Retour sur le parcours russe dans l’Euro 2017 féminin

Adrien Morvan - Publié le 27 juillet 2017

Parmi les nations Footballski, la Russie est la seule à maintenir une présence régulière dans les compétitions internationales de football féminin. L’Euro 2017, qui se déroule depuis la mi-juillet au Pays-Bas, ne fait pas exception à la règle : la Russie et l’Autriche sont nos seules représentantes parmi les 16 qualifiés. En attendant un papier sur les causes sportives, historiques et économiques de ce triste état de fait, on a choisi de vous raconter par le menu le parcours de la Russie, dont l’équipe mérite bien un peu d’exposition.

L’avant-tournoi

Le tirage

À l’issue d’une campagne de qualification en demi-teinte, les Russes se sont qualifiées en tant que deuxièmes de leur groupe derrière l’Allemagne. Les deux succès probants contre la Croatie n’ont pas effacé les difficultés rencontrées contre la Hongrie et la Turquie, qui sont loin d’être des foudres de guerre.

Parmi les 16 participants, la Russie est donc un outsider sans grande prétention qui aborde le tirage dans le chapeau 4. Pas vernies, les filles ont tiré la pire équipe possible dans presque chaque saladier. Dans le pot 1, c’est l’Allemagne qui est sortie, octuple championne d’Europe quand même, puis la Suède de Lotta Schelin dans le pot 2, et enfin l’Italie dans le pot 3, un second couteau dont il faut se méfier.

La coach

Elena Fomina, coach de la Russie | © rsport.ru

Pour mener la Sbornaya vers un exploit improbable, la Fédération russe fait confiance à Elena Fomina, ancienne internationale et entraîneuse de Rossiyanka en Première Ligue féminine. Fomina, c’est d’abord une joueuse expérimentée qui a participé à deux Coupes du Monde et à deux Euros sous les couleurs de la Russie. C’est aussi une coach prometteuse qui a obtenu de bons résultats avec son club, dont un titre de championne de Russie en 2016.

L’objectif, répété à l’envie dans la presse, est de sortir des poules. Fomina, bien consciente des limites de son équipe et des forces de ses adversaires, doit surtout espérer une première victoire russe en phase finale de l’Euro et un faux-pas de la Suède, voire, qui sait, de l’Allemagne.

La liste des 23

Pour son premier tournoi international sur le banc de la sélection, Fomina a misé sur un mélange entre sang frais et expérience. Chaque ligne comporte des éléments rodés : Kozhnikova et Makarenko en défense, Morozova et Sochneva au milieu, ainsi que Danilova en attaque. Au poste de gardien, l’absence d’Elvira Todua s’est faite remarquée. La gardienne du CSKA, de retour de blessure, n’a sans doute pas été jugée assez en forme pour participer.

Les 23 joueuses russes | © rfs.ru

Pour l’anecdote, on retrouve trois joueuses de l’équipe qui avait battu la France en finale de l’Euro des moins de 19 ans en 2005 : Danilova, Morozova et Kozhnikova. En ce qui concerne les clubs mis à contribution, on note la présence de 6 joueuses du CSKA, 5 de Kubanochka, 5 de Chertanovo, 5 de Ryazan VDV et 2 de Zvezda Perm. Cela confirme la place grandissante de l’ancien club de l’armée dans le football féminin, au détriment de Rossiyanka. Des clubs formateurs comme Kubanochka et Chertanovo sont récompensés, alors que le mastodonte du championnat Zvezda Perm est étrangement négligé.

Pour compléter la liste, quatre nouvelles venues ont été appelées par Elena Fomina : les trois espoirs de Kubanochka Viktoria Shkoda, Nasiba Gasanova et Natalya Solodkaya, ainsi que l’avant-centre Marina Kiskonen, qui a réalisé un bon début de saison avec Chertanovo.

