On a (re)discuté avec Eddy-Harlem Gnohéré, passé du Dinamo Bucarest au FCSB

Hadrien François
Hadrien François - Publié le 21 août 2017

La dernière fois que nous avions quitté Eddy-Harlem « Bison » Gnohéré, celui-ci marquait de sa patte l’histoire du Dinamo Bucarest en caracolant en tête des meilleurs buteurs de la saison au sein du club. Presque deux années plus tard, beaucoup de choses ont changé pour l’attaquant français. Malgré son amour pour le Dinamo, Gnohéré a signé au FCSB, provoquant la colère et l’incompréhension de certains fans. Nous sommes retournés à Bucarest afin de faire le point avec lui devant un café d’un grand centre commercial de la capitale.


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Tu es le premier étranger à avoir fait le passage d’un club bucarestois à l’autre; peux-tu nous expliquer comment s’est déroulé ton transfert ?

Le plus difficile pour moi a été évidemment au niveau des fans du Dinamo, je savais qu’ils auraient du mal à l’accepter. Dans la vie, il faut parfois faire certains choix, passer d’un club à son rival ce n’est quand même pas commun et le contexte était vraiment bizarre : cela a eu lieu après le match de Ligue des Champions où les supporters ont fait cette fameuse blague à Gigi Becali (NDLR : FCSB – Manchester City, où les supporters du Dinamo ont piraté le tifo du FCSB). Les supporters m’appréciaient énormément, et cela compte pour moi. Si j’ai pris cette décision, c’est parce que la relation entre moi et les dirigeants du Dinamo n’était plus acceptable. Quand on m’a dit « le Steaua te veux« , j’ai immédiatement dit « non, je ne veux pas partir là-bas« .Mais quand mes négociations de contrat étaient au point mort, que la proposition du Dinamo était insultante envers moi et qu’on m’a relégué en équipe B, j’ai su que je devais trouver une porte de sortie en janvier. Mes relations avec Andone (NDLR : l’entraîneur du Dinamoétaient aussi difficiles, j’ai préféré partir tout de suite que de galérer encore six mois dans un club où je ne me sentais plus aussi bien. Ma première année était plutôt bonne, je pense, et je considère que les dirigeants ne m’ont pas respecté lors de ma deuxième année notamment au niveau du contrat. On m’a fait une proposition vraiment minable. J’ai entendu des gens en Roumanie, et même au sein du club, qui pensent qu’on m’a proposé beaucoup d’argent pour rester, alors que ce n’était vraiment pas le cas.

Tu as une idée de la cause de ce désamour des dirigeants ?

Avant même ma proposition de prolongation de contrat, j’avais notifié au coach Rednic que je souhaitais rester au Dinamo et que j’étais prêt à accepter un nouveau contrat. À l’époque, je gagnais 4500 euros par mois au Dinamo, et à mon retour on m’a proposé un contrat de mille euros de plus. À partir de là, j’ai considéré que c’était une offre irrespectueuse. Donc non, je ne pourrais pas expliquer ce traitement de la part des dirigeants. Au départ, partir au Steaua n’était pas ma première option. Pour les fans, je ne voulais vraiment pas faire cela. Mais le départ en équipe B a été rédhibitoire. Il est vrai que le Steaua m’a proposé un contrat que je ne pouvais pas refuser, j’avais des propositions en Arabie Saoudite et au Qatar, mais je ne voulais pas quitter la Roumanie et Bucarest. Je suis arrivé au Dinamo gratuitement, j’ai dit au président que même si vous gagniez ne serait-ce que 400 000 ou 500 000 euros sur ma revente, c’est bien pour vous, donc si vous recevez une belle offre, laissez-moi partir et profitez de cet argent. Vous m’avez mis en avant, je vous ai apporté une belle somme d’argent : nous sommes quittes. À la fin du mercato, le Steaua a fait une proposition à 800 000 euros, qu’il a refusé, et au final j’ai quitté le club pour seulement 250 000 euros en janvier. C’était un mauvais calcul de sa part je trouve.

© FCSBOfficial

Que penses-tu de l’agitation autour de ton transfert ?

