On a vécu un week-end de groundhopping en Biélorussie

Invité - Publié le 13 mai 2017

Un voyage commence souvent par une première rencontre. Pour nous, c’est-à-dire Daniel et moi, un autre collectionneur de maillot venu d’Allemagne, c’est dans le restaurant du petit aéroport de Vilnius que nous nous retrouvons en cette soirée d’avril. Tous deux amateurs de voyages en tout genre dans des destinations un peu exotiques, et si possible combinés à notre deuxième passion, la collection de maillots de football (L’auteur de cet article en possède environ 600, NDLR.), nous avons décidé de profiter du récent assouplissement des conditions d’obtention de visa pour organiser un road trip de quelques jours autour de la Biélorussie.

Le contrôle de sécurité et l’entrée dans l’avion de la charmante compagnie nationale biélorusse Belavia commencent à nous mettre dans l’ambiance de ce week-end au pays du président Loukachenko. Quoi de mieux d’ailleurs que cette compagnie pour nous faire immédiatement sentir les délices du raffinement de la culture biélorusse ? Une barre de chocolat probablement issue des surplus de l’armée soviétique aura maintenu notre taux de sucre dans le sang à en faire pâlir un diabétique. La revue touristique éditée par la compagnie achèvera de nous convaincre que nous avons choisi le bon pays pour ce week-end. Au-delà des 150 pages en russe, un cahier d’une vingtaine de pages rédigées pour les hypothétiques voyageurs anglophones tente d’appâter le touriste. Une sélection des 20 meilleurs sites touristiques du pays est ainsi détaillée. En dehors d’ouvrages aussi charmants que des orphelinats abandonnés et des complexes d’industrie lourde difficilement accessibles au public, le numéro 11 retient notre attention :

« La centrale nucléaire que possède le pays se situe dans le district d’Astravets. Bien qu’elle ne soit pas ouverte au public, on peut la voir assez bien du bord de l’autoroute. Certains écologistes contestent son fonctionnement et souhaitent voir sa fermeture, mais elle fournit à la nation l’énergie nécessaire à son indépendance. »

C’est donc dans un état d’esprit tout particulier que nous sommes accueillis en Biélorussie, nous ne dirons pas chaleureusement accueillis, mais suffisamment, sinon pourquoi être accueillis par des militaires en treillis à l’aéroport ? Un bus et une station de métro plus tard nous voici enfin arrivés à notre logement en centre-ville, le temps de réussir notre premier test culturel en commandant une pizza en utilisant l’écriture cyrillique.

Minsk Football Tour

Le lendemain matin fut prétexte à un peu de tourisme dans le centre de Minsk, avant de prendre le taxi pour notre premier match du week-end opposant l’Isloch Minsk au Neman Grodno. Le chauffeur de taxi, qui parlait un très bon anglais ainsi qu’un peu d’allemand, était un vrai fan de football, et nous parla longuement du football allemand et biélorusse. Quand il s’agit de parler du match de Isloch il nous dit avec fierté « That’s my club », et quand je lui dis quelle personne j’avais prévu de rencontrer : « Ah très bien, salue-le de ma part. Je viendrai dans quelques jours. Sinon demain il y a Krumkachy qui joue, et un ami moldave à moi, Artiom, joue là-bas, en attaque, vous devriez aller le voir, s’il peut jouer « .

Nous entrons donc dans le petit et cozy stade du FK Minsk qui accueille la rencontre pour l’occasion (5000 places), après avoir payé nos 5 roubles (environ 2,50€). À ce prix-là, le placement est libre. Pas grand-chose à dire du match, une grosse bataille au milieu du terrain, peu d’occasions et aucune équipe ne prenant vraiment l’ascendant. Plutôt surprenant quand on sait que les deux équipes sont à la lutte pour le maintien en première division et devront se battre pour chaque point jusqu’à la fin du championnat. L’Isloch Minsk se retrouve cependant dans une situation particulière, ayant hérité d’une sanction de 7 points de retrait à cause d’un scandale de match arrangé ayant touché quatre joueurs et l’entraîneur la saison dernière. 0-0 à la mi-temps, bien que Neman Grodno ait montré de meilleures choses, sans se montrer menaçant pour autant.

L’Isloch commence cependant bien mieux la seconde mi-temps, mais se fait surprendre à la 74ème minute sur un joli but de Pavel Savitsky. Après un joli slalom et une passe sublime de son coéquipier, Savitsky contrôle et frappe en pivot dans la lucarne opposée pour un but de grande qualité ! Malgré leurs assauts répétés jusqu’à la fin du match Isloch ne parvient pas à égaliser et concède une nouvelle défaite sur son terrain. Après avoir dégoté quelques maillots de l’Isloch en guise de souvenir retour en centre-ville pour nous et pour de prochaines aventures.

Le jour suivant nous avions pour plan d’assister au match du Dinamo Minsk ainsi qu’à l’affiche de cette journée entre Krumkachy et le Dinamo Brest, ce qui se révéla plus compliqué que prévu. N’ayant pas réussi à trouver initialement où jouait le Dinamo Minsk nous avions trois pistes à tester. Évidemment les deux premières étaient fausses si bien que nous n’aurions pu voir que les dernières trente minutes du match au Traktor Stadium. Au lieu de cela nous nous rabattons donc sur le stade du FC Minsk comme hier pour ce Krumkachy-Dinamo Brest. Étant allés en taxi comme la veille nous assurons l’ambiance dans la queue pour rentrer dans le stade puisque le chauffeur de taxi, qui avait essayé de nous arnaquer pour 250% du prix normal de la course ne comptait pas se laisser faire.

