On a vécu Metalist Kharkov vs. Stal Dniprodzerzhinsk

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 15 octobre 2015

Pour ce week-end j’avais choisi ma destination, il s’agissait de Kharkov (Харьков), ou bien Kharkiv (Харкiв). J’ai choisi d’utiliser la première version, non pas par esprit de contradiction mais tout simplement car la ville est largement majoritairement russophone et autant appeler la ville de la façon dont ses propres habitants la dénomment. Et comme souvent durant mes voyages à l’Est, il y a eu un passage obligé par le stade pour y voir les « jaunes et bleus » affronter le Stal Dniprodzerzhinsk. Vous ne connaissez sans doute pas cette équipe issue de la deuxième division mais sachez qu’elle a en partie fusionnée avec le Metallurg Donetsk, ce qui lui permet d’être là cette saison au plus haut niveau.

Le très moderne Stadion Metalist.

Le très moderne Stadion Metalist | © Footballski

La ville

C’était donc une première pour moi dans cette ville quasi-frontalière avec la Russie. Ville qui fût pendant un temps la capitale ukrainienne, enfin la capitale de la République Fédérée Socialiste Soviétique d’Ukraine. Une grande ville en somme, la deuxième du pays avec largement plus d’un million d’âmes; mais très souvent considérée comme calme, aux aspects de bourgade loin du tumulte de la capitale. Une ville russophone donc, à mi-chemin entre la capitale Kiev emprunte d’un élan pro-européen et la Donbass à l’est en proie à la guerre. Une ville qui semble un peu abandonnée, entre Kiev et Donetsk, beaucoup plus florissante dans l’économie d’avant-guerre mais une ville universitaire. La principale ville universitaire du pays d’ailleurs, et c’est sans doute cela qui l’a sauvée de la rébellion et de la guerre car si les habitants ayant connu l’Union Soviétique sont animés par la même nostalgie qui a pu mouvoir une partie de la Donbass; la jeunesse éduquée et ambitieuse de la ville, bien que russophone, se voit dans un avenir plus à l’ouest avec un pays à reconstruire sur de nouvelles bases.

Une cité qui est donc coupée en deux entre étudiants ambitieux et personnes âgées installées dans une routine quotidienne; deux monde aux visions matérielles et politiques opposées mais sans juste milieu car l’économie n’y ait pas dynamique et bons nombres de personnes s’en sont allées. Si vous voulez un exemple de gabegie, vous n’avez qu’à aller quelques kilomètres plus au nord pour rejoindre l’aéroport flambant neuf, témoin du gâchis ukrainien (ou de l’absurdité des règles d’attributions de l’UEFA) car ce bâtiment ultra-moderne ne voit décoller que cinq vols, au mieux, par jour et n’est desservi que par une poignée de compagnies turques (en plus de MAU, le transporteur national) et il est facile de s’imaginer que l’argent aurait pu être mieux investi, notamment pour relier Kharkov à Kiev par un train vraiment express (car l’express actuel et d’ailleurs mis en place pour l’Euro 2012 met cinq heures trente à effectuer un trajet légèrement plus court qu’un Paris-Lyon).

Et une banderole contre Kurchenko ! Une ! "Paye l'équipe"

Et une banderole contre Kurchenko ! Une ! « Paye l’équipe » |© Footballski

Le football n’échappe donc pas à la règle même si Kharkov a un jour compté deux clubs dans l’élite et qu’actuellement le Gelios fait une bonne saison en deuxième division; son club fanion le Metallist a été déserté pour raisons politiques par son président Kurchenko (comme on vous le comptait alors lors de notre Footballskitrip) et est donc en proie à de sérieuses difficultés financières. Son public qui s’était un temps rêvé concurrencer le Shakhtyor et le Dynamo a vu son rêve s’effondrer au moment même où il était en passe de se réaliser (le Metallist était premier du championnat au moment où la guerre a éclaté). Aujourd’hui, les Ukrainiens venus regarnir l’effectif de l’ex-ambitieux se battent pour se maintenir et sont onzièmes au moment de recevoir le Stal Dniprodzerzhinsk, autre curiosité (anomalie ?) de cette Ukrainian Premier Ligue en crise.

Le match

Je me dirige donc vers le stade par le métro de Kharkov et en arrivant à la station Sportivnaya, on remarque immédiatement (outre l’énorme présence policière par rapport à la maigre affluence) que les murs sont recouverts de photos rappelant à quiconque s’aventurant aux alentours du nouveau stade Metallist, qu’il y a encore très peu de temps; c’était un club de premier plan en Ukraine comme sur la scène européenne avec certains de ses exploits en Europa League. Le stade est beau, neuf, ce qui n’est pas le cas de la billetterie où il n’y a d’ailleurs pas foule une heure avant le match. Même la boutique du club fait de la peine, vaste boutique où se côtoient vieux souvenirs de l’Euro-2012 et maillots du club à des prix prohibitifs (1150 Gryvnias soit 50 euros (mais plus de 100 pour un Ukrainien qui n’a pas vu son salaire augmenté lorsque la devise locale s’est effondrée)) symbole sans doute de l’ex-bonne santé du club lorsque les supporters et passants n’hésitaient pas à dépenser leurs économies pour le club, fierté de la ville. Cette boutique reste donc désespérément vide comme le stade où l’affluence se chiffre à 3 232 âmes malgré l’heure et la météo agréable en ce samedi après-midi.

