Retour sur la saison en Russie (2/4)

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 19 juin 2015

A partir de ce mardi, nous revenons sur la saison russe avec une belle quadrilogie, clubs par clubs qui suivra l’ordre final du classement. Cela succède à notre équipe-type que vous avez déjà pu découvrir. Après notre première partie, aujourd’hui, zoom sur les places cinq à huit du championnat 2014/2015 avec le Rubin Kazan, Spartak Moscou, Lokomotiv Moscou et Mordovia Saransk.

Rubin Kazan [Cinquième | 48 points] par Karim Hameg

La saison

Pour la première fois depuis 2002, le Rubin démarrait une saison sans son emblématique entraineur turkmène Kurban Berdiyev, licencié durant l’hiver. C’est donc avec Rinat Biliyaletdinov, père de, que le club tatar démarre la saison. Le club, habitué à perdre ses meilleurs joueurs, devra faire sans Roman Eremenko, parti de manière houleuse au CSKA Moscou. Pour compenser, le club de Kazan choisit de miser sur la jeunesse : Kanunnikov, l’invité surprise du Mondial, Livaja et Mogilevets (qui ne restera que quelques semaines) font notamment partie des recrues.

Elmir Nabiullin

Elmir Nabiullin

La saison démarre très mal pour le Rubin, laminé dans son stade par le Spartak Moscou (0-4). De manière générale, le début de saison est assez délicat puisque le Rubin ne remporte aucun de ses quatre premiers matchs, y compris le match inaugural de la Kazan-Arena face au Lokomotiv (1-1). Il faut attendre la cinquième journée et la venue du champion en titre, le CSKA, pour assister à la première victoire (2-1). Par la suite, le Rubin montera progressivement en puissance sous l’impulsion notamment de son buteur Igor Portnyagin. Entre autres coups d’éclat, les Tatars écraseront le Mordovia (5-0) ou l’emporteront sur le terrain du Dinamo (2-0) et signeront une série de cinq victoires consécutives entre la 17è et la 22è journée. La fin de saison sera toutefois plus délicate pour le Rubin qui manque l’occasion d’accrocher la quatrième place, synonyme d’Europa League : le club ne profitera pas de l’irrégularité du Dinamo Moscou et termine cinquième. Insuffisant pour décrocher une place européenne. La saison 2014/2015 était la première sans coupe d’Europe pour le Rubin pour la première fois depuis 2008/2009. Le club va devoir vivre sans le frisson européen une saison de plus même si la saison s’avère être plutôt satisfaisante.

Le positif

La saison dans son ensemble. Le changement de cycle a été plutôt bien mené et des joueurs se sont révélés comme des néo-internationaux avec Nabiullin, Kambolov et Portnyagin. Cette cinquième place est une bonne performance eu égard au mauvais classement de 2013/2014, même si, en raison de la victoire du Lokomotiv en coupe, elle n’est pas qualificative pour l’Europa League.

Le négatif

Le recrutement basé sur la jeunesse n’a pas vraiment été une réussite à l’image de Taras Burlak, envoyé en prêt à Samara, ou Marko Livaja, totalement invisible cette saison. On peut aussi ajouter une fin de saison décevante : le Rubin n’a pas su profiter de l’écroulement du Dinamo.

Le coach

Rinat Biliyaletdinov a su faire de son Rubin une équipe cohérente bien que parfois irrégulière. Ce n’était pas chose aisée que de passer derrière Berdiyev.

La polémique

Stade ultra-moderne de 45 000 places, la Kazan-Arena a été inaugurée à l’été 2013 en vue des Universiades. Le Rubin n’a pu en profiter qu’en août 2014 après de longs travaux… jusque fin 2014. Le stade a du à nouveau subir des travaux en vue des championnats du monde de natation qui s’y dérouleront.

Le but

Spartak Moscou [Sixième | 44 points] par Lazar Van Parijs

La saison

Une célèbre maxime dit : “fort avec les faibles, faible avec les forts”. Cependant, cette saison le Spartak s’est plus inspiré de la bible “J’ai été faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver de toute manière quelques-uns.” Corinthiens 9:22 à une différence près, c’est qu’ils n’ont pas gagné les faibles. Pour résumer, la saison du Spartak c’est fort avec les forts et faible avec les faibles. Dans un championnat qui comporte de nombreux faibles, ça fait une balance négative. Ça, c’est pour l’aspect général.

