Robert Beric, l’ambitieux slovène

Adrien Mth
Adrien Mth - Publié le 14 août 2015

Son nom ne vous dit sans doute rien, sauf si dans cette période de mercato, vous scrutez toutes les alertes de But! Saint-Étienne. En effet Robert Berić, 24 ans, est annoncé depuis quelques jours du côté des Verts. Une piste qui intrigue forcément, vu le profil inconnu du joueur, dans un championnat aussi exposé que la première division chypriote. Pourtant cet attaquant a de quoi plaire, il est jeune, talentueux et surtout prolifique. Footballski vous emmène découvrir ce robuste slovène au parcours et aux caractéristiques atypiques. Portrait.

Une enfance heureuse, une formation accomplie

Berić est né en juin 91 dans une ville moyenne de Slovénie, Krško, situé à l’Est du pays. Cette bourgade est notamment connue pour son château de ducs qui domine une petite vallée depuis une colline. Le petit Robert évolue dans l’ère post-yougoslavie, l’indépendance du pays ayant eu lieu le 25 juin 1991. Il est studieux et appliqué à l’école, ses parents, des bourgeois de la ville, lui permettent de grandir dans un environnement sain, et comme tous les jeunes Slovènes, il rêve de devenir footballeur (les autres sombrent dans le hockey sur glace ou le handball). Il prend sa première licence à l’âge de sept ans, au club local du NK Krško.

L'une des seules images de Robert dans son club formateur : le NK Krško. Ça sent bon le communisme à la papa.

L’une des seules images de Robert dans son club formateur : le NK Krško. Ça sent bon le communisme à la papa.

Au départ, il évolue en tant que milieu défensif, mais très vite ses qualités de finition et de renard des surfaces obligent ses entraîneurs à le faire jouer devant. Il profite même des blessures en équipe première pour jouer quelques matchs en deuxième division slovène, à seulement 15 ans ! Il marque un but pour six apparitions, ce qui attire l’œil des recruteurs du NK Interblock, club de la capitale slovène, Ljubljana. Il arrive en 2008 dans ce club familial, à l’ombre des grosses écuries du championnat. Il y restera deux saisons, ce qui lui permet de se montrer en 1.SNL, la première division du pays. Malgré son jeune âge, il participe tout de même à une quarantaine de matchs, où il y inscrit 14 buts ! Il remporte surtout une coupe de Slovénie en 2009, ce qui lui permet de connaître pour la première fois la joie des premiers tours qualificatifs d’Europa League au fin fond de la Roumanie.

Maribor-Graz : la découverte du haut niveau

En 2010, il signe pour 150 000 € dans le plus prestigieux club du pays, le NK Maribor (13 championnats et 8 coupes nationales). Il arrive dans l’équipe, en même temps que son coéquipier du NK Interlock, Josip Iličić, qui joue aujourd’hui à la Fiorentina. Robert Berić met alors un pied à l’étrier dans une équipe avec une constante attente de résultats et une pression des supporters décuplées par rapport à son quotidien monotone du NK Krško. Le jeune attaquant ne se défile pas et répond présent lors de ses trois saisons à Maribor. Il inscrit 36 réalisations en 127 apparitions, on peut également y ajouter ses 13 passes décisives. Il participe ainsi activement aux trois titres successifs de 2011, 2012 et 2013. Sous le maillot violet, Berić dispute également 23 matchs en coupe d’Europe mais, cependant, ne foulera jamais les terrains pour la phase de groupes de la Ligue des Champions, éliminé à chaque fois en tour préliminaire. Parallèlement, il connaît sa première cape avec les A slovènes, le 14 novembre 2012, après avoir été appelé à de nombreuses reprises chez les espoirs.

Berić s'était fait remarquer en 2012 après avoir trompé Hugo Lloris à White hart Lane. Tottenham s'était cependant imposé 3-1.

Berić s’était fait remarquer en 2012 après avoir trompé Lloris en Europa League. Tottenham s’était cependant imposé 3-1.

Ses performances attirent bien évidemment l’œil des recruteurs européens. Parmi les clubs recensés, on retrouve Copenhague, Nottingham Forest, Derby County, l’Udinese, le Chievo Vérone et plusieurs clubs de Bundesliga 2. Pourtant c’est un club inattendu qui va rafler la mise, le Sturm Graz, équipe autrichienne sans éclat depuis les années 90, paye sa clause au Maribor avant tout le monde, à savoir un petit million d’euros. Berić ne s’oppose pas au transfert, il sait qu’à 22 ans, le Sturm ne représente qu’un « tremplin ».

Même s’il ne reste qu’une saison à Graz, l’attaquant slovène marque de son empreinte son passage. Très disponible auprès des médias et toujours jovial au quotidien, Berić découvre la Bundesliga autrichienne et ses exigences physiques. Il a certes du mal physiquement face aux robustes défenseurs mais malgré tout, son aisance sur le front de l’attaque lui permet de se distinguer. Avec 12 buts et 12 passes décisives, il réalise une saison pleine et se fait une nouvelle fois remarquer, notamment par l’équipe Footballski puisque nous l’avions mis dans nos espoirs après la saison 2013/2014.

