On a vécu Kosovo vs. Turquie

Tristan Trasca - Publié le 27 mai 2014

Mercredi dernier, la sélection du Kosovo jouait son deuxième match amical sous l’égide de la FIFA. Après le 0-0 contre Haïti, le Kosovo recevait un adversaire d’un autre standing : la Turquie. Un match symbolique sur le terrain et en dehors.

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La course pour avoir des billets

Deux jours avant le match, c’est la ruée vers les quelques points de vente (dispersés dans les villes majeures du pays) pour arriver à acheter un des billets pour le match. Ceux-ci sont vendus entre 5€ et 20€. Mais dès le milieu de la journée, plus aucun billet n’est disponible dans aucune ville. Les premières plaintes se font jour sur Internet. Les habitants de Skenderaj se plaignent de n’avoir eu que 500 billets à la vente pour 30 000 habitants. Les rumeurs courent aussi sur le fait que certains grands partis politiques ont fait une razzia sur les billets, à quelques semaines de la prochaine élection. Toujours est-il qu’il nous faudra attendre le mercredi midi et quelques coups de fil pour racheter des billets au marché noir pour dix euros de plus que leur valeur initiale.

La venue de la Turquie : pas un hasard

La Turquie joue un rôle important au Kosovo, comme dans de nombreux pays des Balkans où elle investit massivement. Au Kosovo, par exemple, une des seules autoroutes du pays reliant Prishtina à Tirana a été construite par un consortium américano-turc et l’aéroport de Prishtina est aujourd’hui privatisé et géré par une société turque nommée Limak (qui a d’ailleurs bien aidé pour organiser ce match). De plus, le Kosovo dispose d’une forte communauté turque et la langue turque est la troisième langue officielle du pays. Le passé récent a aussi démontré le lien ténu entre ces deux pays avec une déclaration d’Erdogan en déplacement au Kosovo fin 2013 : « la Turquie, c’est le Kosovo, et le Kosovo, c’est la Turquie », ce qui n’avait pas manqué de faire réagir à Belgrade notamment. C’est donc également dans cet état d’esprit fraternel que la Turquie est venue affronter le Kosovo comme l’a reconnu Fatih Terim après match : « Notre vieil ami et pays frère le Kosovo a demandé l’aide de la Turquie pour jouer ce match. Notre équipe n’a pas hésité une seconde. Tout le monde supporte le fait qu’on joue à nouveau contre le Kosovo dans le futur. »

Un cadeau empoisonné ?

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Si tout le monde était heureux de rencontre la Turquie, les joueurs du Kosovo savaient bien que la tâche serait compliquée. Le Kosovar-Finlandais (3 sélections) Mehmet Hetemaj reconnaissait la veille du match : « la Turquie a une superbe équipe avec des joueurs de classe mondiale. Il faudra qu’ils soient dans un mauvais jour et nous dans un très bon ! »

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Pour l’occasion, Fatih Terim avait aligné une équipe bis avec de nombreux joueurs du championnat turc, laissant les Sahin, Erding ou Selcuk Inan sur le banc. Du côté kosovar, Bunjaku alignait à nouveau un 4-5-1 avec de nombreux changements par rapport à Haïti. Dans les tribunes, les drapeaux et maillots des deux pays étaient mélangés dans une ambiance bon enfant alors que les joueurs arrivaient sur le terrain. Suite à la mort de mineurs en Turquie, une minute de silence était célébrée avec un message en albanais et turc. Pour l’occasion, l’équipe de Turquie jouait également en tenues noires. Pas d’hymne kosovar ni turc mais un grand drapeau kosovar affiché sur une tribune entière alors que le match allait commencer.

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Un match compliqué pour le Kosovo

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Le premier but

Dès la 1ère minute, la Turquie ouvrait le score par Ahmet Ilan qui profitait d’une glissade du latéral gauche kosovar Nushi. Le match continuait tranquillement pour les Turcs, très costauds dans l’impact et à la technique collective impressionnante. Du côté kosovar, les joueurs rentraient peu à peu dans le match, manquant cependant de liant entre les lignes. Le côté droit turc se régalait contre la paire Toski-Nushi. Dans les tribunes, la première ola débutait dès la 10è minute. A la 34è, la Turquie doublait la mise sur une superbe frappe de 25 mètres placée au ras de poteau de Bilal Kisa. Les supporters kosovars commençaient à perdre patience mais heureusement dans la minute qui suivait, le gardien turc Babacan offrait le premier but officiel de l’histoire du football kosovar à Bunjaku bien placé dans la surface. Les dix dernières minutes de la première mi-temps laissaient place à une douce euphorie dans les tribunes et sur le terrain où le Kosovo commençait à croire en ses chances. 1-2 à la mi-temps, plutôt un bon score pour le Kosovo vu la facilité affichée par la Turquie.