Quincy Promes

Quincy Promes

Plus sérieusement, Murat Yakin est arrivé cet été auréolé d’une réputation de coach mondial, avec une maîtrise tactique importante vu les exploits qu’il avait réalisé avec Bâle en Ligue des Champions, notamment face à Chelsea. Les premiers matchs étaient encourageants enchainant une victoire face au Rubin puis au Dinamo. La défaite 4-0 face à Krasnodar aurait dû servir de révélateur, mais comment se plaindre quand vous gagnez face au CSKA la semaine d’après ? Bref, sur les six premiers matchs, la tendance était donnée avec ces victoires à l’extérieur de prestige mais des défaites face à Perm et UFA. Le style de jeu est loin d’être flamboyant, mais le résultat est là. Cependant, des problèmes dans la structure administrative, dans le vestiaire (guerre d’égos), viennent compliquer une saison qui ne veut pas se lancer et qui ne se lancera jamais. Il y a du potentiel, on sent du bon mais jamais très longtemps. On reste sur notre faim. Au terme d’une saison compliquée sur le plan personnel, c’est d’un commun accord que la direction et Murat Yakin se séparent.

L’Europe

C’est un beau roman, c’est une belle histoire… Bref, pour l’ Europe faut sortir ses cassettes VHS.

Le positif

Compliqué de trouver du positif à proprement parler à l’issue de cette saison. Cependant, plusieurs points sont à retenir. Tout d’abord, l’excellente saison de Promes. Arrivé l’été dernier, l’espoir néerlandais s’est acclimaté tout de suite et a effectué une saison de haut niveau. Il termine meilleur buteur du club avec 13 réalisations et est le joueur de champ le plus utilisé. Pas mal pour un jeune de 23 ans qui débarque en Russie. L’autre point positif est la livraison de l’ Otrytie Arena. Financé sur fonds propres, le Spartak possède enfin son stade et quel stade !

Le négatif

Au niveau des déceptions, on pourrait parler du classement ou du fait que l’équipe passe encore à côté de la Coupe d’Europe. L’absence de fond de jeu également, comme je vais vous en parler ensuite avec Murat Yakin qui est une des grandes déceptions individuelles. Il y a aussi Dzyuba qui n’a pas su être bon dans la durée avant de signer pour le grand rival gratuitement et d’être prêté dans la foulée à Rostov. Shirokov est également une déception surtout quand on voit ce qu’il a pu faire ensuite à Krasnodar.

Le coach

Ça devait être la star, ça tourne au cauchemar. Murat Yakin a multiplié les différents schémas de jeu, cherchant inlassablement son équipe type: 5-4-1, 4-2-3-1, 3-5-2, 4-2-2-2, 4-3-3. Difficile pour les joueurs de s’y retrouver. De plus, la gestion du vestiaire est chaotique, 10 joueurs quittent le club lors de la pause hivernale, notamment des joueurs cadres, ou censés être cadres, mais à l’égo trop important pour Yakin qui préfère miser sur des jeunes. C’est ainsi que Tino Costa, Roman Shirokov, Pavel Yakovlev, Artem Dzyuba et Salvatore Bocchetti s’envolent vers d’autres cieux. N’ayant pas appris le russe, il passa la saison avec son traducteur, pas forcément le plus pratique pour donner ses consignes.

La polémique

On pourrait évoquer le management de Fedun et son milliard englouti mais on préférera illustrer la guerre entre les joueurs et le coach par une polémique entre Aras Özbiliz et son coach Murat Yakin. Ce dernier d’origine turque a été accusé par le joueur de ne pas le faire jouer à cause de sa nationalité: arménienne. Polémique déclenchée en plein pendant les célébrations du centenaire du génocide arménien, ça fait mauvais genre.

Le but

Lokomotiv Moscou [Septième | 43 points] par Adrien Morvan

La saison

Troisième de l’exercice précédent, à la lutte pour le titre jusqu’à la dernière journée, le Lokomotiv entame la saison 2014-2015 avec quelques certitudes, ce qui n’était plus arrivé depuis l’éviction du tandem Filatov (président)/Siomine (entraîneur). Le technicien biélorusse Leonid Koutchouk est le principal artisan de cette forme retrouvée, et bénéficie au mois de juillet du soutien des supporters comme du club. L’arrivée du relayeur Manuel Fernandes, de l’ailier habitué de la Première ligue Alan Kasaïev et du jeune attaquant Oumar Niasse ressemble même à un recrutement intelligent.

