfactions, on peut néanmoins mentionner, aux côtés d’Anton, le défenseur Nedelcearu qui fait moins d’erreurs que par le passé, ou encore le solide gardien panaméen Penedo qui, contrairement à ses collègues, aura la chance de participer à la Coupe du Monde en Russie (et en tant que titulaire, s’il vous plaît).

Contrairement aux apparences, Adrian Mutu a quitté le navire Dinamo. Les chiens eux sont toujours en laisse, il va pourtant falloir se lâcher pour éviter la désillusion. © doardinamo.ro

On aurait pu mentionner Iași dans la catégorie dédiée aux playouts puisque, sauf énorme surprise, l’autre équipe moldave devrait rester un nouvel fois à quai, mais sait-on jamais. Après tout, et quoi qu’il en soit en cas de playouts, Iași est au-dessus de ses poursuivants et n’aura vraisemblablement pas de mal à conserver sa 8e place. Il reste cependant une infime chance de viser plus haut et, avec un calendrier plus abordable que ses concurrents, l’espoir demeure dans le Copou, à condition de faire un sans faute. Et quoi de mieux pour ça que la réception de deux adversaires directs que sont Botoșani et le Viitorul ? Les Ieșeni pourront en tout cas compter sur l’expérimenté Andrei Cristea, véritable légende de la Liga 1 avec ses 300 matchs disputés, ou l’excellent milieu albanais Kamer Qaka, incontestablement candidat au titre de révélation de l’année, et que plusieurs clubs de Serie A, dont la Sampdoria, surveillent de très près. S’il reste sur la même dynamique, il est assez évident qu’il ne s’éternisera pas en Roumanie en fin de saison.

Playouts assurés, reste à éviter la charrette : ACS Poli Timișoara (26 pts), Voluntari (25 pts), Concordia Chiajna (24 pts), Gaz Metan Mediaș (15 pts), Sepsi (15 pts), Juventus (9 pts)

Cette année encore, la lutte pour le maintien s’annonce intense jusqu’à la dernière journée des playouts ! Malgré un certain écart au premier abord entre l’ACS le « faux » Poli, Voluntari, Chiajna et les trois derniers, la division des points pourrait redistribuer les cartes.

Prenons l’exemple de l’ACS. Après deux premiers mois plus qu’honorables (5 victoires, 2 nuls et 3 défaites), avec notamment ce très gros match sorti face à l’irrésistible leader CFR (4-3 après avoir mené 4-0), les problèmes financiers ont rattrapé les hommes du fantasque Ionuţ Popa, qui nous a encore régalé avec ses saillies d’anthologie avant et après les matchs. Les salaires impayés depuis de longs mois, et l’arrêt de l’appui de la mairie ont sapé le moral des troupes du général Popa, qui n’ont ensuite gagné qu’un match entre septembre et décembre. Plusieurs joueurs ont ainsi quitté le club cet hiver, principalement les étrangers lassés de la situation et moins habitués que les joueurs locaux aux « réjouissances » du genre. Les renforts sont plutôt très faibles, et la forme affichée en amical par les alb-violeţi n’incite guère à l’optimisme. Le système de playouts scellera-t-il le sort d’une équipe artificielle, certes, mais qui a réalisé un exploit rarissime l’an passé en se sauvant à la dernière seconde de l’ultime journée, après avoir remonté un incroyable déficit initial de -14 points ? Rien n’est moins sûr.

Promis, il n’y est pour rien. Mais si Ionuţ Popa sauve une nouvelle fois son club, il faudra lui faire une statue avec les restes de sa moustache tondue l’an dernier, qui a depuis repris des couleurs. © prosport.ro

De son côté, Voluntari, petit patelin officiellement distant d’un kilomètre de Bucarest, est à sa place. Le surprenant détenteur de la coupe et de la supercoupe de Roumanie gagne de temps en temps et cela suffit pour se maintenir à distance raisonnable de la zone rouge… avant la division par deux des points encore une fois. Mais Claudiu Niculescu travaille dans des conditions bien meilleures que le sieur Popa dont nous avons évoqué le cas précédemment.Voilà pourquoi Voluntari ne devrait paradoxalement pas connaître autant de problèmes pour se maintenir que le « faux » Poli pourtant mieux classé, malgré le départ de joueurs importants comme Voduţ ou Acsinte.

