Saison 2015-2016 : Un an de football en Pologne

Mathieu
Mathieu - Publié le 29 mai 2016

L’Ekstraklasa s’est terminée en apothéose, une douce soirée de dimanche où les astres brillants dans le bleu céruléen ont rendu leur verdict longtemps incertain. Ensemble, nous allons maintenant faire un retour sur cette incroyable saison 2016-17 accoudés au bar, affalés sur le sofa caressant son chat en profitant des premiers rayons du soleil ou même allongés comme une diva dans un bain frais, mais toujours une bière polonaise à la main. Buvez et lisez mes amis, la Pologne et son football vous ouvre les portes d’un monde parfois magique, parfois triste et inattendu où les rois ont fini de fouler les grasses pelouses du pays de Kosciusko.

Lors de cette grande valse du football des clubs polonais, nous allons parler de chacun des 16 acteurs de l’Ekstraklasa dans l’ordre décroissant de leur classement.

Seizième et quinzième – Les “tristes” relégués

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© polskatimes.pl

Il y a des places qui ne laissent que des regrets, des places cruelles qui vous font prendre conscience que quelque chose vous a manqué, aussi petits soient-ils, les détails vous font parfois basculer de l’autre côté de la barrière, celle de la I.Liga. Cette saison fut pour le Podbeskidzie un long chemin de croix ponctué dans l’hiver par l’espoir et la victoire. Mais ce fut un effort vain. Bielsko-Biala devait faire partie du premier groupe des play-offs, mais le destin en a décidé autrement. Le classement du fair-play leur a joué des tours, le Lechia Gdansk (et son conflit avec la fédération) les a achevés comme on achève le taureau à la fin de la corrida. En effet, le Podbeskiddize à la dernière journée avant play-offs s’est retrouvé à égalité avec le Ruch Chorzow pour la huitième place (dernière place qualificative), le classement du fair-play devait alors départager les deux équipes, mais le Lechia en procédure avec la fédération pour un match nul lors de son opposition avec le Ruch un peu plus tôt en 2015 est venu jouer les trouble-fêtes, en acceptant de stopper cette procédure le Lechia Gdansk perdait son point du match nul et le Ruch Chorzow récupérait alors ce point qui lui manquait pour finir huitième devant le TSP.

Pourquoi le Lechia a-t-il finalement trouvé un accord avec la fédération ? Car de plus grosses sanctions pouvaient découler de cette procédure… Vous avez dit complexe et injuste ? Bienvenue en Pologne, reprenez du Makowiec et de la Wisniowa, ça ira mieux.

Le “Pod” ne s’en révèlera donc pas et la bande à Mojta, Szczepaniak et Zubas, l’excellent gardien de but lituanien, a fait une fin de saison cataclysmique avec près de sept matchs sans victoire. Dans une course au maintien, cela équivalait à signer son arrêt de mort et le Podbeskidzie s’est désintégré en vol pour finir lors de l’avant-dernière journée qui a scellé son sort par une défaite cinglante, symbolique et cruelle 5-1 contre le Gornik Leczna. Tout n’était pas à jeter lors de cette saison, mais la malchance et la faiblesse de l’équipe ont fait le reste. Le Podbeskidzie finit dernier de cet acte 2015/16 et devra se frayer un chemin l’année prochaine en I.Liga, en espérant remonter vite, très vite, mais les cadres ne resteront pas et cela s’annonce déjà difficile.

Si le Podbeskidzie est ce que l’on peut considérer un “petit” club, un grand de Pologne va lui aussi devoir malheureusement fouler les pelouses de deuxième division sous les caméras de Polsat Sport (c’est pas Canal + hein). Ce vieux géant est comme souvent un géant aux pieds d’argile, ayant une histoire faite de haut et de bas et cette avant-dernière place montre que le Gornik Zabrze est bel et bien encore une fois dans le bas. Fier de son nouveau stade (presque) terminé, Zabrze voulait miser sur cet outil et son histoire, sa grande histoire pour se persuader que le club ne pouvait pas descendre. Comme les grands rois souvent déchus, la chute est brutale et rien ne semble troubler le ronron d’un club bien ancré en première division, vainqueur de quatorze titres de champion de Pologne, six coupes de Pologne et seul finaliste polonais d’une coupe d’Europe. Mais les mineurs de Zabrze et leurs dirigeants n’ont pas voulu voir le précipice, espérant comme un être un l’agonie le dernier sursaut.


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Une saison entière passée loin des premières places et même plus de 70% du temps passé dans les deux dernières places, un effectif d’une faiblesse technique hallucinante pour un club de ce rang, un plan de jeu ni absent ni en vacances, mais totalement inexistant, un esprit de rébellion digne d’une classe de sixième contre son prof de mathématiques et des dirigeants borgnes ou aveugles (c’est au choix), voici les raisons d’un fiasco. Ce n’est pas Roman Gergel, transparent parfois lors de matchs importants et étincelant avec quelques éclairs de génie qui pouvait cacher à lui seul la forêt décimée de l’attaque des Trojkolorowi.

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© grzegorz golec / polska press

Cette descente est logique et devrait faire réfléchir les dirigeants de ce grand club. Les ultras et supporters du Gornik qui sont parmi les plus chauds et plus fidèles de toute la Pologne n’ont d’ailleurs pas particulièrement bien digéré le non-sens des décisions prises cette saison alors que la saison précédente fut mieux réussie. Personne n’aurait parié en début de saison sur la descente de ces deux clubs, et surtout pas le Gornik Zabre. Enfin, l’histoire retiendra que cette saison, malgré tous les aléas, pour gagner des matchs il ne faut pas simplement jouer au football, mais parfois aussi provoquer la chance.

