Rinat Akhmetov: le roi de la Donbass n’est pas mort !

Mourad Aerts - Publié le 29 septembre 2015

Le Shakhtar Donetsk est plus qu’un club de foot en Donbass, on vous l’a déjà dit, on vous le répète. C’est un symbole de la région. Plus même : une représentation exacte de la contrée actuellement en guerre. Pour s’en convaincre, suffit de faire un très rapide focus sur son président : Rinat Akhmetov. Président de Donetsk, son club de foot et tout le reste.

Deux anecdotes pour faire connaissance

Rinat-Akhmetov

Rinat Akhmetov, l’homme du Donbass

Plantons le décor en deux anecdotes. Nomer odin. La scène se déroulerait juste après les résultats de l’élection présidentielle ukrainienne de 2004. Vous vous souvenez la « Révolution Orange » ?

Rinat Akhmetov est alors le principal bailleur du Parti opposé aux révolutionnaires : le parti des régions. Alors que son candidat vient d’essuyer une cinglante défaite, le mécène convoque l’ensemble de son camp politique pour recevoir le candidat vaincu. Devant quelques-unes des plus prestigieuses huiles du pays, Akhmetov gifle cérémonieusement Yanoukovich et l’enclin à « ne plus jamais l’humilier ». Voilà, ça vous pose un homme.

Un homme pas très impressionnant physiquement mais compensant par un service d’ordre expéditeur, au cas où. Faut dire qu’après avoir été attaqué au lance-roquettes et au fusil d’assaut, on a tendance à être prudent. Comme lors de ce quart de final retour d’Europa League à Marseille. Un chauve, alors directeur sportif du club local, se dirige tout tranquille vers le petit roux qu’il a reconnu pour lui serrer la main, deux gorilles s’interposent et placent prestement leurs mains dans leurs poches de vestes intérieures. Le grand vizir d’un geste détendu mettra un terme au zèle de ses gardes du corps. La peur de la vie de José, qui en a pourtant vu d’autres… Nomer dva.

« Disons simplement que j’ai pris des risques »

Voili, voilou. D’autres ? Quand on lui demande comment a-t-il fait fortune ?

« Disons simplement que j’ai pris des risques ». Il faut replacer cette phrase légendaire dans le contexte de l’explosion du bloc soviétique, le Far-East, pas de constitution au pays et des autorités absentes. Une époque où chaque usine pouvait être victime d’un coup d’État militaire fomenté par un gang alors… qu’elle se remettait juste de celui vécu la semaine précédente ! Bref, il a pris des risques.

D’ailleurs comment est-il arrivé à la tete du club de foot de Donetsk ?

Un jour de match, ce dernier se rétracte et ne vient pas dans la tribune présidentielle. Hasard de la vie, une bombe explose et arrache son dernier souffle à Akhat Bragin.

En 1996, le roi en ville s’appelle Akhat Bragin. Chef du gang de Donetsk et Tatar comme ce jeune loup prénommé Rinat que le Boss prend sous son aile. Le Shakhtar est alors la propriété de Bragin qui assiste à tous les matchs en tribunes secondé par son fidèle bras droit,  Akhmetov.

Un jour de match, ce dernier se rétracte et ne vient pas dans la tribune présidentielle. Hasard de la vie, une bombe explose et arrache son dernier souffle à Akhat Bragin. Rinat ramasse derrière (même s’il n’est sans doute pas à la base de l’attentat) et commence son irrésistible ascension.

Bien aidé par un monopole économique dans tout l’Est du pays, il va faire du club minier son jouet préféré. Et l’instrumentaliser de temps en temps à des fins politiques.

Un système à faire pâlir Tapie ET Pinto da Costa

Un de ces présidents vient de se prendre un but. Sauras tu le reconnaître? Attention, il y a un piège...