Autant dire que la déception est à la mesure du potentiel de l’équipe et des attentes. Dès le mois de juillet, le vestiaire éclate : Lassana Diarra et Mbark Boussoufa clament haut et fort leurs velléités de départ. La discipline inflexible de Koutchouk serait en cause. C’est le début d’un feuilleton qui dure encore aujourd’hui, puisque Diarra est toujours en procès avec le club et Boussoufa est copieusement sifflé par la tribune sud à chacune de ses apparitions.

Le bilan des premières journées est pourtant assez flatteur, avec deux victoires contre Tula et Rostov, et deux matchs nuls contre le FC Krasnodar et Kazan. Les choses se gâtent après l’élimination en barrages de Ligue Europa et les défaites contre le Kuban et le Zénit. Koutchouk est poussé à la démission à l’issue d’un match nul contre le Mordovia Saransk de Siomine. A noter le limogeage de grande classe, comme toujours avec le Loko : Koutchouk comprend qu’il est viré lorsque les vigiles du club lui interdisent l’accès au camp d’entraînement.

Après un court intérim de l’ancien joueur du Lokomotiv Igor Tcherevtchenko, c’est le Monténégrin Miodrag Božović qui prend les rênes de l’équipe. Malgré une victoire éclatante contre le Dynamo (4-2), son règne marque le délitement de la discipline imposée par Koutchouk. Il finit par démissionner à son tour en avril après une série de résultats piteux contre les relégables.

Cette année comme en 2007, c’est la Coupe de Russie qui vient sauver une saison catastrophique. Un parcours débuté dans la brume contre Novossibirsk (1-3), qui s’est poursuivi dans la douleur contre UFA (0-1) et Kazan (4-2 aux t.a.b.). La demi-finale contre le petit poucet Orenbourg (FNL, 2e échelon russe) s’est avérée extrêmement compliquée, avec une nouvelle victoire aux tirs au but à mettre au crédit du gardien brésilien Guilherme. Tcherevtchenko, une nouvelle fois placé à la tête de l’équipe, parvient à remotiver ses troupes pour la finale, qui s’imposent 3-1 en prolongations contre le Kuban de… Leonid Koutchouk. C’est la 8e coupe de l’histoire du Lokomotiv.

L’Europe

Que dire, que dire… Le premier adversaire du Loko en Ligue Europa est l’Apollon Limassol, que les supporters de Nice ont appris à connaître à leurs dépens. Le club chypriote ne fait qu’une bouchée des cheminots (1-1 puis 1-4). Les 4 buts encaissés à Moscou mettent fin prématurément à l’aventure européenne, l’occasion pour les ultras de reprendre en chœur : « La Coupe d’Europe, seulement sur Playstation ».

Le positif

Une victoire en coupe, une belle performance contre le Dinamo, voilà en résumé ce qu’on retiendra de cette saison. Les titularisations de plus en plus régulières d’Arseni Logachov, Dimitri Barinov et Alekseï Mirantchouk ont montré que le salut passerait peut-être par la jeunesse du club. La défense centrale a également fait du bon boulot, avec le Croate Vedran Ćorluka toujours aussi intraitable et le Slovaque Ján Ďurica qui retrouve une seconde jeunesse. Les nouvelles recrues Manuel Fernandes et Alan Kasaïev ont été à la hauteur. C’est malheureusement à peu près tout.

lokomotiva-leonid-kuchuk

Leonid Koutchouk

Le négatif

Les cadres de la saison précédente, Samedov, Tarassov, Chichkine, Guilherme, ont eu une attitude particulièrement critiquable, torpillant Koutchouk dès le mois de septembre. Pavlioutchenko continue d’être le running gag de service : les supporters ne se lassent jamais d’entonner l’hymne à sa gloire : « Pavlioutchenko super forward ! ». Le public, justement, n’a pas été au rendez-vous cette saison. Les affluences ne cessent de baisser et les ultras ont fait grève de septembre à avril pour protester contre le départ de Koutchouk et la gestion désastreuse de la présidente Olga Smorodskaïa. Cette dernière a malheureusement toute la confiance de Yakounine, le tout-puissant patron des chemins de fer russe (RJD). Le mercato d’hiver, enfin, s’est révélé être un désastre absolu, avec le départ de N’Doye à Hull City et son remplacement par le buteur du Partizan Belgarde Petar Škuletić. Le Serbe a fini par être écarté au profit de Pavlioutchenko, ce qui en dit long sur ses performances.

