On a vécu Serbie vs. France avec les Irrésistibles Français

Tristan Trasca - Publié le 3 octobre 2014

Profitant d’une situation géographique privilégiée (5 heures de bagnole), j’ai pu suivre le dernier Serbie-France à Belgrade. Un match quelconque mais une belle troisième mi-temps où j’ai pu découvrir d’authentiques supporters de l’Equipe de France.

Avec quelques amis, nous avions décidé d’aller voir ce match à Belgrade comme nous avions déjà écumé la capitale serbe à l’occasion d’un championnat d’Europe de Hand féminin fin 2012. Venant du Kosovo, nous devions traverser une bonne partie de la Serbie, du sud vers le nord, pour gagner Belgrade. L’occasion de voir une nouvelle fois la diversité de ce pays, si sauvage, campagnard voire arriéré dans ce sud proche de la frontière avec le Kosovo avant que l’autoroute nous fasse gagner peu à peu une autre Serbie plus moderne avec comme meilleur exemple, cette contemporaine Belgrade.

L’après-midi nous avait permis de connaître une autre facette de Belgrade avec la fête du poisson au bord de la Sava. Un Belgrade différent loin des clubs, du centre-ville, un Belgrade très agréable, simple et calme. Cette atmosphère n’avait été rompue que par les émotions exacerbées suite au Serbie-Grèce du Mondial de basket. Pour le football, c’était bien différent. Personne ne semblait vraiment s’intéresser au match contre la France et les maillots de l’équipe de Serbie n’étaient pas vraiment de sortie dans les rues de la ville.

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Un match et une atmosphère décevants

Le match se déroulait dans le stade du Partizan, que je visitais donc pour la troisième fois en quelques mois. Autour du stade, l’atmosphère n’avait rien d’hostile alors que de nombreux enfants et familles se présentaient aux entrées. Bien entendu, la présence policière était tout de même importante mais rien à voir avec un derby de Belgrade par exemple. Nous prenions place dans la tribune réservée aux supporters adverses avec une vingtaine d’Irrésistibles Français (le groupement officiel des supporters de l’Equipe de France) et quelques autres personnes, qu’on supposait être des membres des institutions françaises à Belgrade avec leurs enfants.

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Je ne vais pas m’attarder sur le match qui n’a pas été très emballant, surtout en première mi-temps où la Serbie a joué avec le frein à main. Du côté des tribunes, c’était aussi une petite désillusion tant le public serbe fut calme, bien loin de ce que je fus habitué à vivre ici-même. Malgré tout, quand tout un stade commence à chanter, vous vous sentez très petits en tant que supporter de l’équipe adverse. Cela donne un supplément de motivation et de responsabilité, comme si nous étions garants de la voix française pendant 90 minutes.

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Pour ce faire, nous avons suivi les chants lancés par les IF, très actifs pendant tout le match. Pas vraiment d’animosité du côté des Serbes, hormis deux ou trois abrutis comme d’habitude. Les supporters français ont même échangé quelques écharpes avec des homologues serbes et quelques mots avec des supporters serbes parlant français, sous l’oeil inquiet des forces de police serbes.

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Le match se termine sur un 1-1 paisible qui m’a surtout permis d’admirer en réalité les capacités techniques et physiques hors du commun de Matic. Il a tout simplement étouffé Pogba sur ce match. Bien que balbutiant son football en première mi-temps la Serbie m’a malgré tout fait bonne impression, à la fois capable d’être solide derrière et au milieu tout en offrant quelques envolées techniques de classe devant. Même si la frivolité technique peut vite devenir un défaut pour les attaquants serbes qui aiment tant le ballon.

A la fin du match, aucun joueur de l’Equipe de France ne dépasse le milieu de terrain pour venir nous saluer. Notre tribune se situe à l’opposée des vestiaires. Un comportement assez décevant mais nous reprenons vite le dessus en soutenant Mamadou Sakho, auteur d’un entraînement physique après le match. Nous devons attendre une vingtaine de minutes pour quitter notre tribune par mesure de sécurité. Puis la vraie soirée commença.