On regardera le Podbeskidzie Bielsko-Biala et le Gornik Zabrze en I.Liga, mais on espère les revoir bientôt en Ekstraklasa.

Quatorzième et treizième -Ils ont eu chaud!

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© PAP / Wojciech Pacewicz

Maintenant, passons aux clubs qui se sont sauvés de justesse et qui doivent une fière chandelle au destin ou au travail, c’est selon. Antépénultième club de cette saison, le Gornik Leczna a longtemps végété bien plus bas. Il faut savoir que Leczna a dû proposer le jeu le plus horrible, pauvre et  non-technique cette saison. Mais la rage des coéquipiers d’un Bonin, Jésus de Leczna marchant sur l’eau, a permis à l’autre Gornik de se sauver. A la trêve, personne (nous y compris) ne donnait cher de la peau de l’équipe de Shalatov mais quelques journées avant la fin, un revirement de situation survient puisque l’adjoint Andrzej Rybarski, jeune quadra sans véritable expérience de coach portant barbe et hoodie gris, est propulsé sur le devant de la scène pour sauver le grand malade pas imaginaire. Le résultat ? Vous le connaissez maintenant, Leczna s’est sauvé.

Mais il n’a pas fait dans le superbe et le beau jeu, frappant là où ça fait mal lors des matchs importants contre des rivaux au maintien, imposant sa tactique très “Championship” anglais fait de jeu long et d’une hyper activité des latéraux et ailiers avec Bonin, toujours lui, en plaque tournante technico-tactique de son jeu direct, parfois arachnéen, mais tellement efficace. L’apothéose pleine de rage du match contre le TSP a lors de l’avant-dernière journée sauvé quasiment le Gornik Leczna montre la capacité avec laquelle le jeune coach a su trouver l’énergie dans cette équipe de vieux briscards et jeunes inconnus, pourtant à bout de souffle jusqu’en avril.

Mais Leczna a fait une saison passable voir médiocre moins et lui faudra bien plus de qualités footballistiques la saison prochaine pour se sauver, car la rage ne fait pas tout et la tâche sera ardue.

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© Norbert Barczyk / Pressfocus

Dans la catégorie “toi tu vas descendre c’est sûr”, le Termalica Bruk-Bet était leader incontesté chez les bookmakers en début de saison. Fraichement promu, petit club représenté par un « éléphant » de la construction, plus petit budget d’Ekstraklasa à l’effectif presque inconnu, il semblait difficile de voir les bétonneurs de Nieciecza se battre pour se sauver. Et pourtant, encore une fois ce ne fut pas le plus beau football à observer les samedis et dimanches (quoi qu’il fut loin d’être le plus moche), mais le Termalica a surpris, nous a surpris. Cette équipe qui semblait faite de bric et de broc sous la houlette de l’expérimenté Mandrysz, jouant dans une sublime tunique orange fluo, hommage aux plus belles heures de la DDE, a construit sa saison d’une façon scientifique, architecturale. Pierre après pierre, posant les bases d’un jeu simple, mais efficace avec des attaquants en réussite comme Kedziora, Bruk-Bet, dans son nouveau petit stade rénové et imprenable, a soufflé un vent de fraicheur sur cette Ekstraklasa parfois sclérosée.

La vibrante victoire 3-0 contre le Legia Warszawa à Nieciecza montre qu’ils n’étaient pas que des faire-valoir et malgré une fin de saison plus délicate, Biskup et Babiarz avaient fait le travail après la trêve et à la fin de l’hiver pour se mettre quasiment à l’abri. Il y aurait énormément de belles choses à dire sur le club à l’éléphant, ce petit village du sud est de la Pologne, etc. Mais il faudra principalement retenir que sa capacité à “bien” jouer dans la cour des grands aura fini par faire stopper les quolibets venant des autres clubs d’Ekstraklasa et principalement du président du Legia, Darius Mioduski, qui en début de saison dans un sérieux hautain très polonais disait “Les fans ne veulent pas voir des matchs comme Termalica – Legia, ils veulent des grands matchs… le reste n’intéresse personne”. Bien vu Dariusz, mais cette saison le Legia n’a jamais gagné contre le petit promu!

Douzième et onzième – Des “Sang et Or” un peu justes

Michał Stańczyk / Cyfraspor

© Michał Stańczyk / Cyfraspor

Les même couleurs pour les deux clubs qui finissent onzième et dixième, ou plutôt troisième et quatrième du groupe de relégation pour les puristes. Le Korona Kielce a fait une bonne saison, emmené par la seconde partie de saison étincelante d’Airam Cabrera, deuxième meilleur buteur d’Ekstraklasa avec 16 buts. Le club à la couronne a pu s’en remettre dans ses moments difficiles au buteur espagnol, qui ne va pas manquer de sollicitations cet été. Toujours à la bataille dans le ventre mou du championnat durant cette saison, le Korona a su aussi s’appuyer sur un milieu dense et un jeu solide sur les ailes.

Il faudra suivre leur progression la saison prochaine car ils ont montré de belles choses cette année, même si les Sang et Or de Kielce ont paru fébriles en défense, pas tant d’un point de vue purement technique mais bel et bien psychologique, avec leur fâcheuse tendance à se faire rejoindre au score après avoir ouvert la marque. Ce gros point faible devra être réglé s’ils veulent figurer un peu plus haut dans le tableau la saison prochaine, mais ils devront garder leurs meilleurs éléments pour cela, ce qui n’est pas encore une affaire totalement acquise. En tout cas, l’animation offensive de Kielce fait partie des belles révélations de la saison malgré avoir terminé en “roue libre” sur les 5 derniers matchs, après que le maintien est devenu réalité.

