Roumanie Euro 2016 : Présentation de la Roumanie

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 9 juin 2016

Absent de toute compétition internationale depuis l’Euro 2008, la Roumanie fait beaucoup parler pour son retour sur la scène internationale. Pas tant pour son niveau de jeu que par le simple fait d’être l’adversaire de l’équipe de France lors du match inaugural. Première de son groupe devant la Hollande lors des éliminatoires de l’Euro 2008, la Roumanie s’était effondrée lors de la phase de groupes. Deuxième de son groupe cette fois-ci, elle a pu s’appuyer sur une défense intraitable lors de ces éliminatoires. Une solidité qu’il faudra conserver pour sortir du groupe A qu’elle forme avec la France, la Suisse et l’Albanie.

Roumanie

LA SÉLECTION

Gardiens :

Costel Pantilimon (Watford), Ciprian Tătărușanu (Fiorentina), Silviu Lung Jr (Astra Giurgiu)

Défenseurs :

Răzvan Raț (Rayo Vallecano), Steliano Filip (Dinamo Bucarest),  Vlad Chiricheș (Napoli), Dragoș Grigore (Al-Sailiya), Valerică Găman (Astra Giurgiu), Cosmin Moți (Ludogorets Razgrad), Cristian Săpunaru (Pandurii Târgu-Jiu), Alexandru Mățel (Dinamo Zagreb)

Milieux :

Mihai Pintilii (Steaua Bucarest), Ovidiu Hoban (Hapoël Be’er Sheva), Andrei Prepeliţă (Ludogorets Razgrad), Lucian Sânmărtean (Al-Ittihad), Nicolae Stanciu (Steaua Bucarest), Alexandru Chipciu (Steaua Bucarest), Adrian Popa (Steaua Bucarest), Gabriel Torje (Osmanlispor)

Attaquants :

Claudiu Keșerü (Ludogorets Razgrad), Florin Andone (Cordoba), Bogdan Stancu (Genclerbirligi), Denis Alibec (Astra Giurgiu)

L’ÉQUIPE TYPE 

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Créé via best11.eurosport.com

LES POINTS FORTS

Une équipe très homogène…

L’équipe-type de cette sélection roumaine est très difficile à choisir. Et pour cause, hormis Raț, Chiricheș, Săpunaru et Stancu, tous les postes ou presque peuvent être sujets à débat. Dans le but, Ciprian Tătărușanu et Costel Pantilimon sont au coude à coude depuis des années, mais le premier nommé a pris le poste grâce à ses performances régulières avec la Fiorentina quand son concurrent s’est enlisé, condamné au banc de touche après son transfert à Watford. En défense, Grigore et Moți peuvent tous deux espérer faire la paire avec Vlad Chiricheș. Hoban et Prepeliță à la récupération, Sânmărtean et Pintilii à la relance, Torje et Adi Popa à droite, Andone, Keșerü et Alibec en pointe … les duels pour la titularisation sont nombreux dans l’effectif. Autant de solutions (et de prises de tête) pour Anghel Iordănescu. Une profondeur de banc qui peut néanmoins se révéler salutaire si l’équipe devait aller loin dans la compétition, ou en cas de blessure d’un des titulaires en début de compétition.

…et très disciplinée

« Je dois reconnaître qu’en ce moment, nous n’avons pas de vedette. C’est l’équipe qui brille. D’un point de vue tactique, nous sommes très disciplinés. J’ai confiance en la force du groupe. » Anghel Iordănescu en est conscient, aucun joueur ne se démarque réellement dans son groupe. Un manque qui oblige l’équipe à une grande cohésion. Et pour ça, le sélectionneur est l’homme idéal. Disciple du grand Emerich Ienei lors de ses débuts d’entraîneurs au Steaua Bucarest dans les années 80, ce dernier a gardé de son mentor un goût très prononcé pour la discipline. Sous le ordres du Général, surnom dû à son grade dans l’Armée, rien ne doit dépasser. Et rien ne lui échappe. Depuis leur arrivée en France, les joueurs roumains sont ainsi coupés du monde extérieur, hormis durant une paire d’entraînements ouverts au public. Les journalistes n’ont pas accès au joueur sur ordre d’un Iordănescu qui désigne lui-même chaque jour les deux personnes (joueur ou membre du staff) devant se rendre à la conférence de presse du lendemain. Une discipline stricte qui se retrouve sur le terrain, où le bloc tactique passe avant toute vélléité offensive personnelle. La Roumanie ne mise pas sur un jeu flamboyant mais sur une solidité à toute épreuve. Avec succès pour le moment.

