On a vécu Levski Sofia vs. Ludogorets Razgrad et FK Germaneya Sapareva banya vs. CSKA Sofia

Hadrian Stoian
Hadrian Stoian - Publié le 30 avril 2016

En cette fin de saison 2016, Footballski s’est décidé d’aller découvrir un pays d’Europe de l’est encore trop mystérieux malgré son engouement indéniable pour le football, la Bulgarie. Pour se faire, nous nous sommes rendus à Sofia afin d’assister au choc du week-end : Levski Sofia contre Ludogorets. Un match à priori sans grand enjeu réel tant l’avance de Ludogorets est importante sur son dauphin, mais l’occasion d’une véritable démonstration de force en tribunes. En bonus, les aléas de ce voyage nous ont permis d’assister à une autre confrontation impliquant le CSKA Sofia, actuellement en troisième division. Récit de voyage.

Sofia, le football et ses ultras

Tag du Levski Sofia. | © Hadrian Stoian / Footballski

Tag du Levski Sofia. | © Hadrian Stoian / Footballski

Sticker présent au fanshop du CSKA Sofia. | © Hadrian Stoian / Footballski

Sticker présent au fanshop du CSKA Sofia. | © Hadrian Stoian / Footballski

Avant même de se diriger vers le stade, notre visite de Sofia nous a emmené du coté des fan shops du Levski et du CSKA. Si celui du Levski est plutôt sobre, aux couleurs du club et accompagné d’un tag géant à la gloire de leurs ultras, c’est bien celui du CSKA qui a retenu notre attention. Situé à proximité du stade de l’armée bulgare, dans un des parcs constituant le centre de la ville, celui-ci étonne par de nombreux aspects. Le chemin piéton le rendant accessible est jonché de graffitis en l’honneur du CSKA, souvent accompagnés de symboles néo-nazis. Arrivés devant cette petite construction, trois guichets ouverts les jours de matchs permettent d’acheter sa place, alors que le fan shop voit sa devanture envahie de stickers ultras. La tendance est claire : croix gammées, « Good night left side » et autres stickers de groupes ultras néo-nazis amis (notamment les groupes roumains du Steaua Bucarest « Shadows », « Combat » et « Steaua 1948 ») décorent ce magasin. À l’intérieur, une gamme de vêtements ultras du CSKA s’offre au visiteur, plutôt bien achalandée. Au premier abord, aucune tendance politique ne semble s’en détacher, mais dans un coin du magasin se trouvent des t-shirts marqués « Dites oui au racisme, le football contre la tolérance » et autres joyeusetés.

Il est en effet utile de rappeler qu’en Bulgarie, aucune répréhension réelle n’est prévue face aux démonstrations nazies et qu’arborer des symboles favorables à cette idéologie ainsi qu’exécuter le salut fasciste en public n’est absolument pas sanctionné par les autorités.

Quoi qu’il en soit, nous nous tournons vers d’autres activités n’étant pas en lien avec le football jusqu’au lendemain.

Levski Sofia 0-0 Ludogorets, démonstration ultra sur fond de fascisme

Samedi 23 avril 2016, à 20h heure bulgare, le Levski reçoit Ludogorets. Au programme, l’inauguration de la nouvelle tribune du stade Георги Аспарухов (Georgi Asparouhov, légende du club dans les années 1960) et l’occasion pour le Levski d’asseoir encore plus sa position de second. Comme pour le CSKA, le stade du Levski se trouve dans un parc de la capitale, quoi qu’un peu plus excentré. La communication ultras sur les réseaux sociaux a fait son effet, et ce sont des hordes de supporters bleus qui envahissent ce stade. L’idée même d’un stade à l’ambiance familiale semble inconcevable. La grande majorité du public est composée d’ultras, tandis que les tatouages en l’honneur du Levski et les t-shirts anti-communistes sont légions. L’affluence en « Sector B » (tribune ultra) est exceptionnelle mais contraste avec le reste du stade, notamment la nouvelle tribune qui a peiné à trouver son public. Un manque d’intérêt pour les déplacements au stade pour les supporters lambdas ? Une désertion des stades par les supporters par peur de la violence ?