Même remarque pour le voisin de Chiajna. Après un début de saison catastrophique, fait de 6 défaites et 2 nuls en 8 matchs (!), l’équipe de la petite commune éponyme plus réputée pour sa décharge à ciel ouvert que pour ses exploits footballistiques a rectifié le tir. Comment ? Grâce à un recrutement à la va-vite fin août-début septembre qui a porté ses fruits. Cristi Bud, l’ancien de CFR, et Claudiu Bumba sont entre autres venus épauler l’excellent Marian Cristescu et ses 6 réalisations. L’arrière-garde a elle repris des couleurs avec les retours d‘Andrei Marc et Manassé Enza-Yamissi en Roumanie. De plus, avoir un gardien comme Bălgrădean quand on est aussi mal classés, ça aide à envisager l’avenir plus sereinement. Peu de mouvements à l’intersaison en Ilfov, on mise donc sur la stabilité pour éviter l’excès d’émotions à la dernière journée comme lors des ultimes saisons. Sur sa lancée d’avant-trêve, Chiajna peut résolument viser plus haut que la 11e place.

Ah, le Gaz Metan ! Qu’il est loin le temps où les Loups noirs (Lupii negri), éliminaient Mainz du 3e tour préliminaire de l’Europa League… Pire attaque du championnat (10 buts marqués), le Gaz reste néanmoins sur 6 nuls en 7 matchs avant la trêve, CFR et Craiova n’ayant par exemple pas réussi à percer le verrou mis en place par coach Pustai. Le spectacle proposé est exécrable mais Pustai a fait avec les moyens du bord et profite aussi de l’incroyable faiblesse de Sepsi et du sketch intitulé Juventus. Certains se risqueront à dire que même l’ASA Târgu Mureș de l’an dernier aurait fini la phase aller devant les deux cancres. Difficile, néanmoins, de trouver un sens au mercato du Gaz : un contingent de six lusophones débarque, des joueurs obscurs dont on ne connaît évidemment pas le réel niveau. Espérons pour Pustai et les siens qu’aller chercher des joueurs en Angola ne sera pas rédhibitoire…

Sepsi, le club de la minorité hongroise au cœur du judeţ de Covasna, est également dur à suivre au niveau du mercato. C’est une véritable révolution que le club dirigé par László Diószegi a entrepris cet hiver dans le but de se sauver coûte que coûte : exit les Damian, Grecu, Astafei, Thiaw ou Nikolić, bonjour Ousmane Viera (ex-Pandurii), Daisuke Sato (ex-Iași), Alex Chiriţă (ex-CFR), Yasin Hamed (ex-Pandurii et CFR) et Benjamin Kuku (ex-Târgu Mureș et Botoșani). Malgré un effectif largement chamboulé donc, notons que contrairement à Gaz Metan, les joueurs nouvellement arrivés sont pour la plupart des habitués du championnat, le recrutement aura donc été plutôt malin. Ainsi, Sepsi devrait se battre avec Gaz Metan et l’ACS pour gagner le droit de disputer une deuxième saison en première division. Un luxe après une première partie de saison plus que médiocre. Attila Hadnagy sera une fois de plus le joueur clé, son rôle de meneur aura un impact significatif sur la présence ou non du promu dans l’élite en fin de saison.

Enfin, que dire de la Juventus Bucarest ? Il y a-t-il quelque chose à sauver, à résumer même ? Le bilan du champion de Liga 2 l’an passé frise le ridicule et l’on en vient à se poser la question de comment cette équipe a pu monter aussi facilement. Neuf points pris, une seule victoire, une différence de buts abyssale, un mercato qui a vu le club dégraisser… En bref, l’équipe qui changera de nom l’an prochain en raison du litige avec la Juventus Turin devrait selon toute vraisemblance faire l’ascenseur, puisque même Măzărache, le seul attaquant qui plantait quelques pions, s’est blessé pour de très longs mois.

