On a vécu Roumanie vs. Pologne et Juventus Bucuresti vs. CSM Ramnicu Valcea

Invité - Publié le 17 novembre 2016

Après un Euro 2016 riche en déplacements et le début de saison du championnat polonais, cette semaine internationale sonnait pour moi le retour du maillot de la sélection et, de ce fait, un déplacement du côté de la Roumanie avec comme point de départ ma ville de résidence, Varsovie. L’occasion de retrouver la sélection nationale, mais aussi de tâter un peu de football local avec un match entre la Juventus Bucureşti et le CSM Râmnicu Vâlcea. Voyage.

Première mi-temps : Roumanie vs. Pologne

Dans ce match comptant pour le groupe E des qualifications pour la Coupe du monde 2018 en Russie, la Pologne se déplace à Bucarest en tant que co-leader du groupe (avec le Monténégro), les Roumains, deux points derrière, doivent obtenir un résultat pour se relancer dans la course à la qualification.

Nous arrivons à Bucarest la veille du match, et déjà beaucoup de supporters polonais arpentent le centre-ville de la capitale roumaine. Le centre-ville est calme tandis que les supporters polonais dégustent des Placintas (plat roumain) et des bières locales dans le calme et la bonne humeur.

Le jour J, nous décidons de visiter le monumental Palais du Parlement construit sous Ceausescu, la visite guidée étant obligatoire, nous nous retrouvons dans un groupe constitué à 80 % de supporters polonais qui vont également assister au match, le guide n’hésite pas à nous chambrer sur l’issue de la rencontre ce qui rend la visite assez savoureuse et pour le moins inédite.

Ce palais impressionnant de l’extérieur l’est tout autant à l’intérieur, il s’agit en effet du deuxième plus grand bâtiment institutionnel du monde derrière le Pentagone. À la fin des trois heures de visite, le guide nous annonce que nous avons marché environ trois kilomètres, et que nous avons vu seulement 5 % du palais, témoin de son immensité.

Après avoir ingurgité quelques saveurs locales au centre-ville, nous nous dirigeons vers le stade, l’Arena Națională de Bucarest, un joli stade entouré de colonnes qui a remplacé l’ancien Stade National en 2011 et qui peut accueillir jusqu’à 55 000 spectateurs, situé à environ cinq kilomètres du centre-ville.

Nous arrivons trois heures avant le match et à notre grande surprise (et déception), impossible de boire une bière aux alentours du stade à partir de 19h, une interdiction de vente d’alcool ayant été décrétée, a priori en rapport avec les incidents qui ont émaillé une rencontre de ligue Europa entre le Rapid Bucarest et le Legia Varsovie en octobre 2011. La fédération polonaise (PZPN) a prévenu les autorités roumaines de la possible venue de groupes violents en Roumanie à l’occasion de ce match de la sélection, et des mesures ont été prises pour éviter que ces incidents se répètent.

Soit, nous pénétrons donc dans l’enceinte plus tôt que prévu, et rejoignons notre tribune en compagnie des supporters polonais. L’avant-match est très tranquille, les supporters polonais installent leurs drapeaux, les Roumains arrivent quant à eux assez tardivement dans l’enceinte. Je remarque que trois kops roumains sont répartis dans des endroits différents du stade, et vite je comprends qu’il s’agit des supporters des trois grands clubs de la capitale (Dinamo, Steaua et Rapid) qui ne se mélangent donc pas pour les matchs de la sélection. Ce qui n’empêche pas une des tribunes latérales d’arborer un tifo « Impreuna » (« ensemble ») au coup d’envoi du match.

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© Milos Leclere / Footballski

Parmi les trois kops roumains, celui constitué de supporters du Rapid est placé juste à côté de l’emplacement réservé aux supporters polonais, seulement séparé par un morceau de tribune vide et un cordon de gendarmes déployé de bas en haut de la tribune.

Le match débute et une partie des supporters polonais chantent « Hungaria » afin de provoquer les supporters roumains, dont la rivalité historique avec la Hongrie demeure importante. Les relations entre Polonais et Hongrois sont quant à elles excellentes puisqu’un adage très courant en Pologne dit « Polak Wegier dwa bratanki », littéralement « Polonais et Hongrois deux frères », ce que l’on pourra d’ailleurs vérifier deux jours plus tard lorsque deux fois dans le match Hongrie-Andorre au Groupama Stadium de Budapest, les supporters magyars entonneront des « Polska ! Polska ! »

Les supporters roumains répondent à cela par des « Bulgaria ! Bulgaria ! », nous n’avons toujours pas compris pourquoi, car les Polonais n’ont aucun problème avec les Bulgares, bref l’atmosphère se tend quelque peu.

Le groupe de supporters du Rapid allume les premiers fumis aux alentours de la 20e minute de jeu, après l’ouverture du score de Kamil Grosicki, avant de balancer ces mêmes fumis sur les supporters polonais, qui les renvoient telle une partie de balle aux prisonniers. S’en suit un mouvement des supporters les plus « motivés » des deux pays, qui se rapprochent et tentent d’en découdre, finalement séparé par le cordon de gendarmes qui parvient difficilement à calmer tout le monde.

© Milos Leclere / Footballski

© Milos Leclere / Footballski

La situation se reproduira malheureusement plusieurs fois dans le match, sans incident grave cependant. Sur le terrain, la Roumanie exerce une forte pression sur le but polonais en début de seconde période, jusqu’au moment où un pétard explose près de Robert Lewandowski qui s’effondre. Après quelques minutes d’interruption, le match reprend et plus grand-chose ne se passe jusqu’au deuxième but polonais, œuvre de Lewandowski à une dizaine de minutes de la fin du match. La plupart des supporters roumains quittent alors le stade, les Polonais font la fête et Lewandowski ajoutera un troisième but sur penalty dans les arrêts de jeu.