Le stade est mal agencé, les normes de sécurité plus que douteuses et c’est au prix de longues minutes de marche au pas que nous avons pu trouver notre place en tribune. Dès les premiers chants, le ton est donné. Les bras se lèvent autour de nous en autant de saluts fascistes. Les kapos donnent le ton, et les chants à la gloire du Levski et insultant le CSKA s’élèvent du stade.

Stade du Levski Sofia | © Hadrian Stoian / Footballski

Stade du Levski Sofia | © Hadrian Stoian / Footballski

Avant le début de la partie, un prêtre orthodoxe serbe est venu donner sa bénédiction à cette nouvelle tribune à travers une cérémonie de plusieurs minutes. À noter que le stade du Levski possède depuis plusieurs décennies maintenant une chapelle orthodoxe en son sein.

En dehors de toute considération politique, l’ambiance est incroyable. La seconde période est ponctuée par un spectacle pyrotechnique exceptionnel, mêlant fumigènes, torches et de véritables feux d’artifices tirés depuis la tribune.

 

La prestation sur le terrain contraste drastiquement avec la folie présente en tribunes. Le match est pauvre en occasions, et malgré des prestations défensives de qualité des deux côtés (notamment Luchin côté Levski et et Minev pour Ludogorets), le match ne présente pas grand intérêt. Un Claudiu Keșerü sevré de ballons n’a pas pu permettre à Ludogorets de concrétiser son avance et les deux équipes se sont donc séparées sur un score nul et vierge. En cause, une qualité offensive médiocre de la part des ailiers des deux équipes. Après avoir acclamé l’équipe à domicile encadrée par une cinquantaine de policiers essuyant insultes et jets d’objets divers, nous avons quitté ce stade Georgi Asparouhov sous une fine pluie de saison.

Pensant notre séjour footballistique terminé, nous avons profité de notre fin de soirée bulgare avant d’aller se préparer à un retour en France. Mais notre compagnie aérienne en a décidé autrement, et c’est une journée de plus à Sofia qu’il nous fallu accepter, sans trop de difficultés en toute honnêteté. Hasard du calendrier, l’autre grand club de Sofia jouait ce dimanche dans la capitale…

Les notes Footballski :

Levski Ludo

Germaneya 0-10 CSKA Sofia

Il ne s’agit pas d’une faute de frappe ou d’une hallucination liée aux divers alcools ingurgités à Sofia, le CSKA Sofia s’est bien imposé sur le score fleuve de dix buts à zéro. Tout d’abord, il aurait du s’agir d’un match à l’extérieur mais le stade du Germaneya ne comptant que 3.000 places, il fut décidé de jouer le match sur les terres du CSKA, au stade de l’armée bulgare. Un procédé assez répandu apparemment, qui permet au CSKA de jouer très souvent à domicile. Avant de parler du match, comment expliquer une telle différence de niveau? Le CSKA fut très longtemps la plus grande équipe bulgare. Vainqueur 31 fois du championnat, deux fois finaliste de la Coupe d’Europe des Clubs Champions (1967, 1982) et vainqueur de 19 coupes de Bulgarie, le CSKA Sofia est l’un de ces noms de club qui parlera à chaque amateur de football. Pourtant, après avoir terminé cinquième du championnat la saison dernière, les difficultés financières du club furent telles qu’il ne put recevoir sa licence pour la saison 2015/2016, précipitant sa chute en troisième division.

Les guichets de l'antre du CSKA. | © Hadrian Stoian / Footballski

Les guichets de l’antre du CSKA. | © Hadrian Stoian / Footballski

Le choc fut très rude pour les joueurs et les supporters. Toutefois, l’équipe n’accusa que très peu de départs (loyauté réelle ou forcée ?) et se retrouve donc à jouer avec des amateurs en troisième division avec une équipe taillée pour le haut de tableau de l’élite bulgare. Sur le terrain, les résultats sont donc sans équivoque : uniquement des victoires depuis le début en championnat pour une bagatelle de 126 buts marqués et seulement 7 encaissés. De plus, après sa victoire 2-0 au match aller et sur le même score au match retour face à Beroe, le CSKA s’offre une finale de Coupe de Bulgarie très prochainement. Pas commun pour un club de troisième division.

Leur adversaire du jour est un modeste club amateur, fondé cette saison et basé dans la ville de Sapareva Banya. Avant-derniers du championnat, rien de bon ne semblait pouvoir arriver à ces joueurs dans la capitale bulgare. Et ce fut une véritable débandade.

