On a vécu Partizan vs. Crvena Zvezda, le 150ème Večiti derbi

Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Publié le 3 mars 2016
veciti press

© Lazar Van Parijs / Footballski

Le rendez-vous était pris le vendredi soir à Autokomanda afin de récupérer les tickets presse pour le Večiti derbi, le derby éternel et 150ème du nom. En sortant du bar, et en se rendant à Slavija, on peut rapidement se rendre compte de l’impact du match dans la ville avec une répétition pour le lendemain des forces de police. Des forces qui seront nombreuses le jour J. Le ton est donné, on ne rigole pas avec la sécurité pour le Večiti derbi.


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Saint Sava Belgrade

© Lazar Van Parijs / Footballski

Dimanche. Afin d’éviter tout problème, l’idéal est de se garer à côté de la cathédrale Saint Sava et de marcher environ un kilomètre. Un terrain que l’on connait déjà bien, pour l’avoir fait dans le match opposant le Partizan à Torshavn il y a un peu moins de deux ans. Et, de toute façon, il est quasiment impossible de se perdre lors d’un derby éternel à Belgrade. Le meilleur GPS étant de suivre le flot de personnes se dirigeant tous vers le même point : le JNA.

Aux abords du stade, on retrouve de tout. Couple mixte se prenant en photo, l’un supporte Zvezda, l’autre le Partizan. On voit aussi quelques écharpes du PAOK ou du CSKA symbolisant les fameuses alliances entre frères orthodoxes. Ainsi, pour représenter cette fraternité religieuse, les Delije possèdent une amitié forte avec l’Olympiakos en Grèce et le Spartak Moscou en Russie tandis que les Grobari, eux, sont proches du PAOK et du CSKA Moscou, notamment. Mais les personnes les plus présentes aux abords de ce stade représentent toutes un même camp, celui des forces de sécurité. Policiers, gendarmes et autres, tout ce qui peut porter une matraque a été réquisitionné pour l’événement.

Forces de police veciti derbi

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Le temps de passer cette sécurité avec notre carton pour l’accès en « loge presse », et on se retrouve dans un petit box minimaliste. Table et vue sur Saint Sava. Et c’est tout en fait. Le temps de trouver une chaise, de comprendre qu’il ne faudra pas trop compter sur le wifi pour partager les informations et de dégainer feuilles et stylo que le match débute. Puis vint l’hymne, le seul moment de calme et de silence dans le stade durant ce match.

Loge partizan

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Au niveau des équipes, seule demie surprise côté Zvezda, Pavicevic, l’ancien joueur de Cottbus, est titulaire au sein de la défense avec Lukovic, ancien joueur du Zenit. La recrue brésilienne Edson n’ayant pas totalement convaincue lors de son premier match, il faut jouer la sécurité côté Zvezda. Pour le reste, on retrouve « la doublette de 6 made in Mordovia » avec Damien Le Tallec et Donald, alors que Grujic occupe le poste de numéro 10.
Côté Partizan, l’équipe est décimée depuis la trêve hivernale. Exit Saponjic, Oumarou, Zivkovic, bienvenue à Mihajlovic ou Cédric Gogoua. La légende Saša Ilić est, elle, bien présente sur le terrain avec son brassard de capitaine. Ainsi, dans le 11 titulaire, seul Brasanac était déjà titulaire pour le match face à Torshavn. Sacré turnover en moins de deux ans.

Rapidement, on se rend compte que beaucoup trop de personnes sont habillées avec du rouge sous notre loge. Pas besoin d’être un génie pour comprendre que la moitié du stade est Delije. La demande de billets de la part des supporters « blanc et rouge » a été très forte et la direction du Partizan s’est résignée aux aspects financiers et leur a donc délivré beaucoup de tickets à eux, les rivaux. Présents en nombre, les Delije chantent et scandent « picke ciganske » qui est attribué au Partizan, histoire de bien provoquer. On les entend et on les voit, notamment avec ce tifo au coup d’envoi qu’on vous laisse admirer.

tifo delije

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Côté terrain, la première situation dangereuse viendra à la septième minute lorsque Mihajlovic se met en avant sur son côté gauche, mais le français Damien Le Tallec le tacle parfaitement dans la surface et sauve une première fois la patrie. Puis, à la onzième minute, vient la première situation litigieuse. Ainsi, à vitesse réelle, lors du match, on retrouve dans mes notes que Mihajlovic aurait pu recevoir un penalty. Au ralenti, il ne fait aucun doute, la faute du défenseur semble claire et nette, le numéro 7 du Partizan, trop rapide et vif pour le trentenaire en face de lui, aurait bien du recevoir ce penalty. Ivan Tomic enrage logiquement sur son banc.

