On a vécu Újpest vs. Ferencváros

Romain Claudel - Publié le 27 septembre 2014

C’est une première pour Footballski : on a suivi en tribune de presse Újpest-Ferencváros, le derby le plus chaud de Budapest. Et on n’a pas été déçu !

Les conditions sont idéales : une belle fin d’après-midi, parfaite pour profiter du derby le plus intense de la capitale hongroise. Újpest contre Ferencváros, historiquement, c’est les campagnards contre les citadins. Les prolétaires contre la classe moyenne. Sportivement, c’est un club qui veut vivre une saison “tranquille” (de l’aveu même des membres du staff) contre un candidat au titre. 20 titres de champion contre 27. Le 8ème contre le 3ème.

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La tension est palpable aux abords du stade. On est là, au milieu des fans, ça chante, ça boit, tout le monde arbore les couleurs locales. On fait un peu tâche avec nos calepins et nos fringues de bobos. On suit les vagues blanches et violettes de supporters d’Újpest déferlant vers le stade dans une odeur de bière et de fumigène, encadrées par des convois de police interminables.

Un peu d’histoire

Les deux clubs portent le nom de leurs quartiers respectifs de Budapest : Újpest, le 4ème arrondissement et Ferencváros, le 9ème. La rivalité entre les deux clubs remonte aux années 30 mais atteint son comble en 1950, lorsque Újpest, jusqu’alors indépendante, est rattachée à la ville de Budapest.  Les supporters de Ferencváros, habitués de la ville, descendants d’immigrés allemands bien lotis, voient d’un mauvais oeil l’arrivée de ces provinciaux. L’opposition entre les deux équipes est exacerbée par l’influence politique : après la seconde Guerre Mondiale, la Hongrie profite d’une domination soviétique moins ferme que dans les pays voisins pour développer son football, en plein dans sa période dorée. Le gouvernement s’approprie alors les clubs : Ferencváros est supporté par le ministère de l’agriculture, Újpest par celui de l’intérieur. Il n’en faut pas plus pour cristalliser un antagonisme qui se ressent encore aujourd’hui.

Avant-match

On a senti dès notre arrivée que ce n’est pas un match comme les autres. Après la huitième victoire en huit matches de Videoton, Ferencváros doit gagner pour ne pas être distancé. De la passion et de l’enjeu, le cocktail est parfait et explosif. L’atmosphère est lourde. Le stade est en banlieue de Budapest, tout le quartier est sous haute sécurité, encadré par des hordes de CRS. On ne veut pas de débordements. Le stade chauffe encore un peu plus les fans survoltés en passant du rock de notre adolescence dans des enceintes qui saturent, dont du Blink 182 et du Sum 41, nos chouchous de collégiens.

Les supporters de Ferencváros isolés dans le virage

Les supporters de Ferencváros isolés dans le virage

On pénètre dans le stade 30 min avant le coup d’envoi. Le tambour entame déjà son incessante rythmique martiale, pendant que le public hurle à la gloire d’Újpest. Ils ne se calmeront que deux heures trente plus tard, bien après le coup de sifflet final.

Les tribunes sont blanches et violettes, on se croirait au Stadium de Toulouse tant les couleurs locales ressemblent à celle du TFC. Certains tricheurs arborent même des maillots de la Fiorentina (floqués Rossi, s’il vous plaît).

Le maillot de Giuseppe Rossi dans les tribunes à Ujpest

Il y a beaucoup de gamins dans le stade, la passion se transmet de père en fils, et en fille, car effectivement la gente féminine est bien représentée, et toute aussi vocale que les mecs.

Des filles aussi dans les tribunes

Père et fils pour supporter Ujpest

Père et fils pour supporter Újpest

 

Le stade est plein comme tous les ans alors qu’il est d’habitude à moitié vide. Les supporters de Újpest n’ont qu’une envie : reconquérir Budapest après les deux défaites de l’an dernier. Triompher contre l’ennemi juré. Être proclamé vainqueur par K.O. Jusqu’au prochain affrontement.

