On a vécu Hajduk Split vs. FK Oleksandriya

Invité - Publié le 11 août 2016

« Sjever je srce Hajduka, a mi smo srce Sjevera… » – « Le cœur de l’Hajduk se trouve au nord et nous sommes le cœur du Nord. » Je parle là d’une partie des paroles que le groupe de supporters de Hajduk Split, la Torcida Split, a déployée sur une énorme banderole il y a des années. Une phrase devenue culte depuis.

Torcida Split. Tout le monde connait ou presque. Même les gens qui ne suivent pas forcément le foot. On parle ici du plus vieux groupe ultra en Europe. Un groupe grâce auquel on a le privilège de toujours pouvoir regarder le club d’Hajduk Split sous son vrai nom. En 2012, le club aurait dû faire faillite. À l’époque, Željko Kerum, le maire de Split, ne voulait pas accorder de crédit au club, ce qui le condamnait à disparaître. Plus de 2000 membres du groupe font pression pour que la mairie accorde ce crédit. Depuis, les finances se portent de mieux en mieux. La plus grande victoire du groupe, c’est le « modèle socios » selon lequel fonctionne aujourd’hui le club. On compte aujourd’hui plus de 40.000 membres, ce qui est mieux que certains clubs de Bundesliga.

En tant que membre du groupe, je préfère parler des choses dont les médias ne parlent pas. Vous entendrez rarement parler des collectes pour les SDF, des collectes pour la ville de Vukovar et son château d’eau, des différentes actions humanitaires… C’est bien dommage de toujours présenter les choses dans l’autre sens.

Vous avez souvent dû entendre dire que les ultras ne comptaient pas les kilomètres. Cette phrase prend tout son sens lorsque l’on se retrouve entre nous avant les matchs. Il y a Ivan qui vient de Zurich, Erik qui vient tout droit de Berlin, Vedran qui vient de Mostar, Robert qui vient de Slovénie et bien évidemment Stipe de Split. Bref, nombreux sont ceux qui viennent de faire entre 7 et 20h de route pour 90 minutes de plaisir. On a tous un ou deux gars sur Split qui nous prennent nos billets pour les matchs, mais il faut aussi avouer que parfois, on fait 1000 km sans être sûr d’avoir ce précieux sésame. Il y quelques années, c’était plus simple. Avec un billet, on rentrait souvent à 2, parfois même 3. Quand on vous dit qu’il y déjà eu entre 10 et 15.000 personnes sur la tribune nord du Stade de Poljud, on ne vous ment pas.

En ce qui me concerne, départ de chez moi en stop à 5h30 du matin. Direction Ljubljana, la capitale de la Slovénie pour prendre mon bus. Une ligne directe Ljubljana – Split est assurée entre mai et septembre, ce qui facilite un peu le voyage. De Ljubljana en bus, nous arrivons à Split, à 18h, avec un peu de retard. Les avant-matchs dépendent des habitudes. Pour ma part, c’est bien souvent au fast-food qui se trouve au carrefour des rues Kaštelanska et Zrinsko Frankopanska (Sika). On se retrouve aussi au « Stari Plac » où se trouve le siège du club de supporter Torcida Split quand un « corteo » est organisé (anniversaire du groupe, anniversaire du club, marche en mémoire d’un supporter,…).

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© Splitski Đir

Jeudi, plus ou moins tout le monde répond présent. Tous mes potes sont là, prêts à soutenir l’Hajduk. L’ambiance d’avant match est bonne, mais on sent tout de même que la qualification est presque en poche. On ne va pas se mentir, avec un 3-0 à l’extérieur, une non-qualification serait catastrophique.

Vers 19h30, direction le stade qui se trouve à deux pas. Les petits papiers pour la chorégraphie sont sur les sièges. En parlant avec des gars avant le match, j’apprends qu’il s’agira de quelque chose en la mémoire de l’opération Tempête. Eh oui, le match a lieu un 4 août. Il y a tout juste 21 ans débutait l’opération Tempête de la part des Croates. Une opération à laquelle ont participé de nombreux membres du groupe de Torcida.

Le stade se remplit tout doucement. Je me dis alors que le stade sera loin d’être plein… Et pourtant, 25.000 personnes répondront présentes. La tribune nord-est bien évidemment pleine, de même concernant l’est. La petite tribune sud-est au 3/4 pleine et comme la tradition le veut, c’est sur la tribune ouest qu’il restera le plus de sièges vides (normal vu les prix).

Début du match a 20h30. Le capo a une annonce importante : pas de fumigènes pour ce match. Certainement pour ne pas risquer la fermeture de la tribune pour le match de play-off. On commence par le tifo et le traditionnel « Ja ne mogu drugo, nego da ga volin. » On espère que le tifo est réussi. On le saura à la mi-temps par l’intermédiaire des réseaux sociaux sur lesquels des images du tifo circulent déjà. Suivront ensuite durant le match: ˝Znaj da više ne volin de ja˝, ˝Niko kao Hajduk iz Splita˝, ˝Moj život je kockanje˝, ˝Igraj muški kad te ne ide˝, ˝Torca e, Torca o˝, ˝Većeras je naša fešta˝… Mais aussi de nombreux chants à la gloire de la Croatie, par exemple ˝Mi, Hrvati˝, ˝Hrvatska, nezavisna država˝, mais surtout ˝Moja Domovina˝ de Zrinko Tutić et Rajko Dujmić, chanté par Hrvatski Band Aid. Un chant repris par tout le stade. La tribune nord demande à tout le stade de se lever, le stade répond présent. On oublie presque qu’un match se joue à ce moment-là devant nos yeux.

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© Splitski Đir

À la mi-temps, on apprend la qualification du Lokomotiva Zagreb. On s’en fiche en fait. Au même moment, Rijeka joue sa qualification chez elle. On s’en fiche encore plus.

On assistera à une belle deuxième mi-temps, avec deux buts de Susić, dont un magnifique coup franc. En tribune, tout se passe bien. Pas de bagarre et une belle communion entre le nord et l’est. On notera les nombreux drapeaux de HOS déployés en deuxième mi-temps.

Il est 22h15, le temps de parcourir les deux gros kilomètres qui séparent le Poljud de la gare routière. 22h45, départ de Split pour Zagreb, puis Ljubljana et la frontière italienne. Plus de 20h de voyage, pour quelques heures de bonheur.

 

Ps: 90 minutes = 0 fumigène. Quand il faut se tenir, on sait se tenir.

Ante Smagatore


Image à la une © Splitski Đir

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