Nouvelle dynamique à la fédération Roumaine avec l’élection d’un jeune homme de 29 ans ?

Tristan Trasca - Publié le 6 mars 2014

La Roumanie de Victor Piturca a réalisé un match nul 0-0 contre l’Argentine de Messi hier soir à Bucarest. Cette bonne performance ne fait pas vraiment la une des gazettes sportives dans une semaine dense où, outre les condamnations de personnalités du football roumain, un nouveau président a été élu à la fédération. Cette semaine pourrait donc marquer un vrai tournant dans l’histoire du football roumain.

La fin de la vieille garde

Alors que la FFF avait vu défiler Jean-Fournet Fayard, Claude Simonet, Jean-Pierre Escalettes, Fernand Duchaussoy et Noël Le Graët en tant que présidents, un seul homme a tenu ce rôle depuis 1990 et la chute du communisme en Roumanie : Mircea Sandu. En 24 ans de règne, l’homme a vécu de belles années – notamment avec la Génération d’Or d’Hagi, Popescu et consorts – mais a surtout été au centre de nombreuses critiques sur sa gestion partisane de la fédération et les nombreuses affaires politico-financières.

Mircea Sandu

Fin de parcours pour le très controversé Sandu | © sport.ro

Après 24 années de service, Sandu a décidé de laisser la main, forcé également par le microcosme du football roumain. Cependant, son dernier fait d’armes montre bien la philosophie de l’homme. Avant de partir, il a fait voter un solide « pack de retraite » dont il va bénéficier toute sa vie. Il aura notamment 75 000€/an jusqu’à sa mort, une limousine avec carburant illimité à disposition, un secrétaire et un conseiller à disposition, le forfait téléphone illimité, des traitements médicaux pris en charge par la fédération, les déplacements officiels pour tous les matchs de la Roumanie et l’obligation pour la FRF de le proposer comme candidat au comité exécutif de l’UEFA.

Forcément, cela n’a pas vraiment été du goût du nouvel arrivant Razvan Burleanu qui a directement remis en cause cette décision, car le jeune et nouveau président a bien l’intention de tout changer et de se démarquer singulièrement de son prédécesseur ! Il avait d’ailleurs déclaré quelques jours avant l’élection : « Mircea Sandu a fait de la fédération une ruine provinciale. »

Comment Burleanu a-t-il été élu ?

Soyons honnêtes, cette élection devait être un triomphe programmé pour Gheorghe Popescu, plébiscité par une large partie du microcosme du football roumain. Malheureusement, une journée avant l’élection, les cartes ont été redistribuées avec la condamnation de Popescu dans le « dossier des transferts ». Du coup, le costume de favori revenait à l’ancien arbitre Vasile Avram avec comme outsiders Razvan Burleanu et Gheorghe Chivorchian, déniché en dernière minute comme poulain de Sandu.

La journée a été longue puisqu’elle a débuté à 8h pour se terminer vers 18h30 avec le vote final. Elle a notamment donné lieu à une passe d’armes entre Sandu et Mititelu, président du FC U Craiova, qui a accusé le président sortant d’avoir mis des bâtons dans les roues du club de Craiova ces dernières années. Les faits2 donnent bien entendu raison au bouillant Mititelu. Après deux tours et un duel final entre Avram et Burleanu, c’est finalement le jeune homme qui a gagné avec 113 voix en sa faveur contre 58.

Avram a été bon perdant en déclarant : « Le football en sort vainqueur. Allez la Roumanie ! » De son côté, Burleanu a déclaré : « Je vous remercie pour votre confiance. C’est un honneur extraordinaire et j’essayerai d’être à la hauteur en étant aussi performant que possible. J’ai promis l’équité et je vous promets que je ne vous décevrai pas. Aujourd’hui, le travail commence. » Pour se démarquer de la vieille garde, il a également demandé dans son premier discours la démission de l’ancien secrétaire de la FRF Kassai, collègue et ami personnel de Sandu.

Qui est Burleanu et quelles sont ses idées ?

Né le 1er juillet 1984, Razvan Burleanu est le fils de Gheorghe Burleanu, qui a joué plus de 300 fois en première division roumaine. Diplômé de la Faculté de Sciences Politiques, il a notamment travaillé au Parlement roumain. Mais très vite, il s’est tourné vers le football, étant président de la fédération roumaine de mini-football depuis quelques années puis président de la fédération européenne de mini-football depuis 2012.

Il devient à 29 ans un très jeune président de fédération mais a déjà les idées bien claires sur ce qu’il veut faire : « C’est la première fois en Roumanie qu’un candidat pour la fonction de président d’une fédération sportive construit  une équipe de professionnels, chacun d’entre eux ayant plus de 10 ans d’expérience dans le domaine qu’ils auront à gérer. C’est la première fois en Roumanie qu’un candidat amène dans son équipe des professionnels de l’étranger. Pourquoi ? Parce qu’il existe des domaines où, si l’on veut être performant – et c’est mon désir -, il est nécessaire d’aller chercher ceux dont on a vraiment besoin où qu’ils soient. » Razvan Burleanu travaillera notamment avec le Croate Kovac Zorislav, chargé du développement du secteur sportif, et la Tchèque Markéta Haindlová pour les relations internationales ; tout en ayant une solide équipe roumaine à ses côtés.