Le match

L’hymne hongrois retentit dans un silence de cathédrale, comme à chaque début de match de championnat. Le début de la rencontre est poussif de part et d’autre. On voit beaucoup d’approximations techniques et d’erreurs dans les relances. Újpest évolue dans un 4-4-2 malléable, sans pointes fixes, les 6 joueurs de devant permutant sans cesse. Premier sursaut à la 8ème minute : le gardien des visiteurs se loupe et repousse dans les pieds de l’avant-centre d’Újpest, qui tire au-dessus. Ferencváros est clairement venu pour défendre et procéder en contre. Jusqu’à la vingtième minute, le spectacle est dans les tribunes, pas sur le pré. Les fans s’époumonent sans interruption. Des pièces de monnaie sont jetées sur le staff de Ferencváros, blessant un kiné de l’équipe au visage (ce qui vaudra d’ailleurs une amende de 1 500 000 forints, soit 5 000 euros, aux locaux). Le speaker prend plusieurs fois la parole pour demander aux fans de rester calmes et “polis”.

Il faut attendre la 22ème minute pour voir la première occasion : un beau coup franc d’Újpest sur le poteau. La fin de première mi-temps est beaucoup plus animée. Le rythme s’accélère enfin et les deux équipes se procurent des occasions, mais ne parviennent pas à concrétiser.

La deuxième mi-temps est d’un tout autre calibre. Dès l’entame, Ferencváros infiltre la surface, mais une simulation grossière résulte en un carton jaune et la balle est rendue aux locaux. Le match s’intensifie, on sent les deux équipes plus libérées. Les attaquants d’Újpest bénéficient de deux face à face mais le gardien est à la parade, au grand dam du public de plus en plus frustré. Enfin, à la 52ème, Ferencváros offre un penalty aux violets et blancs. Le public ne se retient plus et explose dans un nuage de fumigènes multicolores, accompagné des déflagrations d’énormes pétards.

Vasiljevic convertit le coup de pied arrêté : 1-0. Mais quatre minutes plus tard, coup de tonnerre : l’arbitre siffle un penalty en faveur des visiteurs. Mateos remet les deux équipes à égalité. Tout est à refaire.

Újpest repart à l’assaut des cages adverses. L’attaque est menée par Asmir Suljic et son numéro 99. Le petit ailier virevoltant, chouchou des supporters, est dans tous les bons coups. Il faudra moins d’un quart d’heure à Újpest pour reprendre l’avantage, via un gros L1+triangle des familles suivi d’une somptueuse reprise de Simon. Il reste maintenant vingt minutes, et il va falloir tenir. Ferencváros fait entrer Roland Lamah, ailier belge aux cinq sélections en équipe nationale. Újpest réplique en faisant entrer Loïc Négo, latéral français passé par Charlton, pour défendre sur lui. Nego fait une bonne rentrée dont un retour défensif de grande classe salué par tout le public et une petite percée tout en crochets sur son côté gauche.

A dix minutes du coup de sifflet final, tout le stade est debout, crispé, pour suivre la fin du match. La discipline tactique, déjà approximative en début de partie, est réduite à son strict minimum. Les organismes sont fatigués et ne se préoccupent guère des consignes hurlées par les coach. Les minutes s’égrènent, tout le stade retient son souffle. Enfin, l’arbitre siffle enfin la fin du match et délivre le public. Tout le monde exulte. Ca y est, c’est fini ! L’ennemi est terrassé. Budapest est à Újpest, vaillant cet après-midi, alors que Ferencváros ne s’est pas montré assez ambitieux pour l’emporter. Il faudra faire bien plus s’ils veulent luter pour le titre avec Videoton, qui survole le championnat pour le moment.

Les joueurs restent longtemps sur la pelouse pour communier avec le public qui entonne l’hymne d’Újpest.

Les joueurs d'Újpest remercient leur public

Les joueurs d’Újpest remercient leur public

On a l’occasion de passer par la zone mixte après le match, sorte de clubhouse où joueurs, dirigeants et journalistes papotent. Une télé passe la fin de Chelsea-Manchester City. On est loin du star système d’Europe de l’Ouest : les joueurs sont accessibles et tentent de rendre aux supporters tout ce qu’ils leur ont donné. On discute un peu avec Loïc Négo et quelques membres du staff, épuisés mais satisfaits de la performance de l’équipe. On les remercie de nous avoir fait vivre un grand moment de foot. Et on vous remercie de l’avoir suivi avec nous.

Nicolas & Romain

 

 

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