On a vécu F91 Dudelange vs. Qarabag FK

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 25 juillet 2016

Les compétitions européennes et l’été sont souvent un couple délicieux pouvant emmener les plus passionnés au fin fond de l’Europe, dans des territoires inconnus qui vivent d’un football qui l’est tout autant pour la plupart de nos concitoyens. Si chez Footballski, cette période de l’année est l’une des plus appréciées, ce n’est pas pour rien. L’été est pour nous synonyme du retour des Coupes d’Europe l’espace de deux mois, avant que nos clubs se cassent la gueule face à ceux capables de sortir quelques millions d’euros pour se créer une équipe sachant tâter un minimum le ballon rond. Mais avant ça, on peut se sentir aussi important que les grands. Trustant les affiches et les victoires. Être les rois de l’Europe du football l’espace d’un court moment. Alors quand Qarabag, champion incontesté en Azerbaïdjan et proposant un football attrayant, se déplace au Luxembourg pour affronter Dudelange en Ligue des Champions, c’est tout naturellement que Footballski se retrouve sur les terres du Grand-Duché pour savourer la Coupe d’Europe. Notre Coupe d’Europe. Celle des champions. Les vrais.

© Pierre Vuillemot / Footballski

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Bienvenue au Luxembourg

Bon. En fait, quand on parle de voyage, pour le coup, ce match n’était pas franchement l’occasion de venir découvrir un pays. Ni de voyager de nombreuses heures sur des routes sinueuses et des autoroutes défoncées venant détruire peu à peu tes vertèbres. Forcément, quand on habite à la frontière avec l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg, aller vadrouiller quelques heures sur les terres de ce dernier n’est pas vraiment exceptionnel, le Luxembourg étant pour la plupart des frontaliers relativement présents dans nos vies pour différentes raisons, les plus courantes tournant autour du boulot, de l’essence et des clopes. Cependant si Dudelange, Esch-sur-Alzertte, Differdange, Remich ou encore d’Stad (Luxembourg-ville) sont des lieux communs pour le Mosellan que je suis, j’ose croire que ces charmantes villes restent inconnues pour le Breton, Bordelais ou Marseillais qui lisent ces lignes. L’occasion pour vous de découvrir ce merveilleux monde, fait de voitures relativement luxueuses, d’accents infâmes et d’un football pas franchement plus séduisant.

La première chose à savoir quand vous vous rendez au Luxembourg, c’est de ne jamais vous y rendre après une finale de l’Euro opposant la France et le Portugal. Surtout quand, depuis cette dite finale, vous avez toujours un peu de mal à entendre le premier mot portugais sortant de la bouche d’une personne. Ou, pire, quand votre vision se trouble à la première vue d’un drapeau au fond vert et rouge. Car oui, si vous allez au Luxembourg, préparez vous à affronter ces nombreux citoyens portugais. Des personnes qui représentent un peu plus de 15% de la population luxembourgeoise. Autant vous dire que le pays a, pour une fois, vibré lors du dernier Euro.

Seconde chose à savoir en allant au Grand-Duché : la langue. Bon, d’accord, les Luxembourgeois parlent français et cette dernière est présente dans les langues officielles du pays. Mais le Luxembourg est surtout un pays multilingue, parlant historiquement le français et l’allemand et, depuis 1984, ayant eu la bonne idée d’ajouter le luxembourgeois en guise de langue nationale. La plupart des Luxembourgeois n’ont aucun problème à maîtriser les trois langues et, de ce fait, la communication avec les étrangers n’est jamais bien compliquée. Mais, si jamais vous avez le plaisir de parler allemand ou si vous devez suivre une conversation en luxembourgeois, préparez-vous à subir un accent que l’on qualifiera gentiment de dégueulasse, mangeant la plupart des mots, mixant le français à l’allemand et terminant des phrases par des « Lààà. » Rajoutez à ça les possibles mots de portugais qui peuvent s’y greffer et vous avez le savoureux mélange qu’est le Luxembourg et son multilinguisme.

© Pierre Vuillemot / Footballski

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Enfin, dernière chose qui nous intéresse le plus aujourd’hui, le football. Le Luxembourg n’est pas franchement le pays le plus réputé pour ses performances footballistiques, que cela soit avec sa sélection ou en club. Il y a bien eu une période où le Luxembourg se permettait d’arriver en Quarts de finale des éliminatoires de l’Euro 64, en faisant chuter les Pays-Bas au passage, mais cette génération est aujourd’hui révolue et les performances actuelles ne permettent pas de faire rêver le peuple luxembourgeois. Malgré la présence de Vincent Thill, l’homme à la famille devenue légendaire.