150 serbian derby. Passion madness nationalism beauty war love faith loyalty emotion mentality... Coungradulations ! (oui oui ils se sont plantés)

« 150 serbian derby. Passion madness nationalism beauty war love faith loyalty emotion mentality… Coungradulations ! » – Oui, oui. Ils se sont plantés. |© Lazar Van Parijs / Footballski

Le Partizan continue de dominer l’entame de match, comme avec cette occasion à la seizième où Bojinov, lancé suite à un travail de Mihajlovic, toujours lui, se fait contrer par Pavicevic. Mais, une minute plus tard, ce qui devait arriver arriva. Le Partizan trouve la faille. La défense de Zvezda est passive et Cédric Gogoua place une tête sur une passe décisive de Mihajlovic. Le stade s’embrasse. Des deux côtés, Nord et Sud, les ultras sortent les fumigènes, mais si sur le terrain le Partizan domine, dans les tribunes, les Delije montent le son et se font entendre. 

Si Mihajlovic continue de régaler, il ne faut que quelques minutes pour voir les visiteurs revenir dans la partie sur un but d’Ibanez. Sur une faute anodine côté droit un peu devant la surface de réparation, l’arrière gauche argentin se charge du coup franc et enroule sa frappe de telle sorte qu’elle arrive dans la lucarne. Saranov est battu. Les Delije ne se sentent plus. 1-1, balle au centre.

Il n’en fallait pas plus pour remotiver le club entraîné par Grof et, à la 32e minute, Hugo Vieira marque à la suite d’un excellent travail et service de Marko Grujic. Après un doublé au match aller, le Portugais continue d’écrire sa légende avec le club belgradois. La mi-temps est sifflée sur ce score de 1-2. Zvezda joue sur la vitesse de ses joueurs tandis que le Partizan semble clairement en difficulté malgré les occasions litigieuses en leur défaveur.

Dans les observations, on assiste alors à un beau duel Petkovic vs. Mihajlovic. Si le « petit Robben », comme il était surnommé à Rad, a étonné et est la révélation de ce match côté Partizan, une vraie bonne surprise, Petkovic n’est pas en reste non plus et répond présent défensivement avec un gros travail pour contenir le jeune ailier serbe. Malheureusement, depuis ses deux opérations, le joueur de Zvezda n’est plus vraiment le même et se montre parfois limité. Il reste difficile d’imager une participation en Ligue des Champions avec lui, par exemple. Du côté des tribunes, bien qu’ils soient à l’extérieur, on entend beaucoup plus les Delije. Ces derniers se permettant même de crier des « faites du bruit » aux Grobari.

La reprise nous offre un nouveau festival de chants de la part des Delije entre les « Zvezda Championi » et « Uprava Napolije », qu’on pourrait traduire par « La direction dehors », chanté ironiquement pour se moquer du Partizan. Ces chants étant entonnés par les Grobari il y a quelques années lors de ces mêmes derbys lorsque Zvezda était au plus bas. Si le match reprend pied au plancher dans les tribunes, c’est également le cas sur le terrain mais, cette fois, avec en protagoniste principal : le Partizan. À la 47e minute de jeu, les Noir et Blanc auraient en effet du revenir au score à la suite d’un but refusé pour hors-jeu pas forcément évident de Mihajlovic faisant suite à une offrande de la légende Saša Ilić. Tandis que le remplacement de Bojinov à la 57e minute est l’occasion pour le Partizan de faire rentrer leur nouvelle pépite Dusan Vlahovic, appelé à être le nouveau fer de lance de l’attaque du club de la rue d’Hum. Il devient alors le plus jeune joueur à disputer le fameux Večiti derbi à 16 ans et 30 jours, battant Luka Jovic.


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Les fans du Partizan semblent déjà s’être résignés et liquident leurs fumigènes. Fumi après fumi, craquage après craquage, la vision se fait la plupart du temps difficile et le centre d’attraction du JNA se trouve surtout à quelques mètres du terrain. Tandis qu’un nouvel acteur aux couleurs des Delije veut faire son entrée et tente d’aller sur le terrain, ce dernier est rapidement plaqué par les forces de l’ordre. Un ange passe quand il arrive en dehors du terrain.

Alors que Zvezda semble maîtriser, et continue de jouer sur la vitesse d’Hugo Vieira, qui multiplie les feintes de corps, et se diriger vers un énième succès en championnat, le club étant toujours invaincu dans cette compétition, Lukovic écope d’un second carton jaune (le rouge direct n’aurait pas été volé). Il proteste à peine et sort sous les sifflets des Alcatraz, juste au-dessus du couloir des joueurs du Partizan. Deux minutes plus tard, le portugais Hugo Vieira manque de rentrer encore une fois dans l’histoire avec un but refusé. Dans les tribunes, tout le monde continue de vider ses réserves de fumigènes et le match est fréquemment haché, le temps que la fumée disparaisse et que la visibilité soit un minimum présente. Quand le jeu est là, sur le terrain, on peut alors admirer un Plavsic, tout juste entré en jeu, profiter d’un corner juste devant son kop pour haranguer la foule qui chante « Ti si moj bol, ti si mi sve », « tu es ma douleur, tu es mon tout. »

Grof décide alors de sortir son buteur fétiche à la 90e afin de lui offrir une standing ovation. La moitié du stade applaudit et crie « Hugo, Hugo ». Une très belle sortie à la hauteur de son match et de son but si important. D’ailleurs, une fois sur le banc, celui-ci ne peut s’empêcher de se lever et pester contre l’arbitre qui accorde un temps additionnel qui semble en effet très long. Malgré tout, le score et le vainqueur restent les mêmes. Nouvelle victoire pour Zvezda en championnat, qui plus est dans un match primordial. Les joueurs peuvent alors communier avec la marée rouge.