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© Grzegorz Chuczun / jagiellonia.net

Outre Cabrera, un autre club ornant les même couleurs possède en son sain un joueur-clé sans qui ils ne seraient plus là et nous aurions cite le Jaga un peu plus haut, au niveau des clubs relegués. Le Jagiellonia Bialystok doit une fière chandelle à leur jeune et talentueux gardien Bartolomej Dragowski (futur crack qui devrait trouver sa place dans un plus gros club cet été), qui malgré des stats défensives exécrables (pire défense d’Ekstraklasa) a su préserver Bialystok dans les meilleures dispositions lors des matchs importants. A vrai dire, la psychologie défensive fut cette saison l’autre point commun entre ces frères siamois colorés (notez que la Korona porte les rayures à la verticale alors que le Jagiellonia les porte à l’horizontale).


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Le découvreur et bankable coach polonais Michal Probierz a comme à son habitude concocté cette saison une équipe charmeuse et charmante qui comme une belle fille un peu sûre d’elle vous renvoie dans les cordes au moment même où vous vouliez conclure. Le Jagiellonia a joué toute la saison avec nos sentiments alors qu’ils pouvaient espérer jouer le haut de tableau. L’équlibre s’est rompu (et la mayonnaise n’a jamais pris derrière) et les Vassiliej, Grzelczak, Cernych se sont amusés sur la proue du bateau de l’armateur Probierz alors qu’à l’arrière tout prenait l’eau. C’est donc ces deux sentiments mêlés qui prédominaient lors de cette saison du Jagiellonia, le petit goût amer de l’inachevé et la joie d’avoir vu un football parfois chatoyant.

Dixième et neuvième – Les “gros” qui s’en sortent… finalement

Je ne pensais pas vous parler du Wisla Krakow et du Slask Wroclaw aussi tôt et pourtant ce sont bien ces deux clubs qui ont bataillé en fin de saison pour obtenir la première place du groupe de relégation (neuvième et dixième du classement final).

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© Krystyna Pączkowska

Le Slask Wroclaw tout d’abord, auteur d’un début de saison affreux, avec un fond de jeu se rapprochant plus d’un fond veau Knor que du jeu léché qui leur avait permis de jouer les trouble-fêtes et de remporter finalement le championnat en 2012 (c’est loin, c’est vrai). Tadeusz Pawlowski semblait avoir fait son temps et reproduisait en pire les erreurs de la saison 2014-2015, avec un effectif pourtant de qualité mais qui se battait davantage contre lui-même et ses feuilles de match surannées que contre ses adversaires. Celeban, Holota, Kokoszka, Hateley… mais pas d’attaquant dignes de ce nom à part un Paixao plus en détresse qu’autre chose.

La première partie de saison fut donc un calvaire, rien ne marchait et le WKS Slask était relégable. L’un des changements les plus notable et important vint premièrement à la trêve avec l’arrivée du japonais Ryota Morioka (voir ci-dessous) et de Bence Mervo, deux jeunes joueurs qui devaient apporter ce qu’il manque à Wroclaw. Pawlowski finalement débarqué, c’est Szukielowicz qui reprend les rênes de l’équipe à la trêve. Les résultats, le jeu proposé ne sont pas plus convainquants et le Slask Wroclaw reste relégable – Szukielowicz ne restera que trois mois à  la tête de l’équipe. C’est alors qu’arrive le sauveur, en mars: Mariusz Rumiak se pose dans la capitale du Slask et va arriver à redonner de l’élan, de l’envie, du jeu et simplement redonner la vie à la belle endormie.

Sous la houlette de Rumiak, Morioka devient “le Nippon au bandeau et aux pieds magiques” balle au pied, il transmet, fait jouer, marque. C’est un métronome étincelant dans cette équipe qui semble revenir du fin fond des enfers du jeu. Le stade de Wroclaw commence a se remplir à nouveau (enfin, juste un peu) et le duo Morioka-Mervo transforme cette fin de saison qui s’annonçait pourrie en une sauce aigre-douce pour le moins agréable. Sans Morioka et sans Rumiak, à l’heure ou nous parlons le Slask serait certainement encore dans les deux derniers et maintenant relégué en I.Liga, mais il n’en est rien. Il faut parfois peu de choses pour relancer une machine grippée et le WKS termine tout de même cette saison pour la deuxième saison consécutive dixième et l’avenir s’annonce un peu plus radieux. Avec un bon été, un bon recrutement et une bonne préparation, ils pourront aisément avoir de beaux rêves pour la saison prochaine.

Mais qu’est-il arrivé au Wisla Krakow? Personne ne peut vraiment l’expliquer. Il est vrai que sur le papier, ce n’était pas l’équipe du Wisla la plus forte que l’on ait connue mais le roi des années 2000 aurait pu, à l’instar du Gornik Zabrze, finir bien plus mal.