Le coach

Là, on touche au sublime. L’entraîneur qui avait signé le premier podium du Loko depuis 2006 est viré comme un malpropre en septembre pour une série de trois défaites et une cabale des cadres du vestiaire. Smorodskaïa va pêcher son remplaçant chez le dernier du championnat à ce moment-là, Rostov ! Miodrag Božović est tout sauf l’homme de la situation, et le navire continue de sombrer jusqu’à sa démission au printemps. On lui souhaite quand même bonne chance l’année prochaine à la tête de l’Etoile Rouge de Belgrade. Le pauvre Igor Tcherevchenko, défenseur rugueux du Loko des années 90, s’est vu jeter deux fois de suite dans la fosse aux lions pour remplacer les entraîneurs éjectés. Une situation intenable dont il s’est tiré avec les honneurs, remportant même la Coupe de Russie. Olga Smorodskaïa a décidé de le reconduire pour l’année prochaine, enfin une étincelle de bon sens après cinq ans d’une présidence calamiteuse.

Le but

Mordovia Saransk [Huitième | 38 points] par Antoine Jarrige

La saison

De retour en RPL, deux ans après l’avoir quitté: le club de la ville de Saransk était une nouvelle fois voué à faire l’ascenseur. Mais, contre toute attente, le Mordovia est le club promu qui a le mieux réussi cette saison. Une saison qui commence plutôt bien avec une victoire contre un adversaire qui joue également le maintien, le FK Ural, sur un score de 3-2. Le cycle aller est un mélange de bonnes et mauvaises performances, des victoires importantes pour le maintien (Ural, Torpedo, Tula, Amkar) mais également des succès inattendus comme cette victoire 1-0 contre le Zenit. En dehors de ça, le Mordovia a passé un mois d’octobre désastreux qui aurait pu lui être fatal ; une défaite 2-0 à domicile contre Ufa, et deux 5-0 à Kazan et à Saint Pétersbourg. A la mi-saison le Mordovia pointait à une prometteuse dixième place.

Le cycle retour ressemble curieusement au cycle aller, de bons résultats qui sont rarement confirmés par la suite. En démontre ce bon match nul 0-0 contre le Lokomotiv puis une défaite 4-0 contre Krasnodar le week-end suivant. Le club de Saransk a malgré tout su tirer son épingle du jeu en dominant des adversaires pour le maintien, en enchaînant notamment cinq matchs sans défaites en fin de saison. C’est grâce à cette série que l’équipe a pu s’assurer une place dans l’élite du football russe dès la 27ème journée. A noter également le bon parcours en coupe des violets, sortis en quart de finale par le finaliste Kuban après avoir vaincu Ryazan (D2) et Yaroslav (FNL).

letallec_mordovia_saransk

Damien Le Tallec à la lutte avec Vainqueur

Le positif

Côté satisfaction on retiendra notamment le maintien acquis rapidement, ce qui était l’objectif principal de la saison, mais également un parcours en coupe intéressant et de belles performances avec les victoires contre le Zenit 1-0 et Krasnodar 2-1. Enfin on notera les très bonnes tenues de certains joueurs dont Vasin en défense.

Le négatif

Le revers de la médaille est principalement, selon moi, l’allant offensif de l’équipe ; quinzième attaque du championnat avec seulement 22 buts marqués mais également très peu d’occasions par match. On peut aussi noter que le seul but de la recrue hivernale Yannick Djalo (espoir du football portugais) fut inscrit sur pénalty, peut mieux faire… On peut enfin souligner le manque de soutien du club, avec seulement 5000 spectateurs de moyenne: il a la quatorzième affluence du championnat et devra attirer plus de supporters pour progresser en RPL.

Le coach

Pour sa première saison sur le banc du Mordovia, Iouri Siomine a su trouver la bonne formule pour éviter l’ascenseur au club. Ancienne gloire du football soviétique, l’ancien entraîneur du Dynamo Kiev et du Lokomotiv Moscou va néanmoins quitter le club car les ambitions du Mordovia ne lui conviennent pas et devrait rebondir du côté de l’Anzhi.

Le but

Adrien Laëthier

Retour sur la saison en Russie (2/4)
Donnez votre avis

A propos de l'auteur

Adrien Laëthier

Adrien Laëthier

Amoureux de la Russie et de l’Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l’Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J’essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d’ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,…) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

pays de l'auteur footballski
pays de l'auteur footballski

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
A la découverte des stades de la Coupe du Monde 2018

Dans 3 ans débutera l'événement le plus attendu par les fans du ballon rond, la Coupe du Monde. Pour sa...

Fermer