L’explosion au Rapid Wien

Le 3 juillet 2014, Robert Berić bouge de nouveau mais reste en Autriche. C’est le Rapid de Vienne qui rachète le contrat au Sturm Graz, pour 800 000 €. Une arrivée qui s’inscrit dans la nouvelle politique sportive du Rapid, qui veut rajeunir son équipe, par son centre de formation mais également en enrôlant des espoirs avec du potentiel. Le Slovène arrive dans une équipe en pleine mutation, qui ne cesse de progresser et veut désormais concurrencer le Red Bull Salzbourg, l’ogre de cette Bundesliga. Berić connaît ainsi son cinquième club en sept années, un manque de stabilité qui ne s’explique pas par des états d’âme mais bel et bien par une constante progression.

Cette saison 2014/2015 est une véritable consécration pour le Slovène qui s’épanouit dans une équipe joueuse et portée vers l’avant. En 33 rencontres de championnat, il inscrit la bagatelle de 27 buts, il termine malgré tout à la seconde place du classement des buteurs, derrière l’inamovible Jonatan Soriano (31 l’an passé). Il termine avec ses coéquipiers à la seconde place de la Bundesliga, en ayant inquiété jusqu’au bout Salzbourg. Robert Berić devient alors l’une des figures incontournables du championnat, sa stature a changé, il est désormais respecté et craint des défenseurs de la Bundesliga.

L'an dernier face à Marcel Sabitzer, un duel de buteurs en devenir.

L’an dernier face à Marcel Sabitzer, un duel de buteurs en devenir.

Même si cette saison 2015/2016 n’en est qu’à ses balbutiements, le Rapid a réalisé un véritable exploit en venant à bout de l’Ajax Amsterdam lors du troisième tour préliminaire de la Ligue des champions. Berić participe grandement à ce probant succès avec deux buts inscrits (5-4 sur les deux rencontres). Le tirage au sort a désigné un autre mastodonte européen pour les verts et blancs, le Shakhtar Donestk, lors du dernier barrage avant la phase de poules. Berić est face à l’un des plus gros défis de sa carrière, peut-être l’un de ses derniers au Rapid…

Sur le terrain : un buteur altruiste

À 24 ans, le natif de Krško est dans la forme de sa vie. Il sort d’une très grosse saison au Rapid avec un total conséquent de buts ce qui lui a permis de terminer à la douzième place du Soulier d’or européen, devant des buteurs comme Carlos Tevez, Diego Costa, ou Carlos Bacca. Cette soudaine prolifération n’était pourtant pas attendue. Il sortait d’une belle saison à Graz mais à seulement 12 réalisations. Il a profité l’an passé d’une équipe en pleine euphorie, toujours porté vers l’avant et qui n’était jamais dans le calcul politicien « on démarre le match avec un point, il faut le garder ».

Ses stats en Slovénie n’étaient pas non plus exorbitantes, on comprend très vite alors quel est son profil. Par sa taille (1,88 m) et son gabarit, Berić est un point de fixation idéal pour ses coéquipiers. Très mobile sur le front de l’attaque, il peut aller chercher des ballons à droite, à gauche même si la profondeur n’est pas son point fort. Le jeu du Rapid, à base d’attaques rapides et de contres, lui convient parfaitement car il attire les défenseurs, libérant des espaces pour les ailiers comme Kaine, Schobesberger voire Schaub contre l’Ajax.

Il sait également se faire violence. Lors de son arrivée en Autriche, ses premiers pas avaient été compliquée au début, en raison des duels costauds avec les robustes défenseurs de Bundesliga. Il s’est ainsi adapté, pour se montrer beaucoup plus agressif sur les terrains. Bémol : il récolte de nombreux avertissements par une trop grosse volonté rechercher le duel. Cependant en phase défensive, il se met au diapason de l’équipe avec une volonté débordante de presser son vis-à-vis.

Pas encore titulaire en sélection, Berić doit saisir sa chance à quelques mois d'un éventuel Euro pour les Slovènes.

Pas encore titulaire en sélection, Berić doit saisir sa chance à quelques mois d’un éventuel Euro pour les Slovènes.

Sa palette de buteur est également un gros atout, ambidextre, il est très adroit des deux pieds, ce qui lui donne un atout indispensable, il n’a pas besoin de choisir de quel pied frapper. Du gauche ou du droit, Robert sait bombarder, enrouler, piquer, ajuster, croiser, quaresmaer (action de mettre un extérieur du pied à chaque frappe), bref il sait tout faire, après tout quoi de plus normal pour un attaquant moderne ? C’est également un garçon très intelligent tactiquement, toujours lucide sur le terrain, à la recherche du geste juste. Si Berić est incontestablement un buteur, c’est également un passeur redoutable (40 assists sur 261 rencontres officielles).

Cette volonté de faire marquer les autres n’est pas anodine, le Slovène sait se fondre dans un collectif et n’a jamais demandé un transfert ou une quelconque revalorisation salariale, sauf incluse dans son contrat. Un véritable soldat qui ferait le bonheur de nombreuses équipes. L’enfant de Krško est prêt à prendre son envol, quelle équipe compostera son billet ? Les enchères peuvent débuter.

Pour résumer Robert Berić, voici un tableau récapitulatif de ses qualités mais également de ses défauts.

Adrien Mathieu

Robert Beric, l’ambitieux slovène
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A propos de l'auteur

Adrien Mth

Adrien Mth

Étudiant en journalisme à l'IJBA de Bordeaux. Passionné par le pays du Tyrol, de l'escalope, de Natascha Kampush et du Prater. Vous l'avez compris, la Bundesliga autrichienne, c'est mon dada. Également auteur du FootballskiTrip en Ukraine.

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