Quelques minutes après le coup de sifflet final, Zbigniew Boniek, président de la fédération polonaise (PZPN) vient saluer les supporters, reçoit une ovation avant que les Polonais ne chantent le traditionnel chant anti-PZPN qui résonne tous les weekends dans les tribunes d’Ekstraklasa, ce que Boniek prend avec humour en incitant les supporters à chanter plus fort.

© Milos Leclere / Footballski

Une photo artistique montrant Boniek sous son meilleur visage. | © Milos Leclere / Footballski

La sortie du stade s’effectuera dans le calme, mais nous décidons cependant de ne pas aller fêter la victoire en ville, car la tension y sera sûrement grande et les violences possibles, ce qui fut une bonne décision, certains supporters polonais ayant été arrêtés dans la vieille ville dans la nuit suivant la rencontre.

 

Seconde mi-temps : Jvuentus Bucureşti vs. CSM Râmnicu Vâlcea

© Milos Leclere / Footballski

© Milos Leclere / Footballski

Le samedi 12 novembre, une rencontre de Liga II (ancienne Divizia B), la deuxième division roumaine, voit s’affronter la Juventus Bucuresti et le CSM Ramnicu-Valcea. Le match se déroule au Stadion Juventus Colentina, un petit stade à huit kilomètres du centre de Bucarest. Le match entre le leader de la division, la Juventus Bucuresti (dont l’écusson est largement inspiré de celui de la Juventus de Turin) et le douzième, avant le match, est programmé à midi.

Le club de la capitale roumaine existe sous cette appellation depuis 1992, cependant il a un ancêtre bien plus ancien, puisque la Juventus Bucuresti est née en 1924 de la fusion de deux clubs de la capitale (le Romcomit et le Triumph), et sera l’un des meilleurs clubs de la capitale roumaine pendant l’entre-deux-guerres. En 1952, le club déménage à Ploiesti, une ville située à environ 70 kilomètres de Bucarest et devin le FC Petrolul Ploiesti. Ce club remportera plusieurs titres nationaux et coupes nationales.

En 1992, un homme, Ionel Ilie Ciuclea, accompagné de sa société « SC Supercom SA », une entreprise de recyclage et de traitement des déchets, décide de faire renaître ce club historique de la capitale roumaine, et fonde la nouvelle Juventus, qui sera un club résolument formateur. Il tente de chercher les descendants du fondateur historique du club, un italien nommé Ettore Brunelli afin de les associer au projet, à l’aide de l’ambassade italienne à Bucarest, mais n’y parvient pas, la famille ayant quitté la Roumanie en 1948.

Nous arrivons une heure avant le match, le billet pour le match est gratuit, et les joueurs sont à l’échauffement. Le stade est entouré de nombreux blocs de style communiste, ce qui donne à l’endroit un parfum très authentique.

© Milos Leclere / Footballski

© Milos Leclere / Footballski

Trois petites tribunes jaunes et bleues entourent le terrain ainsi qu’un parking derrière l’un des buts. La pelouse, elle, est dans un mauvais état, et je ne suis pas certain que le terrain soit plat, ce qui ajoute encore un peu de charme à cet endroit loin des standards de l’Arena Nationala que j’avais découvert la veille.

Il n’y a que des Roumains sur la pelouse sauf un joueur du CSM Ramnicu-Valcea, Samson Nwabueze, un arrière droit nigérian qui bourlingue dans les divisions inférieures roumaines depuis 2011.

Tandis que les joueurs s’échauffent, une sono de très mauvaise qualité joue des morceaux de variété roumaine, cela change des musiques uniformisées que l’on a l’habitude d’entendre dans les stades à travers le monde. Le public est constitué majoritairement d’hommes ayant dépassé la soixantaine, et de quelques plus jeunes qui semblent être des proches des joueurs puisqu’ils leur parlent pendant l’échauffement.

Les pipas (graines de tournesol) rencontrent un large succès dans les tribunes qui se remplissent petit à petit à mesure que le coup d’envoi approche.

© Milos Leclere / Footballski

© Milos Leclere / Footballski

Dès le début du match, on comprend que le coach des locaux, Daniel Oprita, ancien international roumain et joueur du Steaua, est un sacré phénomène. Il s’agite sur son banc, parle avec les bras et fait éclater de rire le public à de nombreuses reprises, je regrette de ne pas avoir un traducteur roumain pour m’expliquer ce qu’il peut bien dire. Reste qu’il nous assure un show qui a le mérite de compenser la médiocrité du match, pas aidé il est vrai par la pelouse en piteux état.

La première période est équilibrée, les visiteurs font jeu égal et cela semble agacer notre théâtral coach qui ne laisse aucun répit à son latéral droit qui attend impatiemment la deuxième mi-temps pour pouvoir jouer plus sereinement. La mi-temps est sifflée sur un score vierge.

© Milos Leclere / Footballski

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La deuxième mi-temps sera largement dominée par la Juventus, dont l’attaquant rate l’immanquable à deux reprises. Malgré des contres très dangereux des visiteurs, le match se termine sur le score de 0 à 0. A noter l’esprit très bon enfant du match, le public communiquant directement avec le quatrième arbitre, qui a passé une bonne partie du match à éclater de rire ostensiblement aux remarques des spectateurs.

Milos Leclere


Image à la une : © Milos Leclere / Footballski

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