Je ne suis pas la presse roumaine en dehors des informations concernant nos adversaires. Je ne suis que les informations françaises, j’essaie de me couper au maximum des médias roumains parce que si tu les écoutes, tu peux devenir fou. GSP qui avait inventé que j’étais sorti en boîte avec un autre joueur deux jours avant un match, et qui n’a jamais publié de démenti… C’est ce genre de choses qui font que je garde mes distances avec ces médias. Je donne toujours mon meilleur là où je joue, et c’est le plus important.

Le FCSB a terminé la saison dernière second après un recours au TAS qui a donné raison au Viitorul de Hagi, comment avez-vous vécu en tant que joueur ce final si particulier et confus ?

Quand on m’a expliqué le règlement ici en Roumanie, vis-à-vis du règlement du championnat, je me suis rendu compte qu’il était calqué sur le fonctionnement  du championnat belge que je connais bien. Si on se réfère à cela, nous devions être champions cette saison-là. Sur les six matchs opposant Steaua et Viitorul, le Steaua a engrangé plus de points. Becali a eu totalement raison de porter cette décision au TAS, maintenant on termine deuxième à égalité de points, c’est frustrant, car je suis venu pour être champion. Forcément, on pense aux points perdus, notamment avec le penalty à la dernière minute face au Dinamo… C’est ironique pour moi, je pars du Dinamo en perdant la finale de la Coupe de Roumanie, au Steaua je perds le championnat alors que le Dinamo gagne une coupe et revient en Europe… Néanmoins, j’ai terminé quatrième avec le Dinamo et vice-champion avec le Steaua, ce qui est quand même une belle progression.

Le Steaua s’est renforcé lors du mercato avec l’arrivée notamment d’atouts offensifs comme Budescu. Comment vois-tu ces arrivées ? C’est une concurrence pour toi ou un avantage pour le club ?

Budescu est plutôt un numéro 10, alors que je suis plutôt un avant-centre, nous n’avons pas du tout le même profil. C’est un mec qui bouge beaucoup au milieu de terrain et qui distribue très bien ses ballons, c’est vraiment un plus pour l’équipe et cela s’est vu dans le premier match de championnat face à Voluntari. Quand tu veux être la meilleure équipe du championnat de façon pérenne, tu te dois de récupérer déjà les meilleurs joueurs de ton championnat. Becali s’inspire un peu de ce que Lyon a pu faire en France et je considère qu’il a raison. Sur le papier, on a la meilleure équipe, maintenant on va devoir le prouver sur le terrain. Le Viitorul a aussi montré une très bonne équipe que peu de gens voyaient championne, maintenant c’est à nous de faire la différence : avec Alibec, Budescu et moi sur le front de l’attaque, certains considèrent que c’est facile pour nous, mais quand tu viens d’arriver dans un nouveau club et que tu joues avec de nouvelles personnes, tu dois t’adapter. Budescu et Alibec ont l’habitude de jouer ensemble par exemple, mais pas de jouer avec moi. Il va falloir construire des automatismes et après, cela devrait pouvoir donner quelque chose de bien.

Quelle est l’ambiance au sein du groupe steliste actuellement ? Les sorties remarquées de Becali ne créent-elles pas des petites tensions au sein des joueurs ? 

Non, pas du tout. Quand je suis arrivé, on a fait 2-2 face à Voluntari et il m’a beaucoup critiqué, il a même dit qu’il voulait me rendre au Dinamo et récupérer son argent *rires*. Quelques mois après, il a dit que j’étais le meilleur attaquant de Roumanie. On connaît très bien le personnage, quand on me raconte les choses qu’il dit, on est tous morts de rire. C’est plus du spectacle qu’autre chose. Quand il te parle en face à face, c’est vraiment un bon gars. Il fait le show à la presse c’est tout. Encore une fois, je n’écoute pas forcément ce qui se passe en Roumanie via les médias, mais Becali est vraiment un bon mec. Par exemple, quand Ovidiu Popescu s’est marié, il a payé pour son mariage. Ce n’est pas un fou comme on veut le montrer. En tant que président, je ne suis pas là depuis assez longtemps pour émettre un avis, mais sur le peu que je vois, c’est quelqu’un de réglo.