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Historique ! Le but du Kosovo

La seconde mi-temps s’avérera être beaucoup plus difficile avec quatre buts encaissés dont une magnifique frappe de Sahan dès la reprise. La Turquie jouait facile, démontrant une grosse aisance collective et un jeu très dynamique fait de petites passes et de redoublement. Du côté kosovar, la chaleur et la qualité de l’adversaire rendaient les choses très difficiles, d’autant plus que les spectateurs n’ont pas forcément été présents pour leur équipe nationale.

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Comme après chaque but, les joueurs turcs se réunissent pour communier

Les supporters : la vraie déception

J’avais longuement expliqué les réticences de certains groupes concernant la sélection du Kosovo. Le groupe des Dardanet – groupement officiel des supporters du Kosovo – est paru moins actif et nombreux que lors du premier match contre Haïti. De plus, les nombreux spectateurs qui garnissaient le stade sont partis très tôt du stade, dès le 1-4 encaissé vers l’heure de jeu.

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Heure de jeu, les supporters commencent à partir

Pour les dix dernières minutes de jeu, la moitié du stade était déjà vide, ce qui fut pour moi surprenant et décevant. Le supporter kosovar est nourri au football du Barça et du Real et ne se rend pas forcément compte de la réalité du football. Nombreux étaient ceux qui croyaient réellement que le Kosovo pourrait tenir tête à la Turquie alors que cette sélection a moins de 6 jours en commun comme base de travail. La fédération kosovare va sans doute devoir travailler à créer cette culture de l’équipe nationale pour ces supporters.

Les anecdotes d’un match organisé à la kosovare

La dernière fois contre le Kosovo, on avait été surpris par un feu d’artifice tiré à l’entrée du stade alors des spectateurs entraient encore dans l’enceinte. Les résidus du feu d’artifice tombaient donc quasiment sur les spectateurs en train de marcher, qui devaient regarder en l’air pour éviter de recevoir quelque chose sur la tête.

Pas de feu d’artifice ce coup-ci mais l’absence de toilettes dans 3 des 4 tribunes a offert des moments savoureux. Ce manque, signalé par la FIFA lors du dernier match, a poussé les spectateurs des virages à tout simplement sortir du stade pour se soulager. Si bien qu’à la mi-temps, une bonne partie des spectateurs étaient en dehors du stade. Certains en ont profité pour aller boire chez les personnes vivant juste derrière le stade, ayant un petit robinet au fond de leur jardin. Un gars un peu futé avait lui organisé un barbecue dans son jardin, juste derrière notre tribune. Il a été assailli par les spectateurs à la mi-temps. Un match FIFA comme à la campagne.

Il faut aussi signaler qu’aucune cigarette n’était autorisée dans le stade, chaque fumeur devant laisser son paquet lors du contrôle à l’entrée du stade. Ces paquets pleins ont fait le bonheur des gamins du quartier qui étaient encore en train de récolter ces précieux paquets à la fin du match pour sans doute les revendre plus tard.

Les Turcs gentlemen

A la fin du match, alors que les Kosovars rentraient directement aux vestiaires sans saluer leurs supporters restés dans les tribunes, les Turcs se sont déplacés vers une cinquantaine de supporters turcs, passant quelques minutes avec eux et leur offrant notamment des maillots. Ces supporters portaient également des casques en hommage à la catastrophe de Soma.

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Les supporters et joueurs turcs après le match

En conférence de presse, Fatih Terim qui fêtait son 100è match en tant que sélectionneur a relativisé l’importance du résultat tout en rappelant la volonté turque d’aider le frère kosovar : « En venant jouer contre le Kosovo, nous voulons aussi envoyer un message à la FIFA et à l’UEFA pour que le Kosovo devienne un membre du monde du football. » Le lendemain, un quotidien turc titrait dans sa page sportive : « Pardon frères ».

Et maintenant ?

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Anel Rashkaj, le capitaine du Kosovo

Bien plus que le 0-0 contre Haïti, cette lourde défaite contre la Turquie devrait servir de base de travail pour la sélection du Kosovo. Il a fallu des années de lobbying pour que le Kosovo puisse jouer ces matchs amicaux, il en faudra aussi certainement quelques autres pour que la sélection kosovare puisse jouer d’égal à égal avec ce type d’adversaire. Mais maintenant, il ne faut plus simplement se contenter de jouer ces matchs pour le symbole mais passer à l’étape suivante qui est de réellement construire une équipe. Le Kosovo possède en Anel Rashkaj un formidable capitaine et meneur reculé sur qui bâtir une équipe. Autour de lui, les Ilir Azemi, Lorent Sadiku, Albert Bunjaku, Kristian Nushi, Fanol Perdedaj vont permettre de construire une équipe qui tiendra la route. Mais il faudra du temps, beaucoup de patience et de soutien, notamment au niveau des supporters.

 

Tristan Trasca

Les buts du match :  

On a vécu Kosovo vs. Turquie
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