En ces temps de confinement, le football nous manque, c’est une évidence. Alors, en attendant que le ballon rond reprenne ses droits partout dans le monde, nous vous proposons de partir pour Prague et de revivre, en notre compagnie, le match entre le Slavia et le SFC Opava.

« Prague est la mère des villes, celle qui vous saisira de ses griffes et ne vous lâchera plus jamais. »

Franz Kafka

25 décembre 2019. C’est avec joie et enthousiasme que je découvre le cadeau que ma copine m’a déposé sous le sapin de Noël. Dans l’enveloppe, deux billets d’avion pour un week-end à Prague, programmé du 21 au 24 février. J’étais alors tout excité à l’idée de retrouver la Ville aux cent clochers, dans laquelle j’avais déposé mes valises 7 ans auparavant. Un souvenir marquant, mais au goût amer. En effet, je n’avais pu assister à un match de football, ayant seulement réussi à apercevoir la Generali Arena du Sparta, après avoir gravi les escaliers du Pomník Obětem (mémorial en souvenir des victimes du communisme).

Aussitôt, je pars me renseigner afin de rattraper ce regret et je m’intéresse ainsi à la 22e journée de Czech Liga. Seuls trois clubs représentent la capitale tchèque au premier échelon national : les Bohemians 1905, le Sparta Prague et le Slavia Prague. Les deux premiers se déplaçant respectivement à Liberec et Olomouc, mon choix se porte donc sur leader incontesté du championnat, qui reçoit, dans son antre du Sinobo Stadium, le SFC Opava.

Au fond, le Sinobo Stadium. © François-Théo Perard

Nous embarquons donc pour un vol sous les couleurs de la Czech Airlines afin de rejoindre, léchés par le froid glacial, l’aéroport principal du pays, celui renommé en hommage au feu président Vaclav Havel.

Après avoir déboulé dans les transports pragois, nous prenons nos quartiers aux abords du parc Národní památník, dans lequel nous admirons la splendide statue de Jan Žižka, héros militaire national tchèque.

Le lendemain, caressé par un soleil froid, bien connu de la capitale tchèque, nous nous élançons dans les traditionnelles ruelles pragoises de Zizkov.

Une fois passés devant la tour éponyme, nous nous engageons sur le rond-point Skroupo Namesti, où nous stoppons notre course au sein de ce qui s’apparente à une taverne traditionnelle de la cité aux cent tours, du nom de Pivnice U Sadu (« La brasserie du moment », en VF). Ce lieu exigu porte magnifiquement bien son nom, puisque le moment est hors du temps.

Après une commande de Gulas et Schnitzel, le tout agrémenté de la fameuse Nefiltrovany et ses 11°, nous nous dirigeons vers notre destination finale.

Passant par les quartiers romantiques du Prague éternel, nous dérivons ensuite entre les vestiges d’une époque communiste révolue, mais dont l’odeur et l’atmosphère ne disparaissent pas d’un coup de peinture fraîche.

© François-Théo Perard

Gloire aux anciens

Déboulant devant le centre commercial Nakupni, nous traversons la Vrsovicka et nous nous présentons enfin devant le Sinobo Stadium, anciennement nommé Eden Arena. Happé par la foule écarlate, quelques minutes avant l’entrée dans l’enceinte du Slavia Prague, nous sommes impressionnés par les gigantesques affiches de Smicer, Skoda, Vlcek et Knoflicek. A eux quatre, 603 matchs pour les Cervenobili.

Pris dans une cohue circulaire qui nous mène d’une tribune à l’autre et après une fouille sommaire, nous retrouvons nos sièges rouge et blanc. Placé en bord de pelouse près des supporters adverses, nous assistons d’abord à une minute de silence en soutien aux victimes chinoises du coronavirus (CEFC, entreprise chinoise d’énergie, étant sponsor principal du club).

Pour en revenir au ballon rond, l’affiche du jour oppose les locaux du Slavia, leaders de Fortuna Liga et qui sortent d’une phase de poule plus qu’honorable en Ligue Des Champions, au Slezsky d’Opava. Le club de Moravie-Silésie, soutenu par un important contingent d’Opavaci (leurs fans), débute le match très haut. Néanmoins, ses lacunes techniques et son manque de densité au milieu de terrain le fait plier dès la 32e minute, Musa profitant d’une perte de balle des défenseurs jaune et bleu pour trouver la faille. La tribune Planicky s’enflamme, les écharpes sont brandies et la rencontre se lance.

Les hommes de Trpisovsky mettent la pression sur les cages de Fendrich, la défense du SFC plie mais ne rompt pas malgré la bougeotte des trois attaquants du Slavia (Musa, Olayinka et Provod).

Ambiance bon enfant

A la mi-temps, une dizaine de guérites se battent pour servir les 16 319 spectateurs venus comme nous chercher leur pinte de Pilsner dans un gobelet Smicer et leurs Jaternice (saucisses) fumantes. L’ambiance est bon enfant, les odeurs de nourriture, de bière et de tabac se mêlent aux discussions endiablées des supporters rouge et blanc.

La seconde période n’est que la pure et simple continuité de cette fin de premier acte, jusqu’à ce que Tecl, acclamé lors de son entrée, n’enterre définitivement les espoirs des hommes de Jiri Balcarek.

L’arbitre central siffle la fin du match, et nous nous acheminons, enlacés par des supporters du Vecna Slavia (« l’éternel Slavia »), vers les portes du stade. Nous rentrons après un détour près de l’arrière du stade, qui s’apparente plus à un terrain vague mais dont l’élégance sommaire disparaît derrière l’atmosphère historique d’un mur rappelant le passé glorieux d’un club au sommet du football tchèque. Carrefour de civilisations, capitale ô combien chargée d’histoire(s), le cœur de cette ville bat la chamade, partagée entre son architecture originale, sa gastronomie traditionnelle et un football populaire qui sent bon la Pilsner. Une ville kafkaïenne, en somme !

Les notes

Standing du stade (4/5) : Stade quasi neuf, bien équipé. Sièges agréables, de belles fresques aux couleurs du club et de ses légendes. Une belle construction.

Disponibilité des billets (5/5) : Facile à acquérir aussi bien en amont du match (sites internet) que sur place.

Tarifs (4/5) : Une dizaine d’euros, pour une place au 2e rang. Rien à redire. Possibilité de faire le tour du stade par les coursives, donc pas forcément de place attribuée.

Ambiance (3/5) : Un peu déçu par l’ambiance malgré quelques fumigènes à chaque but, et de magnifiques levés d’écharpes par tout le stade. Pas d’homogénéité concernant les chants. Plusieurs moments de silence et des supporters adverses pas à la fête.

Risques (5/5) : Pourtant assis à côté du parcage visiteurs, aucun sentiment d’insécurité. Peu de fouilles mais aucun risque.

Accessibilité et transports (4/5) : Un tramway permet de rejoindre depuis le centre-ville de Prague. Possibilité d’y aller à pied afin de découvrir la ville, compter plus de 45 minutes dans ce cas-là.

Buvette (4/5) : Plus de 10 points de vente dans le stade, de superbes gobelets à l’effigie des gloires du club, de la bière en pinte et de la nourriture locale. Un bonheur !

Quartier environnant (2/5) : Assez reculé dans la ville, rien à y faire autour, pas même de bonnes adresses pour descendre une pinte. Un quartier assez désertique, où l’on ne s’attarderait guère sans la présence du stade.

François-Théo Perard

Image à la Une : © François-Théo Perard

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