Les chantiers sont énormes pour la nouvelle équipe de la Fédération mais Burleanu a déjà défini les grands axes de son programme :

I) Formation

  • Création de 7 centres régionaux d’excellence pour les jeunes
  • Développement du football à l’école
  • Développement de championnats nationaux de U17 à U21
  • Recrutement de techniciens étrangers pour les sélections de jeunes

II) Finance

  • Développement du marketing de la fédération
  • Meilleure utilisation des fonds européens

III) Structure

  • Meilleure utilisation des centres régionaux de développement du football (équivalent des ligues)
  • Revitalisation du bénévolat
  • Meilleure implication de la FRF dans les médias sociaux

IV) Championnats

  • Liga I : championnat à 18 clubs avec play-offs
  • Réduction des taxes pour les clubs de Liga II et Liga III
  • Augmentation du nombre de joueurs formés en Roumanie par équipe

V) Joueurs

  • Repenser le statut du joueur professionnel en Roumanie
  • Repenser la formation, éducation et assurance des joueurs
  • Développer le potentiel à l’exportation de la Roumanie
  • Développement d’un programme de retraites pour les joueurs avec plus de 300 matchs en Liga I

VI) Entraîneurs/Arbitres :

  • Création d’une académie d’excellence pour entraîneurs

  • « Football Start » : programme de préparation pour les professeurs de sport dans les écoles et lycées

  • Arbitres de L1 et L2 obligatoirement diplômés d’études supérieures

  • Définition du statut professionnel des arbitres

Pourquoi est-il source d’espoir ?

Tout le monde espère voir en cette élection le début d’une nouvelle page pour le football roumain. Depuis une dizaine d’années, la sélection n’a plus aucun résultat alors que le championnat reste toujours dans les bas-fonds du football européen.

L’arrivée de Burleanu a notamment été saluée par l’entraîneur du Steaua Laurentiu Reghecampf qui a déclaré :

« La jeunesse l’a emporté. Le football roumain y gagne énormément, avec la venue d’un jeune qui veut changer les choses. »

Le journaliste Catalin Tolontan, fine plume du journalisme sportif roumain, a ajouté dans un édito : « Sans idéaliser Burleanu, c’est réellement un jour historique pour notre football. Un jeune homme de 29 ans peut bâtir une dynastie. Il faut rappeler aussi la grandeur de Chivorchian qui, interrogé il y a quelques jours concernant son choix entre Popescu et Avram, avait répondu : ‘Pour Burleanu’. »

Burleanu semble aujourd’hui avoir toutes les cartes en main pour influer une nouvelle dynamique au sein du football roumain avec notamment l’approbation de nombreuses personnalités du microcosme. Cependant, il devra d’abord combattre les vieilles habitudes et le sectarisme de certains. Dans cette optique, la décision de justice de mardi devrait bien l’aider. Pour un vrai pays de football comme la Roumanie, on espère que cette nouvelle page sera celle du retour au premier plan des grands clubs du pays et de la sélection ainsi que celle de la fin des affaires.

Tristan Trasca


Photo à la une : © razvanburleanu.ro

 

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Tristan Trasca

7 Commentaires

  • Moi qui depuis des années recherche un site de football francophone qui parle du football de l’est ( Roumain bien plus particulièrement ) me voilà ravi, bien que je comprenne l’essentiel de ce qu’écrivent les médias Roumains, c’est tout de même plus simple de le voir écrit en français, en tout cas bravo pour votre site et merci. Vous venez de gagnez… comment pourrait-on dire… bref, votre site est en favori 😉
    Benjamin

  • Moi qui depuis des années recherche un site de football francophone qui parle du football de l’est ( Roumain bien plus particulièrement ) me voilà ravi, bien que je comprenne l’essentiel de ce qu’écrivent les médias Roumains, c’est tout de même plus simple de le voir écrit en français, en tout cas bravo pour votre site et merci. Vous venez de gagnez… comment pourrait-on dire… bref, votre site est en favori 😉
    Benjamin

  • Né en 1986, je soutiens bien évidemment et sans trop de surprise le Steaua Bucarest 🙂 Et l’équipe nationale Roumaine bien sur. Et lorsqu’il s’agit de la coupe d’europe je les soutiens toutes. Mais en championnat, Doar Steaua 😉

  • Né en 1986, je soutiens bien évidemment et sans trop de surprise le Steaua Bucarest 🙂 Et l’équipe nationale Roumaine bien sur. Et lorsqu’il s’agit de la coupe d’europe je les soutiens toutes. Mais en championnat, Doar Steaua 😉

  • […] de bonne qualité. D’autre part, le président de l’EMF est depuis deux ans le Roumain Razvan Burleanu, celui-ci même qui depuis six mois est également le président de la fédération roumaine de […]

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