Un effectif mêlant la jeunesse de Sadlok et l’expérience de Brozek devait pourtant, sur le papier, proposer quelque chose de plus digeste que la soupe entrevue globalement lors des deux tiers de la saison, non? Finalement neuvième et vainqueur du groupe de relégation, le Wisla s’est fait peur comme jamais, la faute à un énorme trou noir au milieu de la saison qui les a vu enchainer onze matchs sans victoire entre novembre et mars. Près de quatre mois sans gagner, du jamais vu pour l’Etoile blanche. Les supporters, toujours présents au stade Henryk Reyman, ont bien cru voir la dernière saison du Wisla dans l’elite après vingt ans de règne presque sans partage. Comme toujours lors de mauvais résultats, c’est le coach qui en a fait les frais et Kazimierz Moskal a sauté, non sans se débattre. Les dirigeant du Wisla le tenant responsable des mauvais débuts du club de Cracovie lors de cet exercice. C’est là qu’arrive un entraîneur tout chaudement viré de son ancien poste…

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© radiowroclaw.pl

A savoir Tadeusz Pawlowski. L’histoire semblait déjà bancale avec l’ancien coach du WKS Slask qui avait quitté Wroclaw pour faute de résultats deux semaines plus tôt. Et ce qui devait arriver arriva puisqu’à l’image d’une belle dramaturgie grecque, Pawlowski réussit à se faire virer du Wisla et aura réussi aussi par la même occasion à se faire virer de deux clubs du même championnat la même saison. Un exploit! C’est là qu’arrive l’espoir avec une partie des étoiles de la bonne fée pour le Wisla Krakow, Dariusz Wdowczyck va réussir à faire re-jouer la belle en partant en mission commando sur le principal manque de l’équipe, la force mentale car le talent était là et n’a pas disparu en si peu de temps.

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Avec le retour durant l’hiver de Malecki et le retour en Pologne de Wolski, c’est le milieu qui est transfiguré. Sous Pawlowski le néant, sous Wdowczyck la lumière. Le Wisla jouait plutôt bien par intermittence depuis le début de saison mais n’arrivait pas à conclure. Les douze derniers matchs de la saison vont être ceux qui vont permettre à Krakow de finalement s’éveiller, de jouer, de marquer et de gagner. Petit à petit, la confiance revient et c’est tout l’élan d’une équipe au potentiel avéré qui joue et défend ensemble sur le terrain, chose que l’on avait pas vu durant toute la saison. Le Wisla Krakow a eu très chaud mais finalement nous a montré qu’avec leur nouveau coach et si Wolski reste, l’avenir peut être radieux. Champion du groupe de relégation mon frère!

Huitième et septième – L’espoir puis le décrochage

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© Łukasz Sobala / Pressfocus

Chaque club présent dans le groupe des champions ne souhaite qu’une chose, pouvoir accrocher le titre de Mistrz Polski à son palmarès et le règlement polonais, avec division des points de la saison régulière par deux lors de ces play-offs, permet effectivement d’y rêver. Le Ruch Chorzow qui avait dû batailler en dehors du terrain pour obtenir sa place au profit du Podbeskidzie (voir ci-dessus) a finalement végété à la dernière place de ce groupe. La saison du Ruch fut pourtant belle, jusqu’au calvaire des dix derniers matchs, emmenés par la fougue, la qualité technique et la jeunesse du trio Stepinski – Lipski – Mazek (auteur de 22 buts et 8 passes décisives à eux trois).

Ils furent l’allant de cette équipe soutenue par le toujours impeccable Putnocky dans les buts. Mais malheureusement, dans un sprint final, l’expérience est une qualité primordiale et la vieille défense du Ruch n’a pas su montrer la voie à ces jeunes pleins de talent. Ils faisaient un petit chemin bien agréable pourtant mais comme une mauvaise approche aviaire, leur jeu s’est délité et depuis fin février, rien ne tournait vraiment dans le cœur du jeu. Ce n’est pas tant la partie offensive qui est à blâmer mais cette défense lourde et un peu surannée qui ne tenait plus la route, comme un vieux camion en panne d’essence. Le jeu qui fut proposer tout au long de la saison s’est donc un peu perdu au loin dans la brume de Silésie et les soucis extra sportifs ont eu eux aussi raison de toute cette belle énergie.

En effet, le Ruch est passé proche de la banqueroute, puisqu’il a fallu que la mairie propose et accepte un prêt de plusieurs dizaines de millions de zlotys pour renflouer les caisses et permettre ainsi aux Niebiescy de continuer de faire chavirer les petits cœurs de leur fans en Ekstaklasa la saison prochaine. Il est possible de voir une relation de cause à effet entre ces problèmes financiers majeurs et la chute libre des résultats du Ruch. Mais c’est un tout qui a finalement fait craquer le vernis des petits hommes en bleu.

L’été sera compliqué, des joueurs et non des moindres vont partir (Stepinski, Lipski, Mazek, Putnocky ?), le nouveau stade est à l’arrêt, faute d’argent, et la mairie a maintenant un droit de regard sur toute les décisions du club avec ce prêt et sa nouvelle position d’actionnaire majoritaire. Le club aux quatorze titres de champion ne disparaîtra pas mais l’avenir s’annonce beaucoup moins rose que prévu et ça sera encore à Fornalik de trouver la recette pour éviter de voir, après le Gornik Zabze cette saison, un autre géant du football polonais descendre dans les méandres des divisions inférieures la saison prochaine.

