On a vécu Crvena Zvezda vs. Partizan

Invité - Publié le 27 septembre 2015

Fan de football et de tribunes, aller voir un derby à Belgrade était un de mes projets et je pourrai maintenant dire fièrement que j’ai assisté à l’un des plus gros derbys que le football européen nous propose en ce samedi 12 septembre ! Arrivé le matin à Belgrade, j’en profite pour me rendre aux abords du stade et repérer les lieux de là où se jouera la plus importante scène de la Jelen Super Liga.

Zvezda 1

Alors que le coup d’envoi n’est que dans 7 heures, les Delije sont déjà au boulot pour installer le tifo de ce soir, et, si les abords du stade sont calmes, il y a certains supporters de Zvezda qui attendent devant le siège du club. Pour quelle raison ? Je l’ignore, mais quand j’ai voulu prendre une photo du siège j’ai très vite compris aux regards qu’ils m’ont lancés que ça ne leur plaisait pas trop d’être sous l’objectif des caméras.

A l’instar de Liverpool et Everton, les 2 stades des ennemis serbes sont aussi très proches. Distants de seulement un kilomètre, les tags et stickers rouges et blancs laissent place progressivement au noir et blanc du Partizan. Le Partizan Stadium est plus petit que le Marakana et n’a pas de toit mais n’est pas pour autant moins décoré aux couleurs du club. Aux alentours du stade, seuls sont présents des bus de CRS et de militaires se préparant eux aussi au derby et à escorter les fans du Partizan jusqu’au Marakana.

Ne parlant pas le serbe excepté « zdravo », « hvala » et « ne razumem » mes conversations sont limitées mais à chaque fois qu’on me demande d’où je viens et qui je supporte (l’OM en l’occurrence), leur réaction est unanime, esquissant un sourire et un « Ninety One » pour rappeler l’année de la victoire de la seule C1 d’un pays des Balkans contre l’OM en 1991, leur plus grande fierté ! La coupe d’Europe est présente sur tous les murs, dans tous les esprits, toutes les mémoires !

Je n’ai pas vraiment eu l’impression que Belgrade soit une ville très touristique, c’est même très certainement la seule capitale où je suis allé et où je n’ai vu aucun touriste asiatique, c’est pour dire ! Les seuls étrangers croisés sont des fous de stade qui sont venus spécialement pour le derby, des Allemands, Anglais, Espagnols venus pour admirer le spectacle et des Russes, Grecs ou Bulgares venus, eux, pour vivre le spectacle avec les Delije ou Grobari selon avec qui leur groupe est jumelé (Spartak Moscou et Olympiakos avec les Delije et CSKA Moscou et CSKA Sofia avec les Grobari pour résumer succinctement).

Les heures passent, les pressions descendent autant que la pression du match monte et il est temps de se rapprocher du temple du Zvezda. Des petits groupes de CRS jonchent le chemin tout au long de la route menant au stade où sont alors présents un nombre important de leurs homologues au carrefour séparant les deux stades de la ville.

L’ambiance devant le stade est très étrange et différente de ce que j’ai pu connaître dans les pays d’Europe latine où ça parle de tous les côtés et l’agitation est permanente. Ici, pas un mot, que des petits groupes qui attendent patiemment l’heure du match, un silence et un calme oscillant entre tension et concentration pour ce qui va se passer tout à l’heure. Pas de buvettes ambulantes ou de vendeurs de sandwichs, très peu de bars, d’agitation, de chants entonnés et ce à même pas deux heures du coup d’envoi. Ce calme sera rompu lorsque débarquent par petits groupes, des membres des Delije où chants et pétards accompagnent leur marche, je décide alors de rentrer au stade pour profiter pleinement du spectacle.

Je prends place dans la tribune latérale Zapad et apparemment le placement est libre, personne ne respectant le numéro de siège inscrit sur le billet adoptant la loi sans pitié mais efficace du « premier arrivé, premier servi ». Rien que ceci montre l’écart qui existe entre Belgrade et les stades des « grands championnats » avec tout leur lot de normes, d’interdits, de sécurités à outrance. Ici, pas de fioritures, pas de stadiers pour vous indiquer où vous êtes placés, pas d’écrans géants faisant tourner à profusion toujours les cinq mêmes pubs comme on peut le voir partout ni même de speaker vous cassant la tête. Non, non, seulement un écran récapitulant le score et le temps de jeu et des enceintes crachant des musiques à la gloire de l’Étoile Rouge.