Les matchs

Italie 1-2 Russie (Danilova 9e, Morozova 26e / Mauro 88e)

17 juillet à Rotterdam
Italie XI : Marchitelli / Gama (Tucceri Cimini 27e) – Salvai – Linari – Bartoli / Gugliano – Stracchi – Carissimi (Girelli 61e) / Guagni (Bonansea 71e) – Mauro – Gabbiadini
Russie XI : Scherbak / Zyastinova – Makarenko – Kozhnikova – Solodkaya / Morozova / Sochneva (Kiskonen 90e) – Smirnova – Cholovyaga (Pantyukhina 59e) – Chernomyrdina / Danilova (Karpova 75e)

On ne peut pas dire que la formation choisie par Fomina pour affronter l’Italie soit des plus audacieuses. Au 4-3-3 des Azzurre répond un 4-1-4-1 qui ne respire pas le football champagne. On compte sur l’expérience de Morozova, placée en sentinelle devant la défense, et sur la roublardise de Danilova pour se créer des occasions de but.

Dès le coup d’envoi, les Russes se jettent sur le ballon et maintiennent un pressing haut qui déstabilise complètement les Italiennes. Comme quoi, analyser les formations, ce n’est parfois pas beaucoup plus utile que de lire l’avenir dans les feuilles de thé. Comme d’habitude, Danilova est un véritable poison pour la défense adverse, secondée dans son travail de sape par l’ailière Chernomyrdina. La jeune joueuse de Chertanovo semble parfois avoir un moteur à réaction à la place du palpitant.

Rien n’arrête Chernomyrdina | © rfs.ru

Mise sous pression, la Squadra Azzurra craque assez vite. Sochneva récupère le ballon très haut, combine avec Smirnova, puis transmet à Danilova. L’avant-centre ajuste une frappe rasante qui vient tromper Marchitelli sur son petit côté (0-1, 9e). Les efforts russes ne s’arrêtent pas là : alors que l’on joue la 26e minute, Morozova place une tête imparable sur le corner qu’elle vient elle-même d’obtenir (0-2).

C’est ensuite Tatyana Scherbak, du haut de ses 19 ans, qui tient la maison Russie debout. Elle détourne d’abord une volée de Carissimi d’une superbe claquette, avant de sortir courageusement pour chiper le ballon à Mauro. En seconde période, la Sbornaya recule encore plus et c’est un déluge d’offensives italiennes qui s’abat sur les cages de Scherbak. La gardienne de Kubanotchka ne se laisse pas démonter et renvoie tout ce qui arrive. Il faut attendre une ouverture de Girelli à la 88e, parfaitement reprise par Mauro, pour que les Italiennes parviennent à réduire le score (1-2).

La Russie obtient sa première victoire dans une phase finale de l’Euro dès le début du tournoi : Elena Fomina ne pouvait rêver mieux ! Deux gros clients se profilent néanmoins : les sélections suédoise et allemande.

Suède 2-0 Russie (Schelin 22e, Blackstenius 51e)

21 juillet à Deventer
Suède XI : Lindahl / Samuelsson – Fischer – Sembrant – Ericsson / Asllani –Dahlkvist (Folkesson, 63e) – Seger – Schough (Rolfö, 46e)  / Blackstenius (Hammarlund 73e) – Schelin
Russie XI : Scherbak / Zyastinova – Makarenko – Kozhnikova – Solodkaya / Morozova / Sochneva (Kiskonen 81e) – Cholovyaga – Smirnova – Chernomyrdina (Fyodorova, 66e) / Danilova (Karpova 73e)

Pour essayer d’arracher au moins le point du nul à la Suède, Fomina reproduit à l’identique le onze victorieux contre l’Italie. Peine perdue : les Suédoises, plus à l’aise techniquement, se défont facilement du pressing russe et s’installent dès le début du match dans la moitié de terrain adverse. Pour éviter de passer dans la zone de Morozova, les Jaune et Bleu combinent sur les côtés. Le trio Samuelsson – Asllani – Dahlkvist contrôle complètement le flanc droit, tandis que Schough s’infiltre régulièrement dans la surface pour apporter le danger depuis la gauche.