Juventus-Sepsi, délocalisé à Ploiești car le stade du quartier de Colentina est au cœur d’un litige avec une dame qui revendique la parcelle. Ceci n’est pas un huis clos. Pour voir les tribunes en fusion, il faut faire un tour dans les divisions inférieures. © Matt Walker

L’équipe type de cette première moitié de saison

Liga 2 : Des promus déjà connus ?

À mi-chemin, deux équipes ont pris leur distance avec le reste du championnat et sont favorites pour l’accession en première division. Longtemps leader, l’AFC Hermannstadt, le club de la ville de Sibiu où vit encore un petit millier de descendants de Saxons (Hermannstadt veut dire Sibiu en allemand), tout juste promu de D3, a surpris son monde et se classe un point derrière Dunărea Călăraşi. L’équipe de Dan Alexa, invaincue depuis la troisième journée (15 victoires et 3 nuls), défile littéralement vers la Liga 1. Après avoir longtemps cru à la montée il y a deux saisons, les Jaune et Bleu semblent enfin toucher leur rêve du doigt. Attention toutefois à ne pas baisser le pied pour le duo de tête car Chindia, l’équipe de Târgovişte, est en embuscade. L’ASU Poli Timişoara, le vrai Poli soutenu par les ultras par opposition à l’ACS dont nous avons déjà parlé, réalise lui une bien belle et surprenante saison et peut garder espoir en vue d’un éventuel barrages face au 12e de Liga 1.

Le vrai Poli va-t-il réaliser une deuxième partie de saison de folie ? Il pourra en tout cas compter jusqu’au bout sur ses fidèles de la Druckeria. © prosport.ro

Pour ce qui est de la relégation, bien malin celui qui trouvera quelles équipes se maintiendront. Étant donné le classement très serré, on peut résolument dire que l’opération sauvetage va concerner les équipes entre la 10e et la 19e (8 points d’écart seulement entre Snagov et Pandurii). Si l’on parle de 19e et plus de 20e c’est que l’Olimpia Satu Mare, club emblématique de l’extrême nord-ouest du pays, a déposé le bilan il y a quelques jours. Un destin tragique qui rappelle le quotidien des clubs de Liga 2 livrés à eux-mêmes, qui, sans sponsors, sans revenus TV pour leur quasi-totalité et sans soutien des autorités locales leur permettant de payer les joueurs et employés du club, sont voués à la mort cérébrale. Ainsi, Pandurii (19e, encore en Liga 1 l’an dernier) et Brăila (18e) connaissent une situation similaire, et vivent depuis plusieurs mois sous perfusion. Les voir terminer la saison serait un véritable exploit. Quand on pense que le stade flambant neuf des premiers nommés est sorti de terre il y a peu, mais que l’équipe n’y jouera jamais…

Face à cette nouvelle hécatombe en préparation, la formation qui pourrait surprendre en cette deuxième partie de saison est Foresta Suceava (actuellement 17e). Après être probablement passés à quelques minutes d’avoir le sort d’Olimpia sans l’arrivée surprise d’investisseurs français et moldaves, les Suceveni semblent sur la bonne voie, avant peut-être de viser la montée l’an prochain. C’est en tout cas l’ambition désignée de la nouvelle direction, mais on ne connaît que trop bien ce type de promesses. Il faudra donc dans un premier temps assurer le maintien cette année. Enfin, comment ne pas mentionner l’immense déception de cette saison de Liga 2, la Vieille Dame de Roumanie, UTA Arad, les grands rivaux de l’ASU Poli pointant à une piteuse douzième place. La valse des entraîneurs, le manque d’implication des soi-disant cadres ont très tôt coulé les ambitions de la Vieille Dame, elle qui rêvait d’une montée directe après deux années de suite à échouer en barrages. UTA doit retrouver ses valeurs de combat pour ne pas vivre une fin de saison très tendue et subir les moqueries de la Viola avec qui les rôles se sont inversés en l’espace d’un an.