Le stade est vétuste, tagué, les sièges sont sales, les Belgradois prévoient d’ailleurs un paquet de mouchoirs pour nettoyer soigneusement leur place. On est loin des standards de stades dits « à l’anglaise » avec centres commerciaux, restaurants, animations d’avant-match …. Ici on y va pour le foot et voir son club gagner, le reste c’est du superflu !

Sur le plan sportif, ce match est l’occasion pour l’Étoile Rouge de distancer encore plus le Partizan ayant avant la rencontre 5 points d’avance avec, malgré tout, un match en plus. Le stade se remplit petit à petit, à côté de moi un groupe de 3 potes, 2 pour la Zvezda et un pour les noir et blanc tandis que derrière moi se trouve un père avec son fils de 6 ans et sa fille d’une quinzaine d’années avec qui il partage une cigarette. Oui, apparemment, les dangers du tabac ici, ils s’en moquent comme de l’indépendance du Kosovo.

Les joueurs du Partizan rentrent pour s’échauffer sous les huées de la foule qui, même ne comprenant pas le serbe, semble indiquer aux joueurs qu’ils veulent avoir des rapports sexuels avec leurs mères et les invitent également à aller goûter aux plaisirs charnels avec d’autres hommes.

Dans le même temps, dans la tribune d’en face, arrive un groupe de supporters du Partizan prêts à faire le tour de la tribune pour aller en découdre avec les Delije à l’opposé, comme ce qui s’était passé lors du dernier derby. Mais très vite les CRS interviennent, malgré quelques sièges jetés, et les encadreront durant tout le reste du match ce qui créera une sorte de contre-parcage à côté du virage plein à craquer réservé aux fans du Partizan.

La tension monte, les premières bombes agricoles explosent, les chants résonnent de plus en plus et l’heure tant attendue par toute la ville arrive et moi attendant toujours la présentation des équipes il n’en sera rien, pas d’annonce micro ou sur l’écran géant ! Pas de superflu ! Que du spectacle !

Les joueurs rentrent sur la pelouse, les tifos se déploient, les cigarettes se consument et à partir de cet instant ce qui pouvait être un frère, un ami ou un collègue de travail ne devient alors qu’un simple ennemi s’il supporte l’autre équipe !

Sur le terrain, l’Étoile Rouge prend très vite le jeu à son compte, et pendant ces 20 premières minutes le ballon appartient aux rouge et blanc sous les chants puissants des Delije et Grobari me faisant dire que j’ai bien fait de tenter cette aventure ! Les actions de jeu s’enchaînent, à la même vitesse que sont craqués les fumigènes ; et les messages dans les virages se déploient, aussi rapidement que les ultras se cassent la voix.

Mon collègue de gauche me demande d’où je viens ce qui me permet d’avoir encore le droit à un « Ninety One » ponctué d’un éclat de rire et semble apprécier le fait que je sois venu à Belgrade spécialement pour le derby mais replonge très rapidement dans le match voyant son Zvezda prendre le dessus sur les visiteurs.

Et la domination des locaux sera récompensée à la 24ème minute grâce à Hugo Vieira excentré sur le côté gauche de la surface lobant astucieusement Zivkovic et faisant chavirer tout un stade qui n’attendait que ça ! La folie s’empare des gradins ! Des fumigènes sont même craqués dans les tribunes latérales et les chants repris à l’unisson !

Malgré ce but concédé, le Partizan ne se réveille pas mais juste avant la pause, et contre le cours du jeu, Stevanovic rentre dans la surface et trompe le portier de l’Étoile permettant aux acteurs de revenir aux vestiaires sur un score de 1-1 et aux Grobari de craquer fumis et bombes agricoles de façon massive ! Leurs chants résonnent dans tout le Marakana alors que la mi-temps vient d’être sifflée ! Ne pouvant laisser leur stade sous les chants adverses, les Delije repartent de plus belle et pendant toute la mi-temps les deux virages restent remplis et continuent à chanter comme pendant le match !