Nous vous avons déjà parlé du fan shop précédemment. Nous y sommes donc retournés afin d’acquérir nos places pour le match. Nous serons donc en « Sector G », tribune ultra du CSKA ce qui nous coûtera l’équivalent de cinq euros pour deux. La police est présente afin de faire respecter la seule loi qui semble avoir foi ici : pas de vente d’alcool aux abords du stade. Néanmoins, les petites boutiques présentes autour du stade passent bières et autres alcools sous le manteau aux clients discrets, à quelques mètres de la police. Nous arrivons devant le stade, bien plus ancien et délabré que celui du Levski. Dans notre tribune, pas de places assises prévues, seules des barrières permettent de s’accouder afin de profiter du match. Le match n’ayant aucun enjeu, l’affluence est assez faible, et c’est autour de soixante ultras qui sont présents dans notre tribune, pour une affluence totale ne dépassant guère les 600 personnes. Il va sans dire qu’il n’y a aucune présence de la part des supporters extérieurs.

 

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Stade de l’armée bulgare, antre du CSKA. | © Hadrian Stoian / Footballski

Ce manque d’affluence contraste avec les scènes ayant eu lieu dans ce même stade quelques jours avant. En effet, le CSKA s’offrait une demie-finale à domicile de toute beauté, à guichets fermés. L’intérêt du match et son prix (un lev, soit environ 50 centimes d’euros) ont amassé un nombre immense de supporters. L’ambiance était au rendez-vous, avec la présence de tifos très politisés (notamment hostiles au premier ministre bulgare), des tribunes se répondant entre elles et des craquages rarement égalés. Quoi qu’il en soit, tout le monde est en place pour ce match de championnat.

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Ambiance lors de la demie finale CSKA-Beroe, Coupe de Bulgarie. © Mathilde M. / Footballski

Dès les premières minutes, le CSKA prend l’avantage et se montre extrêmement dominateur face à cette équipe du Germaneya bien moins affûtée physiquement et techniquement. Les ultras chantent en tribune sous la direction du kapo dans une ambiance bien plus détendue qu’au Levski, malgré des signes distinctifs anti-communistes et pro-nazis similaires. Les buts ne sont mêmes plus célébrés ni par les joueurs ni par les supporters, et la mi-temps arrive sur le score de 6-0. Le spectacle va continuer de même en seconde période et permettre aux joueurs du CSKA de s’imposer par 10-0, un score encore jamais atteint cette saison (le maximum était de neuf buts à rien), à tel point que le vieux panneau d’affichage du stade était bien en peine d’afficher un tel score. Après une véritable scène de communion entre supporters et joueurs à la fin du match, nous sortons du stade. Il est clair que tous les esprits sont déjà à la finale de Coupe de Bulgarie, qui pourrait permettre au CSKA de décrocher un trophée d’envergure cette saison. Toutefois, les problèmes financiers n’étant pas réglés, cette victoire ne serait pas qualificative pour l’Europe.

Fin du match et score fleuve : dix buts à zéro. | © Hadrian Stoian / Footballski

Fin du match et score fleuve : dix buts à zéro. | © Hadrian Stoian / Footballski

C’est sur ce match sans grand suspense mais d’un intérêt réel que se termine notre beau séjour en Bulgarie, et c’est en sirotant une bière locale offerte à la sortie du stade à but promotionnel que nous allons clore ces déplacements. La Bulgarie est un véritable pays de football, aux ultras efficaces et capable de créer une ambiance inégalée. Toutefois, cette politisation formelle du sport mène parfois à des dérives au sein même de la ville, où les affrontements entre fans du Levski et du CSKA ne sont pas rares. La Bulgarie n’est pas (encore) soumise à des politiques trop répressives vis-à-vis du supportariat et s’inscrit donc dans les destinations incontournables de tout amateur de football populaire et passionné.

Les notes Footballski :

Germanya CSKA Sofia

Un grand merci à Mathilde M.

Hadrian Stoian


Image à la une: © Hadrian Stoian / Footballski

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A propos de l'auteur

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Roumain d'adoption, souvent aperçu une Timișoreana à la main près de Ghencea. Stelist convaincu, amoureux d'un football roumain authentique et désuet. Jamais objectif vis à vis du Dinamo.

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