© Dean Mouhtaropoulos/Getty Images

© Dean Mouhtaropoulos/Getty Images

Un joueur éclatant en championnat, Florin Andone

Florin Andone se place comme le joueur potentiel pouvant faire resplendir cette équipe de Roumanie. Comme nous vous l’avons déjà notifié après l’avoir rencontré Andone a signé cette saison des performances hors-normes avec son club de Cordoba CF. Meilleur buteur du club (encore en lice pour la montée) et second meilleur buteur du championnat avec 21 réalisations, Andone est sans aucun doute le joueur-clé de son équipe. En gardant ce tel niveau de performance avec l’équipe nationale, nul doute que le jeune joueur, adulé par les Cordobais, pourrait mener sa sélection vers les objectifs fixés, voire plus. Reste néanmoins une inconnue, celle de son adaptation. Arrivé dans le groupe cette année, l’attaquant a grandi en Espagne et découvre encore certaines facettes de sa son pays de naissance. A l’image de la visite médicale, qu’il a passée en Roumanie pour la première fois de sa vie au centre d’entraînement de Mogoșaia. Un problème auquel s’est ajoutée une fracture d’un doigt lors du match amical face à la Géorgie. Des inconnues à ne pas négliger, qui pourraient déterminer en partie les résultats de cette équipe roumaine.

LES POINTS FAIBLES

Un projet très flou

11 buts en 10 matchs. Est-il nécessaire d’en dire plus? Après une première partie d’éliminatoires en fanfare, la Roumanie pointe en tête de son groupe lorsque Victor Pițurcă quitte la sélection fin 2014. Sous ses ordres, la Roumanie est passée tout près d’une qualification à la Coupe du Monde 2014 (éliminée en barrages par la Grèce). Un renouveau plaisant après des années de galère avec la fin de la génération Chivu-Mutu. En s’imposant 1-0 en Grèce dès la première journée des éliminatoires, l’équipe menée par Pițurcă se montre enfin convaincante. Un an et demi plus tard, le discours a passablement changé. Sans inspiration, sans fond de jeu, la Roumanie ne fait plus tellement rêver sur le terrain. Un mois après la départ de son prédécesseur, Anghel Iordănescu surfe sur la vague d’euphorie de ses joueurs pour deux belles victoires fin 2014. Mais l’année 2015 est bien plus difficile. Si la défense se montre efficace, la Roumanie peine à se montrer offensive. Trois matchs nuls 0-0 consécutifs fragilisent sa place de leader dans son groupe, qu’elle finit par perdre au profit de l’Irlande du Nord, contre laquelle le match retour est d’un ennui infini. A l’aube de la dernière journée de qualifications, les Roumains n’ont marqué que deux buts en cinq rencontres. Des statistiques améliorées avec une victoire 3-0, mais face aux Iles Féroé, la performance reste à relativiser.

Capable de tenir tête à l’Italie ou l’Espagne en amical, la Roumanie peine à tenir son rôle de favori face à des équipes présumées inférieures. La faute à une incapacité à construire le jeu autrement qu’en contre-attaque. Autrefois brillant et prolifique milieu offensif, le Iordănescu entraîneur ne jure que par un bloc serré à vocation défensive. Statique, enfermée dans un carcan tactique, incapable de créer des espaces en renversant le jeu, la Roumanie doit le plus souvent se résoudre à attendre un éventuel exploit individuel de Sânmărtean, Budescu puis Stanciu sur un coup-franc ou une frappe lointaine. Match après match, aucune amélioration ne se fait voir et la Roumanie peine toujours autant à se montrer créative.