Poli-UTA c’est ça!

Liga 3 et 4 : la remontée fantastique des historiques se précise !

Dans l’attente de la célébration d’une étape supplémentaire de franchie vers la Liga 1, les équipes historiques portées à bout de bras par leurs ultras poursuivent leur bonhomme de chemin. Petrolul et U Cluj sont en tête de leur série et devraient sans encombres s’assurer la première place synonyme de montée en Liga 2. Farul est à la lutte avec un autre revenant, Progresul, tandis que la situation est un peu plus complexe pour Oţelul, 4e à deux points du leader l’Aerostar Bacău. Rien d’insurmontable donc notamment si l’on prend en compte le mercato des Gălăţeni, qui ont attiré d’anciens joueurs de Liga 2 et même de Liga 1, attirés par le projet et désireux de participer à cette belle aventure humaine.

Enfin, vous avez probablement entendu parler de ce qu’il se passe en Liga 4 : CSA Steaua, qui se veut être le continuateur de l’historique Steaua, soutenu par l’armée et les ultras, se dirige vers une première montée aisée. Les choses ont été facilitées par l’énorme bourde de la direction de l’Academia Rapid, continuateur du défunt Rapid malgré les zones d’ombre que cela implique, au coude-à-coude avec les Steliști avant ce coup de théâtre à la roumaine. En effet, le nouveau Rapid n’a apparemment pas de personnalité juridique ! Une gaffe de débutants qui pourrait sérieusement ébranler le projet mené par les anciennes gloires du club, Daniel Pancu et Daniel Niculae, avec le soutien de la mairie du 1er secteur de la capitale. La montée immédiate était en effet la condition sine qua non pour une implication financière de la mairie sur le long terme.

Au mois d’octobre dernier, le derby entre les deux a fait la une. Plus de 10 000 personnes étaient présentes dans le mythique Giulești pour assister à un match de quatrième division. Une véritable leçon pour le foot business et les stades vides des équipes artificielles de première division : la passion ne s’achète pas et la révolution est en marche. Car ces deux équipes ne sont pas les seules à être suivies massivement en quatrième division. Le Steagul Roșu (Drapeau Rouge) de Brașov, qui a repris le flambeau de feu le FC Brașov sous la houlette de ses supporters, et le FC Universitatea Craiova, qui se réclame comme le vrai continuateur du géant oltène au détriment du CS U de Liga 1, sont eux aussi en tête de leur série de Liga 4.

© ultras-tifo.net

 

Alexandru Lazar


Image à la Une: Ionuţ Nedelcearu brandissant un t-shirt à l’effigie d’Avram Iancu, « l’Empereur des montagnes », chef de file des révolutionnaires roumains face à l’occupant austro-hongrois en Transylvanie dans les années 1848, devant les fans de Sepsi qui se considèrent Hongrois et sont adeptes des provocations en tout genre au son de « ria ria Ungaria ». Assurément l’image des six premiers mois. Ionuţ, Român înainte de a fi dinamovist ! © evz.ro

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Alexandru Lazar

4 Commentaires

  • Petite question, les 6 premiers du championnat refont un championnat entre eux ? et le gagnant est sacré champion de Roumanie ?
    Ou alors est-ce un format « coupe » ?

    Merci d’avance

    • Salut!
      Alors, pour les play-offs: on divise les points des équipes par deux (en arrondissant à l’unité supérieure quand ça fait 0,5 pt) et les six premiers font un mini-championnat entre eux sur 10 journées. Même chose pour les play-downs, où les 8 suivants se rencontrent sur 14 journées, à l’issue desquelles les deux derniers sont relégués, le 14e jouant un barrage aller-retour contre le 3e de Liga 2.

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