On a vécu la Supercoupe de Géorgie : Torpedo Kutaisi vs. FC Samtredia

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 6 mars 2017

A une semaine du début de saison, j’étais tranquillement en train de faire mon calendrier de matchs à ne pas rater quand j’appris que la Supercoupe de Géorgie opposant Samtredia à Kutaisi allait avoir lieu dans deux jours. Il me fallait donc en être, sauf qu’après l’expérience d’une finale de coupe à Zestaponi, je savais que la fédération géorgienne avait pour nouveau hobby de délocaliser ses matchs un peu n’importe où. Nous étions vendredi et la première quête allait être de savoir où se jouerait le match. J’étais loin de m’imaginer que ce serait si difficile…

En effet, aucune trace du match sur aucun site de référence recensant pourtant les plus faibles divisions des îles pacifiques. Google n’en savait pas plus alors que les sites officiels des deux clubs n’en faisaient aucune mention. Le site de la fédération lui-même n’en parlait pas. Du moins, pas dans sa version anglaise, car après une heure de recherche, je trouvais une ligne et demi en géorgien avec pour toute précision le nom du stade et une situation géographique « à l’ouest du pays ». Il se passa encore trente minutes pour identifier le stade, et la lumière fût. La rencontre allait se dérouler à Martvili, un village de Mingrélie…

La décision était prise, il fallait y aller, peu importe si le village se trouve à quatre bonnes heures de route de la capitale et que ma voiture pouvait m’abandonner à tout instant. Pour la première fois, j’allais traverser le pays et quoi de mieux que la Supercoupe de Géorgie pour en justifier. Une Supercoupe pas si anodine puisqu’il s’agit d’un derby, le derby d’Imérethie, région centrale de la Géorgie-Occidentale. Et cette région n’en est pas moins anodine puisqu’elle était autrefois le cœur du Royaume Colchide, avant de dominer la région sous le nom de Royaume d’Iméréthie. Son gouvernement était à Kutaisi, aujourd’hui la troisième ville du pays après avoir été dépassée par Batumi.

Téléphérique aux environs du stade | © Adrien Laëthier

Samtredia, deuxième ville de la région, présente son club local. Anciennement « Lokomotiv », il est tout juste auréolé du premier titre de Champion National de son histoire. Malgré cela, Samtredia aura du mal à défendre son titre avec la perte de cinq joueurs majeurs dont leur meilleur buteur parti tenter sa chance au Danemark. Difficile donc de dégager un favori pour ce premier trophée national en 2017.

Pendant ce temps là, je me trouve sur la route : Gori par l’autoroute, puis Khashuri et ses Nazuqi avant la route de montagne sous la neige vers Zestafoni. Revenu en plaine, on passe proche de Kutaisi avant, ironie du sort, d’aller trop loin et de se retrouver à Samtredia. Quelques routes défoncées plus tard, après Khoni, nous voici à la frontière mingrélienne et de suite à Martvili, la quatrième ville régionale, forte de ses 5 000 habitants et de son club du Merani, récent finaliste de la coupe nationale.

Un parking boueux sous une pluie incessante et quelques voitures me font repérer ce stade champêtre et laisse augurer d’une affluence plus grande qu’à l’accoutumée, les deux villes engagées étant assez proches de Martvili. Le stade Murtaz Khurtsilava ne compte que deux tribunes, du même côté, séparées par les vestiaires surmontés des VIP et des médias. Une tribune pour chaque camp, et surprise les places sont gratuites mais seulement sur invitation (drôle de système). Néanmoins, le fait d’être étranger et d’avoir fait plus de quatre heures de route pour cet événement achèvera de convaincre les organisateurs de me laisser entrer, côté Kutaisi.

Arrivée au stade | © Adrien Laëthier

Bon choix au demeurant car le Torpedo Kutaisi compte un groupe Ultra plutôt actif et décidé à mettre de l’ambiance dans ce petit stade plombé par une météo morose inattendue et contrastant avec le printemps entraperçu tout au long de la semaine. Si les deux équipes ont une histoire ancienne, le Torpedo fût une équipe qui comptait dans le football soviétique avec une décennie passée dans l’élite. Après ce petit spectacle pyrotechnique, place au match.

Après que les joueurs aient présentés les deux trophées, championnat et coupe, le match commence sur un faux rythme avec quelques imprécisions mais les Verts vont rapidement prendre le dessus dans le jeu. Migineishvili, le portier de Samtredia se montre très peu rassurant sur ses premières sorties. C’est à la suite d’un beau mouvement que les vainqueurs de la coupe (contre Martvili justement) vont trouver la faille sur un corner très bien tiré. Giorgi Guruli surgit, 1-0 et c’est la folie dans le kop vert, les pétards redoublent. Notons que l’impressionnante colonie policière présente avec nous, à plutôt l’air de s’amuser des pétards et n’intervient pas. Un policier en a d’ailleurs récupéré un et le montre amusé à ses collègues. On imagine qu’il saura en faire bon usage.