Une troisième mi-temps à la rencontre des Irrésistibles Français

Tout aurait pu s’arrêter là puisque nous nous apprêtions à retourner vers le centre-ville à pied. Mais un des Irrésistibles nous proposa de monter dans leur bus pour rentrer. On ne s’est pas fait prier. Christophe, aux faux airs de Benoît Poelvoorde, commence à nous parler, bientôt rejoint par Hervé, le président de l’association. Ils nous racontent tout d’abord le dernier Serbie-France auquel ils ont assisté « beaucoup plus chaud que celui-ci au niveau des tribunes avec une vraie animosité de la part des supporters serbes ». Hervé nous explique ensuite la philosophie des Irrésistibles Français qui ont commencé par faire des déplacements à 5-6 pour aujourd’hui compter plusieurs centaines d’adhérents mais où « chacun laisse ses couleurs de clubs chez lui ». Il n’y a qu’une seule couleur, c’est le Bleu de l’Equipe de France.

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Arrivés en centre-ville, les IF nous convient dans le bar de leur hôtel pour continuer la discussion. Il y a une quinzaine d’Irrésistibles assis à différentes tables. Un supporter au fort accent nordiste m’explique l’énorme suivi policier dont ils ont bénéficié depuis leur arrivée en Serbie, aussi bien à l’hôtel, dans leurs visites en ville ou au restaurant. On échange un peu sur la région et il m’explique que c’est sa première fois en Serbie, « d’ailleurs sans un match de l’Equipe de France, je ne sais pas si j’aurais visité cette ville. C’était une belle occasion de faire d’une pierre deux coups ». Pendant ce temps-là, Hervé passe un long moment sur son téléphone et il est aisé de comprendre que son rôle de président de l’asso requiert de longues heures de coordination et de communication avec cependant quelques privilèges aussi, comme une soirée passée la veille avec Danijel Ljuboja, croisé dans les rues de Belgrade.

Un ancien à la crinière blanche attablé près d’un homme aux traits de D’Artagnan nous conte son été brésilien grâce à l’Equipe de France : « un rêve d’enfant, une superbe fête avec les supporters belges, argentins, brésiliens et autres. Un moment unique, il n’aura manqué que la photo avec Pelé ; cela aurait été possible si on les avait joués en demi ! » Malgré tout, la manière de conter la chose avec quelques étoiles dans les yeux démontre que ce petit manque n’est rien à côté des émotions grandioses vécues par cet homme d’une soixantaine d’années bien tassées.

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Et puis l’on découvre Chantal, la grand-mère du groupe qui n’a pu aller au Brésil car elle devait garder ses petits-enfants. Une femme très attachée à l’Equipe de France. L’écouter narrer les journées avant France-Ukraine puis le match en lui-même est un réel voyage en bleu. La communion entre joueurs et supporters est quasiment palpable dans ses mots et les émotions vécues par Chantal lors de ces heures vous transportent dans le coeur de son attachement pour cette équipe et ces joueurs. Elle raconte tout de même que tout n’a pas été facile pour les Irrésistibles depuis leur création, alors qu’ils n’avaient « même pas le droit d’être debouts dans leur tribune au Stade de France à une certaine époque. » Depuis les choses ont bien changé et les Irrésistibles Français font partie du décor au Stade de France. De même, les Irrésistibles voient régulièrement les joueurs la veille des matchs ou pendant la promenade.

Vers deux heures du matin, alors que les uns et les autres commencent à aller se coucher, tous se souhaitent un bon retour vers Nancy, la région parisienne, le Nord, le Sud, peu importe. Les rendez-vous sont déjà fixés pour le prochain déplacement en Arménie en octobre. De son côté, Hervé commence à préparer l’Euro 2016 et réfléchit à la meilleure stratégie pour pérenniser et développer l’activité de son groupe sans être la proie des opportunistes.

Pour être honnête, je ne croyais pas qu’une telle passion pour les Bleus existait. Un soir de match amical de septembre, j’ai eu la grande chance de côtoyer ces supporters de l’Equipe de France, d’authentiques passionnés du maillot bleu prêts à de nombreux sacrifices pour soutenir les joueurs français. Des hommes et des femmes dont on parle finalement peu mais qui méritent d’être salués.

Tristan Trasca

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