Kozhnikova a toutes les peines du monde pour trouver des solutions de relance contre la Suède | © rfs.ru

L’ouverture du score arrive sur un coup franc très lointain d’Ericsson, où Scherbak se troue complètement dans sa sortie. Lotta Schelin n’a plus qu’à reprendre de la tête pour envoyer le ballon dans les buts vides (1-0, 21e). La Suède a quelques occasions de doubler la mise avant la pause, tandis que la Russie a beaucoup de mal à franchir la ligne médiane.

Au retour des vestiaires, Blackstenius sonne les glas des espoirs russes à elle toute seule. Elle s’empare du ballon sur une relance catastrophique de Scherbak, gagne son duel au physique contre Makarenko et glisse le cuir dans les buts (2-0, 51e). L’avant-centre suédoise réalise un très bon Euro, où elle remplace l’habituelle titulaire du poste, sa partenaire en club à Montpellier Sofia Jakobsson.

Peu dangereuses en contre, les Russes ne parviennent pas à renverser la tendance. Les remplaçantes suédoises (Rolfö, Folkesson) leur font beaucoup de mal. Il faut toute l’agilité de Scherbak sur sa ligne pour garder le score en l’état jusqu’au coup de sifflet final. Pour espérer se qualifier, la Russie doit désormais faire un résultat contre l’Allemagne.

Russie 0-2 Allemagne (Peter 10e, Marozsan 56e)

25 juillet à Utrecht
Russie XI : Scherbak / Zyastinova – Makarenko (Ek. Morozova, 27e) – Kozhnikova – Solodkaya / El. Morozova / Sochneva – Cholovyaga – Smirnova (Fyodorova, 45e) – Chernomyrdina (Karpova, 63e) / Danilova
Allemagne XI : Schult / Blässe – Glößling – Peter – Simon / Doorsoum – Demann (Folkesson, 63e) – Däbritz (Magull, 68e)  / Marozsan / Mittag (Kemme, 74e) – Islacker (Kayikci, 45e)

Troisième de son groupe à l’issue de la 2e journée, la Russie doit absolument l’emporter face à l’Allemagne pour espérer se qualifier. Les deux équipes se sont déjà rencontrées pendant les éliminatoires, avec deux victoires nettes et sans bavure pour les filles de Steffi Jones (2-0, 0-4). Pour l’anecdote, les deux sélectionneuses du jour, Fomina et Jones, se sont déjà croisées durant leur carrière dans les compétitions internationales, toujours à l’avantage de l’Allemande.

Smirnova tente d’échapper à la défense allemande | © rfs.ru

Afin de renverser cette triste série, Fomina fait de nouveau confiance à son onze type, malgré la fébrilité défensive constatée contre la Suède. Dans les premiers instants de la rencontre, les combinaisons allemandes dans l’axe confirment l’évidence : la défense russe va souffrir. Alors que la Suède passait volontiers par les côtés pour contourner le bloc défensif rouge, l’Allemagne assoit son jeu sur une possession écrasante qui lui permet de multiplier les assauts vers la surface russe. Dans ces conditions, la moindre bourde est fatale, comme celle de Makarenko à la 9e minute, qui s’essaye au catch sur Islacker dans la surface. L’arbitre indique le point de pénalty et Peter ouvre le score sans trembler (0-1, 10e).

Le double-rideau défensif russe ne désarme pas et résiste au courage. Danilova est bien seule en pointe pour tenter de gratter quelques ballons. Les Allemandes peinent à se montrer vraiment dangereuses, et Scherbak est encore une fois impeccable sur sa ligne. Hélas, en seconde période, le scénario se répète : Chernomyrdina commet un tirage de maillot stupide sur Däbritz dans les 16 mètres. Le second pénalty est transformé par Marozsan avec l’aide du poteau rentrant (0-2, 56e). La fin du match est complètement verrouillée par les Allemandes, qui auront géré tranquillement leur avantage. Elles étaient tout simplement trop fortes pour les Russes. Au passage, les Italiennes, avec leur belle victoire contre la Suède, peuvent s’en vouloir d’avoir complètement raté leur entame de tournoi.