Ode à Jan Urban /

Il y a des remontadas utiles,
Des remontadas pour le titre
Des remontadas qui vous enivrent
Et puis il y a des remontadas presque factices
Qui s’échouent sur les côtes sombres d’une île,
Dans un vieux grément qui chavire (méduses et radeau)
Et que l’Ekstraklasa oubliera bien vite

L’ancien Mistrz Polski 2014/15, le tenant du titre, le grand club de l’est de la Pologne, le grand rival du Legia Warszawa, j’ai nommé le… Lech Poznan, a fait une saison indigne de la grandeur de ce club. Septième, c’est indigne d’un champion en exercice. Eliminé en phase de poule d’Europa League, c’est indigne du Lech Poznan. Cette saison devait être celle de la confirmation, la confirmation du retour d’un Lech conquérant. Mais ce fut finalement un long voyage sur un navire troué de part en part (cela peut paraître un peu dur pour un club qui finit septième mais la Pologne a besoin de ces grands clubs et Poznan n’a pas répondu présent). Le début de saison, sous la houlette Maciej Skorza, fut comme une lancinante douleur pour le champion.

Malgré le deuxième meilleur effectif (Kaminski, Kadar, Gajos, Linetty, Jevtic, Hamalainen, Kownacki, …) derrière le Legia Warszawa, les Kolejorz ne décollaient pas de la deuxième partie du classement et flirtaient avec la zone de relégation comme un radeau en-dessous de sa ligne de flottaison. Les quelques demi-exploits en phase de groupe de l’Europa League (la victoire contre la Fiorentina) pouvaient laisser penser à un redémarrage des moteurs du gros navire bleu. Mais il n’en fut rien. Largué en championnat, éliminé de l’Europa League, l’amiral Skorza n’a pas fait long feu et fut remercié pour son titre de champion de la saison dernière et point final. C’est un vieux loup de mer qui va reprendre l’équipe de Poznan en octobre, Jan Urban.

© Przegladsportowy.pl

© Przegladsportowy.pl

La belle histoire aurait pu commencer ici, et c’est ce qu’on a tous cru. La remontada selon Jan Urban: la salle des machines tournait à plein régime à partir de mi-octobre, le Lech allait-il refaire le coup de la saison passée ? Urban a fait des choix tactiques préférant laisser Jevtic/Gajos plus souvent sur le banc par exemple, il a tranché dans le vif et redonné le goût de la victoire à l’écume sortant des lèvres des ultras de Poznan, frustrés par leur équipe. Ce fut un élan extraordinaire, Hamalainen empilait les buts comme Nicki empilera plus tard un peu plus les bouteilles de ses bières préférées au profit des trophées glanés cette saison. Le Poznan de Jan Urban fut durant 3-4 mois la meilleure équipe de Pologne, au ratio de champion. Remonté des profondeurs du classement, les Kolejorz voguaient sur l’eau, toutes voiles au vent.

Et puis, l’effet Urban s’est petit à petit estompé, laissant filer d’autres équipes vers le titre (enfin, les play-offs allaient donner leur verdict). Tout s’est un peu tassé, l’espoir de la quête du second titre consécutif lui aussi, Kaspar Hamalainen est parti en traître chez l’ennemi juré du Legia, l’attaque devait être alors dévolue à Nicki ou au jeune Kownacki. Le mercato hivernal ne fut pas d’une grande teneur car Sisi ou Nicki restent tout de même des petits flops. Passons rapidement sur la fin de saison du Lech Poznan en championnat, ils n’ont gagné qu’un seul de leurs cinq derniers matchs et restèrent donc englués à une septième place synonyme de rien du tout et surtout de la perte sans vraiment batailler de leur titre de Mistrz Polski.


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Arrêtons-nous un peu sur la Puchar Polski, qui était le dernier espoir pour le Lech d’accrocher l’Europe. Le 2 mai dernier, c’est une finale contre l’ennemi intime, refuge du traître, qui attendait Poznan. Le Legia se tenait prêt. La finale fut chaude, très chaude, même trop chaude. Les ultras de Poznan enflammant leur virage jusqu’à jeter des fumigènes sur Malarz (gardien du Legia). Des incidents qui coûteront peut-être la place du Lech en coupe de Pologne la saison prochaine. Le spectacle fut donc dans les tribunes (fumis, tifos et compagnie) alors que sur le terrain, dans un match pauvre en occasions, c’est le Legia qui s’imposa 1-0. Urban avait laissé passer le vent du mauvais côté de son navire, cette saison le Lech Poznan n’a rien gagné et va certainement perdre beaucoup de ses joueurs au mercato estival. Les supporters peuvent avoir le cœur lourd et amer d’une saison bien triste ou même les espoirs se sont vite transformés en chimères.

Sixième et cinquième – « On a loupé l’Europe »

CYFRASPORT

© CYFRASPORT

Un Pogon mi-figue mi raisin, toujours dans la première partie de classement, qui promettait tant et même encore plus après la trêve hivernale et l’arrivée d’un joueur comme Gyurcso. Szczecin peut remercier son capitaine Murawski, l’éternel qui malgré ses 34 ans au compteur a fait rayonner le jeu du Pogon et a permis durant toute la saison à son équipe de tenir la dragée haute aux cadors. Avec sept buts et quatre passes décisives, il fut l’artisan de cette intéressante saison. Derrière Fojut et Matras, au milieu Murawski, Akahoshi, Fraczczak mais devant Zwolinski et Dvalishvili qui n’ont pas pu, pas su propulser l’équipe aux moments fatidiques, là où se joue l’avenir.