Supercoupe de Géorgie

Les Ultras du Torpedo en pleine forme pour ce début de saison | © Adrien Laëthier

Nous jouons la vingtième minute de jeu et Samtredia se montre pour la toute première fois dangereux dans cette Supercoupe de Géorgie. Il est clair que le Torpedo domine mais que Samtredia semble pouvoir se montrer dangereux plus facilement, et ce malgré la perte de la moitié de ses titulaires. Le Torpedo obtient néanmoins un bon coup-franc qui termine sur l’extérieur du poteau. Les Verts ont laissé passer leur chance, d’autant que sur une frappe anodine de Davit Razhamashvili, l’ancien de Zestafoni, Kvaskhvadze, gardien international, se trouve et laisse passer le ballon sous son ventre. Sans-doute surpris par le détonant mélange « pluie-synthétique ». Les deux équipes sont à égalité et Samtredia commence à maîtriser un peu plus le ballon mais une mauvaise relance va les mettre en difficulté. En effet, Kutaisi récupère un ballon bien haut et en deux passes inscrit le deuxième but des Verts. Les joueurs de Samtredia sont furieux et les joueurs du Torpedo fêtent leur but depuis plus d’une minute, lorsque, coup de tonnerre, l’arbitre assistant refuse le but pour une main, qui semble plausible voire probable en direct. Cette décision tardive semble toutefois assez surprenante. Le Torpedo et ses fans sont furieux et les insultes pleuvent jusqu’à la pause pour le « Bokovoi sudia » (façon dont les spectateurs nomment l’arbitre de touche, voulant dire « arbitre de côté » en russe. Effectivement, à la campagne, beaucoup de mots russes s’intercalent dans les phrases géorgiennes et notamment dans le football).

La Supercoupe attend son vainqueur | © Adrien Laëthier

La deuxième mi-temps va voir le Torpedo reprendre sa domination sous une pluie intermittente mais c’est encore une fois son portier qui va faire parler de lui en relâchant un nouveau ballon plutôt facile, Giorgi Beriashvili en profite pour donner l’avantage aux champions en titre. Sale journée pour le gardien des Verts. Mais sale journée également pour Tornike Kapanadze. L’attaquant de poche va manquer une occasion énorme d’égaliser à la 85e suite à un mouvement collectif parfait de Kutaisi avant d’expédier une frappe loin des buts lors de l’action suivante qui était également favorable. Le Torpedo dominateur a ainsi laissé passer sa chance et les arrêts de jeu sont animés par Samtredia, tout d’abord avec une occasion de break repoussée par les deux poteaux alors que les Blancs avaient profité de la désertion des défenseurs du Torpedo Kutaisi partis tenté d’égaliser. Puis, un carton rouge (deuxième jaune) justifié pour le capitaine Datunaishvili qui va prendre plus d’une minute pour sortir du terrain.

Dernière situation cocasse, le capitaine est applaudi par les deux camps (il a porté le maillot du Torpedo). Mais l’exclu semblait un peu confus car il a montré l’écusson de Samtredia alors qu’il était tourné vers le camp de Kutaisi, ne sachant plus trop où regarder. C’est là-dessus que la Supercoupe de Géorgie se termina, avec un Samtredia joyeux d’avoir remporté la Supercoupe de Géorgie et moi retournant vers ma voiture pour rentrer, loin, très loin, jusqu’à Rustavi non sans déguster Khinkali et Khachapuri Adjaruli après cette longue journée typiquement géorgienne.

Supercoupe de Géorgie 2017 : les notes Footballski

Standing du Stade (2,5/5) :

Un petit stade champêtre, mais pas si vétuste que cela. La moyenne pour une enceinte qui conserve le charme de la province de l’Est mais qui possède un synthétique de bonne qualité.

Une entrée aux charmes soviétiques | © Adrien Laëthier

Disponibilité des billets (4/5) :

Très compliqué de juger sur ce match mais j’imagine qu’il n’y a pas foule pour voir jouer le Merani. Un point enlevé vu que ce match n’était que sur invitations mais j’ai tout de même réussi à rentrer sans le précieux sésame.

Tarifs (5/5) :

Gratuit, que demander de plus pour une Supercoupe ?

Ambiance (3,5/5) :

Très très positif pour un match en Géorgie avec des Ultas du Torpedo en pleine forme. A voir, bien sûr pour les matchs de Martvili où l’ambiance est sans doute beaucoup plus familiale.

Risque (4/5) :

Un impressionnant dispositif policier mais aucune fouille à l’entrée, ce qui coûte un point car il s’agissait tout de même d’un derby et de la Supercoupe de Géorgie.

Accessibilité et transports (3/5) :

Très difficile de juger. Le stade se trouve à l’écart du centre mais à distance largement raisonnable. Il ne faut pas perdre de vue que Martvili est un village et qu’ainsi, on ne peut pas vraiment comparer la desserte avec une ville. Le point positif est qu’il est facile de s’y garer en voiture, moyen de transport à privilégier pour vos journées football en Mingrélie.

Boissons (0/5) :

Absolument pas de buvette. Une déception mais un grand classique en Géorgie.

Quartier environnant (2/5) :

Sur ce point, ce n’est vraiment pas terrible. Nous avons affaire à un vieux village géorgien délabré sans vraiment de charme, la grisaille dominicale amplifiant ce phénomène. Néanmoins deux points donnés car Martvili est très touristique pour ses magnifiques gorges situées en dehors de la ville.

Pour vos prochaines vacances en Géorgie.

Adrien Laëthier


Image à la une : © Adrien Laëthier

 

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A propos de l'auteur

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Adrien Laëthier

Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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