La seconde mi-temps reprend, les chants ne faiblissent pas à l’image des joueurs de la Zvezda qui pressent haut leurs adversaires et réussissent à récupérer la balle dans le camp adverse. Hugo Vieira hérite du ballon et s’occupe du reste en inscrivant un but venu d’ailleurs ! Contrôle en aile de pigeon et frappe à l’extérieur de la surface en demi-volée. La balle part se loger tout droit dans la lucarne du portier serbe ! Le stade exulte ! Mon voisin de droite me tape dans la main voulant partager son bonheur, il n’y a qu’une équipe sur le terrain et c’est la sienne !

Cette supériorité va se confirmer quelques minutes plus tard avec le but du 3-1 de Katai qui, après une énième perte de balle du Partizan, tire à ras de terre de l’extérieur de la surface et trompe Zivkovic ! Mon voisin me prend dans ses bras, les Delije craquent de nouveau et alors que le but vient d’être célébré on aperçoit les Grobari qui se mettent à craquer à leur tour. Ils ont dû prévoir avant le match une rangée de torche puis craquage général à la 55ème minute. Le but de la Zvezda ne chamboulera pas leur programme et alors que les locaux viennent de mettre le but du 3-1 c’est du côté de la tribune des Grobari que se situe le spectacle avec un embrasement général de la tribune obligeant même l’arbitre de la rencontre à suspendre le match quelques instants ! Alors que les joueurs en profitent pour récupérer, les deux virages sont totalement recouverts de fumigènes et la fumée devient aussi dense que la moustache de Thiriez. Tout le stade est debout et le restera jusqu’à la fin du match ! C’est ça le football.

C’est au tour des fans rouge et blanc de montrer leur arsenal pyrotechnique avec un craquage général impressionnant transcendant encore plus un stade acquis à leur cause sentant le doux parfum de la victoire leur monter au nez.

Zvezda 6

Le score ne bougera plus, les Delije en profitent en fin de match pour ressortir leur tifo applaudis par tout le Marakana, une voile représentant un lion attaquant un zèbre. Belgrade sera Rouge et Blanc et ce jusqu’au prochain derby !

Les joueurs viennent fêter cette victoire sous la tribune Sever en délire, car en plus d’avoir été supérieurs à leur rival du soir cela leur permet, malgré un match en plus, de les distancer de 8 longueurs en championnat ! Je savoure ces derniers instants d’un « football vrai », un football perdu au milieu de cette aseptisation générale de ce sport devenu un sport de télé où le diffuseur est roi et le supporter consommateur.

La sortie du stade se fait dans le calme, tout comme l’avant match pas de scènes de joies exacerbées ou d’euphories à outrance, le slave n’est pas un latin il est moins démonstratif et volubile mais n’est pas moins passionné pour autant. Une longue procession me conduit jusqu’au parking, maintenant direction Budapest puis la France avec un surplus de souvenirs dans mes bagages me demandant bien quelle affiche je pourrais aller voir la prochaine fois pour connaître mieux que ce Veciti Derbi….

Pas facile à trouver au vu du spectacle auquel je viens d’assister avec toujours ces mêmes yeux de gosse comme à chaque fois que je vais au stade me faisant penser à cette citation d’Albert Camus : « Il n’y a pas d’endroit dans le monde où l’homme est plus heureux que dans un stade de football. »

Les notes de Footballski :

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Standing (2/5) :

Un stade vieillissant avec des sièges sales que l’on doit nettoyer soi-même.

Disponibilité des billets (5/5) :

Les billets sont disponibles sur le site officiel du club et aussi aux guichets le jour du match. 

Tarif (5/5) :

Les prix sont modiques quand on sait que c’est l’affiche de l’année ! 5€ en virage, 10€ en latéral !

Ambiance (5/5) :

Dur de trouver mieux en Europe ! Puissance vocale soutenue, tifos, pyrotechnie…

Risques (3/5) :

Difficile de juger car j’étais en latéral et aucun incident n’est arrivé lors de ce match mais ce derby connait régulièrement des incidents en tribune voire autour du stade malgré tout.

Accessibilité et transport (4/5) :

Je me suis garé en centre-ville puis à pied jusqu’au stade. Il y a aussi une ligne de tram non loin du stade.

Boissons (2/5) :

Pas beaucoup de bars autour du stade et à l’intérieur excepté des vendeurs ambulants dans les tribunes vendant du Pepsi, je ne suis pas allé à la buvette.

Quartier-environnement (3/5) :

Le stade est un peu en dehors du centre-ville mais pas non plus très loin.

@jesuis_labas

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