Une fois que vous savez tout ça, vous pouvez vous rendre au Luxembourg en toute quiétude.

Une affiche soporifique

© Pierre Vuillemot / Footballski

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Le temps pour moi de parcourir les 25 longues minutes qui me séparent de Dudelange et me voilà au Stade Jos Nosbaum. Vétuste, ce dernier est bien là pour nous faire rappeler notre amour du football et ne pas nous dépayser trop violemment. Seul véritable chamboulement avec nos habitudes de l’Est, le prix des places. 20€ la place en gradin, 25 en tribune couverte, autant vous dire que le Luxembourg sait parfaitement entretenir sa réputation. Réputation qui a continué à s’entretenir une fois garé sur le parking. Au programme, un parc automobile composé de Ferrari, BMW et autres Mercedes et Porsche. Y’a pire.

Prévoyant, j’avais décidé de me rendre au stade une petite heure avant le coup d’envoi, un temps suffisant pour pouvoir tailler la discute avec un Slovaque venant de Kosice et un Tchèque de Brno en compagnie d’une Thüringer Rostbratwurst dans son Brötchen, de sa traditionnelle moutarde et sa Diekirch pour faire passer le tout dans le gosier. Le breuvage idéal pour accompagner cette journée ensoleillée. Enfin, plus pour très longtemps.

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Enfoiré qu’il est, le beau temps eut la bonne idée de déguerpir pile au moment où les acteurs entrèrent sur le terrain. Forcément. Encore plus sympa, le radieux soleil se changea rapidement en une petite pluie fine faisant à certains moments déguerpir les spectateurs des gradins vers le seul endroit couvert : le bar. Histoire de dépenser encore un peu plus de pognon. Où quand la météo cohabite parfaitement avec le capitalisme luxembourgeois.

Malgré tout, la bière était un élément indispensable pour accompagner les quelques longues minutes interminables accompagnant ce match. Vainqueur sans grandes difficultés à l’aller, le Qarabag Agdam, ou le club qui ne joue plus à domicile, ne semblait pas vraiment intéressé par ce match. Proposant le service minimum à sa vingtaine de supporters ayant fait le long déplacement, le club azerbaïdjanais n’était pas franchement au mieux dans ses derniers gestes malgré quelques actions intéressantes et, surtout, une différence technique évidente. Une différence de niveau qui se retrouve également dans les tribunes. Malgré l’infériorité numérique, les seuls chants venant accompagner les 22 acteurs s’articulent dans cette langue pas franchement académique qu’est l’Azéri.

Et puis, il y a Pokar. Si jusque là, le match ne semblait pas vouloir se décanter, ce dernier, entré en jeu quelque temps après l’heure de jeu, a été l’homme apportant un peu de clarté au jeu luxembourgeois. Cet élément qui te change la saveur d’un match, à travers une simple action. Ou une phase arrêtée. C’est ainsi que sur un corner, à la soixante-dixième minute, Pokar déposa un ballon dans la surface sur lequel N’Diaye se jeta pour ouvrir le score dans la confusion la plus totale. De quoi faire soulever les foules et l’espoir des Luxembourgeois.

© Pierre Vuillemot / Footballski

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Tandis que les minutes filent, la qualification azérie ne tient plus qu’à un petit but. Jusqu’à l’apparition de Reynaldo, très influent lors du début du match, et une frappe venant doucher les derniers espoirs dudelangeois. Pas franchement le match le plus flamboyant de cette Europa League, ce duel aura au moins eu le mérite d’amener un peu d’espoir aux supporters de Dudelange qui n’en espéraient pas tant de leur équipe.

Malgré tout, ce duel nous a permis de pouvoir goûter une nouvelle fois à ce parfum d’Europe alternative. Cette Ligue des Champions où les joueurs viennent discuter avec le public avant et après le match, où l’on peut croiser El Jadeyaoui (joueur de Qarabag) se promener dans les gradins dans l’indifférence la plus totale. Celle où deux ultras de Dudelange viennent vivre le match aux côtés des supporters azerbaïdjanais. La Ligue des Champions qui représentent les champions, ceux qui gagnent des trophées, qu’importe d’où ils peuvent venir, et la valeur que le public peut leur donner. De mon côté, je quittais le Stade Jos Nosbaun pour aller rejoindre une friterie non loin de là. Friterie remplie de Portugais. Forcément. Bienvenue au Luxembourg.

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