Un de ces présidents vient de se prendre un but. Sauras tu le reconnaître? Attention, il y a un piège…

Il construit d’abord une équipe en se basant sur un vrai bon coach capable de naviguer en eaux pas toujours très propres : Mircea Lucescu. Ensemble ils définissent un projet et ramènent des dizaines de Brésiliens permettant l’enrichissement technique de l’équipe. Allez voir par là, on a discuté avec Frack Henouda, l’agent à la base de la filière brésilienne du club.
Puis les revend à prix d’or dans toute l’Europe, une fois leur réputation faite. Win/Win.

Un jour de Illichivets Maryopol – Shakhtar Donetsk, le président du club de Maryopol arriva avec la doudoune du club minier, célébra chaque but marqué par les ouailles de Lucescu

Il continue son chemin vers la gloire en plaçant le Shakhtar au centre d’un réseau de clubs satellites. Les clubs « Dotchki », les clubs sœurs en VF. Tous pensionnaires de la Primer Liga, ces clubs sont dépendants du Shakhtar tant sur le plan économique que structurelle.

On a ainsi des saisons où Maryopol avait un effectif composé à 80% de joueurs appartenant au club de Donetsk. Dur d’être ensuite compétitif dans les confrontations directes après ça.

Pourquoi faire semblant d’ailleurs ? Un jour de Illichivets Maryopol – Shakhtar Donetsk, le président du club de Maryopol arriva avec la doudoune du club minier, célébra chaque but marqué par les ouailles de Lucescu… Une pratique reprise récemment par le Dynamo Kiev avec le Hoverla Uzhgorod, par exemple.

Tout allait comme sur des roulettes en 2013 pour Rinat : des affaires florissantes (39ème fortune mondiale), son pantin au pouvoir et son club au sommet (4ème titre consécutif). Jusqu’à ce que ces saletés d’Oranges se réveillent encore à Kiev.

Rinat 2.0 : Il ne sait plus sur quel pied danser mais continue d’être le roi de la Donbass

Lorsque le mouvement Maïdan débute, Rinat ne se fait pas entendre. Il observe les piètres manœuvres de sa marionnette à Kiev et semble complètement déboussolé. Finalement, il semblerait qu’il ait soutenu financièrement les premiers mouvements séparatistes dans sa région. Il était de toute manière tout simplement impossible à l’époque d’intenter une telle action sans passer par lui. Il contrôle tout, du vote des ouvriers aux médias locaux.

Il contrôle tout, du vote des ouvriers aux médias locaux.

Bien rapidement, le vent tourne, une autre grande force étrangère (qu’on ne citera pas) entre dans le conflit. Sentant les dommages évidents qu’une scission complète avec Kiev lui causerait sur le plan économique, il se rétracte et prône désormais l’unité de l’Ukraine. Une position qui passe mal chez à peu près tout le monde sauf chez les habitants de la Donbass. Eux, n’en ont cure. Il continue à leur offrir du boulot, arrose la région en vivres et garde en conséquence une cote de popularité très élevée.

En attendant, les pertes financières liées à la guerre sur son empire sont indéniables (plusieurs de ses usines étaient au milieu des bombardements…) et se sont donc répercutées sur son club de foot. Le sponsor maillot du Shakhtar (SMC) n’est autre que la Holding de papa Rinat. Les ventes de joueurs se sont multipliés, l’équipe s’est « Ukainisée » et beaucoup craignaient la fin du modèle Shakhtar en cas de non qualification en Ligue des Champions, cette saison.

Sans doute prématuré, gageons qu’avec un tel funambule à sa tête, le club minier finira d’une manière ou d’une autre par s’en sortir.

Vous pouvez aussi lire :

– Shakhtar Donetsk : Une histoire à réécrire
– On a discuté avec Franck Henouda, agent à la base de la filière brésilienne du Shakhtar Donetsk

Mourad Aerts

Rinat Akhmetov: le roi de la Donbass n’est pas mort !
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A propos de l'auteur

Mourad Aerts

Schizophrène assumé, serait fusillé aussi bien en Ukraine qu'en Russie. Pour son grand amour des premiers chez les seconds et sa tendresse pour les seconds chez les premiers. Bref, il ne l'ouvre que sur Footballski et ça vaut mieux pour lui.

pays de l'auteur footballski
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