Le bilan

 

Classement final

PlaceNationPtsJGNPBpBcDiff.
1Allemagne73210413
2Suède43111431
3Russie3310225-3
4Italie3310256-1

 

Le onze type de Fomina

Les tops

Impossible de ne pas distinguer les deux leaders d’expérience de cette équipe dans les réussites du tournoi. Danilova, dans un rôle ingrat d’attaquante esseulée, a montré une fois de plus toute son opiniâtreté. C’est elle qui ouvre le score de manière inattendue contre l’Italie, et c’est encore elle qui a tenté tant bien que mal de trouver la faille dans les défenses suédoise et allemande. Morozova, en milieu défensif, a joué un rôle de régulatrice important au milieu de terrain, lançant les contres et coordonnant l’action des deux rideaux défensifs.

En plus de ces deux joueuses, il faut retenir le bon tournoi de Chernomyrdina, Sochneva et Solodkaya, qui ont tenté d’apporter le danger dans les couloirs.

Un trophée de joueuse du match bien mérité pour Morozova contre l’Italie | © rfs.ru

Les flops

La Russie a beaucoup souffert de son manque de consistance dans l’axe. Smirnova et Cholovyaga ont souvent été complètement muselées par le milieu adverse, à l’exception de la première mi-temps contre l’Italie, où leur pressing haut a porté ses fruits. De manière générale, la Sbornaya manque cruellement d’une meneuse technique dans l’entre-jeu.

En défense, malgré une belle combativité, les Russes ont un défaut rédhibitoire : elles ne savent pas dégager, et encore moins relancer. A plusieurs reprises pendant les trois matchs, on a vu des ballons être rendus directement à l’adversaire à l’entrée de la surface à cause d’un dégagement trop mou. L’unique solution de relance est bien souvent de balancer un parpaing sur Danilova en pointe. Ajoutez à cela des erreurs de placement, des fautes stupides, et cela donne un cocktail d’approximations qui ne permet pas de bien figurer dans un tournoi international.

La surprise

Tatyana Scherbak toute en noir… comme Lev Yachine ? | © rfs.ru

Elena Fomina, qui connaît bien Elvira Todua pour l’avoir entraînée à Rossiyanka, devait avoir sa petite idée derrière la tête quand elle a décidé de remplacer sa titulaire habituelle par Tatyana Scherbak. La gardienne de Krasnodar a fait preuve de réflexes incroyables sur sa ligne, avec une détente qui lui permet d’aller chercher des ballons impossibles. Bien sûr, elle a parfois péché dans ses sorties et dans ses relances, notamment contre la Suède, mais rien de plus normal à seulement 19 ans. Pour elle, il s’agirait de ne pas répéter le destin d’Akinfeev chez les hommes, et d’aller chercher assez tôt un club à l’étranger pour se frotter régulièrement au plus haut niveau.

La suite

La Coupe du Monde 2019 aura lieu en France, et la Russie a une nouvelle fois hérité d’un groupe de qualification difficile avec l’Angleterre. Au vu des progrès réalisés par la sélection sous la direction de Fomina, la Fédération serait bien inspirée de la reconduire, mais avec ces gens-là, on ne peut jamais vraiment savoir.

Avec Chernomyrdina, Scherbak ou Solodkaya, les Russes ont une jeunesse intéressante, et la concentration d’internationales au sein du CSKA va leur donner l’occasion de travailler les automatismes tout au long de l’année. La qualification par les barrages ne paraît pas un objectif inatteignable pour cette équipe-là.

Adrien Morvan


Image à la une : © rfs.ru

 

Retour sur le parcours russe dans l’Euro 2017 féminin
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