 

Les deux équipes au coup d'envoi.

Les deux équipes au coup d’envoi.

Heureusement que la tribune Ultras est quelque peu remplie et que ces inconditionnels rapidement torses-nus vont mettre l’ambiance en chantant pendant tout le match, même s’ils vont afficher leur mécontentement en ne reprenant pas le nom des joueurs à l’annonce des compositions, laissant le speaker dans son embarras. Une fois l’hymne (bilingue) du club passé (que vous pouvez entendre dans la vidéo au-dessus), on peut se concentrer sur le match qui va débuter sur un faux-rythme mais à la 22e minute et suite à une erreur d’Artem Putivtsev, c’est Vladyslav Kulach qui s’en va battre de près Sergey Pogorelyi. Cela va au moins réveiller les locaux qui jusqu’à lors n’avaient été dangereux que par un Artem Besedin très pataud et surtout trop isolé. C’est donc sur coup de pied arrêté que par deux fois le stoppeur Aleksey Kurilov va laisser passer l’occasion d’égaliser.

On se disait que la deuxième mi-temps allait reprendre sur les mêmes bases mais rien n’en fût et seul le célèbre chant contre le président Russe, repris par tout le virage, allait apporter de l’animation jusqu’à ce que Kharkov tremble avec un poteau pour les visiteurs. C’est encore une fois ce qui va permettre de réveiller le Metallist qui va enfin obtenir des occasions après la 70e minute. Notons l’entrée de Sergey Nazarenko, autrefois international mais surtout de Stanislav Kulich, auteur de 81 (!!!) buts au cours des trois dernières saisons pour le Stal avant de rejoindre Kharkov. Il n’était que remplaçant et la vingtaine de supporters venus de Dniprodzerzhinsk en avait profité pour sortir une banderole « Kulich, ton terrain est à la maison » ! Mais c’est bien Vladimir Priyomov qui va égaliser, suite à une mauvaise relance, alors que plus personne n’y croyait. L’ancien de Zaporozhye marque donc à deux minutes de la fin, ce qui va valoir au jeune Oleksandr Kozak une engueulade mythique de la part de son entraîneur, le bouillant Shishchenko, qu’il n’est pas prêt d’oublier (et moi non plus) et qui a duré jusqu’après le coup de sifflet final. Les deux équipes auront une occasion de l’emporter dans le temps additionnel mais rien ne changea et le sort avait choisi de ne pas choisir son camp.

Score final de parité.

Score final de parité | © Footballski

Les notes Footballski

Metalist Stal

Standing du stade (4,5/5):

Alors bien sur ce n’est pas un stade typique et bucolique d’Europe de l’Est mais le stade est très moderne, car construit pour l’Euro 2012 sans être trop grand (bien qu’il sonne désormais creux vu les résultats du club). Tout y est, et les sièges y sont très confortables.

Disponibilité des billets (4,5/5):

Pourquoi un demi-point manquant me direz-vous vu le nombre de places vides ? Car l’achat par internet avait été désactivé (c’est sans doute lié aux difficultés financières et de remplissage) et cela oblige donc à se rendre au guichet.

Tarif (5/5):

J’ai payé 70 Gryvnias pour les meilleures places du stade (soit 2,80 euros), il y en avait peut être à 3,50 euros mais je me souviens plus. En tout cas pour ce niveau, il s’agit de tarifs extrêmement bas.

Ambiance (2,5/5):

Les joueurs vont saluer les Ultras.

Les joueurs vont saluer les Ultras |© Footballski

Oui les Ultras chantent et essayent de mettre l’ambiance en restant fidèles à leur club jusqu’au bout, mais bon cela sonne quand-même extrêmement creux ! Alors tout juste la moyenne.

Risques (5/5):

C’est bien simple, j’ai eu l’impression qu’il y avait plus de policiers que de spectateurs, donc dans ces conditions il est difficile d’avoir peur (à moins de craindre la police ukrainienne…)

Accessibilité & Transports (5/5):

Proche du centre et desservi par deux des trois lignes de métro. Que demander de plus dans une ville de province ?

Boissons (2,5/5):

Une petite buvette, somme toute très limitée, et un choix de bière famélique et sans qualité (du classique en Ukraine): Zhiguli ou Obolon. Le tout à des prix très bas pour nous, mais pas forcément pour le marché local.

Quartier environnant (3/5):

Alors oui j’ai dit que l’on était proche du centre mais quand même ! Il n’y a rien pour manger, rien à faire pour être direct, autour de ce stade. La vue ne nous montre que des immeubles soviétiques de vie.

Adrien Laëthier


Photo à la une : © Footballski

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A propos de l'auteur

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Adrien Laëthier

Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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