Alors que le stade est quasi vide, ne restant plus que les ultras du PAOK et de l’ Olympiakos qui se répondent avec des chants en grec avec tous les policiers regroupés aux abords du terrain, nous réussissons à aller sur celui-ci. L’occasion de voir de plus près les fumigènes lancés sur la pelouse. L’objectif étant d’arriver à la zone mixte., on ne s’attarde pas forcément sur la pelouse verte et retrouvons les joueurs.

Valeri Bojinov

© Lazar Van Parijs / Footballski

Quelle surprise lorsque nous découvrons que cette dernière est en fait un passage en plein air entre le stade et les cars. C’est l’occasion pour nous de discuter un peu avec les joueurs, notamment Damien Le Tallec, ce qui a le don d’énerver profondément les journalistes locaux ne parlant pas français et qui ne peuvent pas suivre notre conversation. Avec tout ça, il est pratiquement 20H, l’heure de manger et de se préparer pour le Kafana du soir. Les traditions ont bon dos. Du côté des joueurs de Zvezda, la fête est également au rendez-vous avec, pour couronner la victoire, une prime de match de 4000 euros offert par les responsables du club de la rue de Ljutice Bodgan.

Au niveau des enseignements de ce Večiti derbi, nous ne pouvons que regretter l’absence de toit. Les décibels se perdent facilement dans le JNA et l’ambiance serait encore plus folle si celle-ci résonnait.

Toujours sur l’ambiance, celle-ci était incroyable. Des chants, des tifos, des messages politiques et sportifs, sûrement le fait d’être en tribune presse, mais à aucun moment je ne me suis senti en danger ou qu’il y avait un gros danger/tension.

Au niveau du jeu, le numéro 7 du Partizan, Mihajlovic, a été très intéressant. Le défenseur Cédric Gogoua, buteur et recrue hivernale, a lui laissé entrevoir de belles choses tandis que Bojinov n’a pas réussi à peser sur la défense de Zvezda. Du côté des visiteurs, comment ne pas être sous le charme de Damien Le Tallec ? (sans chauvinisme, celui-ci est félicité unanimement par la presse serbe). Les buteurs du soir, Ibanez et Hugo Viera, ont également été très bons. L’Argentin a bien apporté offensivement, tandis que le Portugais encore confirmé qu’il est au-dessus. Enfin, Plavsic continue d’apporter de la concurrence et de confirmer les espoirs placés en lui. Du côté du négatif, Grujic, Katai et Donald ont surement été un ton en dessous de ce qu’ils nous ont habitué récemment. Dur d’être toujours au top.

À la suite de ce match, l’Étoile Rouge de Belgrade dispose de 32 points d’avance sur son premier poursuivant et est toujours invaincue. Autant dire que le titre semble joué. La question qui se pose maintenant est : « Qui sera européen et est-ce que le Partizan y sera ? » Leur classement actuel dit le contraire. Le derby a été terni par des problèmes d’arbitrage. Ainsi, Saša Ilić a déclaré dans la presse après le match qu’en « 20 ans de carrière »,  il n’avait jamais vu « un derby volé à ce point ». Les démons du football serbe…

Les notes Footballski :

Partizan Zvezda

Standing du stade (1/5) :

Stade vieillot, zone mixte à l’extérieur. Les tribunes ouvertes provoquent une grosse perte de son. En se baladant dans les vestiaires, on a l’impression qu’il y a eu aucune rénovation depuis 1945.

Disponibilité des billets (1/5) :

Nous avons eu des tickets presse. Sinon, pour les étrangers pour ce genre de match, il faut contacter le club et leur demander à ce qu’ils mettent de côté des places. Pas de vente par internet en théorie.

Tarifs (5/5) :

L’invitation ! Mais plus sérieusement, les places en tribune centrale oscillaient entre 800 dinars (virage) et 1500 (latéral) soit entre 6 et 12 €. Tout à fait raisonnable pour un match de légende.

Ambiance (6/5) :

Le feu ! Vous avez vu les videos et les photos, que voulez-vous de plus ?

Risques (2/5) :

Cette fois-ci tout s’est bien passé, mais il y a très régulièrement des affrontements. Malgré les forces policières, les débordements sont fréquents et la tension existe. La vétusté du stade n’aide pas.

Accessibilité & Transports (4,5/5) :

Bus, tramway, taxi ou même à pied, aucun problème pour se rendre au stade à une quinzaine de minutes de Saint Sava.

Boissons (1/5) :

Pas d’alcool pour un tel match.

Quartier environnant (4,5/5) :

Entre Autokomanda, Dedinje, Vozdovac, il y a un monde. Le quartier est vert et on peut se faire des cevapis à Uzice ou une pleskavica à Stepin vajat, ouvert à n’importe quelle heure de la journée mais toujours excellent.

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A propos de l'auteur

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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

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