Pas d’espoir à « Nadezhda » pour le Lokomotiv Sofia

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Teodor Borisov - Publié le 25 août 2015

Sans aucun doute, le sujet le plus chaud de l’actualité football de cet été en Bulgarie est la chute du multiple (32 fois) champion, le CSKA Sofia dans le groupe V (troisième division) après des années de problèmes financiers. Du coup, beaucoup de gens en Bulgarie ont oublié le destin difficile d’un autre gros club de la capitale, le Lokomotiv Sofia. Les cheminots ont terminé la saison passée à la troisième place, leur meilleur résultat depuis la saison 2007/2008. Dans cette situation, le Loko devait jouer l’Europa League, mais, en réalité, ils n’ont même pas reçu leur licence pour le groupe A, l’équivalent de la Première Division.

De l’espoir à la chute

Cette nouvelle situation a forcé le président Nikolay Gigov, pourtant présent depuis longtemps, à quitter le club. Cet homme d’affaires qui avait fait fortune dans les armes au cours des premières années de démocratie bulgare était arrivé en 1994 avec des plans importants pour le club. Sa première saison fut d’ailleurs ponctuée d’une deuxième place et d’une victoire en Coupe contre le Botev Plovdiv, 4-2 en finale. Malheureusement, les cheminots ne gagneront plus de trophées par la suite, eux qui furent pourtant l’une des équipes les plus riches du pays dans les années 1990, battant même le record de transfert avec un million de Deutsch Mark pour le milieu de terrain du CSKA Sofia, Anatoli Nankov en 1997.

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Georgi Peev, la légende bulgare de Perm

Durant les premières années du siècle nouveau, ils vont prouver leur mérite en coupe d’Europe notamment contre Feyenoord (2006) ou encore le Stade Rennais (2007). Le centre de formation a lui sorti des joueurs comme Georgi Peev (Dynamo Kiev, Amkar Perm) ou Emil Gargorov (champion avec le CSKA et le Ludogorets, passé notamment par Strasbourg) mais il finira par être délaissé avec le temps. Les fans avaient d’ailleurs commencé une campagne contre leur président qui a pris une série de décisions impopulaires, allant jusqu’à remplacer le coach le plus victorieux de l’histoire de l’équipe, Stefan Grozdanov, en 2008. Ils imprimèrent même des stickers « Gigov en prison ».

Leur stade dans le quartier « Nadezhda » (espoir en bulgare) n’étant pas aux normes, les joueurs ont joué leurs matchs dans tout un tas de stades différents, où les ultras chantaient inlassablement « Nous voulons [jouer] à Nadezhda ». Cependant, sous la houlette de leur ancien capitaine Dimitar Vasev, le Loko a terminé l’exercice précédent à la troisième place tout en produisant un jeu attractif pour les spectateurs.

Si l’on compare avec les dettes du voisin CSKA et leurs 54 millions de Leva [1 euro = 2 leva], les problèmes des cheminots apparaissaient mineurs. Le club ne doit « que » deux millions de leva d’impôts auxquels il faut ajouter 500 000 d’impayés à différents acteurs du football que ce soient les joueurs, les coachs ou les agents. Quelques semaines après la fin de la saison, l’avocat du club Mikhail Mikhailov ainsi que le directeur sportif Georgi Markov (qui n’est autre que l’un des trois seuls bulgares à avoir marqué contre l’Angleterre en match officiel) avaient assuré aux fans qu’il n’y aurait aucun problème pour obtenir la licence nécessaire à la participation en groupe A. Néanmoins, fin juin, la commission des licences a annoncé le retrait du CSKA, du Lokomotiv, de Haskovo et de Marek du football professionnel pour cause d’impayés. A l’origine, le président avait annoncé qu’il s’était entendu avec la BFU pour rééchelonner la dette du club, mais après cette décision, il a tout simplement annoncé son départ du club. Sans président ni soutien financier, les supporters et les anciens joueurs ont « célébré » cette médaille de bronze lors de la cérémonie qui fut sans doute la plus triste de toute l’histoire du football bulgare.

Laurel et Hardy en guise de propriétaires

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Laurel & Hardy

Néanmoins, l’espoir est resté vivant pour les fans du Loko après que leurs actions aient été rachetées par deux hommes d’affaires inconnus: Petar Kasaev et Kiril Lyoskov. Leur entreprise « LK Motors » étant basée à Lovech, cela implique des bonnes relations avec le propriétaire du Litex ainsi que du CSKA, Gricha Ganchev. Le « nouveau Lokomotiv » a donc commencé sa saison en groupe V (D3) avec un nouveau coach, Valery Damianov, ainsi que des jeunes joueurs issus de l’académie du club. Mais très vite, la vérité sur les nouveaux propriétaires, appelés Laurel et Hardy par les fans pour leurs apparitions médiatiques comiques, s’est fait connaître. LK Motors est une compagnie spécialisé dans la production de tracteurs. Or l’usine de Kharkov en Ukraine a fait savoir que « LK Motors » n’était pas leur dépositaire et distributeur officiel en Bulgarie et que l’entreprise utilisait frauduleusement leur nom.

C’est le match de coupe contre le Septemvri Sofia qui va le mieux illustrer l’anarchie et le chaos qui règne au club. Si le match a pu avoir lieu, c’est seulement car le propriétaire du Septemvri, Rumen Chandarov, a payé tous les frais que ce soient pour les arbitres, les délégués, la sécurité ainsi qu’une ambulance pour l’équipe hôte. Le Septemvri s’est imposé deux buts à un et Asen, le fils du président, a marqué le premier but. Après le match, Petar Kasev, l’un des hommes derrières ce nouveau Lokomotiv, a annoncé que le club ne se rendrait pas à Gotse Delchev pour la prochaine journée de championnat afin d’y affronter le Pirin local mais que l’équipe allait se retirer de la compétition. Même s’il changera son avis trois fois au cours de la semaine, le résultat fut celui-ci et le club ne se présentera pas face au Pirin et sera abandonné par son entraîneur Damyanov. Le directeur sportif, Kristiyan Dobrev, ancien capitaine du club, qui a du payer de sa poche les taxes pour le premier match contre le Balkan Varvara (remporté 1-0) a parfaitement résumé la situation: « A ce moment précis, il n’y a aucune obligation pour les employés, joueurs et entraîneurs du club. Le stade ressemble plus à une jungle. S’il n’y a pas de revenus, les propriétaires doivent supporter le club ».

En début de semaine dernière, le nouveau propriétaire Ivaylo Asparuhov a annoncé que le club allait prolonger sa participation en groupe V et finir la saison. Il a aussi parlé de l’arrivée d’une légende du club comme nouvel entraîneur. Cependant, la situation des cheminots a changé plusieurs fois au cours de la semaine, et jeudi, il a été annoncé que l’équipe évoluerait en Groupe régional A (championnat régional de Sofia, équivalent de la D5) à cause de leurs problèmes financiers.

Curieusement, le stade de l’équipe se trouve dans le district « Nadezhda » qui signifie « espoir » en français. Sans doute le dernier mot que l’on voudrait associer aujourd’hui au Lokomotiv Sofia et à son destin.

Teodor Borisov

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