On a vécu un Partizan vs. Vojvodina

Tristan Trasca - Publié le 9 avril 2014

Que serait un week-end à Belgrade sans aller voir un match ? L’occasion faisant le larron, après avoir visité le tombeau de feu Tito et madame, la proximité du stade du Partizan était trop tentante pour refuser l’invitation d’un match de Srpska Liga.

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Grosse présence policière pour l’affiche du week-end

Le match entre le Partizan et Vojvodina était l’affiche du week-end en Serbie où les deux rivaux de Belgrade, Crvena Zvezda (Etoile Rouge en VF) et Partizan, se disputent le titre. Comme d’habitude. A 9 journées de la fin, le troisième Cukaricki est déjà à une quinzaine de points des deux ténors. Le Partizan (6 fois champion depuis 2008) devait l’emporter pour rester dans les pas d’un Crvena Zvezda, leader avec un point d’avance. Mais le Partizan devait se défaire d’une des bonnes équipes du championnat: Vojvodina, actuellement sixième et encore en course pour aller en finale de coupe de Serbie pour une deuxième année consécutive (défaite 1-0 contre Jagodina en 2013).

Honnêtement, la disposition par dizaines de CRS locaux, habillés comme pour une émeute, peut refroidir n’importe quel amoureux lambda de football. On peut toujours s’interroger sur la nécessaire surexposition du football en Serbie et le déploiement spectaculaire des forces de l’ordre (dont la garde montée) et des stadiers. Une bonne vingtaine de ces derniers passeront d’ailleurs le match à garder une tribune vide. Mais il reste toujours ce principe de précaution… L’arrivée des supporters de Vojvodina (Novi Sad) vers 17h sera également spectaculaire avec de nombreux fourgons de police et des dizaines de policiers pour encadrer les deux vieux bus verts amenant les supporters en déplacement.

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L’arbitre tue le match et pourtant…

Alors que le match va débuter, je m’aperçois que je ne suis pas le seul Français dans les tribunes. Deux rangs devant moi, un groupe de 7 mâles français vannent et tentent de se créer un abri contre la pluie avec les journaux locaux. J’ai croisé ce groupe à diverses reprises pendant le week-end. Ce qui était une originalité britannique (les week-ends entre mecs à boire, siffler et beugler sur la femme autochtone) semble aujourd’hui être aussi pratiqué par les Français, voulant « vider leurs cartouches ». Malheureusement avec peu de classe et un manque de répartie certain devant une Serbe francophone…

J’étais assez curieux de voir le Partizan cette saison après les départs de Markovic et Mitrovic, d’autant plus que le totem Sasa Ilic était sur le banc. Ce dernier fut célébré avant le match, étant devenu récemment le meilleur buteur de l’histoire du club. Et honnêtement, on a rien vu. L’équipe a globalement manqué d’idées et de mouvement. Lazovic, capitaine en l’absence d’Ilic, fut un des seuls à bouger mais son manque d’impact balle au pied était criant. Malgré tout, il a réussi à faire expulser l’arrière gauche de Vojvodina après 10 minutes de jeu, surtout grâce à ses qualités de négociateur avec l’arbitre. Une décision honteuse.

Cependant Vojvodina reste bien organisée et se procure même les meilleures occasions par les excellents ailiers Gacinovic et Alivodic. Le jeu du Partizan est stéréotypé et les couloirs fonctionnent très mal. Le milieu, malgré la supériorité numérique, n’arrive pas à créer les espaces et l’avant-centre Skuletic ne reçoit quasiment aucun ballon en bonne position. A la mi-temps, le 0-0 est plutôt logique et les supporters sont frustrés. Nous sommes pour notre part complètement trempés et nous décidons d’en rester là, préférant se réfugier dans un bon resto pour continuer la soirée (demandez à @jerfag si vous avez besoin d’adresses).

Une belle équipe de Vojvodina

Cette mi-temps m’aura malgré tout permis de voir une très belle équipe de Vojvodina évoluant dans un 442 avec deux ailiers dans un premier temps. Ce très bon club formateur a encore de superbes joueurs dans ses rangs avec notamment le latéral droit Marko Zivkovic, le capitaine et relayeur Radoja ainsi que l’ailier Alivodic. Mais deux jeunes promesses, champions d’Europe U19 avec la Serbie l’an dernier, ont surtout éclaboussé ce match de leur talent : l’ailier gauche Gacinovic et l’attaquant Milinkovic-Savic.

Le premier a été un poison constant avec ses dribbles courts et sa vitesse. Même en infériorité numérique, il a su créer le danger seul et a été à deux doigts d’ouvrir le score. Quant à l’attaquant Milinkovic-Savic, il a débuté en deuxième attaquant puis a fait le sale boulot seul devant. Sa qualité technique, son calme et sa bonne couverture de balle ont réellement permis à toute son équipe de souffler. Son jeu de remise est un vrai régal, de même que sa belle technique pour un joueur de sa taille (1m86).

L’équipe de Vojvodina, même à 10, n’a jamais vraiment fermé le jeu, comme le confirme le résumé du match de Serbian Footy. Le jeu fait de passes courtes, orienté vers les ailes, a permis aux visiteurs de développer des actions assez facilement et d’arriver à la surface adverse sans grand problème. La qualité de jeu et la philosophe des visiteurs furent de bonnes surprises.

Des supporters toujours à la hauteur

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Bien entendu, j’étais aussi au stade pour voir les supporters du Partizan. Ma seule rencontre avec les Grobari fut lors d’un derby contre Crvena Zvezda alors il y avait cette question: sont-ils vraiment aussi actifs lors de tous les matchs ? Si ceux de Novi Sad ont été assez calmes pendant la première mi-temps, ceux du Partizan n’ont pas déçu. Cela reste toujours surprenant pour le spectateur qui débarque de voir deux groupes de supporters du Partizan lancer des chants différents en même temps. Cela laisse l’impression d’un joyeux bordel et d’un gâchis alors que les deux groupes semblent très bien organisés et très actifs. Les Grobari, en virage sud, nous ont gratifiés d’un superbe tifo en hommage à eux-même et qui rappelle l’importance des supporters au stade. Rien que pour cela, cette heure sous la pluie a valu le coup.

Tristan Trasca

Pour ceux qui se posent la question, le match a terminé sur le score de 1-1 avec un penalty pour Vojvodina à la 90è. Les dirigeants du Partizan ont osé dire qu’ils étaient traités comme des Juifs dans l’Allemagne nazie. Une réelle aberration quand on voit le rouge pris par Vojvodina et la qualité du jeu proposé par le Partizan.

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