Jens Jockel © Footballski

Malheureusement l’organisation ne semblait pas préparée à une affluence comme aujourd’hui si bien que nous attendons d’abord 45 minutes avant d’espérer rentrer dans le stade. Nous décidons du coup de faire le tour du stade pour tenter de rentrer par l’entrée visiteurs mais, toujours sans billet, nous devons regarder la première demi-heure à travers le grillage, puis finalement toute la première mi-temps.


Lire aussi : FC Krumkachy, des bières à la première division


Enfin installés pour la seconde période nous pouvons alors profiter d’un match bien plus intéressant que celui de la veille. Un but magnifique de Alexander Skshinetsky d’une frappe aux 30m en pleine lucarne vient tout d’abord débloquer le match.  Mais 13 minutes plus tard, les visiteurs égalisent sur une tête d’Aleksey Legchilin. Après un dernier quart d’heure de grande qualité et de grande intensité, aucune des deux équipes ne se trouve finalement récompensée et doivent se partager les points 1-1. Un résultat plutôt équitable, Brest ayant un meilleur niveau technique, mais Krumkachy ayant montré plus d’envie.

LES NOTES FOOTBALLSKI

Standing du stade (3,5/5) :

Élégant, propre, assez faible capacité, mais satisfaisant pour la moyenne de la première division biélorusse.

Disponibilité des billets (4/5) :

Aucun problème pour trouver des places pour les matchs de l’Isloch. Placement libre ce qui est de toute façon la norme vu les affluences du championnat biélorusse en règle générale. Les matchs de Krumkachy amènent plus de monde si bien que le petit stade est assez vite rempli et que nous vous conseillons dans ces cas là d’acheter vos places en ligne.

Tarifs (4/5) :

2,50€ (5 roubles) pour une place assise. Un prix honnête pour un match relativement inintéressant comme celui de l’Isloch. Encore plus honnête pour celui de Krumkachy.

Ambiance (3/5) :

Une poignée de supporters du Neman Grodno. 600/700 spectateurs côté Isloch. Une ambiance plutôt cosy et familiale, mais pas vraiment une grande expérience en tribune. La mascotte en costume de loup a bien tenté tout le match de mettre l’ambiance, quitte à être plus intéressante que le match lui-même.

Dans l’autre match entre Krumkachy et le Dinamo Brest les fans du Dinamo constituait un petit parcage sympathique qui répondait bien à l’ambiance familiale du FC Krumkachy.

Risques (5/5) :

Absolument aucun.  Le stade se trouve dans un quartier totalement calme. Le déploiement de policiers conséquent pour des matchs de 1000 spectateurs achèvera de vous rassurer.

Accessibilité et transports (2/5) :

Compliqué d’y arriver sans taxi. Vous pouvez également tenter d’aller à la gare de Minsk Passazhirsky et trouver un train jusqu’à la station Minsk-Paudnyovy. Cependant les horaires sont assez irréguliers et il faut encore marcher un moment avant d’atteindre le stade du FK Minsk. Il y a bien également un arrêt de bus plus proche du stade, mais il vous faudra vous repérer dans le réseau de bus, et la simple compréhension du cyrillique ne vous suffira pas.

Boissons (5/5) :

Le point positif sans conteste : hot-dogs, café, bières pression et de délicieuses gaufres au caramel.

Quartier environnant (1,5/5) :

Le stade se trouve perdu dans un quartier très calme, proche de l’aéroport. Le grand parc du quartier Leninskiy se trouve cependant non loin si vous souhaitez poursuivre votre après-midi par une balade en forêt avant de reprendre votre avion.

Belarus Football Tour

Notre troisième jour en Biélorussie marquait déjà la fin de notre voyage, et pour vraiment marquer le coup nous nous organisons un vrai « Belarus Football Tour. » Nous louons une voiture à la journée avec dans l’idée d’aller visiter les principaux stades de Biélorussie et si possible trouver quelques maillots originaux.

Première étape à Slutsk, une ville plutôt inintéressante, mais dotée d’un petit stade ayant son charme situé en plein centre-ville. Soligorsk était ensuite, comme on pouvait se l’imaginer, très industrielle (Soligorsk fut construite dans les années 1960 pour y construire une usine de traitement du potassium extrait des mines alentour, ce qui lui donne un charme tout relatif), mais toujours plus vivante que Slutsk. Le stade Stroitel est plutôt central, tandis que le terrain d’entrainement du Shakhtior se trouve dans un coin plutôt sympa, à l’orée des bois entourant Soligorsk. La route vers Zhodino était plus ennuyeuse, autant dire plate de bout en bout. D’autant qu’arrivés à Zhodino nous nous rendons rapidement compte que le match que nous comptions voir Torpedo contre Slutsksakhar se jouait en réalité à Slutsk… Rajoutons à cela que l’usine de construction automobile BelAz, la principale activité de la ville, rejette dans la ville une odeur aussi tenace qu’amère et nous quittons la ville en un temps record.

Ayant pris trop de retard et ayant trop fait confiance à internet nous arrivons malheureusement trop tard à Borisov pour accéder à la Borisov Arena et au magasin du club. Le bâtiment est toujours intéressant cependant à voir de l’extérieur.

Sur le chemin du retour en Lituanie un passage au Zalgiris Vilnius nous permettra de compléter notre valise de souvenirs, avant d’assister presque par erreur aux dernières minutes du match international féminin Lituanie-Andorre. Nous repartons enfin de ce voyage en Biélorussie avec le sentiment de trois jours bien remplis : cinq villes visitées, deux matchs, mais seulement quelques maillots de plus, pour la collection, achetés aux magasins officiels des principaux clubs. Une raison suffisante pour remettre cela ?

Jens Jockel / Traduit par Antoine Gautier


Image à la une : © Jens Jockel / Footballski

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