La Baltique, ses plages de sable fin soufflé par le vent, les forêts de pins immenses dans lesquels ont se perd autour d’un barbecue, des bières fraiches et des discussions au loin dans l’horizon bleu. Les nuits chaudes et estivales de Sopot, les couleurs de Gdansk. Au delà de la carte postale, c’est un peu l’image que le Lechia a véhiculé cette année en Ekstraklasa. Cinquième et un peu déçu d’avoir loupé la qualification pour l’Europa League (la quatrième place étant qualificative après la victoire du Legia en coupe de Pologne), mais peut-on dire que cette saison fut mauvaise ? Pas vraiment. Il est vrai que le Lechia, comme beaucoup de « gros » clubs, avait horriblement commencé l’exercice, en déjouant totalement et ne validant pas tous les espoirs placés en lui. Peszko – Mila – Borysiuk – Krasic, sur le papier, c’est un milieu quatre étoiles, un peu âgé mais tellement expérimenté et technique. Trois coachs se sont succédés pour tenter de faire jouer ces quatre princes ensemble.

Tout d’abord Brzeczek, qui restait sur une cinquième place avec les Bialo-Zieloni en 2014-2015 est vite passé par la fenêtre suite aux mauvais résultats. L’allemand Van Hessen lui a succédé sans grand succès : il s’en est allé après deux mois. Le grand vainqueur, le grand artisan de la remise en forme mentale et physique du Lechia, c’est le sulfureux Piotr Nowak. Coach polonais ayant terminé sa carrière de joueur aux Etats-Unis, où il est ensuite devenu entraineur du DC United, adjoint de la Team USA et coach du Philadelphia Union. Ses méthodes ont fait polémique aux USA par la dureté des entrainements, le refus aux joueurs de s’hydrater en plein cagnard, etc. C’est un homme à poigne qui a repris une équipe moribonde, au potentiel technique extraordinaire mais au mental friable et à la condition physique précaire.

Nowak a fait des choix et a fait jouer la compétition entre les joueurs sur chaque poste (Maric – Milinkovic – Savic pour le poste de gardien par exemple). Il a durci les entrainements et a remis en condition le pari estival : Milos Krasic. Il devait partir cet hiver, Nowak a fait renaître le phœnix serbe de ses cendres et c’est tout le jeu du Lechia qui va en être illuminé. Le Lechia Gdansk a donc remonté la pente doucement mais sûrement.

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© Jan Rusek / Agencja Gazeta

Parti de l’arrière, la course de fond pour accrocher l’Europe pouvait commencer. A domicile tout d’abord, où Nowak fit de la PGE Arena une forteresse presque imprenable de laquelle les adversaires ressortaient lavés, rincés, défaits avec au minimum trois buts à ramener avec soi dans le bus. En 15 matchs, le Lechia et son attaque mitraillette, son milieu superbe (malgré le départ de Borysiuk au Legia) et son entraineur à la main de fer est venu touché le rêve de la quatrième place.

C’est lors de la dernière journée que tout s’est joué, dans un match qui devait choisir le dernier qualifié pour l’Europa League entre le KS Cracovia et le Lechia Gdansk. Nowak avait préparé ce match comme jamais selon ses dires, il savait que c’était LE match de la saison à gagner pour remplir haut la main son contrat. Mais son équipe s’est heurté tout le match au Cracovia, Zielinksi a donné une leçon à Nowak et l’a privé de sa place en Europe. C’est sans doute le seul point noir dans la saison pour l’homme de Pabianice. Pour le reste, c’est un sans faute et rien que pour nous avoir fait revivre Milos Krasic, merci Monsieur Nowak !

Quatrième et troisième – Les Européens

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© CYFRASPORT

C’est un Cracovia orphelin de Rakels (parti à Reading cet hiver) et meilleure attaque polonaise que nous avions retrouvé le football polonais avec la reprise du championnat en février. Un jeune Cracovia plein de fougue et gourmand de jeu, porté vers l’avant avec Kapustka, Budzinski, Certnarski et Jendrisek pour lancer les banderilles meurtrières dans l’échine de ses adversaires. Contrairement au Wisla, le Cracovia a fait une saison parfaite, ponctuée de belles victoires aux scores fleuves.

Même si le Cracovia utilisant les ailes et les espaces facilement trouvés par la technique du jeune Kaputska aurait pu faire mieux, c’est une victoire symbolique dans la vieille ville dominée par le Wawel. L’ombre de l’ogre Wisla est tombée et c’est le drapeau rouge et blanc qui flotte maintenant dans l’ex-capitale polonaise. Sandomierski a réussi à sauver les siens quelque fois cette saison pour préserver la place des hommes de Jacek Zielinski dans la première partie de tableau de l’élite du football polonais cette saison. Parfois et dans d’autres championnats se pose la question de l’attaque au profit de la défense, il semble que pour Zielinski le choix avait été fait cette année d’utiliser toute la technicité de ses joueurs pour proposer un football attractif porté vers l’avant.


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Grâce à ce jeu chatoyant, il est advenu le plus beau au Cracovia, proche de la course au titre pendant longtemps et qui a réussi, dans le money time, à éliminer un par un ses adversaires encombrants dans la quête du graal européen. Mais tout ceci ne fut possible que grâce à l’épilogue de la dernière journée, un dernier match extraordinaire. Le Cracovia recevait le Lechia pour savoir qui pourrait finalement atteindre le dernier carré et s’ouvrir les portes des tours de qualification pour la petite coupe d’Europe. Dans ce match, c’est un tout autre Cracovia que l’on a pu observer, beaucoup plus méticuleux en défense, très fort dans l’entre-jeu alors qu’il s’agissait du point fort du Lechia Gdansk.