© FCSBOfficial

Tu évolues dans le championnat roumain depuis trois ans bientôt, comment vois-tu le développement du championnat, avec la valse des clubs qui continue en Liga I notamment ?

Quand je suis arrivé, les équipes présentes dans le championnat étaient vraiment impressionnantes. Je me souviens du Pandurii, qui est aujourd’hui descendu et qui fait une saison misérable, comme Târgu Mureș, ou même l’Astra qui commence sa chute. Le niveau de jeu a baissé, mais quand tu es joueur du Steaua, tu le remarques moins, car chaque équipe qui joue contre le Steaua, j’ai l’impression qu’ils se droguent, ou qu’ils prennent de la potion magique ! En tant que joueur du Dinamo, affronter le Steaua te mettait une grosse pression de par l’engouement que ça créait et la pression des supporters. Au Steaua, le match contre le Dinamo n’était pas vécu de la même façon, simplement l’impression d’affronter un adversaire honorable. Au niveau des supporters, tu l’as vu aussi, les gens scandent mon nom quand je rentre. Ils sont contents de me voir jouer, je n’ai pas de problèmes avec les supporters ni du Steaua ni du Dinamo. Après, au niveau des ultras du Dinamo, je les ai bien connus, c’est vraiment quelque chose de fort. Mais je n’ai jamais eu de problèmes avec eux, ils parlent sur les réseaux sociaux, c’est tout… Quand des supporters du Dinamo ont su véritablement ce qui s’était passé entre le club et moi, ils m’ont donné raison. J’ai trois enfants, j’ai 29 ans, je ne peux pas me permettre de rester à 4500 euros/mois alors qu’on me propose un salaire sensiblement meilleur de l’autre côté. Si les gens réfléchissent  en se mettant à ma place, tout le monde aurait fait pareil. Mais je ne leur en veux même pas quand ils m’insultent de singe sur les réseaux sociaux, ou qu’ils me comparent à tel ou tel joueur, ça me fait rire, je mets « j’aime » à leurs commentaires ! Je m’en fous, si vous avez un joueur meilleur que moi, tant mieux pour vous. Je sais ce que je vaux, je n’ai pas besoin d’être valorisé par certains pseudos supporters. Ma femme a eu peur lors de mon passage du Dinamo au Steaua, mais en réalité ce sont les premiers mois d’adaptation sociale qui ont été un peu difficiles. Mais vu la gestion des dirigeants du Dinamo, c’était un beau pied de nez à leur faire.

Petit à petit, tu t’es imposé comme une icône ici en Roumanie sous ton nom de « Bison », au-delà même des clubs. Comment tu vois ton avenir dans le football ?

Si on me proposait un bon club dans un bon championnat, j’irais évidemment. J’ai eu des propositions au mois de juin, notamment chez moi en France, avec le RC Lens. Mais pour le moment, je suis bien en Roumanie au niveau du football même si je trouve mon temps de jeu trop faible par rapport à ce que je pourrais apporter. Je sais que je fais de bonnes performances, et c’est assez frustrant.  J’ai l’impression qu’on préfère faire jouer les Roumains par rapport à moi, notamment Alibec qui est international. C’est normal en Roumanie, il faut accepter ce fonctionnement. Je pense que je dois travailler encore plus pour m’imposer. Je suis reconnu en Roumanie, mais ce n’est pas ce qui compte pour moi. Je ne me considère pas du tout au niveau des légendes roumaines évidemment, j’ai beaucoup de respect pour Hagi. Nous sommes tous les deux passés en tant que joueurs au club rival, ce qui lui a plutôt réussi !

Hadrian Stoian


Image à la une : © VIRGINIE LEFOUR / BELGA MAG / BELGA via AFP Photos

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A propos de l'auteur

Hadrien François

Hadrien François

Roumain d'adoption, souvent aperçu une Timișoreana à la main près de Ghencea. Stelist convaincu, amoureux d'un football roumain authentique et désuet. Jamais objectif vis à vis du Dinamo.

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