Enfin, un dernier problème se pose, celui des relations tendues entre le sélectionneur et ses joueurs. L’exigence de Iordănescu est telle que les joueurs ont parfois du mal à la comprendre. Auteur de la meilleure saison de sa carrière avec l’Astra Giurgiu, Denis Alibec a par exemple dû attendre la toute dernière seconde pour être assuré d’aller à l’Euro. Il avait pourtant fait tout ce que le sélectionneur lui demandait: perdre du poids, devenir le leader de son équipe après le départ de Budescu cet hiver et marquer, beaucoup. Alibec a tout réussi, mis à dû attendre pour intégrer le groupe. Sans plus d’explication. Même chose pour Alexandru Maxim ou Andrei Ivan, lorsque ceux-ci ont été écartés des 23 pour l’Euro. Le premier nommé est parti avec une grosse colère de n’avoir eu aucune explication, tandis que le second s’est vu écarté pour son « manque d’expérience. » Un manque qui semble logique vu ses 19 ans, mais ne lui a été signifié qu’à l’annonce de la liste. Andrei Ivan peut s’en faire. Appelé pour construire l’avenirIordănescu a fait venir de nombreux jeunes joueurs en sélection. Mais des Pușcaș, Vătăjelu, Manea, Chițu et autres Grozav testés, aucun n’a su s’installer dans la durée.

© KENZO TRIBOUILLARD/AFP/Getty Images

© KENZO TRIBOUILLARD/AFP/Getty Images

Des cadres en manque de forme

Meilleure défense des éliminatoires avec deux petits buts encaissés en dix rencontres, la Roumanie s’est parée d’une image d’équipe solide. La réalité est sensiblement différente. Extrêmement solide sous Victor Pițurcă, la défense roumaine a commencé se montre plus fébrile depuis son départ pour les pays du Golfe. La faute certes au projet de jeu présenté par Anghel Iordănescu, mais également (surtout?) au grand manque de temps de jeu de ses cadres. Opéré de l’épaule en début d’année, Răzvan Raț a été contraint de regarder ses coéquipiers du Rayo Vallecano descendre en Liga Adelante sans pouvoir jouer plus de… 15 minutes en 2016! A peine remis physiquement, ce dernier profite de son statut d’indéboulonnable capitaine de la sélection pour être du voyage en France. Dans une défense assez pauvre en nombre de sélections, nul doute que son expérience est très importante, mais sur le terrain, ses limites ont été rapidement atteintes, notamment face à de trop rapides ailiers ukrainiens. Même problème pour Vlad Chiricheș. Incontournable en défense centrale, l’ancien du Steaua aurait dû faire la paire avec son ex-coéquipier Florin Gardoș. Las, la grosse blessure du joueur de Southampton l’a écarté des terrains de nombreux mois. C’est donc aux côtés de l’ancien Toulousain Grigore que Chiricheș dirige la défense. Mais là encore avec un petit déficit physique. Trop peu titulaire avec son club de Naples, Chiri fait partie des joueurs roumains ayant le moins joué cette saison. Au milieu, le magicien Lucian Sânmărtean a – à l’instar de Grigore – cédé aux sirènes des pétro-dollars du Golfe. S’il est toujours vert à 36 ans, faisant le bonheur de son club avec de somptueux buts sur coup-francs, l’ancien joueur du Steaua devra tenir le coup à un niveau bien supérieur, face aux meilleurs joueurs d’Europe.

Des matchs de préparation utiles?