C’est donc finalement en apothéose que le Cracovia s’est imposé 2-0 pour finir la saison de leurs 110 ans avec une qualification européenne. L’alchimie créée dans ce groupe mêlant jeunes joueurs et joueurs expérimentés pourrait s’apparenter à celle instiguée par Latal avec Gliwice, sauf qu’à Cracovie les talents furent bien plus nombreux sur le papier. Et malgré cette exceptionnelle quatrième place, le spectre des départs est bel est bien présent. Quid de Kapustka, Cetnarski ou Budzinski la saison prochaine ? Rien n’est sûr et si le club venait à perdre ces trois joueurs, c’est alors les artificiers de cette saison explosive et pleine de promesses que le Cracovia viendrait à pleurer. Rendez-vous en août sur les terrains sec et terreux de l’Azerbaidjan !

En Pologne cette saison, les belles histoires compensent les moins belles. Le Zaglebie Lubin, promu au scapulaire est une belle, très belle histoire. Si le collectif signifie encore quelque chose dans le football, c’est à Lubin cette saison qu’il a trouvé son essence. Nous pourrions citer quelques joueurs ici: Papadopoulos, Janoszka, Piatek, Kubicki ou même l’entraineur Piotr Stokowiec. Ce ne sont pas des stars qui durant quasiment toute la saison ont amené le club de Lubin à la troisième place du championnat. Non. C’est le collectif travaillé, peaufiné, visionné, révisé pendant des heures par Stokowiec pour obtenir un ballet en trois dimensions, où les lignes ne se désagrègent jamais et où il est difficile de s’immiscer.

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© Maciej Kulczyński / PAP

Le Zaglebie Lubin est une équipe compliquée à jouer, ne marquant pas énormément mais misant sur ses forces, comme les phases arrêtées. Comme dans toutes les belles histoires, il y a souvent un prince charmant. C’est alors qu’arriva, non pas un joueur qui va tout changer en starifiant la réussite de Lubin, mais un joueur qui a réussi à se fondre dans ce collectif et y apporter sa qualité technique. Ce joueur fut l’un des gros coup du mercato hivernal, à savoir Filip Starzynski, l’ex-international polonais qui revenait en terre bialo-czerwoni pour le plus grand plaisir des amoureux du ballon, sous la forme d’un prêt en provenance de Lokeren. Il n’a pas transfiguré l’équipe, il l’a bonifiée par son talent et c’est celui-ci qui a tiré encore un peu plus le jeune promu vers le haut.

Les play-offs furent d’une formalité déconcertante avec un quasi sans-faute (cinq victoires en sept matchs) alors que l’on pouvait penser que les performances du club allaient se tasser lors des matchs « qui comptent ». Il n’en fut rien et Lubin, en grand seigneur collectif de cette saison ponctuée dans d’autres clubs par de trop grosses individualités, est venu se tailler une grande part dans ce Makowiec qu’est l’Ekstraklasa.

Deuxième – Un vice-champion de choix

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© Naszemiasto.pl

Personne n’aurait pronostiqué une lutte si acharnée, en tout cas pas avec ces acteurs. Le Piast Gliwice fut surprenant, fantastique et parfait en début de saison en comptant jusqu’à douze points d’avance sur le Legia Warszawa, auquel il a fait vivre un enfer. L’équipe de Radoslav Latal, au budget quinze fois inférieur au récent champion, a poussé l’équipe de Cherchessov dans ses derniers retranchements. Emmené avant la trêve par le chauve et clinique Nespor, la douce et décisive patte gauche de Mraz et la construction des offensives par Vacek et Mak, le Piast Gliwice a bien failli devenir le roi de toute la Pologne. C’est une saison exceptionnelle pour les hommes de Latal. Finir deuxième est un résultat de choix mais il restera comme toujours quelques petits regrets. Mais peut-on vraiment regretter, lorsqu’on s’appelle le Piast Gliwice, finir deuxième de l’Ekstraklasa et obtenir par conséquent son ticket doré pour l’Europa League ?

Avant la trêve hivernale, la machine Gliwice roulait sur la Pologne du football à une vitesse dépassant l’entendement, personne ne pouvait les arrêter, le Legia étant déjà étonnamment défait 2-1 en Silésie. Mraz distillait les passes décisives, Nespor finissait le travail alors que Vacek était au four et au moulin. Puis vint la trêve hivernale, la Pologne était euphorique et le Gliwice avait sept points d’avance. Le rêve de voir une équipe si attachante remporter le championnat polonais réchauffait les cœurs et les borsz froids des assiettes dominicales. Sans gros changements pendant le mercato, Latal voulait repartir avec les même guerriers car il le savait, tout devrait dorénavant être plus compliqué avec le titre de champion d’automne dans la besace.

Et il n’avait pas tort. Même si le Tchèque ne voulait pas entendre parler du titre, il en rêvait secrètement. Mais la reprise fut bien compliquée et le Piast a perdu toute son avance en seulement quatre matchs. Les Piastunki semblaient encore en hibernation, les automatismes n’étaient plus au rendez-vous et la force collective de cette équipe semblait égarée dans les forêts de pins enneigés du sud de la Pologne. Puis, le Piast s’est petit à petit remis dans le tempo, profitant des faux pas de son rival d’une saison, le Legia Warszawa, pour être encore à trois journées de la fin dans la course au titre.