Ils étaient faits pour gonfler le moral de l’équipe, ils ont surtout semé le trouble. Avec une équipe très expérimentale, la Roumanie a tout d’abord déjoué face à la RDC sur un terrain difficile. Menant 1-0, les Roumains ont eu du mal à poser leur jeu face à une équipe plutôt désorganisée, avant d’encaisser un but en toute fin de match. Le résultat nul, autant que le jeu absolument inexistant, n’est pas fait pour aider. Mais le pire est à venir. Face à l’Ukraine, la Roumanie devait trouver son niveau face à son seul adversaire de haut rang. Dominée dans le jeu dès le début du match, elle parvient à jouer son jeu de contre de bonne manière pour mener au score. Avant de littéralement s’effondrer. Rejointe au score juste avant la mi-temps, la Națională encaisse trois buts en douze minutes au retour des vestiaires. Dépassée de toutes parts par des Ukrainiens trop rapides pour ses défenseurs, la Roumanie sauve ce qui peut l’être en revenant à 3-4. Mais le mal est fait. Ses lacunes apparaissent au grand jour. Des lacunes que ses futurs adversaires ne manqueront pas de cibler. Pour son dernier match amical, face à la Géorgie, l’équipe alignée est très proche de celle qui pourra être sur le terrain face à la France. Contre de bien faibles Géorgiens, les Roumains montre de belles choses, mènent 2-0 dès la 3e minute (!), touchent plusieurs fois les montants et s’impose au final 5-1. Un résultat en trompe-l’oeil, la défense géorgienne ayant littéralement offert certains buts, mais qui fait enfin du bien au moral des troupes.

L’HOMME À SUIVRE

© Dean Mouhtaropoulos/Getty Images

© Dean Mouhtaropoulos/Getty Images

Inconnu en début de saison, Nicolae Stanciu est devenu au fil des mois indispensable à son club du Steaua Bucarest avant de devenir incontournable en sélection à 23 ans seulement. Un joueur à l’ascension fulgurante cette année. Ailier de formation, il joue son premier match de Liga 1 à l’âge de 17 ans… face au Steaua! Après un passage remarqué à Vaslui, Gigi Becali le fait venir à Bucarest, avec un contrat dont la clause de transfert est fixée à pas moins de 20 millions d’euros. Après une première saison passée dans l’ombre des Sânmărtean et Chipciu à qui sont tour-à-tour données les clés du jeu stelist, Stanciu s’est imposé cette saison comme le véritable dépositaire du jeu de son équipe, dans une position principalement axiale, que ce soit en retrait, à la manière d’un Sânmărtean à qui sont jeu ressemble tant, ou en position de 10, derrière l’attaquant. Rapide, technique, engagé, capable de frappes soudaines depuis l’extérieur de la surface et de coup-francs d’exception, Stanciu a tous les atouts pour briller en France cet été, comme le prouvent ses quatre buts en cinq sélections. Son président Gigi Becali ne s’y est d’ailleurs pas trompé en faisant prolonger son contrat jusqu’en 2021 quelques semaines avant sa sélection pour l’Euro. S’il brille comme espéré devant toutes les télés européennes, Stanciu, pour qui le Steaua a – selon son fantasque président – déjà refusé des offres de près de dix millions d’euros, pourrait quitter la Roumanie pour un montant record.

LA PRÉVISION

Avec des résultats en dents de scie, une deuxième place dans un groupe d’une relative faiblesse et un sélectionneur donnant l’impression de naviguer à vue, la Roumanie ne fait pas partie des favoris de la compétition, ni même des potentielles surprises de ce mois de juin. En retrouvant le niveau qu’elle a affiché lors de ses matchs amicaux face à l’Italie (2-2 en novembre dernier) ou l’Espagne (0-0 début 2016), la Roumanie a montré qu’elle pouvait tenir tête aux meilleures équipes du continent. Il faudra au moins ça pour bien figurer face à la France lors du match d’ouverture. Si tel est le cas, l’objectif avoué qui est de sortir du groupe A ne devrait être qu’une formalité. Mais dans le cas d’une défaite d’entrée de jeu, tout pourrait mal tourner. L’équilibre fragile de cette sélection dépend en bonne partie de ce match. En cas de qualification pour les huitièmes, tout tour passé serait un très joli bonus.

Pierre-Julien Pera


Image à la une : © DANIEL MIHAILESCU/AFP/Getty Images

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A propos de l'auteur

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Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d'hiver 1998. L'est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Ecrit envers et contre tous la gloire et la beauté de son football depuis 2006 sur Parlonsfoot et Footballski. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine, de Divizia Nationala moldave, de Premium Liiga estonienne et de la Zone Est de 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

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