Le match contre le Legia arriva alors comme faiseur de roi de cette saison et malheureusement pour les « petits » rois d’automne, le Legia Warszawa ne fit qu’une bouchée des hommes de Latal, un cinglant, sec et dur 4-0. Et malgré quelques soubresauts en fin de championnat et la possibilité d’être champion en cas d’un dernier faux pas du Legia, le Piast n’a pas pu reprendre la tête et le trône promis au Legia. C’est des larmes de joie malgré tout qui ont accompagné les joueurs lors de la dernière journée après ce match perdu contre Lubin, 1-0. Les rêves sont faits pour être vécus dit l’adage et le Piast Gliwice cette saison a vécu un rêve éveillé qui aurait pu l’emporter encore plus loin. Mais finalement quoi de plus beau que de ramener des matchs d’Europa League et un titre de vice-champion dans le petit stade municipal de Gliwice ?

Premier – Le roi à la double couronne!

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Newspix.pl / DAMIAN KUJAWA/FOTOPYK

Pour son centenaire, le Legia Warszawa a réussi le doublé coupe-championnat. Un onzième titre de champion et une dix-huitième coupe de Pologne vont venir orner la salle des trophées d’un des clubs polonais les plus titrés. Que rêver de mieux ? Laissons de côté l’Europa League et les performances indigentes du club de la capitale sous les ordres d’Henning Berg. Parler de ce doublé coupe-championnat, c’est avant tout rendre hommage à un homme, l’homme sans qui le Legia n’aurait sans doute pas fait cette immense saison, Stanislav Cherchessov (et oui pas de Nemanja Nikolic). L’imposant coach russe a su reprendre un club que Berg avait un peu laissé sur le bord de la route du succès. Les décisions de Cherchessov en arrivant ? Plus de travail, plus de discipline, plus de physique. Il est vrai qu’au vu de la qualité de l’effectif pléthorique en début de saison, la technique était quelque chose d’acquis et d’inné.

Le Legia se devait de gagner, presque de tout gagner. Pourquoi ? Car lorsqu’on prévoit de fêter ses 100 ans, on doit le faire bien et deuxièmement, quand on peut s’orgueillir d’avoir dans son effectif des joueurs tels que Lewczuk, Pazdan, Rzezniczak, Guilherme, Duda, Jodlowiec, Vranjes, Kurcharczyk, Prijovic et Nikolic en début de saison, c’est posséder un effectif supérieur à tous les clubs d’Ekstraklasa. Et quand on y rajoute Hlousek, Borysiuk et Hamalainen au mercato hivernal, ça en devient presque insolent.

Cherchessov a su gérer cet effectif d’une superbe manière et dans cet effectif un joueur a survolé cette saison, comme Moïse marchant sur l’eau (on ne parle pas ici dePrijovic, son arrogance n’a d’égal que son talent). Ce n’était pas un pari mais la Pologne du foot a reçu la confirmation de l’énorme talent du buteur du Legia Warszawa, Nemanja Nikolic, auteur cette saison de vingt huit buts pour sept passes décisives, des stats lunaires. Il est le grand homme, le meilleur buteur, et le meilleur joueur de l’Ekstraklasa en 2015-16. Cette force globale, cette machine infernale emmenée par un coach charismatique et un attaquant exceptionnel a permis, dans les moments de doute, de montrer que le Legia était bien un roi de Pologne à la double couronne.

Le championnat fut long, parfois difficile avec la rivalité d’un adversaire inattendu, le Piast Gliwice. C’est pourquoi les scènes de liesses qui suivirent le titre furent presque des bacchanales accompagnées de feux d’artifices, de gens qui s’enlacent, de confettis, de chants centenaires et d’ultras qui pleurent. Un déferlement de joie incroyable et qui revient nous rafraîchir la mémoire sur l’insondable tristesse de cette saison 2014-15, perdue dans les derniers jours face au Lech Poznan. Le Legia n’a donc pas survolé ce championnat qu’il a dû gagner au forceps lors des deux dernières journées, mais cette puissante machine transpirait la sérénité comme une légion romaine franchissant finalement le Rubicon après tant de batailles.

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© Canon Polska

Les Legionisci ont finalement tout raflé. Meilleur équipe, meilleur buteur, meilleur joueur, (presque) meilleur entraineur, meilleur public, champion, vainqueur de la coupe. On ne fête pas tous les ans son centenaire, alors autant le fêter dignement. Cette victoire en championnat permet aussi au Legia Warszawa de se qualifier pour le 2e tour de qualification de Champions League et Darius Mioduski a prévenu: « Il va falloir maintenant vraiment jouer la coupe d’Europe et faire que le Legia arrive jusqu’en phase de poules ». Si le Legia garde ses principaux joueurs, son entraineur et augmente encore son budget comme cela est prévu pour l’année prochaine, nous pouvons rêver de voir un premier club polonais depuis 1997 et le Widzew Lodz en phase de poules de Champions League.

Par Mathieu


Image à la une : © Magdalena Lipka

Saison 2015-2016 : Un an de football en Pologne
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A propos de l'auteur

Mathieu

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Amoureux de la Pologne, des dimanches à regarder l'I.Liga sur Polsat en mangeant des pierogis froids accompagnés de Tymbark. Entre Paris, Wroclaw et Gdynia dans un avion pour les lacs de Mazurie, le football est un jeu, la vodka une passion.

pays de l'auteur footballski
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1 commentaire

  • Footballski fait vraiment un super boulot; un travail de journaliste que l’équipe et consorts ne font plus depuis des lustres; on parlait encore du championnat de Pologne dans leurs colonnes dans les années 90 mais depuis il n’y en a plus que pour les clubs de la Champion’s League. Espérons que le Legia se qualifie cette fois (et ne frefasse pas le coup de Celtic) et que la Reprezentacja fasse un bon championnat d’Europe pour mettre un peu de lumière sur la Pologne.

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